vignette|upright=1.7|Musiciens vêtus de ndop.
Le ndop, également appelé dze ndouop ou nji ndop, est une étoffe de coton teinte à l'indigo associée aux cultures des Grassfields du Cameroun, en particulier aux peuples Bamilékés et Bamouns, ainsi qu'à des populations de l'est du Nigeria. Traditionnellement utilisé dans les cours royales, les cérémonies et certaines sociétés initiatiques, il se caractérise par des motifs blancs, géométriques ou figuratifs, qui se détachent sur un fond bleu indigo.
Dans sa forme traditionnelle, le tissu est constitué de bandes de coton cousues bord à bord. Les motifs sont obtenus par une technique de teinture à réserve : des fils de raphia protègent certaines parties de l'étoffe lors de la teinture à l'indigo, puis sont retirés afin de faire apparaître les dessins blancs.
Histoire vignette|Ndop.
Origines et circulation La présence du ndop dans les Grassfields est attestée au . Des étoffes fabriquées dans la région de Wukari, dans l'actuel Nigeria, parvenaient alors dans les royaumes des Grassfields par les circuits commerciaux. Elles pouvaient servir de biens d'échange aux côtés des cauris.
Au , les peuples bamiléké et bamoun importent des étoffes de ce type depuis la région de Wukari. Une production locale se développe au Cameroun au début du . Sonkeng et Kouosseu situent vers 1920 le développement d'un type camerounais qui coexiste avec les étoffes de type wukari.
Les dénominations dze ndouop et nji ndop sont également employées pour désigner l'étoffe.
Développement au Cameroun La fabrication du ndop dans les Grassfields repose sur la circulation de l'étoffe entre plusieurs régions spécialisées dans le tissage, la réalisation des motifs et la teinture. Le tissu varie selon les lieux de production, le coton employé, la teinte de l'indigo, la couture de réserve en raphia et la composition des motifs.
Des étoffes anciennes sont conservées dans les chefferies des Grassfields, dont celle de Baham. Des pièces collectées à l'époque coloniale sont aussi présentes dans des collections muséales.
Le ndop est devenu l'un des textiles associés aux cultures bamiléké et bamoun. Les variations de ses motifs et de leur organisation constituent une caractéristique importante des différentes pièces ; Pamela Feldman-Savelsberg, « Variations in Royal Blue: Bamiléké Display Cloth from Ritual Respect to Ethnic Demonstration », Hali, , septembre-octobre 2005, ; John Gillow, African Textiles, Chronicle Books, San Francisco, 2003..
Fabrication gauche|vignette|Pièce d'étoffe en coton à motifs bleus et blancs photographiée à Foumban par Frédéric Gadmer en 1916.
Fabrication traditionnelle Le procédé traditionnel associe plusieurs opérations réalisées dans différentes régions du Cameroun. Une partie du tissage et de la teinture est effectuée dans le nord du pays tandis que la réalisation des motifs de réserve est effectuée dans les Grassfields.
Les principales étapes sont : le coton est filé puis tissé en bandes étroites ; les bandes sont assemblées afin de constituer une étoffe de plus grande dimension ; les motifs sont dessinés sur le tissu ; les lignes des dessins sont cousues avec du fil de raphia très serré ; le tissu est plongé dans un bain d'indigo ; le raphia empêche la teinture d'atteindre les parties protégées ; après séchage, les coutures de raphia sont retirées et les motifs blancs apparaissent sur le fond bleu.
vignette|Atelier de tisserands à Foumban.
Le fil de raphia remplit ainsi une fonction comparable à celle des substances de réserve utilisées dans d'autres techniques de teinture. Les étapes successives nécessitent l'intervention de tisserands, de dessinateurs, de couturiers et de teinturiers.
Bandjoun et Baham comptent parmi les centres où cette technique a été pratiquée. Le savoir-faire pouvait être transmis au sein des familles ou être lié à l'acquisition de certains statuts dans la chefferie.
Certaines pièces peuvent être portées autour de la taille et passées entre les jambes. La réalisation des motifs par couture de réserve est également décrite dans des présentations consacrées aux techniques artisanales du ndop.
Production contemporaine La production du ndop s'est transformée avec l'apparition de procédés industriels. Des tissus reprenant son répertoire graphique peuvent être produits par impression plutôt que par couture de réserve et teinture artisanale.
Ces étoffes sont fabriquées par des procédés proches de ceux employés pour certains wax, par impression rotative ou par impression numérique. Elles conservent généralement l'association visuelle de motifs blancs et d'un fond bleu inspirée du ndop traditionnel.
Motifs et symbolique vignette|Tissu ndop de Batié, dans la région de l'Ouest du Cameroun.
Les motifs du ndop sont composés de formes géométriques et de représentations stylisées. Ils peuvent reprendre des cercles, des carrés, des losanges, des triangles, des spirales ou des figures animales. Leur organisation varie selon les lieux, les usages et les personnes auxquelles l'étoffe est destinée.
Dans les sociétés des Grassfields, ces signes peuvent être associés au pouvoir, à la fécondité, à la sagesse, à la protection ou à la continuité du groupe. Le ndop appartient ainsi à un ensemble plus large de formes visuelles utilisées dans l'architecture, la sculpture et les objets liés au pouvoir.
Parmi les motifs auxquels sont attribuées des significations figurent : le serpent à deux têtes, associé à la sagesse et au pouvoir royal ; l'araignée, associée à la sagesse et à la divination ; la spirale, associée à la solidarité ; la tortue, associée à la sagesse et à la prudence ; les cauris, associés à la richesse et à la fécondité ; le fer de lance, associé au pouvoir royal.
La couleur bleue, obtenue par l'indigo dans les pièces traditionnelles, participe également à la valeur symbolique de l'étoffe.
Le port du ndop est traditionnellement lié au statut de la personne et au contexte rituel ou cérémoniel.
Usages vignette|gauche|Cercueil recouvert de ndop lors de funérailles à Bana.
Le ndop est utilisé comme vêtement d'apparat et comme élément de décoration des espaces cérémoniels. Dans les chefferies, il peut servir à délimiter ou à décorer des espaces liés au roi, aux dignitaires et aux rituels.
Il intervient dans les cérémonies funéraires de l'ouest du Cameroun. L'étoffe peut être portée par des chefs, des notables, des membres de sociétés initiatiques ou des proches du défunt. Des pièces de ndop servent aussi à décorer les lieux des funérailles ou à envelopper la dépouille de certains dignitaires.
Le textile est également employé dans la confection de vêtements, de costumes cérémoniels et dans la décoration d'objets associés aux cours royales. Le musée du quai Branly - Jacques-Chirac le décrit comme une étoffe royale et cérémonielle du Cameroun.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie . . . Jean Bernard Nguiafing, « Le tissu douop (ndop) à Baham : appropriation d'un art séculaire », dans Jean-Paul Notué et Bianca Triaca, Baham : arts, mémoire et pouvoir dans le royaume de Baham (Cameroun), 5 Continents, Milan, 2005, , . . Ly Dumas et al., Ndop : étoffes des cours royales et sociétés secrètes du Cameroun, Gourcuff Gradenigo, Paris, 2020, .
Articles connexes Bamilékés Bamouns Grassfields Teinture à l'indigo Teinture à réserve Textile africain
Liens externes
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