La transition démocratique en Tunisie est une période de l'histoire de la Tunisie contemporaine qui se déroule après la révolution consécutive à la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali, le . Elle débute le , date de l'investiture du président par intérim Fouad Mebazaa.
Cette période d'instabilité voit l'élection d'une seconde assemblée constituante après celle de 1956 ainsi que l'adoption en 2014, sous la présidence provisoire de Moncef Marzouki, d'une nouvelle Constitution en remplacement de la Constitution de 1959. Elle est marquée par les assassinats de Lotfi Nagdh, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, la montée du terrorisme et finalement par les premières élections législatives et présidentielle démocratiques du pays. Les premières élections municipales depuis la révolution ont eu lieu en .
Contexte Régime de Ben Ali
Révolution
À la suite de l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, jeune marchand de rue à Sidi Bouzid protestant ainsi contre la saisie de sa marchandise par les autorités, le , le régime est fortement contesté. Des dizaines de commerçants rejoints par des jeunes et des proches de Bouazizi se réunissent pour protester« Deux faits divers tragiques entraînent des troubles sociaux à Sidi Bouzid », Jeune Afrique, 23 décembre 2010.. Durant le week-end, les rassemblements s'amplifient ; la police tente de les disperser mais la situation dégénère : plusieurs agents et manifestants sont blessés, des interpellations ont lieu« Chronologie », Le Monde, cahier « Tunisie : le sursaut d'une nation », 20 janvier 2011, ..
Le , la révolte se propage dans le centre du pays, notamment à Menzel Bouzaiane, où un homme du nom de Mohamed Ammari est tué par balle dans la poitrine par la police. D'autres manifestants sont également blessés, y compris Chawki Belhoussine El Hadri, qui meurt le Yasmine Ryan, « Another Tunisian protester dies », Al Jazeera, 31 décembre 2010.. La police affirme avoir tiré en état de légitime défense. Un quasi couvre-feu est ensuite imposé sur la ville par la police « Protester dies in Tunisia clash », Al Jazeera, 25 décembre 2010..
Le , le président Zine el-Abidine Ben Ali se rend au chevet de Bouazizi. Le même jour, il critique dans un discours diffusé en direct sur la chaîne nationale Tunisie 7 les manifestants qui ne seraient qu', annonce que des sanctions sévères seront prises et s'en prend aux chaînes de télévision étrangères qu'il accuse de diffuser des allégations mensongères et d'être responsables des troubles« Ben Ali regrette les troubles en Tunisie et accuse les médias étrangers », Le Monde, 28 décembre 2010.. Mais son discours n'a pas d'impact et d'autres villes de province s'embrasent, dont Gafsa, Sousse, Gabès et Kasserine.
vignette|Portrait du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali.
Le , des manifestations contre le chômage et la hausse du coût de la vie dégénèrent à Thala : , pour la plupart des étudiants, défilent en soutien aux manifestants de Sidi Bouzid mais sont dispersées par la police. En réponse, elles auraient mis le feu à des pneus et attaqué le bureau du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du président et celui au pouvoir« Tunisie/Sidi Bouzid : affrontements entre lycéens et la police à Thala », Le Point, 4 janvier 2011..
Les manifestations continuent et le mouvement se renforce progressivement des différentes composantes de la société tunisienne. Le , ce sont les avocats qui se mettent en grève par milliers pour protester contre les violences policières. Le , un commerçant âgé de cinquante ans s'immole à son tour à Sidi BouzidIsabelle Mandraud, « Tunisie : un deuxième homme s'immole par le feu à Sidi Bouzid », Le Monde, 8 janvier 2011.. Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre sont de plus en plus meurtriers : les et , quatorze civils sont tués par balle à Thala, Kasserine et Regueb selon le gouvernement, vingt selon l'opposition, au moins 23 selon le journal Le MondeIsabelle Mandraud, « Les heurts en Tunisie font au moins vingt-trois morts », Le Monde, 9 janvier 2011.. Le , un jeune diplômé de Sidi Bouzid met fin à ses jours, portant à cinq le nombre de suicides depuis celui de Bouazizi. Les affrontements se poursuivent dans le triangle Thala-Kasserine-Regueb : des marches funèbres à la mémoire des morts des jours précédents dégénèrent en nouveaux affrontements avec la police ; un nouveau bilan établi par un responsable syndical fait état d'au moins cinquante morts et le personnel de l'hôpital de Kasserine proteste officiellement Abderrahmane Semmar, « Tunisie : un cinquième suicide dans la région de Sidi Bouzid », El Watan, 11 janvier 2011.. À Tunis, les étudiants manifestent et la police anti-émeute assiège l'université El Manar dans laquelle des centaines d'étudiants se sont retranchésTarek Amara, « Nouveaux heurts en Tunisie, Ben Ali parle de terrorisme », Le Point, 10 janvier 2011..
vignette|Foule des manifestants devant le ministère de l'Intérieur, le .
À Ettadhamen, dans la banlieue de Tunis, de violents heurts éclatent entre les forces de l'ordre et les manifestants qui saccagent des magasins et incendient une banque« Les émeutes atteignent la banlieue de Tunis », Radio Canada International, 12 janvier 2011.. Zine el-Abidine Ben Ali dénonce, le , lors d'une intervention télévisée, des tout en promettant la création de supplémentaires d'ici 2012« Près d'un mois de troubles sociaux en Tunisie », Agence France-Presse, 12 janvier 2011.. Le , une grève générale est déclenchée à Sfax. Une manifestation ressemble environ . Les slogans sont devenus clairement politiques : le local du RCD est attaqué et brûlé. Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi annonce le limogeage du ministre de l'Intérieur Rafik Belhaj Kacem ainsi que la libération de toutes les personnes arrêtées depuis le début du conflit dans l'optique d'apaiser la révolte. L'après-midi, des affrontements se produisent à Bizerte et à Jebiniana où les forces de l'ordre se retirent. À Bizerte, on assiste à des scènes de saccage de certains commerces. Les habitants de la ville soupçonnent des miliciens d'être derrière les pillages et commencent à s'organiser en groupes d'auto-défenseÉlodie Auffray, « À Bizerte, près de Tunis, « les gens se protègent eux-mêmes, armés de gourdins » » Libération, 13 janvier 2011..
Les contestations ne cessant pas, le président Ben Ali annonce le la prise de mesures supplémentaires lors d'une nouvelle intervention télévisée, notamment la garantie de la liberté de la presse et de la liberté d'expression ainsi que son renoncement à se présenter à l'élection présidentielle en 2014« Adresse du président Zine El Abidine Ben Ali au peuple tunisien », Tunisie 7, 13 janvier 2011.Pierre Vermeren, « Tunisie : le goût amer de la Révolution de jasmin », L'Express, 14 janvier 2011..
Le , alors que la contestation ne s'essouffle pas, il annonce qu'il limoge son gouvernement et promet l'organisation d'élections législatives dans les six mois. Plus tard dans la journée, il quitte le pays pour l'Arabie saoudite, sous la pression de l'armée tunisienne et de son entouragePascal Lemal, « Ben Ali a quitté la Tunisie, selon ses proches », Le Parisien, 14 janvier 2011.« Ben Ali fuit la Tunisie, Mohamed Ghannouchi prend le pouvoir », Jeune Afrique, 14 janvier 2011.« Comment l'armée a précipité la chute de Ben Ali en Tunisie », Le Point, 18 janvier 2011.Sara Daniel, « L'histoire secrète de la fuite de Ben Ali », Le Nouvel Observateur, 9 février 2011.. Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi se proclame président par intérim en vertu de l'article 56 de la Constitution qui prévoit qu'. L'état d'urgence est déclaré peu de temps après la dissolution du gouvernement« Ben Ali en Arabie saoudite, le PM tunisien prend l'intérim », Radio Canada International, 14 janvier 2011..
Intérim Échec du second gouvernement Ghannouchi
Transition complexe : un climat d'instabilité
vignette|Fouad Mebazaa sortant de la Chambre des députés en direction du palais présidentiel de Carthage.
Le lendemain, du fait de , le Conseil constitutionnel, par la voix de son président, Fethi Abdennadher, désigne Fouad Mebazaa comme président de la République tunisienne par intérim, en vertu de l'article 57, qui prévoit qu'« Tunisie : Foued Mebazâ président de la République selon l'article 57 de la Constitution », Business News, 15 janvier 2011.. Il confie le Premier ministère à Ghannouchi qui est chargé de constituer un gouvernement d'union nationale en attendant le déroulement des élections« Tunisie : nouveau gouvernement lundi », Le Figaro, 16 janvier 2011.. À la suite de négociations avec certains partis d'opposition , le pouvoir intérimaire annonce au soir du la constitution d'un gouvernement provisoire dont seraient exclues les figures importantes du régime Ben Ali Borzou Daragahi, « Former Tunisia government figures arrested, new Cabinet to be named », Los Angeles Times, 16 janvier 2011..
Dans les villes, le chaos et la panique règne : les boulangeries et pharmacies sont fermées, le carburant en pénurie, les supermarchés dévalisés et pillés et l'insécurité s'intensifie, avec des bandes armées circulant en voitures. À la suite de cette situation, des groupes de voisins se mobilisent pour contrer les attaques des pilleurs et le gouvernement décrète un couvre-feu à . L'absence de la police est remarquée, ce qui engendre une panique dans les quartiers de Tunis, notamment à Mutuelleville, El Ghazala et La Marsa, jusqu'au déploiement de l'armée. De son côté, le Premier ministre poursuit les consultations en vue de former son gouvernement, alors que des chaînes arabes très populaires en Tunisie comme Al Jazeera sont favorables à l'entrée des islamistes au nouveau cabinet, après leur exclusion durant des décennies. C'est le cas de Rached Ghannouchi, qui se dit étonné qu'on n'ait pas fait appel à son parti, sachant que le gouvernement est un gouvernement d'union nationale qui nécessite la présence de toutes les forces politiques du pays« Tunisie - L’islamiste Rached Ghannouchi veut figurer dans le nouveau gouvernement », Business News, 15 janvier 2011.. Ces chaînes arabes font également une intense propagande à l'encontre des branches policières dirigées par Ali Seriati, les accusant de générer un climat d'insécurité dont l'objectif est de prouver que la Tunisie sans Ben Ali sombre dans les chaos« Entre info et intox, les Tunisiens paniqués devant le risque du chaos », Business News, 15 janvier 2011..
Une polémique se développe sur l'identité de ces personnes : miliciens liés aux proches du président en fuite, évadés de centres de détention ou éléments de la police. De nombreux habitants à Tunis lancent des appels par le biais de la télévision, demandant l'intervention urgente de l'armée pour les protéger de bandes qui se livrent à des pillages et des destructions en dépit du couvre-feu. L'armée met à la disposition des citoyens un numéro d'appel pour lui signaler ces attaques. De son côté, Mohamed Ghannouchi annonce que des renforts de l'armée seraient déployés pour sécuriser les quartiers et protéger la population. Quant aux chaînes de télévision tunisiennes, notamment la chaîne nationale qui a renoncé à son nom de Tunisie 7 ainsi que Hannibal TV et Nessma, elles tentent tant bien que mal de rassurer les populations en diffusant des images d'arrestations de pilleurs, ce qui est une première en Tunisie. Aux dizaines de morts enregistrées à la prison de Monastir et à celle de Mahdia, il faut ajouter le déclenchement d'un incendie à la prison de Nadhour et un nombre important d’évasions.
vignette|Interventions de militaires tunisiens le .