vignette| Ethel et Julius Rosenberg.
Ethel Rosenberg et son époux Julius sont un couple de New-Yorkais communistes arrêtés pour espionnage au profit de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Julius est arrêté le et Ethel le . Ils sont jugés coupables le et exécutés sur la chaise électrique le dans la prison de Sing Sing.
Cette affaire d’espionnage a lieu durant la guerre froide. En 1945, les États-Unis ont l'exclusivité de la bombe atomique mais l’URSS peut se doter dès 1949 de cette arme, en partie grâce à l'espionnage. Le sénateur Joseph McCarthy lance ce qui est appelé le maccarthysme, une « chasse aux sorcières » qui dure de 1950 à 1954 et qui vise les sympathisants, militants ou agents communistes, qui sont poursuivis par le House Un-American Activities Committee (HUAC).
La condamnation à mort des époux Rosenberg pour espionnage, alors qu’ils ont toujours clamé leur innocence, attire des appels internationaux à la clémence et une campagne très médiatisée parlant d'un complot et d'une erreur judiciaire. Les époux Rosenberg sont d’ailleurs les seules personnes condamnées à mort puis exécutées pour espionnage dans le monde occidental après la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le contexte d'affrontement des deux blocs.
Différentes sources postérieures au jugement, dont des témoignages soviétiques, confirment l’espionnage de Julius au profit de l’URSS notice sur la Britannica, The controversy over their guilt was largely resolved in the early 1990s after the fall of communism in the Soviet Union and the release of Soviet intelligence information that confirmed the Rosenbergs’ involvement in espionage.. Son épouse Ethel n'aurait été qu'une auxiliaire sans grande initiative. Les derniers partisans des Rosenberg soulèvent toujours le caractère injuste d’un jugement qu'ils estiment politique.
Biographie Julius Rosenberg est né dans une famille juive le à New York (État de New York). Son père, créateur de textiles industriels, avait immigré de Pologne, tandis que sa mère, tout à la charge d’élever ses cinq enfants, n’avait jamais appris à lire ni à écrire. Julius, lui, est allé à l’école talmudique du quartier puis à la Seward Park High School. En sortant de cette école, .. Très vite, il se retrouve dans le noyau du Steinmetz Club, les ligues des jeunesses communistes, et distribue des tracts et participe aux manifestations et à une rencontre.
Ethel Greenglass est née le à New York, également d’une famille juive. Elle saute plusieurs classes dans une école de quartier et à 15 ans, elle sort de la Seward Park High School pour entrer directement dans la vie active. Moins d’un mois plus tard, elle trouve un emploi dans le bureau d’une compagnie de navigation ; elle s’en fait renvoyer quatre ans après . En 1939, elle signe une pétition du Parti communiste, signature qui fut reprochée à Julius lors d’une enquête de loyauté de routine en 1941 alors qu’il venait juste d’arriver au service des transmissions de l’armée.
Lors d’une soirée de la Saint-Sylvestre, Ethel Greenglass et Julius Rosenberg font connaissance au cours d’un gala du syndicat international des marins. En 1939, Julius obtient son diplôme d’ingénieur et épouse Ethel. . Au début de l’année 1943, les Rosenberg sont de fervents communistes, Julius étant par ailleurs président de la cellule 16-B de la section industrielle du Parti communiste des États-Unis. À cette époque, en pleine Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS sont militairement alliés contre le nazisme. .
À la naissance de leur premier enfant, au printemps 1943, Ethel et Julius Rosenberg quittèrent leurs activités militantes auprès du parti communiste des États-Unis.
Dans le courant de l’année 1944, . Dans le dossier à charge contre lui que lui montra le capitaine John W. Henderson, Julius Rosenberg constata que pas une preuve de son appartenance au Parti communiste n’était apportée. Son appartenance à la fédération des architectes, ingénieurs, chimistes et techniciens (FAECT) était retenue comme la seule raison du motif de licenciement. Julius fit part de ces faits à la FAECT, laquelle protesta énergiquement auprès du département de la Défense. L’officier qui avait montré son dossier à Julius Rosenberg, John W. Henderson, reçut un blâme et le ministère déclara que l’appartenance de Julius Rosenberg à la FAECT était secondaire dans son dossier de licenciement.
L’affaire Contexte 6 et : Les États-Unis larguent les deux premières bombes atomiques utilisées en opérations sur les villes japonaises de Hiroshima et Nagasaki. 1946 : Face à une très puissante vague de grève Voir notamment « The 1945-1946 strike wave » de Jack Metzgar in The encyclopedia of strikes in American history, sous la direction d'Aaron Brenner, Benjamin Day & Immanuel Ness, M.E. Sharpe Publisher, 2009., Edgar Hoover, directeur du FBI, lance l'anathème sur les « communistes américains » et « leurs alliés prétendument progressistes » Voir « McCarthyism at the University of South Dakota » de R. Alton Lee in .Voir aussi en haut de page 8 in Truman Defeats Dewey, Gary A. Donaldson, The University Press of Kentucky, 1999.. 1947 : Truman prononce le discours du , prônant l'« endiguement du communisme ». Un décret présidentiel sur le « loyalisme » des fonctionnaires aboutira à la mise en place, par le sénateur McCarthy, de la Commission des activités antiaméricaines. 1949 : L'URSS possède à son tour la bombe A. Les États-Unis sont stupéfaits par la rapidité des recherches russes mais on découvre en que Klaus Fuchs, un réfugié allemand et physicien, a fourni des documents aux Soviétiques. L'enquête remonte à David Greenglass qui avoue avoir transmis des documents. Il nie que sa sœur, Ethel Rosenberg, soit impliquée mais affirme que son mari, Julius, a convaincu Ethel de le recruter en 1944 et que Julius a transmis des secrets aux Soviétiques. La république populaire de Chine est proclamée. Certains signes annonciateurs de la guerre de Corée se font jour. 1950 : La guerre de Corée commence.
Les faits L'espionnage Dès 1945, Moscou disposait de réseaux d'espions à Washington, alors que les États-Unis n'en avaient pas en URSS. L'OSS avait déjà probablement été infiltrée par les espions soviétiques. Le NKVD et le GRU investirent par ailleurs les centres de recherche atomique de Los Alamos (Nouveau Mexique). L'espionnage atomique des Rosenberg fut inefficace. Cependant, ils transmirent aux Soviétiques une grande quantité de documents secrets importants tels que, selon l'historien Ronald Radosh, initialement acquis à la cause des Rosenberg, des informations relatives au design des premiers avions MIG, les dernières informations sur le radar et le sonar, ou encore les « proximity fuse » qui permirent d'abattre le U-2 de Gary PowersOn Being Attacked By The Left, Ronald Radosh, FrontPageMagazine.com, .. En fait l'espionnage, sous forme de livraison de secrets et d'informations techniques, avait commencé en 1944 pendant la seconde guerre mondiale. À partir de 1942, s'il n'était pas membre du parti communiste américain, Julius Rosenberg considérait l'URSS comme le seul allié européen de "la race juive" contre Hitler et ne comprenait pas la réticence à aider massivement l'URSS et le retard de l'administration Roosevelt à organiser le second Front réclamé invariablement par Staline jusqu'en 1944. Lors d'une rediffusion dans les années 1980 du film Les Rosenberg ne doivent pas mourir de Stellio Lorenzi (réalisateur et scénariste) et d'Alain Decaux (scénariste), le second, convaincu en 1975, année de son tournage, de l'innocence absolue des Rosenberg (sur la base de la lecture de leurs lettres de la maison de la mort publiées en 1953) admit que Julius Rosenberg avait bien en 1944 livré quelques secrets aux Soviétiques. Mais les États-Unis et l'URSS étaient alors alliés contre l'Allemagne hitlérienne. C'était alors, précisa-t-il, la première fois qu'on avait condamné à mort quelqu'un pour espionnage dans un pays ami.
L’arrestation Le , le FBI arrêtèrent David Greenglass, un ancien mécanicien des usines atomiques de Los Alamos et frère d’Ethel. Greenglass finit par reconnaître avoir touché de l’argent d’un espion, Harry Gold, en échange d’informations sur les projets des usines de Los Alamos. Il est inculpé d’espionnage au profit de l’URSS le .
Le , Julius Rosenberg, beau-frère de David Greenglass qui l’accuse d’être le cerveau de cette affaire d’espionnage, est arrêté. Il est relâché le soir même, le FBI n’ayant aucune charge contre lui. Pendant un mois, le FBI maintient une surveillance sur Julius Rosenberg, qui ne cherche pas à fuir. .. Selon Ronald RadoshRonald Radosh est un historien nord-américain (États-Unis) né en 1937 spécialisé dans la guerre froide. Dans le Dossier Rosenberg, écrit avec Joyce Milton, Ronald Radosh écrit que Julius Rosenberg était coupable d’espionnage et qu'Ethel était au courant des activités de son mari. Il dénonce, en s’appuyant sur les archives du FBI, l’irrégularité de la procédure contre les Rosenberg. et Joyce Milton, David Greenglass subissait des menaces (notamment d’extradition au Nouveau-Mexique) afin d'obtenir des aveux concernant les Rosenberg : Le , David Greenglass finit par faire une longue déposition dans laquelle il accusait notamment Julius Rosenberg d’être un espion.
Le , Julius Rosenberg est arrêté. Selon Ronald Radosh et Joyce Milton, . le J. Edgar Hoover, patron du FBI, . Le , Ethel Rosenberg est arrêtée.
Selon la Cour d’appel, « sans [la] déposition [de Greenglass], le jugement n’aurait pas pu être confirmé ».
Le procès L'acte d'accusation Dès le , Ethel et Julius Rosenberg étaient accusés de conspiration en vue d'espionnage. Le procès suscitait un intérêt extraordinaire pour plusieurs raisonsCf. notamment Radosh et Milton, ., la principale étant que l'accusation était menée par le procureur général Irving H. Saypol, (les communistes). Dès le début du procès la salle fut bondée de curieux. . Dans son discours liminaire, Irving H. Saypol fit Radosh et Milton, ..
. En effet, les sont acceptées comme témoignages, les accusés peuvent être condamnés pour les actes des autres, même s'ils n'ont pas eu connaissance de ces actes. Radosh et Milton, ..
Dans le procès Rosenberg, Radosh et Milton, ..
Les parties en présence Roy Cohn a été le procureur chargé du dossier pendant le procès des époux Rosenberg et de Sobell, et assista à ce titre le procureur général Irving H. Saypol. Roy Cohn est alors un homme de 23 ans, influent et très proche des milieux maccarthistes.
. Par l’intermédiaire de Generoso Pope, Cohn obtient l’assentiment de Frank Costello, parrain de la mafia, (formalité indispensable), ce qui permet à Irving H. Saypol d’être nommé procureur général, alors qu’il est considéré par tous comme un être détestable. - Cohn devient l’assistant d'Irving H. Saypol(…). Le juge Irving Kaufman, qui a déjà présidé un procès en espionnage (Abraham Brothman et Miriam Moscowitz) veut absolument être chargé du procès Rosenberg. Il talonne Roy Cohn, l’appelle au téléphone 50 fois par jour pour donner des directives et s’enquérir des résultats (…). La réponse positive arrive. Irving Kaufman se rend compte que ce procès peut aussi lui valoir des inconvénients, mais il ira jusqu’au bout (« C’est mon devoir »)..
Roy Cohn déclarera : . Roy Cohn explique cependant, toujours dans son autobiographie, comment le juge Kaufman et lui-même communiquaient lors du procès : la secrétaire du juge Kaufman indiquait à Roy Cohn quelle cabine téléphonique appeler et à quelle heure, et les deux hommes parlaient ainsi en privé par cabines téléphoniques interposées.