On désigne sous le nom de Liber Sancti Jacobi ou Livre de Saint Jacques, les textes réunis dans le manuscrit appelé Codex Calixtinus.

Ce pseudépigraphe, attribué au pape , est une compilation d'un ensemble de textes liturgiques, historiques et hagiographiques dont les rédactions successives s'échelonnent sur deux ou trois siècles. On s'accorde à dater ce manuscrit enluminé du milieu du . Conservé dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, il est établi à la gloire de saint Jacques le Majeur pour servir à la promotion de Compostelle et exhorter les chevaliers chrétiens à la Reconquista de la péninsule ibérique sur les Maures..

Histoire Pour donner plus de crédit à leur ouvrage, ses auteurs composent une lettre fictive, dite « apocryphe », soi-disant « signée » de Calixte II, alors qu'il est déjà mort (né vers 1060 - élu pape en 1119 – mort en 1124), et la placent en tête de ce recueil consacré à la gloire de saint Jacques. C'est pourquoi celui-ci est parfois désigné sous le nom de Codex Calixtinus.

Le premier exemplaire connu est celui de Compostelle vers 1150. C'est l'un des deux exemplaires précieusement conservés aux archives de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle ; l'autre, dit de Ripoll, est conservé à Barcelone.

L'Église de Rome, la première, accueille avec empressement ce livre ; on le trouve écrit dans bien des endroits, à savoir : à Rome, dans les parages de Jérusalem, en France, en Italie, en Allemagne, en Frise et principalement à Cluny.

Le guide, qui est le dernier Livre du Codex Calixtinus, est publié en latin pour la première fois dans sa totalité en 1882 par le père Fidel Fita, titulaire de l'Académie royale de Madrid, avec le concours de Julien Vinson, professeur de langue orientale vivante. Il ne comporte pas le titre de guide, qui n'existe pas dans le manuscrit. Ce titre n'est donné qu'en 1938 lors de la traduction en français de ce dernier Livre par Jeanne Vielliard.

Bien qu'il n'en représente qu'un dixième environ, ce guide est souvent confondu avec l'ensemble de l'ouvrage qui n'a été traduit dans son intégralité qu'en 2003 par Bernard GicquelBernard Gicquel, La légende de Compostelle, Le livre de saint Jacques, Paris, Tallandier, 2003, à l'initiative de la Fondation David Parou Saint-Jacques..

Ce manuscrit est conservé à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle jusqu'à ce qu'il y soit dérobé en .. Il est retrouvé le dans un garage à proximité de Saint-Jacques-de-CompostelleInfo France Musique du 9 juillet 2012. après l'arrestation d'un ancien employé de l'église et de trois autres personnes..

Composition thumb|Codex Calixtinus Le Codex Calixtinus comprend cinq Livres.

Il est composé de recto-verso de , mais on a rogné les feuillets trop grands lors de sa restauration en 1966, sur une colonne de 34 lignes par page (sauf exceptions) dont l'auteur principal est surnommé le Scriptor (littéralement, Rédacteur 1). On avait arraché le en 1609 (par accident ou par vol ?) et il y a été réintégré pour l'occasion.

La « Lettre du pape », qui ouvre le livre, occupe le recto et le verso des deux premiers folios. L'auteur, qui dit être le pape , raconte comment il collecta de nombreux témoignages au sujet des bienfaits de saint Jacques, « parcourant les terres et les provinces barbares pendant ». Il explique aussi que le manuscrit résista à tous les périls possibles : incendies, noyades

La lettre est adressée « à la très sainte assemblée de la basilique de Cluny » et à « Diego, archevêque de Compostelle »

, Anthologie des pièces liturgiques Le premier livre, Anthologia liturgica, débute au verso du deuxième folio, juste après la lettre du pape , et s'interrompt au recto du folio 139. Il est consacré essentiellement aux homélies, aux messes et aux offices, et occupe à lui seul plus de la moitié du Codex Calixtinus, ce qui marque une disproportion considérable en faveur de l'orientation liturgique et pastorale.

Ce livre est aussi destiné à la célébration des offices en l'honneur de saint Jacques à la cathédrale de Compostelle. La plupart des pièces musicales qu'il comprend reprennent des mélodies grégoriennes en y adaptant un texte à la gloire de l'apôtre. Le grand intérêt musical de ce manuscrit réside dans la vingtaine de pièces polyphoniques qu'il contient en annexe, pièces parmi les premières à être notées, qui témoignent du haut niveau vocal des chantres-choristes et de leur pratique d'un contrepoint subtil.

On y trouve la toute première notation d'une pièce à trois voix, le conduit « Congaudeant catholici » (« Que les catholiques se réjouissent »), signé par Maître Albert de Paris (Magister Albertus parisiensis, chantre à Notre-Dame de Paris). Cet exemple est unique et l'écriture en est encore assez simple.

L'ensemble de ce manuscrit a une valeur exemplaire, manière, sans doute, de faire autorité pour imposer le rituel grégorien en Espagne, où avait cours jusqu'alors la liturgie mozarabe.

Sur le plan musical, le Codex est une compilation des meilleures pièces existant au dans la période précédant celle appelée « Ars Antiqua ». Il témoigne de l'esprit de fête d'une époque et d'un lieu où le sacré stimulait la mémoire et l'inspiration créatrice.

La plupart des « auteurs » sont français, soit bien antérieurs (Venance Fortunat, évêque de Poitiers (vers -), Fulbert de Chartres, ) soit contemporains du manuscrit et souvent révélés par lui. Dans les parties polyphoniques cependant, les attributions semblent musicalement cohérentes.

Les « auteurs » sont pour la plupart évêques ou « magister musicæ » (maître de musique) de cathédrales situées sur la route des grandes foires, de Troyes à Vézelay en passant par Nevers et Bourges. Indice remarquable pour l'identification du manuscrit : l'écriture musicale serait celle de Nevers. Quoi qu'il en soit cette copie aurait été faite pour l'usage de Saint-Jacques-de-Compostelle, probablement sous l'influence d'un prêtre de Saint-Jacques d'Asquins (sous Vézelay), Olivier ; et d'Aimery Picaud à qui est attribué le Guide du Pèlerin.

Il a été prouvé que les polyphonies, copiées après les autres livres, étaient cependant prévues dès le début dans l'organisation du Codex. Musicalement et rituellement, elles sont en relation directe avec le , Sermons et offices en l'honneur de saint Jacques, à l'intérieur desquels elles étaient insérées pour solenniser les festivités. Elles révèlent un très haut niveau de technique vocale et, déjà, une indéniable perfection contrapuntique. Plusieurs ont probablement été composées directement pour être mises en polyphonie par mouvement contraire, sans cantus firmusFragment de mélodie grégorienne donné en valeurs longues, autour duquel tout s'ordonne., à la manière de certains conduits. Dans chacune, des formules mélodiques sont agencées de façons variées, donnant son autonomie à chaque pièce.

Ce sont des hymnes, des répons, des offices de nuit, des parties de la messe et, surtout, des Benedicamus Domino, tropés ou non. Les polyphonies dont le cantus firmus se trouve au doivent être interprétées autour de cet élément monodique essentiel, qu'elles enchâssent, puisque tout s'ordonne autour de lui.

Cette musique démontre à quel point les harmoniques naturelles des voix graves ont donné naissance aux accords et à leur enchaînement, générant bien plus tard l'harmonie, devenue une des bases de toute la musique occidentale.

Le Codex Calixtinus est un ouvrage écrit à la gloire de Compostelle. Il n'est pas destiné aux pèlerins. Ainsi, il ne mentionne rien du répertoire des pèlerins eux-mêmes, si ce n'est la devise : « E Ultreya, e suseya, Deus aia nos » (Plus oultre !…)

, De miraculis sancti Jacobi Il s'étend du verso du folio 139 au verso du folio 155 ; il est l'avant-dernier dans l'ordre de grandeur. Il comporte lui aussi un prologue (appelé « argument ») de Calixte et une table des matières. Ce deuxième Livre du Livre de saint Jacques est consacré aux miracles. L'hymne Ad honorem Regis summi conservée dans la version préalable du Livre de saint Jacques qu'est le Livre des Miracles de saint Jacques du pape Calixte, fournit un sommaire de vingt-deux miracles qui sont à la base de cette compilation en même temps que l'attribution de ceux-ci à Aimeric Picaud, prêtre de Parthenay, où existait un Hôtel-Dieu Sainte-Madeleine, qui était un prieuré de chanoines de saint-Augustin. Il est très semblable par son contenu aux recueils qui se répandent tout au long des s.

Les miracles Le texte relatant le péché d'un pèlerin italien, posé sur l'autel de l'apôtre, à Compostelle est effacé. Sous l'épiscopat de Théodomir. L'apôtre libère vingt chrétiens retenus prisonniers à Saragosse par les Sarrasins, deuxième moitié du . Pons de Saint-Gilles (-) comte de Toulouse, se voit ouvrir les portes de l'église par l'apôtre à Compostelle. L'apôtre Jacques apparaît en soldat étincelant à un évêque grec et lui annonce la prise de Coimbra en . L'apôtre emporte la dépouille d'un pèlerin décédé au port de Cize, à Compostelle, en . Ce miracle est décrit dans l'étape du col de Roncevaux. L'apôtre prête son âne à un pèlerin de Poitiers dépouillé par un aubergiste, en . Cette légende est décrite dans l'étape de Pampelune. Le pendu-dépendu en 1100. Mentionné lors de l'étape de Santo Domingo de la Calzada, on apprend ainsi comment un poulet rôti, prêt à être mangé, témoigne pour sauver un pendu. Un Barcelonais fait treize fois prisonnier est à chaque fois libéré par l'apôtre, en . Un marin attaqué par des sarrasins et tombé dans les flots avec son armure, est repêché à la surface par l'apôtre, en . Un prélat est sauvé d'un naufrage, en . Un chevalier, d'abord guéri par l'apôtre, échappe à un naufrage, en 1102. Un pèlerin, tombé à la mer, est soutenu par l'apôtre pendant trois jours jusqu'au port, en . Un prisonnier s'évade, en sautant sans dommage, du haut de la tour de soixante mètres où il était retenu prisonnier, en . Le goitre d'un chevalier se résorbe au contact de la coquille ramenée par un pèlerin, en . Un marchand volé et emprisonné par son protecteur, est libéré, en . Un enfant de pèlerin est ressuscité dans les monts de Oca, en . Ce miracle est décrit dans l'étape de Villafranca Montes de Oca. Un chevalier en fuite échappe à une mort certaine, en . Un chevalier, mal engagé dans une bagarre avec ses pairs, est tiré de ce mauvais pas par l'apôtre, en . Un chevalier, qui a porté sur le chemin le sac d'une femme et prêté sa monture à un mendiant, est libéré de l'enfer pour s'être montré vrai pèlerin. Un jeune homme, qui a commis le péché de chair avant de partir en pèlerinage, convaincu par le Malin de se castrer et de se suicider, est ressuscité par l'apôtre. L'épée d'un comte ne peut trancher la gorge de son vassal qui a imploré l'intercession de l'apôtre. Un paralytique est guéri dans la cathédrale de Compostelle.

, le Livre de la Translation Le troisième livre, Liber de translatione corporis sancti Jacobi ad Compostellam, s'étend du folio 156 au verso du folio 162. Il est le plus petit, quatre chapitres, et débute également par un prologue et un sommaire. Il développe les informations légendaires sur la translation merveilleuse de saint Jacques, qui racontent son transfert, de Jérusalem, le lieu de son supplice, à Compostelle, où il trouve sa dernière demeure. Elles figurent déjà dans l'hymne Ad honorem Regis summi rapportée sous le nom d'Aimeric Picaud.

Jésus avait demandé à tous ses apôtres d'aller témoigner par le monde.

Jacques le Majeur serait donc allé les quelques années qui ont précédé l'an 44 évangéliser les Espagnols. Il aurait débarqué en Bétique, l'actuelle Andalousie, traversé la péninsule et allé jusqu'au bout de la terre, le Finistère en Galice. Sans doute avec Théodore et Athanase.

Après son martyre en 44, ils dérobèrent le corps et l'embarquèrent. Guidé par un ange, l'esquif franchit les colonnes d'Hercule, se dirige jusqu'aux côtes galiciennes et vient mouiller au fond de la ria de Arosa.