La place Saint-Léger est une artère piétonne historique située en France sur la commune de Chambéry dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Autrefois constituée de deux quais le long d'un canal de l'Albanne sur lequel était bâtie l’église Saint-Léger, détruite au , la place Saint-Léger actuelle demeure depuis sa création la principale traversée piétonne du centre ancien de Chambéry.

Situation et accès vignette|La place Saint-Léger en 2017. vignette|La place se situe au cœur du centre ancien. La place Saint-Léger constitue aujourd'hui la principale traversée piétonne du centre-ville de Chambéry. Bien que dénommée « place » pour des raisons historiques (ancienne place dite « des Marchands » puis « Saint-Léger » sur le parvis de l’église éponyme aujourd'hui disparue), la physionomie de l'artère actuelle est néanmoins plus proche de celle d'une large rue oblongue, relativement rectiligne malgré une légère courbure.

Longue d'environ , la place s'étend sur un axe s'étirant du nord-ouest (près de l'hôtel de ville et des halles) au sud-est (près du Carré Curial). Sa largeur est variable et moins importante à ses extrémités qu'en son centre où elle approche les de large entre les rues Porte-Reine et Métropole. Les façades des immeubles qui l'entourent, bien que parfaitement alignées entre elles, ne sont néanmoins pas uniformes dans leurs styles ou leurs couleurs, même si beaucoup ont en commun d'être très colorées.

Comme la plupart des rues piétonnes à Chambéry et au-delà en France, la place Saint-Léger est entièrement pavée depuis la piétonnisation décidée durant les années 1970. Certaines parties de la place peuvent par ailleurs être utilisées en tant que terrasses au devant des cafés qui y sont situés. L'ensemble de la place est autrement constitué de commerces.

La place Saint-Léger dispose enfin, comme d'autres rues du centre, de pavoisements aux armes de l’ancien duché de Savoie et de ses provinces historiques.

Origine du nom

Historique Première installation Comme l’ensemble du territoire de la commune de Chambéry situé en plaine, l'emplacement de la place Saint-Léger est constitué de marais et de multiples bras de la rivière Albanne, ce pourquoi les premiers habitants s'installent sur les hauteurs de la colline de Lémenc. Leur assèchement progressif permet, durant le Moyen Âge, d'atteindre les coteaux de la colline de Montjay et d'y faire bâtir le nouveau château des seigneurs de Chambéry. C'est au pied de celui-ci que s'installe la nouvelle ville dite de Chambéry-le-Jeune, grâce à un drainage progressif des zones marécageuses, des constructions sur pilotis et l'installation de plusieurs moulins alimentés par les bras de l’Albanne canalisés coulant dans les quartiers.

La place Saint-Léger actuelle fait partie de cette ville nouvelle, dont elle devient déjà la principale artère à quelques mètres à l'est du château. Elle comprend l’un des bras de l'Albanne, aménagé en un canal appelé « Grand Canal », qui coupe la place sur toute sa longueur et qui la divise en deux rues appelées au Grand'Rue (Magna Carreria) à droite et Rue de la Grenaterie (Carreria Granateriæ) à gauche, rues alors reliées par plusieurs petits ponts. Entre les deux rues existait par ailleurs l’unique place de la ville, dite place des Marchands (Platea Mercatorum), située devant l'église entre les deux quais en surplomb de l’Albanne.

Place et église Saint-Léger Cette église, indiquée comme l’église paroissiale Saint-Léger, est bâtie à une époque indéterminée. Jean-Louis Grillet estime sa construction consécutive au martyre de l'évêque Léger d'Autun au , Alexis de Jussieu avance pour sa part que l’église a dû être construite avec la ville après l'édification du château à partir du , et Timoléon Chapperon indique dans la même idée qu'une telle église ne peut avoir été bâtie hors de l’enceinte de la ville, ville dont la présence n’est pas attestée avant l'arrivée du château à Montjay. Dans tous les cas, Jussieu indique par ailleurs que la paroissiale de Saint-Léger est déjà mentionnée dans le pouillé du diocèse en 1110.

D'une longueur d'environ 16 toises, soit une trentaine de mètres, l'église est orientée vers le couchant comme la plupart des églises au Moyen Âge, et son clocher haut de est situé à droite de la porte d'entrée. C'est dans ce clocher que se tenaient les guetteurs de la ville dont le rôle était d'assurer sa sûreté en prévenant des différents dangers, y compris des incendies. L'église connait également une période durant laquelle un passage traversant est organisé de manière à relier directement les deux rues sans en faire le tour, un passage que Fodéré décrit ainsi en 1619 : .

Autour de l'église se trouvent des « cabornes », soit des petites cahutes commerçantes en bois situées au pied des immeubles le long de la place et dont la dénomination ne se retrouve qu'à Chambéry. Grillet indique que le souverain Amédée VIII de Savoie, par lettres patentes de 1409, décide de la démolition des cabornes qui se trouvent derrière l'église Saint-Léger. Toutefois, près de deux siècles plus tard, l'arrêt du du souverain Sénat de Savoie décrète la couverture du canal de l'Albanne, ce qui permet de dégager de la place pour replacer des cabornes. Cet arrêt est également à l'origine de l'installation des piliers et des toits sur ces boutiques, créant ce que l’on appelle alors la rue Couverte.

L'église Saint-Léger subit de nombreuses transformations durant les siècles, par exemple en 1339 lorsqu'il faut en refaire la toiture, en 1347 avec la reconstitution de son portail, ou lors de sa reconstruction partielle à la suite d'un incendie en 1650. Il a même été plusieurs fois émis la demande de la démolir, comme en 1550 auprès du roi de France Henri II (qui occupait alors Chambéry), ou en auprès d'Emmanuel-Philibert de Savoie, sans que ces demandes ne soient jamais suivies d'effet. C'est finalement par sentence du que décision est prise d'interdire l’église en vue de sa démolition, principalement du fait que celle-ci menace trop gravement de s'effondrer.

De la Révolution à nos jours À la suite de Révolution française et du premier rattachement de la Savoie à la France de 1792, la place Saint-Léger devient la place de la Liberté. Le corps de garde qui s'y trouve est démonté et remplacé par un arbre de la liberté surmonté d'un bonnet phrygien, devant lequel sont ensuite brûlés les armoiries et les tableaux de la Maison commune.

La place retrouve son nom d'origine et revient au royaume de Sardaigne de 1815 à 1860. En 1816, Aubin-Louis Millin relate son voyage en Savoie et dit de la place que . Il ajoute néanmoins qu'. Un sentiment déjà partagé à la fin du où l'on considère même les cabornes insalubres, sans compter le fait qu'elles occupent une place très importante sur la place, ce qui provoque du fait de la foule et des charrettes, beaucoup d'encombrements. Ce pourquoi, concomitamment à la percée de la rue de Boigne (1824-1830) à travers la place, les « cabornes » et les toitures de la rue Couverte sont définitivement démolies en 1826.

vignette|Tour de l’horloge recomposée en 1902.

En 1897, alors que la Savoie est française depuis 37 ans, un incendie survient sur la place Saint-Léger à proximité de l’horloge. À l’occasion des travaux de reconstruction, décision est prise d'ouvrir une nouvelle rue et une place attenante, baptisées toutes deux « Porte-Reine » en mémoire de l’ancienne porte percée en 1737 pour le mariage de Charles-Emmanuel III et d'Élisabeth-Thérèse de Lorraine. Les travaux débutent après 1900 et s'étalent sur près de 10 ans, en grande partie selon les plans de l’architecte Victor Dénarié qui se charge également de reconstituer le beffroi de l’horloge en 1902 avec l’aide de Jean Carle pour les sculptures, en particulier celle des armoiries de Chambéry situées sous l'horloge faisant face à la place.

La place Saint-Léger est relativement épargnée par le bombardement du 26 mai 1944 du fait de sa distance suffisante avec la gare de Chambéry qui était visée, et ne nécessite donc pas de reconstructions d'envergure. Le secteur sauvegardé de Chambéry dans lequel la place s'inscrit est créé en 1969, une création suivie à partir de 1975 de grands travaux de mise en valeur et de piétonnisation du centre ancien. C'est au cours de ces travaux que les façades de la place sont recouvertes de peintures et d'enduits aux couleurs chaudes, une polychromie choisie à la fois pour des raisons de mise en valeur des différentes architectures des immeubles, mais également selon l'architecte des bâtiments de France de l’époque, Edmond Brocard. C'est également à l'occasion de ces travaux que sont réalisés les peintures en trompe-l'œil de la cour de l’Horloge.

Depuis , la place Saint-Léger accueille le marché de Noël de Chambéry, auparavant installé boulevard du théâtre près de la fontaine des éléphants.

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire En tant que principale artère historique de la ville de Chambéry, la place Saint-Léger conserve un certain nombre de lieux et de monuments alentour comportant des intérêts historiques et/ou architecturaux.

À ce titre, la place fait à la fois partie des de secteur sauvegardé du centre ancien de la ville, ainsi que des de la Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) couvrant également les premières pentes proches du centre, aussi bien au nord (colline de Lémenc) qu'au sud (les Charmettes).

Lieux Allées vignette|redresse|Allée vers la cour de l'Horloge. Parmi les curiosités observables sur la place Saint-Léger figurent en particulier les « allées » perpendiculaires à la place. Une quinzaine de ces allées permettent ainsi de desservir les diverses entrées des immeubles très profonds qui cernent la place, ou de rejoindre pour certaines d'autres rues de la ville. La profondeur des bâtiments qui a conduit au percement de ces longues allées devait compenser la faible largeur des façades sur la place décidée lors de leur construction, vraisemblablement en raison des taxes dues au titre du droit de toisage à partir du , une taxe par ailleurs particulièrement lourde à Chambéry. Certaines de ces allées débouchent également sur des cours intérieures centrales.

Ces allées couvertes se présentent comme des tunnels traversant l'immeuble jusqu'à une cour intérieure ou une autre rue, leur largeur allant de un à quatre mètres et leur longueur pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres. Certaines sont ouvertes sur la rue tandis que d'autres ont une porte pouvant être confondue avec une entrée du bâtiment mais derrière laquelle se trouve un passage. Lorsqu'elles étaient toutes accessibles, les habitants pouvaient déambuler dans le quartier en tous sens, grâce à la succession des traboules, plus vite que par les rues, l'inconvénient étant leur obscurité, souvent totale pour les plus longues. Les traboules sont toutes éclairées depuis la restauration en couleur des façades à partir de 1975 à la suite de la piétonisation de la Place Saint-Léger. Un certain nombre d'entre elles sont toutefois fermées au public car privatisées depuis les années 1980, en particulier toutes celles qui disposaient de portes.

Entre deux de ces allées, l'allée de Boigne et l'allée Henry Planche, se trouve la porte de Celse Morin, datée du . Enfin la cour de l'Horloge, accessible par deux allées parallèles, comporte des peintures en trompe-l'œil représentant notamment des loggias de bois avec des personnages visibles aux balcons.

Rues vignette|Pont abrité de la rue Basse-du-Château.