Pierre Curie, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un physicien français, connu pour ses travaux en radioactivité, en magnétisme et en piézoélectricité. Avec Marie Curie, son épouse, ils furent les pionniers de l'étude des radiations (rayonnement corpusculaire naturel), et reçurent une moitié du prix Nobel de physique de 1903 (l'autre moitié a été remise à Henri Becquerel) .
Biographie Enfance
Pierre Curie est le fils d'un médecin protestant, Eugène Curie (1827-1910) et de Sophie-Claire Depouilly (1832-1897). Il a un frère aîné, Jacques Curie (1856-1941), avec qui il découvre la piézoélectricité.
Le grand-père de Pierre Curie, Paul CurieAvec le Léon Simon père, Paul Curie fonda la première revue homéopathique de France. (1799-1853), docteur en médecine homéopathePaul François Curie, sur le site homeoint.org., est un humaniste malthusien engagé et marié à Augustine Hofer, fille de Jean Hofer et arrière-petite-fille de Jean-Henri Dollfus, grands industriels mulhousiens de la seconde moitié du et de la première partie du .
Par cette grand-mère paternelle, Pierre Curie se trouve également être un descendant en ligne directe du savant et mathématicien bâlois, Jean Bernoulli (1667-1748), tout comme Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique 1991.
Pierre Curie ne fréquente ni l'école, ni le lycée, l'enseignement ne devenant obligatoire en France qu'à partir de 1881 (lois Jules Ferry). Son instruction est dès lors assurée par ses parents, puis par un ami de la famille, , qui lui enseigne les mathématiques élémentaires et spéciales, ce qui développe les capacités mentales de Pierre, qui a clairement un intérêt pour cette science. À , en , il passe son baccalauréat en sciences.
Préparateur à la faculté des sciences de Paris vignette|Pierre Curie faisant un cours sur le radium à la Sorbonne (Bibliothèque de la Sorbonne, NuBIS). Il s'inscrit à la faculté des sciences de Paris et en à , il y passe brillamment sa licence en sciences physiques. Il prend ensuite en le poste de préparateur-adjoint au laboratoire d'enseignement de la physique de Paul Desains, l'un des deux professeurs du cours de physique à la faculté. Il est nommé préparateur deux ans plus tard et mène une des premières études de rayonnement du corps noir.
Dans le laboratoire de Charles Friedel, Pierre Curie étudie, en collaboration avec son frère aîné Jacques, les propriétés des cristaux. En 1880, ils mettent en évidence l'effet piézoélectrique et étudient ses caractéristiques.
Professeur à l'École municipale de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris
En 1883Notice sur les travaux scientifiques de Pierre Curie, 1890., il devient préparateur puis chef de travaux dans la nouvelle École municipale de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris auprès du professeur Fernand Dommer. Il étudie l'effet piézoélectrique inverse et conçoit le dynamomètre piézoélectrique. Il entreprend une étude théorique de la symétrie en cristallographie et en physique. Dans sa thèse pour le doctorat ès sciences physiques, soutenue le à la faculté des sciences de l'université de Paris, portant sur les propriétés magnétiques des corps à diverses températures, il énonce la loi de Curie et définit le point de Curie, température au-delà de laquelle certains matériaux perdent leurs propriétés magnétiques.
En , Pierre Curie est nommé à un nouveau poste de professeur chargé de la partie théorique du cours d'électricité et magnétisme, au côté d'Édouard Hospitalier. Pierre Curie est responsable du laboratoire de physique de l'école de 1882 à sa mort et chargé de l'organisation de l'enseignement de la physique. En tant que professeur, il forme de nombreux physiciens (dont André-Louis Debierne, Georges Urbain, Paul Delorme ou Paul Langevin) avec lesquels il collabore au cours de ses recherches. Il se lie d'amitié avec le physicien suisse Charles Édouard Guillaume et avec Georges Sagnac, Paul Langevin, Jean Perrin et André-Louis Debierne qui deviennent des intimes de la famille Curie.
En 1895, Pierre Curie épouse une jeune Polonaise, Maria Sklodowska, venue poursuivre ses études scientifiques à la faculté des sciences de Paris en 1891. Elle s'intéresse de près aux découvertes de Wilhelm Röntgen sur les rayons X et à celles d'Henri Becquerel, qui a découvert la radioactivité en 1896. Pierre Curie abandonne dès lors ses recherches sur le magnétisme et travaille avec sa femme sur l'uranium. vignette|left|Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire. Grâce à un financement inespéré, ils font venir une tonne de pechblende de Joachimsthal, en Bohême, dans leur laboratoire de ParisCf. ; et également .. Par des étapes de raffinage précises et dangereuses, ils isolent successivement les sels radioactifs de la roche brute. En 1898, ils publient leurs premiers résultats et annoncent la découverte de deux nouveaux radio-éléments : le polonium et le radium. Ils utilisent pour la première fois le terme de « radioactivité ». Leur travail, y compris le fameux mémoire de doctorat de Marie, s'appuie sur un électromètre piézoélectrique précis construit par Pierre et son frère Jacques.
Pierre et André-Louis Debierne font la première découverte de l’énergie nucléaire, en identifiant l'émission continue de chaleur par des particules de radium. Il étudie également les émissions de substances radioactives par radiation et, en utilisant des champs magnétiques, il montre que certaines émissions sont chargées positivement (radiations alpha, bêta+), d'autres négativement (bêta-), et d'autres neutres (radiations gamma).
Jusqu'en 1902, Pierre et Marie tentent d'extraire une quantité suffisante de radium pour en déterminer la masse atomique, tentative réussie en 1902. À la suite des résultats de cette recherche, Pierre et Marie reçoivent conjointement la moitié du prix Nobel de physique en 1903 . Cette même année, ils sont tous deux lauréats de la médaille Davy.
Professeur à la faculté des sciences de l'université de Paris Le , Pierre Curie est nommé répétiteur auxiliaire de physique à l'École polytechnique. Il démissionne en octobre suivant à la suite de sa nomination à la faculté des sciences de l'université de Paris comme chargé d'un cours complémentaire de physique pour l'enseignement au certificat d'études de physique, chimie et sciences naturelles (année préparatoire aux études de médecine) en , avec un traitement annuel de , en remplacement de Lucien Poincaré. En , après l'obtention du prix Nobel, il est nommé professeur titulaire d'une nouvelle chaire de physique générale à la faculté et obtient la construction d'un laboratoire dans la cour de l'annexe de la faculté dédiée au certificat PCN située 12, rue Cuvier. Marie Curie obtient en le poste de chef de travaux de la chaire avec un traitement annuel de . Il est élu membre de l'Académie des sciences en 1905.
Accident fatal
Pierre Curie meurt subitement le , à l'âge de 46 ans, dans un accident de la circulation à hauteur du 2 de la rue Dauphine dans le de Paris. Ayant déjeuné avec Jean Perrin et en compagnie de confrères et d'amis dont Paul Langevin et Joseph Kowalski à l'hôtel des sociétés savantes, 8 rue Danton., il quitte ses convives à , pour se rendre à la librairie Gauthier-Villars, 55 quai des Grands-Augustins, afin de relire les épreuves de son dernier article.. Trouvant porte close en raison d'une grève, il se dirige vers le quai de Conti. Arrivé à l'angle de la rue Dauphine, où le trafic est dense, il veut traverser la chaussée pour gagner le quai de Conti mais, courant pour éviter un fiacre qui se dirige vers le pont Neuf, il se heurte au cheval de gauche d'un camion hippomobile arrivant en sens inverse, chargé de près de quatre tonnes d'effets militaires... Pierre Curie glisse sur le macadam mouillé et tombe devant le camion, dont une roue arrière le blesse mortellement à la tête, qui montre une photographie du camion. malgré les efforts immédiats du conducteur pour arrêter ses chevaux.
thumb|285px|L'ancienne tombe de Pierre et Marie Curie au cimetière de Sceaux (Haut-de-Seine).
Les obsèques ont lieu dès le surlendemain à Sceaux, dans l'intimité familiale, le seul personnage officiel présent à la cérémonie étant le ministre de l'Instruction publique, Aristide Briand..
Postérité
Pierre et Marie Curie sont les parents de deux filles : Irène Joliot-Curie, qui reçoit, comme ses parents, le prix Nobel de chimie en 1935 avec son époux, Frédéric Joliot-Curie pour leurs travaux sur la radioactivité artificielle ; Ève Curie, qui écrit une biographie mondialement connue de sa mère, et qui épouse Henry Labouisse qui, en sa qualité de directeur exécutif de l'UNICEF, reçoit le prix Nobel de la paix attribué à cette organisation en 1965.
Travaux Longueur d'onde calorifique
Pierre Curie étudie le rayonnement du corps noir en mesurant la longueur d'onde émise par des corps couverts de fumées portés à différentes températures dans le laboratoire du professeur Paul DesainsP. Curie, P. Desains. Recherche sur la chaleur rayonnante. Comptes rendus de l'Académie des Sciences. 28 juin 1980. Ces travaux initient l'étude empirique de Friedrich Paschen et les travaux de Wilhelm Wien qui lui vaudront le prix Nobel de physique en 1911.
L'effet piézoélectrique
Dès l'année 1880, Pierre et son frère Jacques Curie découvrent le phénomène piézoélectrique de certains cristaux comme le quartz, la tourmaline, le topaze ou le sel de Rochelle P. Curie, J. Curie. Bulletin de minéralogie, t. III, 1880, . Ils établissent les conditions de symétrie nécessaire à sa production dans les cristaux et déterminent les caractéristiques du dégagement électriqueP. Curie, J. Curie. Journal de physique, t. I, 1882, . Ils expliquent le phénomène ainsi que la pyroélectricité étudiée par Charles Friedel en devinant l'existence d'une polarisation électrique primordiale des molécules. À la suite d'un article de Gabriel Lippmann paru en 1881, les deux frères démontrent l'effet piézoélectrique inverse en augmentant les petits déplacements des cristaux soumis à un champ électrique au moyen d'un levier amplificateur observé au microscopeP. Curie et J. Curie, « Contractions et dilatations produites par des tensions électriques dans les cristaux hémièdres à faces inclinées », dans Comptes rendus de l'Académie des sciences, vol. XCIII, séance du 26 décembre 1881, . Il conçoit le dynamomètre piézoélectrique pour mesurer de faibles masses ou déterminer de très petites quantités d'électricité statique.
Étude théorique sur la symétrie
Pierre Curie transpose les outils théoriques développés en cristallographie par Auguste Bravais et Arthur Moritz Schoenflies à l'étude de la physique. Il introduit les notions de plans de symétries rotatoires et de translation. Il complète les définitions introduites par Woldemar Voigt de vecteurs polaires (pour décrire le champ électrique) ou axiaux (pour décrire le champ magnétique) et de tenseurs (pour décrire les tensions mécaniques élastiques sur un corps solide)P. Curie. « Sur les répétitions et la symétrie. » Comptes rendus de l'Académie des sciences, . (1885). Il énonce un grand nombre de théorèmes généraux pour étudier les symétries en physique théorique dont le principe de CuriePierre Curie, « Sur la symétrie dans les phénomènes physiques, symétrie d'un champ électrique et d'un champ magnétique. » Journal de physique, tome III (1894).
Propriétés magnétiques des corps