Dans la psychologie analytique développée notamment par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, la synchronicité est l'occurrence simultanée dans l'esprit d'un individu d'au moins deux événements mentaux qui ne présentent pas de lien de causalité physique, mais dont l'association prend un sens pour la personne qui les perçoit. Cette notion s'articule avec d'autres notions de la psychologie jungienne, comme celles d'archétype et d'inconscient collectif.

La théorie de la synchronicité de Jung est aujourd'hui considérée comme pseudo-scientifique, du fait qu'elle ne s'appuie pas sur des preuves expérimentales. Les critiques apportent des explications issues des connaissances générales de la théorie des probabilités et de la psychologie humaineBonds, Christopher, 2002. "Synchronicity". Pp. 240–42 in The Skeptic Encyclopedia of Pseudoscience 1, edited by M. Shermer, and P. Linse..

Conception jungienne thumb|300px|« Le voilà, votre scarabée », dit Jung à sa patiente en lui tendant un insecte apparu alors qu'elle racontait son rêve d'un scarabée d'or.Selon la conception jungienne, la notion de synchronicité est à resituer dans le contexte d'un inconscient collectif constitué d'archétypesMichel Cazenave, Synchronicité, Physique et Biologie in ; . Jung s'intéressait aux « thèmes » ou motifs archétypiques qui s'activaient chez ses patients. Il observait que s'organisent dans la vie des personnes des événements autour d'un thème de manière que la personne se sente « prise » dedans. Avec ce regard attentif à la dimension archétypique de toute vie, Jung dit avoir constaté l'occurrence de certaines « symétries ou correspondances » entre ce que vit et éprouve un individu avec des événements de la réalité concrète. Plus précisément, les synchronicités renvoient dès lors pour Jung et ceux qui ont prolongé sa pensée à des coïncidences qui frappent l'individu comme profondément porteuses de sens.

Ce qui est commun entre l'éprouvé personnel et l'événement externe renvoie selon cette conception au « thème » ou motif archétypique qui se manifeste de cette manière. Jung considère qu'.

Sur le plan de l'expérience, la rencontre avec un événement synchronistique a un tel degré de signifiance pour la personne, mais surtout apparaît d'une manière si troublante pour le sens commun (malgré le sens qu'il revêt, ou à cause du sens qu'il revêt, pourrait-on tout autant dire), que la personne s'en trouve transformée. L'exemple paradigmatique que Jung utilise pour aborder le concept est celui d'une patiente très éduquée, au « rationalisme cartésien » si développé, ayant une vision du monde qui était si « géométrique », que son médecin, Jung, en était arrivé à considérer comme impossible de la faire progresser vers une « compréhension un peu plus humaine » du monde .

C'est l'intervention d'un simple scarabée, juste après que la patiente eut évoqué un rêve dans lequel un scarabée apparaissait qui « perfora son rationalisme et brisa la glace de sa résistance intellectuelle ». (Voir infra pour les implications en termes d'archétypes.)

Selon l'explication théorique donnée par Jung, les synchronicités remplissent un tel rôle. Elles posent un défi à la notion de causalité telle qu'on l'entend habituellement et à l'idée du monde et de la place du sujet dans celui-ci (dans l'Occident moderne à tout le moins).

Définitions de Jung Le mot vient des racines grecques syn (« avec », qui marque l'idée de réunion) et khronos (« temps ») : réunion dans le temps, simultanéitéDictionnaire Le Petit Robert, édition 2002.

Jung la définit de plusieurs façons :

Analyses du concept jungien Pour Michel Cazenave, l’un des principaux éditeurs des travaux de Jung en France, la synchronicité est un concept épistémologique « limite », celui où . D'autre part Ysé Tardan-Masquelier, dirigeante de la Fédération française de yoga et auteur de Jung et la question du sacréAlbin Michel, 2000., reproche au psychiatre suisse son imprécision en ayant volontairement quitté avec ce concept le terrain du pragmatisme et de la psychologie clinique ; Jung, en effet, , explique-t-elle.

Marie-Laure Grivet, dans les Cahiers jungiens de psychanalyse, qualifie ce concept de croyance métaphysique.

Selon Alain Nègre, Alain Nègre, Entre science et astrologie, éd. S.P.M., 1994, , pages 100 et 101..

Lien aux archétypes selon Jung L'événement repose . L'archétype est un complexe psychique autonome siégeant dans l'inconscient des civilisations, à la base de toute représentation de l'homme sur son univers, tant intérieur qu'extérieur. Les archétypes sont « les fondements de la part collective d'une conception »C. G. Jung, Ma Vie, .. L'archétype se démarque par une intense charge émotionnelle et instinctuelle dont la rencontre teinte la vie de l'homme qui y est confronté de manière existentielle. La notion de synchronicité fait couple avec celle d'archétype, qui dans les limites de la psychologie analytique, explique son processus :

Dans l'exemple que Jung donne, relatif à sa séance avec une patiente, qu'il nomme le rêve du scarabée d'or, la synchronicité associant le rêve, son évocation et la présence du coléoptère révèle pour Jung l'archétype. L'archétype excité était, selon Jung, en lien avec le thème de la renaissance, le scarabée signifiant le renaître de l'âme dans nombre de civilisations, dont l'Égypte des Pharaons, à travers le dieu Kephrî.

Pour lui, l'événement semble s'inscrire dans un monde un, signifiant. Voir plus bas : l'hypothèse d'un Tout.

Jung interprète ce phénomène aussi bien comme une coïncidence signifiante (la patiente parle de scarabée, un scarabée paraît) que comme un cas de rêve prémonitoire (la patiente a rêvé la veille à un scarabée doré, ce jour un scarabée paraît).

La synchronicité présente trois cas : la coïncidence signifiante pour au moins un observateur. Exemple : au début de leur rencontre, le , Freud et Jung se retrouvent seuls pour évoquer l'intérêt des phénomènes parapsychologiques en psychanalyse. Freud n'y voit guère de matériau à exploiter, distant quant à cet intérêt de Jung. Des craquements se produisent alors dans la bibliothèque de Jung, qui, peu surpris, annonça à Freud qu'il s'en produirait de nouveau. Peu de temps après, un nouveau craquement se fait entendre ; Selon Jung, la télépathie, la télesthésie, la clairvoyance la divination, la prédiction, la précognition, le rêve prémonitoire.

Méthode d'approche de la synchronicité On ne peut expérimenter le champ de la synchronicité par des méthodes classiques.

Marie-Louise von Franz a mis le doigt sur une difficulté :

Dans ses écrits, Jung montre que la statistique ne fonctionne pas dans ce domaine, car elle semble truquée par la synchronicité qui intègre la subjectivité et le sens donné à l'événement par celui qui constate la coïncidence, alors que la statistique (mais non les méthodes bayésiennes) raisonne sur des séries étendues et sans qualité. La notion de synchronicité ne s'entendrait donc qu'en psychologie, car elle comporte une estimation qualitative difficile à quantifier.

Jung a néanmoins tenté, avant de mourir, de mettre au point une méthode expérimentale pour cerner la synchronicité. Il voulait assembler un groupe d'élèves qui devaient trouver des individus dans une situation critique du point de vue personnel (après un accident, un divorce ou la mort d'un proche), et dans laquelle un archétype est suspecté activé. Les élèves auraient ensuite fait passer à ces personnes une série de moyens traditionnels de divination (horoscope de transit, Yì Jīng, Tarot, calendrier mexicain, oracle géomantique, rêves, etc.) et auraient alors recherché si les résultats de ces techniques convergeaient ou non.

Étant lié à l'arrière-plan inconscient, le phénomène synchronistique est, de ce fait, objectif, car il ne s'agit pas d'abstractions ou d'a priori religieux. Le phénomène est mesurable (il a une intensité dans l'observation) dans une certaine mesure. On reprocha ainsi à Jung et à ses continuateurs de mélanger les plansVoir à ce sujet : La totalité par Christian Godin, , sur Jung épistémologiques, et de réaliser ainsi un syncrétisme douteux.

Démarches interprétatives de Jung - autres auteurs Jung cite trois auteurs qui ont également été intéressés par des coïncidences signifiantes : le philosophe Arthur Schopenhauer, le zoologiste Paul Kammerer, et le parapsychologue Rhine.

Jung tentera de comprendre ce phénomène en dialoguant avec, notamment, Wolfgang Pauli, un physicien aux prises avec des paradoxes semblables à l'échelle subatomique, ainsi qu'en étudiant de nombreuses pratiques traditionnelles violant également le principe de causalité.

Schopenhauer, dans son traité L’intentionnalité apparente dans le destin de l’individu, inclus dans Parerga und Paralipoména (1850), évoque : une . La Volonté serait la première cause d'où irradient toutes les chaînes causales, comme , expression que reprend Jung.

Paul Kammerer, un zoologiste autrichien, fut le premier scientifique moderne (avant Jung) à considérer les coïncidences sous un angle non mécaniste, celui de la « répétition de cas », d'une loi de sérialité, à côté de la causalité et de la finalitéJung, La synchronicité, principe de relations acausales, .. Dès 1900, et pendant plusieurs années, il note des observations de coïncidences. Il décrit l'univers comme un « monde mosaïque, qui, malgré de constants mouvements et réarrangements, vise à réunir les choses semblables »La Synchronicité selon Jung, http://www.alliancespirite.org/dossier-4.html.. Il a découvert (ou inventé) la fameuse « loi des séries », qui donne le titre de son livre : Das Gesetz der Serie (1919)Jean Moisset, La Loi des séries dans notre vie et les jeux de hasard, JMG Éditions, 2000.. Par exemple, en 1915, deux soldats furent admis séparément à l'hôpital militaire de Katowitz, en Bohême (paramètre 1). Tous deux avaient 19 ans (2), souffraient de pneumonie (3), étaient nés en Silésie (4), étaient volontaires dans le train des équipages (5) et s'appelaient Franz Richter (6).

Le concept de synchronicité apparaît pour la première fois le dans le compte rendu du séminaire sur l'analyse des rêvesJung, Dream Analysis, .. En 1934, un de ses patients avait vu dans un rêve un aigle qui mangeait ses propres plumes ; or, quelque temps après, Jung, au British Museum, découvrit un manuscrit alchimique attribué à Ripley, qui représentait un aigle mangeant ses propres plumes. Le mot apparaît dans une lettre au physicien Pascual Jordan, le Deirdre Bair, Jung. Une biographie, Flammarion, , 1155. Jung, Correspondance 1906-1940, Albin Michel, 1992..

Jung approfondit les travaux de Kammerer, avec l'aide du physicien Wolfgang Ernst Pauli, un des fondateurs de la mécanique quantique entre 1923 et 1929, prix Nobel de physique 1945W. Pauli, C. G. Jung, Correspondance 1932-1958, trad. Françoise Périgault, Albin Michel, 2000.. Pauli a suivi de 1931 à 1934, une cure analytique avec l'un des élèves de Jung. Dès 1932, il voyait Jung tous les lundis pour discuter de ses rêves, étudiés par Jung dans Psychologie et Alchimie. thumb|left|200px|Wolfgang Ernst Pauli

Joseph Banks Rhine, le fondateur de la parapsychologie, avait posé la notion de perception extra-sensorielle (E.S.P. : extra-sensory perception), sur bases statistiques. En 1940, il envoya une copie de son livre Extra-Sensory Perception (1934) à Carl Jung et commença une correspondance régulière avec luiVictor Mansfield, Sally Rhine-Feather et James Hall, The Rhine-Jung Letters: Distinguishing Parapsychological From Synchronistic Events, lire en ligne.

En 1948, il écrivit une préface à l'édition anglaise du Yì Jīng (Le Canon des Mutations). Il connaissait ce livre par son ami Richard Wilhem depuis 1920 et pratiquait lui-même « cette technique oraculaire » fondée sur l'interprétation de . thumb|200px|Le Yì Jīng se fonderait sur la synchronicité