Déservillers est une commune française située dans le département du Doubs, la région culturelle et historique de Franche-Comté et la région administrative Bourgogne-Franche-Comté.

Les habitants se nomment les Desevias.

Géographie vignette|centre|redresse=1.5| Communes limitrophes

Géologie et relief Déservillers est situé à une altitude comprise entre et , sur le rebord du deuxième plateau du massif du Jura, à l'est de Besançon, dans le Doubs. Vers l'Ouest, la vue est impressionnante et dépasse le faisceau bisontin situé à . À l'Est, par beau temps, la silhouette du Mont Blanc (cf.: la photo à la fin de cet article) coiffe une longue série de crêtes anticlinales allongées en fuseau (cf.: la photo plus bas). Le finage du village est à cheval sur plusieurs terroirs complémentaires : au centre, le village sur le pli-faille où émergent les sources ; à l'ouest le terroir de plateau calcaire (appelé plateau d'Amancey) qui fournit les céréales (blé et orge aujourd'hui, mais aussi avoine dans le passé), plateaux secs karstiques avec des avens ; à l'est du village, gouffres et grottes sur les failles, offrant les pâturages communaux (appelés les Crêtes), ainsi que des prés humides (Prés neufs, Prés de la Vieille-Folle, la Broche) sur quelques couches marneuses d'âge secondaire, plus humides et très exploités aussi dans cette région d'élevage. La commune compte, évidemment, des forêts mixtes de feuillus et résineux, propriétés communales et privées.

Cette complémentarité est celle de tous les villages du pli-faille qui court de la haute vallée de la Loue jusqu'à Salins-les-Bains (accident géologique appelé faisceau salinois). Elle explique en partie l'orientation vers des activités d'élevage depuis le Moyen Âge qui fut un âge d'or dans la région grâce aux mines de sel de Salins, avec la possibilité de nourrir de grosses communautés et la mise en place d'une culture fromagère précoce. Les "vachelins" fabriqués dans les fermes deviendront plus tard les meules de gruyère, désignées depuis les années 1980 par l'appellation Comté.

La géographie karstique du sous-sol de Déservillers est bien connue. Jadis, les paysans se servaient de ces gouffres (celui des Biefs Boussets, par exemple) pour y déposer les cadavres de leurs vieux chevaux. Ce qui explique la pollution qui fut éradiquée grâce à ces missions de spéléologie et l'installation d'une station d'épuration dans les années 1990, traitant aussi les eaux de la fromagerie. Les cinq gouffres sont les ouvertures sur le onzième réseau souterrain de France, le Verneau souterrain, dont la résurgence se trouve à Nans-sous-Sainte-Anne, à huit kilomètres de là. Plus de trente trois kilomètres de galeries ont été explorées et cartographiées (situation en 2001). Du 5 au , six spéléologues ont été bloqués par la montée des eaux due à un redoux entre les Biefs Boussets et Nans-sous-Sainte-Anne. En raison de la dangerosité de la traversée (et des frais élevés des sauvetages), une autorisation est nécessaire pour effectuer la traversée.

Climat

Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat de montagne, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols) et des données couvrant la période 1971-2000.. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche.. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat semi-continental. et est dans la région climatique Jura, caractérisée par une forte pluviométrie en toutes saisons ( à ), des hivers rigoureux et un ensoleillement médiocre.. Elle est en outre dans la zone H1c au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves..

Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune d'Éternoz à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de ... . Toponymie Déservillers en 1243 ; Desserviller en 1259 ; Deserviler en 1260 ; Deservelers en 1275 ; Deserviller en 1369 ; Dessertveller en 1392..

Urbanisme Typologie Au , Déservillers est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à définie par l'Insee en 2022.. En réalité, le village est un ancien village-tas, d'habitat groupé comme il s'en constituait au Moyen Age, et qui s'est desserré à deux reprises : à la fin du XIXe siècle, lorsqu'un maximum démographique a été atteint, et à la fin du XXe siècle lorsque l'automobile a permis de relier un lotissement au village centre et diffuser des habitations selon un principe classique d'étalement qu'on retrouve dans les banlieues des villes. Du reste, les fermes du centre se sont vidées de leurs animaux, et de nouveaux bâtiments agricoles de grande taille, pouvant abriter plusieurs dizaines de vaches et d'importants stocks de foin pour l'hiver et de matériel agricole ont surgi aux frontières du village, sur le modèle classique des banlieues urbaines.

La commune est située hors unité urbaine. Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Pontarlier (mais aussi de Besançon). Néanmoins elle est considérée comme une commune de la couronne pontissalienneLa notion d'aire d'attraction des villes a remplacé en octobre 2020 l'ancienne notion d'aire urbaine, pour permettre des comparaisons cohérentes avec les autres pays de l'Union européenne.. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de moins de ...

Occupation des sols thumb|A l'ouest (en haut de la photo), l'openfield du plateau céréalier d'Amancey ; à l'est (moitié basse de la photo), les prairies et le bocage en cours de détricotage. Source : Google Earth. L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (75,1 % en 2018), en diminution par rapport à 1990 (76,1 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : prairies (56,9 %), forêts (21,5 %), terres arables (11 %), zones agricoles hétérogènes (7,2 %), zones urbanisées (3,5 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866), les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui). et de la Nasa avec Google Earth qui permet de bien évaluer la complémentarité des terroirs agricoles de céréales et d'élevage bovin (prairies). vignette|redresse=1.4|centre|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).

Histoire Dans le Dictionnaire des communes de l'historien Jean Courtieu (, Besançon, Cêtre, 1984), le plateau d'Amancey et Déservillers ont été peuplés à l'âge du bronze (plusieurs objets, dont des bracelets, une boucle d'oreille et un bandeau de bronze estampé datant de cette époque ayant été trouvés au attestent de cette occupation. A l'époque romaine, la villa des Egliseries entre Déservillers et Bolandoz signale déjà des cultures de qualité et un défrichement.

Au cœur du Moyen-Age, Déservillers vit un âge d'or : il a déjà une église, la famille de Scey avait des droits de patronage sur l'église en 1243 et les donna cette année-là à l'abbaye de Buillon créée au . En 1250, le chapitre métropolitain de Besançon acquit ce titre. En 1407, Hugonin de Scey, seigneur de Fertans, reconnut tenir en fief de l'archevêque, le droit de présentation à la cure. La paroisse de Déservillers a compté aussi Labergement-du-Navoy, les hameaux de l'Ermitage, Palantin, la Broche et une partie des moulins de Rochanon.

Selon Jean Courtieu, plusieurs familles étaient possessionnées dans la région, notamment les Montmorot, les Andelot, les Malans, les Vaudrey, les Cléron. La grande famille des Chalon, propriétaire des mines de sel de Salins, s'implante sur les plateaux du Jura et parvient à s'emparer de la presque totalité de la paroisse, très bien située entre leur forteresse de Montmahoux et la ville de Salins. En 1259, Gaucher d'Andel reconnait tenir en fief de Jean de Chalon tout ce qu'il y avait à Myon, Eternoz et Déservillers. En 1272, Jehan de Chalon-Arlay son successeur, achète d'autres biens, tels ceux de Perrin de Malans. Quant à la famille de Scey, première implantée, Jean de Chalon lui achète une forêt sous le village en 1282 et tous les autres biens en 1286.

La cohabitation dure jusqu'au lorsqu'en 1523, Marguerite d'Autriche, souveraine du comté de Bourgogne, accorde aux habitants de Déservillers le partage et la propriété de leurs communaux. L'ère des Chalon est achevée. En 1670, alors que la Franche-Comté va bientôt passer sous les fourches de Louis XIV, les habitants se reconnaissent "bons et fidèles sujets de Sa Majesté à cause de sa Seigneurie d'Ornans et qu'à icelle appartient toute justice, haute, moyenne et basse et spécialement sur leurs communaux". Réunie à la France en 1674, la seigneurie de Déservillers fut achetée en 1697 par François Simonin d'Ornans et Pierre Patouillet, un marchand de Salins dont le nom restera attaché à Déservillers où sa descendance bâtira un château au Sud du village avec un parc fermé jusqu'au (la famille est toujours existante).Le village est touché par la terrible guerre des Dix-Ans, la peste en 1636 qui fauche les deux-tiers des habitants. Au , le village dépend de la châtellenie de Fertans.

Quand les premières données statistiques apparaissent à la fin du (1688), on compte 238 bêtes à cornes, 40 chèvres, 200 moutons et 19 chevaux. En 1795, peu de changement.

On mesure depuis le la grande stagnation de la population depuis les statistiques données par Jean Courtieu : 1593 : 72 feux (familles), 390 habitants. 1614 : 54 feux. 1657 : 163 habitants. 1688 : 35 feux, 184 habitants. 1783 : 80 feux. 1790 : 577 habitants. Pour avoir une idée de l'évolution des patronymes, Jean Courtieu cite un recensement des noms de famille en 1750 : Bataillard, Besson, Bulle, Carré, Chatelain, Comte, Crétin, Demontrond, Fumey, Gobe, Grey, Guion, Labé, Lamy, Méneguin, Ménétrier, Micaud, Monnerot, Nicod, Panier, Plume, Pone, Raton, Rouge, Saucet, Tournier, Vautier, Vernu. Vingt-et un noms ont disparu en trois siècles.