La famille des Geraniaceae (Géraniacées) est constituée de plantes dicotylédones ; elle comprend environ 800 espèces réparties en 3 à 7 genres.

Ce sont des plantes herbacées, des arbrisseaux ou des arbustes, principalement des régions tempérées à subtropicales. C'est une famille subcosmopolite.

Pour Albers et Van der Walt (2010), la famille des Geraniaceae rassemble environ 835 espèces, réparties en cinq genres : Geranium, Pelargonium, Erodium, Hypseocharis et Monsonia.

Le genre Geranium comporte plus de 440 espèces., distribuées pour l'essentiel dans les régions tempérées de l'hémisphère nord, alors que la grande majorité des Pelargonium sont originaires d'Afrique, en particulier d'Afrique du Sud.

Dénomination Étymologie Le nom vient du genre type Geranium, dérivé du grec , de même sens., lui-même dérivé de « grue (oiseau) », en raison de la fleur dont le style est accrescent, le fruit évoquant le bec des grues. Aux , le terme « bec de Grue » était d'ailleurs communément employé en français dans ce sens (notamment dans le Dictionnaire de Trévoux).

Mais selon François Couplan :

Enfin selon Maarten et al. le nom « Herbe à Robert », Geranium robertianum, aurait été nommé par Linné pour se moquer de l'un de ses élèves qui ne se lavait pas correctement et dégageait une odeur aussi fétide que la plante. Cependant ce nom vernaculaire semble bien antérieur à Linné et ferait plutôt référence Saint Ruprecht (ou Robert) de Salzbourg ( 718), en référence aux propriétés médicinales de la plante.

Histoire de la nomenclature et des noms vernaculaires Dans son ouvrage Geranium and Pelargonium (2002), Maria Lis-Balchin s'attarde longuement sur les confusions entre Geranium et Pelargonium faites par le grand public, les vendeurs de jardineries et les aromathérapeutes. Elle rappelle que les Pelargonium qui sont originaires d'Afrique du Sud ont été introduits en Europe dès le et qu'ils sont utilisés comme plante ornementale. Elle cite des ouvrages sur les Pelargonium portant le titre de "Geranium" ou les nombreuses appellations inappropriées d'huile essentielle de géranium dans les ouvrages d'aromathérapie. Ces multiples erreurs qui semblent tellement insupportables au botaniste, sont pourtant mieux compréhensibles si l'on regarde l'histoire de la terminologie avec un œil de linguiste.

Avant Linné En Europe, les naturalistes d'avant le ont décrit les nombreux géraniums qui croissent spontanément en Europe. Ainsi en est-il, de Pline (au ) qui décrit trois géraniums à Jean Bauhin (1541-1612) dans Historia plantarumHistoria plantarum (1651) qui décrit et illustre plusieurs géraniums sauvages. thumb|upright=0.7|Geranium robertianum, espèce européenne

Au , à l'âge des grandes découvertes, les Européens se livrent à l'exploration intensive de notre planète. La première plante apparentée aux géraniums qu'ils ramènent du Cap de Bonne-Espérance arriva à Leyde avant 1600 et fut appelée Geranium Indicum puis Geranium triste en raison de la pâleur jaunâtre de ses pétales. Elle fut rattachée aux géraniums parce que son fruit en forme de long bec, se dissocie en cinq parties (méricarpes) à maturité, comme le font les géraniums européens. Elle fut enregistrée comme une plante venant d'Inde, probablement parce qu'elle fut rapportée par un navire provenant de ce pays et faisant escale au Cap. D'abord cultivée en Hollande., elle apparaît ensuite dans le catalogue de plantes du pépiniériste parisien René Morin en 1621, puis chez Tradescant à Londres en 1631.

Lorsque Linné fait la synthèse des travaux de botanique de son temps (dans Species plantarum, 1735), il rassemble sous le genre de Geranium, 39 espèces différentes qu'il inclut dans la classe des Monadelphia-Decandria (étamines soudées par leur filet, 10 étamines). Il subdivise le genre Geranium en 3 sous-classes : la classe « à 7 étamines fertiles » rassemble 20 espèces africaines (comme Geranium triste) la classe « à 5 étamines fertiles » rassemble 3 espèces (comme Geranium cicutarium) la classe « à 10 étamines fertiles » rassemble 15 espèces pour la plupart européennes (comme Geranium robertianum).

L'usage des termes dans la langue commune Déjà depuis deux siècles, le terme de latin scientifique geranium était entré dans le vocabulaire général du français, sous la même forme (sans accent sur le e), en concurrence avec l'autre terme de la langue commune, « Bec de Cigogne » (voir l' Histoire des plantes du poète Guillaume Guéroult 1507-1569)Histoire des Plantes. Le nom vulgaire « geranium » (à l'époque sans accent), qui reflétait prudemment les connaissances scientifiques de l'époque, s'employait donc légitimement pour désigner les géraniums sauvages d'Europe, mais aussi les géraniums introduits en nombre de plus en plus grand d'Afrique du Sud. La première espèce africaine (Geranium Africanum) fut introduite en Hollande, en France puis en Angleterre au début du . Un siècle plus tard, les ancêtres des trois principaux groupes des géraniums horticoles modernes, le Zonal, le Géranium-lierre, et le Regal, étaient arrivés en Hollande. Un jeune collecteur des jardins de Kew, Francis Masson, envoyé au Cap en 1772, fut responsable pendant 20 ans, de l'introduction d'un grand nombre de nouvelles espèces. Au , avec le succès de plus en plus grand des jardins d'agrément, l'usage du terme de « geranium » va s'implanter durablement dans la langue commune, à une époque où les botanistes peinent à s'entendre sur la terminologie savante.

Au , le romancier et lexicographe, Furetière (1619-1688) dans son Dictionnaire (publié à titre posthume en 1690) privilégie l'emploi de bec de Grue. ou de Cicogne pour désigner le Geranium. L' « Herbe à Robert, herba Roberti, Geranium Robertianum, est une espèce de bec de Grue fort commune à la campagne » dit-il. Il remarque aussi que « l'Afrique paroit être plus féconde en Geranium que toutes les autres parties du monde ». Au siècle suivant, le Dictionnaire de l'Académie française. de 1798, francise complètement le terme (en l'accentuant) dans l'entrée géranium (pluriel géranioms) qu'il indique synonyme de bec de grue.

Dans la langue commune, c'est l'usage qui détermine la norme ; les lexicographes ne font qu'entériner les emplois les plus fréquents des mots et expressions. Dans la langue scientifique, ce sont des décisions académiques prises en fonction des connaissances de l'époque qui déterminent la nomenclature. Les botanistes créent de toutes pièces des noms de taxons nouveaux alors que jamais les lexicographes ne font de création lexicale. La langue parlée évolue continument et lentement par un effet d'inertie lié à l'usage d'expressions partagées par des millions de personnes. La lexicographie ne fait que filtrer la profusion des usages pour maintenir une cohérence globale et puis paradoxalement, une fois publié, le dictionnaire devient une norme pour les usagers. La langue scientifique évolue par à-coups car elle dépend de la décision de petits comités de spécialistes ou de congrès. Pendant des siècles, la connaissance botanique n'était accessible que difficilement par de petits cercles de savants et se ne diffusait que très peu et très lentement dans la société.

Reconstruction normalisée de la nomenclature scientifique Il a fallu attendre 1867 pour que les Lois de la nomenclature botanique soient définies par De Candolle lors du Congrès international de botanique de Paris. Elles devinrent au , le Code International de Nomenclature Botanique, révisé régulièrement à chaque congrès (le dernier s'est fait en 2011, Code de Melbourne). C'est donc à partir de ces règles qu'est reconstruite l'« histoire » de la nomenclature. Si un linguiste devait écrire une histoire de l'usage des termes botaniques dans les diverses petites communautés de savants à travers le monde, il obtiendrait quelque chose de très différent de ce qui fait sous la contrainte de ces règles du code de nomenclature qui sont là précisément pour élaguer la prolifération anarchique de la terminologique savante.

De nombreux botanistes contemporains de Linné ont cherché à dépasser les principes formels linnéens basés sur l'examen des étamines et du pistil qui avaient permis au maître de classer et nommer si élégamment et si facilement les milliers de plantes connues. Ils voulaient trouver des critères permettant de définir des classes naturelles de plantes. Et ce n'est que rétrospectivement que le Code International de Nomenclature Botanique (de 1905) a désigné l'ouvrage de Antoine-Laurent de Jussieu, intitulé Genera PlantarumArt.20 : On est convenu de rattacher les genres dont les noms figurent dans l'édition 1 du Species plantarum de Linné aux descriptions qui en sont données dans le Genera plantarum ed. 5 (ann. 1754) cf. Genera plantarum () comme le document initial pour les noms de famille.. Dans cet ouvrage en latin, A-L. Jussieu décrit 100 ordines naturales qui correspondent approximativement à ce qui est appelé actuellement familles. L'ordre XIII, Gerania, qu'en français, il nomme famille des "géraines" correspond à la famille des Geraniaceae Juss.

Dès 1788, Charles L'Héritier (dans Geraniologia., grand texte inachevé) proposa de séparer le genre Geranium de Linné en trois genres : le nouveau genre, appelé Pelargonium, regroupe les espèces possédant une corolle irrégulière (zygomorphe) et le nouveau genre Erodium, regroupe les espèces dont les filets des capsules sont barbus et en spirale. Restaient sous le genre Geranium, les espèces à corolle régulière (actinomorphe).

Mais à cette époque, comme il n'y avait pas d'institution internationale, permettant aux botanistes de s'entendre sur les règles de nomenclature, les désaccords entre botanistes étaient nombreux. Par exemple, le botaniste suédois, Thunberg, qui demeura trois ans dans la colonie hollandaise du Cap pour y étudier la flore (Flora Capensis., 1818), ignora aussi bien le terme de Pelargonium, que les familles de Jussieu, peut-être par fidélité envers son maître Linné. Par contre, William Aiton dans Hortus Kewensis (1789) qui adopte les genres de L'Héritier, Erodium et Pelargonium, garde la classe linnéenne de Monadelphia-Heptandria et ignore la famille des Gerania de Jussieu. La proposition de L'Héritier ne fut acceptée qu'au siècle suivant grâce aux travaux de Karl Ludwig Wildenow et d'Augustin Pyrame de Candolle (cf Classification de Candolle mise en pratique dans Prodromus Systematis Naturalis Regni Vegetabilis édition 1824-1873, voir Gallica Prodomus).

La confusion terminologique ne fit que croître au cours du , avec le nombre considérable de nouvelles espèces décrites, l'accroissement du nombre de chercheurs et de publications. En 1905, la commission de rédaction des Règles internationale de la nomenclature botanique, reconnait que « tout cela a contribué...à transformer la nomenclature en un véritable chaos ». Les jardiniers qui pour communiquer entre eux ne pouvaient attendre que les botanistes se mettent enfin d'accord, continuaient prudemment à parler de « géraniums des balcons ».