vignette|Photographie de reconnaissance prise au-dessus d'Auschwitz II lors du bombardement d'IG Farben, le . On aperçoit les bombes en haut à gauche de l'image, elles atteindront des cibles plus à l'Est.

La question du bombardement du camp de concentration d'Auschwitz et les raisons pour lesquelles les Alliés décidèrent de ne pas l'effectuer continuent d'être étudiées par les historiens.

Michael Berenbaum explique qu'il s'agit non seulement d'une question historique, mais également d'une question morale emblématique de la position des Alliés à l'égard de la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale Berenbaum, Michael. « Why wasn't Auschwitz bombed? », Encyclopædia Britannica.. L'historien David S. Wyman qui a longuement étudié les réactions des États-Unis face à cet enjeu, s'interroge : D'autres auteurs, comme William Rubinstein, James H. Kitchens, et Richard H. Levy soutiennent que cette question ne repose sur aucune base et que l'idée d'un bombardement d'Auschwitz ou des voies ferrées qui y conduisent est dans une très large mesure une invention de l'après-guerre.

Ce que les Alliés savaient de la Shoah

vignette|« L'Extermination en masse des Juifs en Pologne sous occupation allemande », rapport Raczyński (note du Gouvernement polonais en exil) adressé aux Alliés de la Seconde Guerre mondiale en 1942.

A la fin de l'année 1942, Jan Karski informa les gouvernements polonais, britannique et américain de l'extermination des Juifs en Pologne occupée. N'étant pas au courant de l'existence des chambres à gaz, il relayait une information, courante à l'époque, que les Juifs étaient tués par l'électricité Joel Zisenwine, British Intelligence and information about murder by gas - A reappraisal, Yad Vashem Studies, 2013, , .. Il prit contact avec des politiciens polonais en exil — dont le Premier ministre — tout comme avec des formations politiques telles que le Parti socialiste polonais, les , le , le , le et le Poale Zion.

Il parla également à Anthony Eden, le ministre des Affaires étrangères britannique. Il témoigna sur ce qu'il avait vu au camp d'extermination de Bełżec et à Varsovie. La plupart de ceux auprès desquels il s'adressa ne le crurent tout simplement pas ou pensèrent que les propos étaient exagérés, déformés par le gouvernement polonais en exil E. Thomas Wood and Stanislaw M. Jankowski, Believing the Unbelievable, Karski: How One Man Tried to Stop the Holocaust, 1994. Ses témoignages étaient pourtant une source de premier plan pour l'information des alliés et contribuèrent néanmoins à la Déclaration interalliée du . Cette déclaration a été publiée simultanément par les gouvernements américain, britannique et soviétique au nom des puissances alliées. Dans cette déclaration, ils décrivaient les événements en cours, notamment la Shoah en Allemagne nazie et dans l'Europe occupée. C'est un acte précurseur à la fondation de l'ONU. La déclaration fut lue aux Communes dans un discours solennel d'Anthony Eden, Secrétaire au Foreign Office, et publié sur la une du New York Times et de bien d'autres journaux.

En 1943, Jan Karski poursuit son entreprise, il rencontre le journaliste Arthur Koestler. Il traverse ensuite l'Atlantique où il rencontre le président Franklin D. Roosevelt. Aux États-Unis, il rencontre également Felix Frankfurter, Cordell Hull, William Joseph Donovan et Stephen Wise. Il rencontre des membres du clergé, des personnalités de l'industrie cinématographique à Hollywood.

Du 19 au , durant le soulèvement du ghetto de Varsovie, les membres du gouvernement du Royaume-Uni et des États-Unis tinrent une conférence internationale à Hamilton, aux Bermudes. Le point central de cette conférence était la question des réfugiés juifs qui avaient été libérés des camps par les Alliés et ceux qui restaient encore en Europe occupée. La seule chose qui résulta de cette conférence était que la guerre contre les Nazis devait absolument être remportée. Les quotas d'immigration de ressortissants juifs ne furent pas revus aux États-Unis, pas plus que les possibilités d'émigration en Palestine sous contrôle britannique.

Une semaine plus tard, le mouvement américain sioniste Committee for a Jewish Army lance une cinglante réplique à l'encontre du gouvernement américain dans le New York Times condamnant le gouvernement et envisageant la conférence des Bermudes comme une « moquerie » à l'encontre des promesses antérieurement faites au peuple juif et à ceux d'entre eux subissant la domination allemande « To 5,000,000 Jews in the Nazi Death-Trap Bermuda was a Cruel Mockery », The New York Times, , .. En guise de protestation, l'un des membres du Gouvernement polonais en exil, Samuel Zygelbojm, se suicide.

Ce que les Alliés savaient d'Auschwitz Entre et , l'Intelligence Service britannique intercepte et décode des messages allemands concernant la mort de prisonniers pour plus de dix camps de concentration dont Auschwitz.

L qui fut fondé en 1941-1942 pour coordonner les activités de renseignement et d’espionnage en territoire occupé, reçoit des rapports en provenance d'Auschwitz en 1942 USA national archives, OSS records RG 226, Entry 210, reports prepared by Alexander S. Lipsett, June-August 1942 , Information on Poland, with statement that “over 3,000 prisoners have died in the Polish concentration camp at Oswiecim (Auschwitz) during the past eight months.

Rapports concernant Auschwitz

Les premières informations concernant le camp de concentration d'Auschwitz furent publiées en 1940-1941 dans des journaux clandestins polonais (Polska żyje, Władysław Bartoszewski, "Warszawski pierścień śmierci 1939-1944", Zachodnia Agencja Prasowa, Warszawa 1967, Interpress, Warszawa 1970, Świat Książki, Varsovie, 2008, , publié en anglais en 1968). À partir de 1942, des membres du Bureau de l'information et de la propagande de la Armia Krajowa (armée de l'intérieur) publient également quelques brochures relatant des récits d'évadés. La première fut l'histoire de qui raconta ses mémoires de prisonnière et qui fut publiée en à Varsovie Halina Krahelska, "Oświęcim. Pamiętnik więźnia", BIP Okręgu Warszawskiego AK of Warsaw Area Armia Krajowa, Warszawa 1942. La seconde publication, en 1942 toujours, concernait le livre Obóz śmierci (Camp de la mort) écrit par Natalia Zarembina et publié par Natalia Zarembina, "Obóz śmierci", Wydawnictwo WRN, Varsovie, 1942. À l'été 1942, une troisième publication intitulée (En enfer) sort. L'auteure, polonaise, est la fondatrice du mouvement Żegota, Zofia Kossak-Szczucka Zofia Kossak-Szczucka, W piekle, Front Odrodzenia Polski, Varsovie, 1942..

Par la suite, lors de l', la principale source d'information pour les Alliés à propos de l'existence d'Auschwitz était le rapport de Witold Pilecki envoyé via la résistance polonaise en Grande-Bretagne à Londres. Il avait été écrit par le capitaine Witold Pilecki qui avait passé un total de dans le camp. Ce fut la seule personne connue à s'être fait déporter volontairement dans le camp. Il fit parvenir son rapport au quartier général de la résistance polonaise à Varsovie via l'organisation clandestine qu'il avait organisé à l'intérieur d'Auschwitz Jozef Garlinski, Fighting Auschwitz: the Resistance Movement in the Concentration Camp, Fawcett Publications|Fawcett, 1975, , réimprimé par Time Life Education, 1993. . Witold Pilecki espérait que soit les Alliés parachuteraient des armes pour l'Armia Krajowa (AK) pour organiser un assaut du camp depuis l'extérieur soit d'y parachuter directement la Première Brigade indépendante de parachutistes polonaise pour libérer le camp. Une évasion spectaculaire permit la transmission du premier rapport Pilecki. Le , Kazimierz Piechowski (matricule ) s'évada avec trois co-détenus, Stanisław Gustaw Jaster, Józef Lempart et Eugeniusz Bendera Kazimierz Piechowski, Eugenia Bozena Kodecka-Kaczynska, Michal Ziokowski, Byłem Numerem: swiadectwa Z Auschwitz Wydawn. Siostr Loretanek, hardcover, . Les évadés avaient volé des uniformes de membres de la 3e Panzerdivision SS Totenkopf, des armes, et une voiture Steyr avec laquelle ils étaient sortis par la porte principale du camp. Les Allemands ne reprirent jamais aucun d'eux Gabriela Nikliborc, Auschwitz-Birkenau - The Film about the Amazing Escape from Auschwitz, auschwitz.org.pl, , consulté le 16 septembre 2013..

Le , le Belge Victor Martin part, muni d'autorisations pour visiter des confrères universitaires à Francfort, Berlin et Breslau en mission de reconnaissance pour la résistance et revient en Belgique, avec des informations en . Il a parlé à des ouvriers français du STO près de Katowice qui l'informent de ce qui se passe au camp d'Auschwitz. Arrêté à Breslau le il est incarcéré au camp de Radwitz dont il s'échappe le . Il fait un rapport à Hertz Jospa du Comité de défense des Juifs rattaché au Front de l'Indépendance et ses informations sont transmises à Londres. Sa mission incite la résistance à organiser la protection des enfants juifs de BelgiqueBernard Krouck, Victor Martin, un résistant sorti de l'oubli, Les Eperonniers, 1995. Existe aussi en version filmée dans le style docu-fiction réalisé par Didier Roten..

Le , deux jeunes détenus juifs, Rudolf Vrba et Alfred Wetzler, s'échappent d'Auschwitz emportant des informations détaillées de la topographie du camp, des chambres à gaz et du nombre de personnes assassinées. Ces informations qui constitueront le Rapport Vrba-Wetzler atteignent la communauté juive de Budapest le . Le représentant suisse du américain, Roswell McClelland en reçut une copie mi-juin et le transmit à son directeur, Raul Hilberg le Raul Hilberg, The Destruction of the European Jews, Yale University Press, 2003, .. Le , les informations contenues dans le rapport furent diffusées sur la BBC et le par le New York Times. Le rapport complet fut publié pour la première fois le par le War refugee board, le jour où les treize derniers prisonniers, toutes des femmes, furent tuées à Auschwitzles registres allemands mentionne unmittelbar getöte (tuées immédiatement) mais on ignore si elles ont été gazées ou tuées autrement Danuta Czech (ed) Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau 1939-1945, Reinbek bei Hamburg, 1989, and 933, using information from a series called Hefte von Auschwitz, and cited in Karny, Miroslav. "The Vrba and Wetzler report", in Berenbaum, Michael & Gutman, Yisrael (eds). Anatomy of the Auschwitz Death Camp, , Indiana University Press and the United States Holocaust Memorial Museum, 1994..

En , le gouvernement polonais fait parvenir au ministère des affaires étrangères britannique les plans d'Auschwitz A letter to the U.K foreign office, with plans of Auschwitz , ..

Lors de la cérémonie du soixantième anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau, le , le ministre des affaires étrangères, Władysław Bartoszewski, lui-même ex-détenu (matricule n°4427), dit dans son discours:

Les reconnaissances alliées et les missions de bombardement vignette|Photographie d'Auschwitz II - Birkenau prise par un avion de reconnaissance américain le . Les crématoires II et III et les chambres à gaz sont bien visibles. Le premier avion de reconnaissance allié survola le camp le lors d'une mission pour photographier les installations de Monowitz (Auschwitz III) Could Britain have done more to stop the horrors of Auschwitz? , The Times, .. Le , lourds Boeing B-17 survolent le camp près des trois voies ferrées qui y conduisent.