La Commune de Paris est la plus importante des communes insurrectionnelles de France en 1870-1871, qui dura , du à la « Semaine sanglante » du 21 au . Cette insurrection, faisant suite aux communes de Lyon et de Marseille, refusa de reconnaître le gouvernement issu de l'Assemblée nationale, qui venait d'être élue au suffrage universel masculin, et choisit d'ébaucher pour la ville une organisation de type proudhonien, blanquiste et jacobin (des trois courants de pensée majoritaires de ces insurrections) fondée sur la démocratie directe, qui donna naissance au communalisme. Ce projet d'organisation politique de la République française visant à unir les différentes communes insurrectionnelles ne fut jamais mis en œuvre du fait de leur écrasement lors de la campagne de 1871 à l'intérieur dont la Semaine sanglante, marquée par d'importants incendies, constitue l'épisode parisien et la répression la plus célèbre.
La Commune est à la fois le rejet d'un armistice de la France face aux armées prussiennes menées par Otto von Bismarck, lors de la guerre franco-prussienne de 1870 et du siège de Paris, et une manifestation de l'opposition entre un Paris républicain, favorable à la démocratie directe, et une Assemblée nationale à majorité acquise au régime représentatif. Cette insurrection et la violente répression qu'elle subit ont un retentissement international important, notamment au sein du mouvement ouvrier et des mouvements révolutionnaires naissants. La Commune est de ce fait encore aujourd'hui une référence historique importante pour les mouvements d'inspiration libertaire, communiste et conseilliste, la mouvance révolutionnaire issue du mouvement ouvrier et plus largement pour les sympathisants de gauche, y compris réformistes, ou encore d'autres mouvements favorables à la démocratie directe. L'implication de nombreuses femmes est également un trait remarquable de cet épisode.
À l'origine de la Commune Paris, bivouac des révolutions Depuis 1789, l'histoire de Paris est marquée par de nombreuses journées d'émeutes révolutionnaires qui, selon l'historien Michel Cordillot, . La prise de la Bastille le en constitue le premier repère et les révoltes parisiennes, dont la prise de l'Hôtel de ville devient rapidement l'acte symbolique, contribuent au renversement du pouvoir, à l'image des Trois Glorieuses qui instaurent la monarchie de Juillet en 1830 ou de la révolution de qui aboutit à l'avènement de la Deuxième République. Pour autant, jusqu'en 1870, la France vit principalement sous des régimes politiques plus ou moins autoritaires et la République tout comme la démocratie représentative ne sont que des expériences passagères. L'émeute parisienne est parfois réprimée rapidement et violemment, comme lors des journées de Juin en 1848 ou après le coup d'État du qui marque le début du Second Empire, mais le pouvoir ..
Au , Paris est donc le selon l'expression forgée par l'écrivain Jules Vallès et reprise par plusieurs historiens comme Robert Tombs. et Michel Cordillot.
Pour Michel Cordillot, la Commune est en réalité portée : d'une part, le processus de républicanisation de la France sur le long terme, élément politique d'autant plus manifeste à Paris ; d'autre part le contexte économique et social marqué par l'émergence d'organisations ouvrières structurées et l'essor des actions revendicatives ; enfin l'élan patriotique suscité par la guerre contre la Prusse.
Émergence du sentiment républicain vignette|gauche|alt=Dessin d'un train, chaque wagon portant le nom d'un député dont la tête est caricaturée.|La députation de Paris, caricature de Pilotell dans Le Charivari (). La Commune trouve donc en partie son origine dans l'élan républicain né de la Révolution de 1789, pour Hélène Lewandowski, qui qualifie Paris de .. De fait, le sentiment républicain ne cesse de progresser dans la capitale et, des bourgeois libéraux aux représentants du mouvement ouvrier, tous voient dans l'établissement de ce régime la garantie des grandes libertés et du suffrage universel.
Depuis 1851, la capitale est privée de ses droits municipaux et gouvernée de manière autoritaire par le préfet de police Joseph Marie Pietri et le préfet de la Seine Georges Eugène Haussmann, ce qui n'empêche pas les mouvements de contestation dans un contexte de libéralisation du régime. Ainsi, lors des élections législatives de 1869, la ville élit huit députés républicains sur neuf, et lors du plébiscite du , le non l'emporte avec une large majorité dans certains quartiers, atteignant par exemple à Belleville où l'opposition à l'empereur est la plus forte.
La parole se libère dans les réunions publiques, tolérées depuis 1868, et les funérailles du journaliste Victor Noir, assassiné par le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, sont transformées en une vaste manifestation républicaine où se pressent environ . Ainsi, à la veille d'un conflit armé contre la Prusse, Paris apparaît à une France encore rurale et majoritairement conservatrice, à l'exception de quelques grandes villes traditionnellement frondeuses, et cette rupture est encore accentuée par la défaite de 1870.
Contexte social parisien
En 1870, Paris est une ville en pleine transformation : d'une part, après l'absorption de plusieurs communes limitrophes en 1860, la capitale occupe désormais tout l'espace compris dans l'enceinte érigée dans les sous l'impulsion d'Adolphe Thiers et sa population a considérablement augmenté, passant d'environ un million d'habitants en 1851 à près de deux millions en 1870 ; d'autre part, les transformations urbanistiques menées par le baron Haussmann sous le Second Empire ont entièrement redessiné la ville, les ruelles étroites des quartiers insalubres laissant place à de grands boulevards rectilignes et à des monuments publics comme l'Opéra Garnier. Dans ce Paris moderne, la mixité sociale a presque disparu, l'accroissement de la population et l'augmentation du prix des loyers ayant repoussé les habitants les plus pauvres dans les faubourgs récemment annexés, tandis que les arrondissements de l'ouest et du centre abritent les plus fortunés.
gauche|vignette|redresse|Eugène Varlin, socialiste et libertaire.
Toutefois, Paris est encore une ville socialement très diversifiée. D'après le recensement de 1866, la capitale compte , , et , tandis qu'environ vivent de leurs rentes. L'industrie textile et le vêtement concentrent près d'un quart des travailleurs actifs, tandis que les métiers d'art, le bâtiment et la métallurgie sont également bien représentés. C'est néanmoins la petite industrie qui domine car plus de 60 % des patrons travaillent seuls ou avec un seul ouvrier. Ainsi, dans les quartiers populaires, de nombreuses ateliers et boutiques de petite taille coexistent avec de grands établissements industriels comme les sociétés Cail à Grenelle et Goüin aux Batignolles qui emploient toutes deux plus de . Entre les classes fortunées et les classes laborieuses, Paris voit aussi l'émergence d'une couche sociale intermédiaire composée de boutiquiers, d'artisans et d'employés que l'écrivain et journaliste Jules Vallès qualifie de .
Quoique ses conditions de vie demeurent précaires, le monde ouvrier vit modestement et les salaires ont augmenté dans le contexte économique favorable des . Il présente toutefois une grande diversité, un ouvrier journalier, au travail incertain gagnant de 2 à par jour quand un ouvrier qualifié en gagne environ le double. Par ailleurs, ouvriers originaires de la province ou de l'étranger côtoient les ouvriers de , mais la plupart savent lire, fréquentent des lieux de sociabilité et assistent à des réunions publiques, si bien qu' selon l'expression de l'historien Jacques Rougerie.
La misère ouvrière pousse les parents à envoyer leurs enfants, dès leur plus jeune âge, à l'usine.. En 1868, une enquête révèle la présence de de moins de huit ans dans les fabriques dont certains avaient cinq ans. À Lille, un médecin constate que sur , il en meurt avant d'avoir atteint l'âge de 6 ans.
vignette|redresse|Auguste Blanqui, révolutionnaire socialiste.
Ainsi, les années 1860 voient l'émergence d'un et les associations ouvrières se développent, certaines agissant par la grève, tolérée depuis 1864, au point que les manifestations se multiplient à Paris entre 1869 et 1870. L'Association internationale des travailleurs, dont Eugène Varlin est le représentant dans la capitale, regroupe quelques dizaines de milliers de militants à travers l'Europe qui questionnent le pouvoir de l'État et revendiquent la nationalisation des grandes entreprises. À leurs côtés, l'extrême gauche républicaine, et notamment les blanquistes, principales victimes du coup d'État en 1851, intensifie ses actions. Partisans de l'insurrection ou révolutionnaires anticapitalistes forment donc un ensemble hétéroclite qui remet en cause l'organisation de la société, ce qui inquiète à la fois l'opinion publique, les classes dirigeantes et les élus républicains . Comme l'écrit l'historien Jean-Jacques Chevallier, ..
Défaite de 1870 et conséquences vignette|redresse|alt=Gravure montrant un homme debout sur un balcon haranguant la foule à ses pieds, tandis que plusieurs hommes se tiennent en retrait derrière lui dans la pièce.|Léon Gambetta proclamant la République à l'hôtel de ville de Paris, le .
De la déclaration de guerre à la capitulation de Paris Le , la France déclare la guerre à la Prusse. Mal préparée., l'armée française mène une campagne désastreuse et subit de nombreux revers.. Après la capitulation de l'armée de Napoléon III à Sedan, les députés parisiens proclament la République le .. Un gouvernement de défense nationale s'installe à l'hôtel de ville et la guerre se poursuit mais Paris est assiégé dès le ..
Isolée du reste de la France, la capitale livre une résistance acharnée malgré l'intensification des bombardements prussiens et les souffrances causées par la famine et le froid.. Des centaines de milliers d'hommes rejoignent les rangs de la Garde nationale et l'exaltation révolutionnaire donne lieu à plusieurs soulèvements populaires qui exigent l'instauration d'une Commune.. Le puis le , le gouvernement contient les tentatives de renversement venues de la gauche qui déplore le manque d'initiative du commandement militaire et conteste son pouvoir. Les Parisiens, humiliés, apprennent la proclamation de l'Empire allemand dans la galerie des Glaces du château de Versailles le et l'annonce de la signature de l'armistice le est vécue comme une trahison.
L'Assemblée contre Paris gauche|vignette|Entrée triomphale des troupes allemandes dans Paris le , après la signature de l'armistice de . La capitulation de Paris marque un tournant décisif dans la marche vers l'insurrection, comme l'affirme le l'architecte Georges Arnold : . La convention d'armistice prévoit notamment la convocation d'une Assemblée nationale chargée de conclure le traité de paix : les élections législatives du marquent ainsi la rupture entre les départements ruraux qui portent à la Chambre une majorité monarchiste, conservatrice et réactionnaire, et le peuple parisien résolument hostile à l'armistice qui choisit d'élire républicains sur les à pourvoir dans la capitale. Pour les Parisiens, l'humiliation est totale : l'armistice prévoit, outre l'annexion de l'Alsace-Lorraine et le versement d'une indemnité de guerre de de francs, l'occupation partielle de la ville par les Allemands pendant trois jours, ce qui est vécu selon l'historien Michel Cordillot comme d'une population exaspérée.