vignette|Sculpture de Bronze évoquant la dépendance au smartphone (Paul Day, Londres).

La dépendance ou l'addiction au smartphone ou la nomophobie est un phénomène qui apparaît depuis la large diffusion des smartphones. Il relève, du moins en partie, de la cyberaddiction qui peut se développer, notamment dans le cadre du nomadisme numérique, ou révèle souvent d'autres addictionsBailly D & Venisse J.L (1994) Dépendance et conduites de dépendance, Paris, Masson.. Il peut ajouter à la dépendance au téléphone et à l'information disponible sur l'Internet une autre dépendance, à certains des réseaux sociaux qui se sont développés grâce à Internet.

Ce trouble est classé dans les pathologies communicationnelles ; troubles psychologiques entraînant chez le terme utilisé par Cédric Biagini (2012) un besoin excessif, incontrôlable voire obsessionnel d'utiliser un téléphone au point d'y consacrer tant de temps et d'énergie, que l'objet et son utilisation finissent par interférer négativement avec la vie quotidienne, professionnelle ou affective du sujet Archer, D. (2013). « Smartphone addiction » Psychology Today. qui peut développer une anxiété, parfois phobique ou une dépression Myeong-ok Yu, Sejin Ju & Joo Hyun Kim (2014). « A Study on Smartphone Addiction, Mental health and Impulsiveness For High School Students at Korea » 디지털정책연구, 12(4), 409-418 (résumé). qui vont indirectement aussi affecter son entourage. Cette dépendance se résout parfois d'elle-même, et dans ce cas, à la différence des dépendances chimiques elle n'entraînerait pas ou peu de séquelles physiques et psychiques pour la santé, affirmation que seules des études épidémiologiques de long terme pourront confirmer.

Cette nouvelle addiction semble tendre, pour partie au moins, à se substituer à l'addiction à la télévision. Dans les années 2010, l'addiction au smartphone touche surtout les jeunes« La dépendance au smartphone, un mal croissant chez les jeunes », Le Parisien avec AFP, 15 juin 2014..

Histoire Internet addiction disorder

Le terme émerge d'abord (ou est rapidement reconnu) dans plusieurs pays asiatiques, notamment en Corée du sud et au Japon. Dès 2006, des comportements compulsifs jugés pathologiques liés à l'usage de l'internet y sont détectés chez les collégiens et lycéensMorahan-Martin J, Schumacher P. Incidences and correlates of pathological Internet use among college students. Computers in Human Behavior. 2000;16:13–29..

Les consultations psychiatriques pour addiction à l'internet ont augmenté au Japon des années 1990 à 2000Sato T. Psychiatric consultation in the Internet addiction. Jpn J Psychiat. 2004;9:345–351. (en Japonais) alors que le pays devient celui où le haut débit est le plus élevé et le moins cher. Selon le ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, en 2007 environ passaient une grande partie de leur nuit sur l'Internet ou dans un manga café (5400 personnes au Japon déclarent régulièrement passer toute une nuit sur l'Internet ou dans des manga cafés). En 2007 les collégiens japonais étaient déjà 9 % à souffrir d'un syndrome de cyberdépendance (l'un des taux les plus élevés au monde vers 2005)étude de 2007 produite par Takeshi Sato, intitulée “Internet Addiction among Students: Prevalence and Psychological Problems in Japan” ; JMAJ 49(7.8): 279–283, 2006, mais des indices laissent penser que la dépendance au smartphone est bien pire (il décrit le cas de deux étudiants sombrant dans la dépression alors qu'ils ne pouvaient plus s'empêcher d'envoyer plus de 100 emails par jour)... En outre, selon lui la dépendance aux jeux en ligne devient aussi un « grave problème au Japon » " le seul centre d'aide aux élèves absentéistes basé à Nagoya "a reçu 327 demandes d'aide concernant la dépendance aux jeux en ligne en 6 mois (janvier à ).

Selon une étude de 2013, 7 % des 50 millions de Sud-Coréens présentent d'addiction à l'internet, mais ce taux triple en grimpant à près de 20 % chez les adolescents (génération née et ayant grandi avec internet), les étudiants de haut niveau ne sont pas les moins touchés Ha JH, Chin B, Park DH, Ryu SH, Yu J. « Characteristics of excessive cellular phone use in Korean adolescents » Cyberpsychol Behav. 2008 Dec; 11(6):783-4.. adolescents seraient susceptibles d'être touchés par ce phénomène en Corée rien qu'en 2013 Kim AY. « 240 thousand adolescents are in danger of smartphone addiction » Naeil Shinmun ; Korean ; 3 juillet 2013.

Émergence des smartphones Le premier smartphone destiné à un large public, l'iPhone, est présenté par Steve Jobs le , et commercialisé à partir du . Deux milliards d'iPhone sont vendus entre 2007 et 2023.

Avec la diffusion très rapide des smartphones dans le monde au début du cette dépendance est jugée préoccupante par un nombre d'auteurs et d'études scientifiques. À partir de 2007Année de diffusion du premier iPhone et le début de la diffusion du smartphone, l'addiction au numérique s'est durcie. Dans les pays ou les régions riches émergents d'Asie comme Singapour, Hongkong,Corée du Sud ou Taïwan, en 2014 , selon le cabinet d'étude Nielsen. 87 % des 5,4 millions d'habitants de Singapour ont un téléphone multifonction (contre 65 % aux États-Unis) via lequel ils passent en moyenne 38 minutes par session sur Facebook, , selon la société Experian.

Début 2020, on a déjà des preuves scientifiques de comorbidité liée à cette dépendance ainsi qu'à la dépendance aux réseaux sociaux qui lui est liée. Ces comorbidités incluent la timidité, une moindre image de soi, l'anxiété, la dépression et parfois les TOC, ou un syndrome de type TDAH ou encore des problèmes de consommation d’alcool, des troubles cognitifs et de la régulation cognitive-émotionnelle et de l’impulsivité.. S'y ajoutent, sur le plan physiologique, un sommeil, une forme physique et un comportement alimentaire dégradés, un risque accru de douleurs et des migraines, un moindre contrôle cognitif avec des changements observable du volume de matière grise du cerveau. Autrement dit : .

En 2023, la plus grande étude jamais faite sur le niveau d'addiction (chez participants de 18-90 ans dans 195 pays, via un questionnaire standardisé, pilotée à partir de l'Université de Toronto). conclut que près d'un tiers des interrogés (29 à 31 %) présentent un risque élevé d'addiction, un risque qui diffère toutefois selon leur genre, âge et région ; les femmes, les plus jeunes et les personnes d'Asie du Sud-Est étant les plus à risque, alors que l'Europe est la région où le risque d'addiction est le moindre..

Les études scientifiques peu à peu produites sur le phénomène montrent aussi des tendances très différentes selon les générations et selon les pays et les cultures. Et les auteurs attirent souvent l'attention sur le caractère émergent et rapidement croissant du phénomène, qui doit faire considérer leurs résultats avec une certaine prudence, alors qu'un internet 3.0 semble déjà se préparer et que depuis 2023 l'intelligence artificielle vient bouleverser l'Internet et de nombreux secteurs de la société. Les tests psychologiques devraient en outre être complétés de recherches de preuves neurologiques ou biologiques selon Mok& al Mok, J. Y., Choi, S. W., Kim, D. J., Choi, J. S., Lee, J., Ahn, H.... & Song, W. Y. (2014). « Latent class analysis on internet and smartphone addiction in college students » Neuropsychiatric Disease and Treatment, 10, 817..

Description

Avec le passage du simple téléphone au mobile puis au smartphoneGermain M (2012) Du téléphone au smartphone à l'usage des débutants... Et des autres !, France : Puits Fleuri, la « victime » est passée d'un besoin de presque constamment parler, à celui d'écrire ou recevoir des textos, à celui d'être en ligne ou dans l'Internet presque en permanence. Le téléphone sert en effet de moins en moins à téléphoner et de plus en plus à se connecter à Internet, photographier, filmer, donner l'heure, servir de GPS, etc. : les mails et les chats ou les visio-chats tendent par exemple à être remplacés par d'autres activités.

Ce phénomène de dépendance entre alors dans la catégorie cyberdépendance (ou cyberaddiction), qui induit des symptômes et troubles décrits comme usage problématique d'Internet (UPI), usages problématiques des TIC, ou trouble de dépendance à Internet (TDI).

La dépendance peut être entretenue ou exacerbée par des systèmes d'alerte de messagerie, mais aussi par la publicité ciblée permise par l'exploitation de données collectées et revendues par certains moteurs de recherche ou sites de réseautage social. Certaines applications récentes visent à faire du smartphone un véritable coach personnel.

Les consultations de psychologues et psychiatres continuent à accueillir des jeunes addicts aux jeux vidéo, mais aussi de plus en plus d'accros aux réseaux sociaux et aux vidéos en ligne (YouTube).

Ce phénomène d' « asservissement volontaire » ou « subi » à cet objet connecté particulier a d'abord été détecté en Asie dans les pays où les smartphones sont les plus utilisés, mais est également signalé aux États-Unis et en Europe (dont en FranceFourati, E. (2013). Regards croisés sur les usages problématiques du Smartphone dans la société française ; mémoire de Master, sous la direction de Christophe Génin ; Art and art history. Année universitaire 2012-2013). Les États-Unis envisagent de l'introduire dans leurs guides de diagnostic et statistiques des troubles mentaux (il pourrait être dénommé “internet use disorder”).

Constats et enjeux Psychiatres et psychologues constatent une fréquence croissante de troubles : l'usage intensif du téléphone peut amener des troubles musculo-squelettiques et notamment articulaires de certains doigts fortement mobilisés par le clavier ou l'écran tactile. Par ailleurs, la fascination du surf sur internet, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes, pourrait parfois conduire à une difficulté à distinguer le réel du virtuelJolivalt B (1995), La réalité virtuelle, Paris, PUF (. (que Fourati en 2013 décrit comme « réelisation » du virtuel et « virtualisation » du réel).

Certains chercheurs estiment que le monde partiellement virtuel et facilement accessible par le smartphone pourrait être un lieu et un temps d'échappatoire à une réalité vécue comme difficile. Certains y voient aussi un exutoire à des pulsions impossibles ou plus difficiles à assouvir dans le monde réel, ce qui devient problématique quand l'addictivité traduit une immaturité socio-affective ou entretient l'impossibilité de se construire une identité psychosociale plus ancrée dans l'environnement social réel de la personne. La dépendance peut être amplifiée par la coexistence d'un sentiment de faible valeur personnelle, de non-reconnaissance..

Différences homme-femme Greenberg et al. (1999) démontre des disparités dans l'expression des addictions selon les sexes, dont l'addiction aux téléphones portables et internet. Jung-Yeon Mok et al. (2014) de l'université d'Eulji (Corée du Sud) confirme cette tendance quinze ans plus tard (sur un échantillon de 500 étudiants sud-coréens) et invite les futures études sur le sujet à analyser les deux sexes séparément.