Le 1178 numéro du journal Charlie Hebdo, surnommé « numéro des survivants », publié le mercredi , est le premier numéro paru après l'attentat du 2015 contre le journal satirique, qui a coûté la vie à douze personnes, dont huit membres de la rédaction : les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, les chroniqueurs Bernard Maris et Elsa Cayat, et le correcteur Mustapha Ourrad.

Bénéficiant d'une notoriété exceptionnelle grâce à la très importante couverture médiatique des attentats de janvier 2015 et sortant après les marches républicaines qui ont rassemblé plus de 4 millions de personnes à travers la France, ce numéro est publié à près de d'exemplaires alors que les numéros précédents se sont vendus à seulement . Ce numéro de Charlie Hebdo possède le record absolu en France du nombre d'exemplaires vendus d'un journal.

La publication d'une nouvelle caricature de Mahomet en couverture de ce numéro a entraîné de nombreuses et importantes manifestations hostiles au journal et à la France à travers le monde musulman.

Réalisation upright=1.3|thumb|Une partie de l'équipe de Charlie Hebdo lors de la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris. Au centre, le dessinateur Luz, à l’extrême droite, la dessinatrice Coco, et entre les deux, la journaliste Sigolène Vinson.

L'attentat du mercredi 7 janvier 2015 contre le journal satirique Charlie Hebdo a coûté la vie à douze personnes, dont huit membres de la rédaction : les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, les chroniqueurs Bernard Maris et Elsa Cayat, et le correcteur Mustapha Ourrad..

Le lendemain de l'attentat, le chroniqueur Patrick Pelloux affirme, en parlant des terroristes, que . ; les journalistes de Charlie Hebdo qui ont survécu annoncent la sortie du prochain numéro, dit « numéro des survivants », à la date prévue du mercredi . L'avocat du journal, Richard Malka, déclare : Il est d'abord prévu que le journal contienne huit pages au lieu de seize et soit tiré à un million d'exemplaires , mais est finalement publié avec le nombre habituel de pages et tiré à environ 8 millions d'exemplaires. La rédaction est hébergée par le journal Libération, comme fin 2011 après l'incendie criminel qui avait ravagé ses précédents locaux, et des ordinateurs sont mis à sa disposition par le journal Le Monde. Un large appel aux dons est lancé le vendredi matin, relayé dans les journaux, télévisions, radios et sites d'information. Les sommes récoltées ont pour but d'aider Charlie Hebdo à continuer son activité, le journal étant en grande difficulté financière avant l'attentat...

La rédaction du nouveau numéro débute dès le matin du vendredi avec la conférence de rédaction dans les locaux de Libération qui dure plus de trois heures.. Pour ce numéro, l'équipe de Charlie Hebdo veut surtout compter sur ses membres habituels, mais reçoit cependant quelques aides extérieures comme les dessinateurs Jul et Riad Sattouf, ou le politologue Jean-Yves Camus qui signe un article.. Ainsi ce sont essentiellement les cinq dessinateurs survivants (Catherine, Willem, Coco, Luz et Riss.) qui ont la charge des dessins du journal. Les rubriques tenues par les journalistes et caricaturistes morts sont préservées, les emplacements sont remplis par des textes et dessins inédits. Les textes publiés ne sont pas corrigés pour rendre hommage à Mustapha Ourrad qui se chargeait de cette tâche.

Contenu Couverture thumb|upright=1.3|La conférence de presse de Charlie Hebdo du 13 janvier 2015 au siège de Libération. De gauche à droite : Gérard Biard, Luz, Patrick Pelloux, Laurent Joffrin et Richard Malka.

La couverture du de Charlie Hebdo, dessinée par Luz, est présentée au cours d’une conférence de presse le , au siège de Libération... Sur un fond couleur vert tendre, elle représente Mahomet, non explicitement nommé, attristé, une larme à l'œil gauche et muni d'une pancarte « Je suis Charlie ». Il est mentionné au-dessus : « Tout est pardonné ».. En dehors de la couverture, le journal ne comprend pas d’autres dessins de Mahomet..

Ce choix de une fait référence à celle dessinée par Luz en 2011 pour le numéro Charia Hebdo représentant une caricature de Mahomet disant et qui a eu pour conséquence l'incendie criminel des anciens locaux de la rédaction.. L'idée finale de cette couverture n'est intervenue qu'en fin de bouclage du journal, le lundi , après de nombreux essais des caricaturistes sans parvenir à un accord unanime. Ont notamment été rejetés les dessins où figuraient les terroristes. Finalement, l'émotion dégagée par le dessin de Luz a recueilli l'unanimité de l'équipe réunie et c'est au cri de « Allahou akbar », en hommage à Charb qui aimait utiliser cette expression en plaisantant, que le dessin a été choisi vers ...

En choisissant de représenter à nouveau Mahomet, Charlie Hebdo veut réaffirmer le droit à la liberté d'expression. Luz explique ce choix : . Cette image montre Mahomet solidaire de Charlie et vise donc à séparer Mahomet des meurtres commis en son nom et montrer que le prophète et ses enseignements ne sont pas la propriété des islamistes, mais une foi partagée par une grande partie de la population du monde. Le message « Tout est pardonné » est ambigu car il n'est pas précisé qui pardonne à qui. Il semble que ce soit au spectateur, regardant l'image du prophète, de l'interpréter.. Dans une interview du , Luz explique que son dessin doit être compris comme un entre lui-même et le personnage qu'il avait déjà dessiné en 2011 : . Il laisse la place à d'autres interprétations en concluant : ... Le philosophe Olivier Abel interprète le message « Tout est pardonné » comme un pardon ironique de la part de Charlie Hebdo qui n'exprime pas l'amour de l'ennemi mais invite l'opinion publique à s'interroger, à choisir son camp : ..

Pages intérieures thumb|« Je suis Charlie », slogan utilisé en soutien aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo puis plus largement pour la défense de la liberté d'expression.|alt=Texte « Je suis Charlie » écrit en blanc et gris sur un fond noir.

Des pages sont illustrées de dessins inédits de Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré.. Le journal contient également des chroniques inédites de Bernard Maris et Elsa Cayat, et des dessins de Riss, toujours hospitalisé pour une blessure à l'épaule droite reçue lors de la fusillade, mais qui a tenu à participer au journal en dessinant avec sa main gauche..

Dans l'éditorial, titré « Est-ce qu'il y aura encore des « oui, mais » ? », le rédacteur en chef Gérard Biard regrette que Charlie Hebdo ait été souvent peu soutenu contre les menaces : Il s'étonne qu'autant de personnes se déclarent soudainement amis de Charlie Hebdo : Il rappelle à tous ces nouveaux soutiens que soutenir Charlie Hebdo c'est soutenir la laïcité.

Jean-Yves Camus, dans l'article « Les charognards du complot », fustige les adeptes de la théorie du complot qui cherchent à exonérer les islamistes et accusent les services secrets américains, israéliens ou français. Il explique que la théorie du complot est impossible à démonter car

Le journaliste Laurent Léger, rescapé de la fusillade à Charlie Hebdo., écrit un article sur les failles du renseignement intitulé « Antiterrorisme : des trous dans le filet ». Il explique que l'échec de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) à détecter à temps les terroristes serait dû au manque d'hommes sur le terrain, la collecte des renseignements se basant trop sur les écoutes téléphoniques que les terroristes savent déjouer. Il y aurait également eu une mauvaise collaboration entre la DGSI et la DGSE, la DGSE n'aurait pas transmis une information de source américaine indiquant que les frères Kouachi, auteurs de l'attentat, s'étaient rendus au Yémen auparavant où ils ont été formés par l'organisation terroriste Al-Qaïda.

Dans l'article « À pas de chien », la chroniqueuse Sigolène Vinson raconte la vie de la rédaction à travers la vision de Lila, un cocker roux, mascotte de l'équipe. La chienne a assisté au massacre et, comme la journaliste, , allusion aux terroristes qui ont déclaré ne pas tuer les femmes..

Sylvie Coma, dans l'article « On ne va pas tous mourir », évoque l'attitude de Cabu par rapport à la mort :

Dans une chronique inédite intitulée « Quand « Charlie » avait 20 ans », l'économiste assassiné Bernard Maris alias Oncle Bernard explique que

Antonio Fischetti dans l'article « Même pas morts » explique qu'il a eu la vie sauve parce que, le jour de l'attentat, il était à un enterrement : . Il évoque ses souvenirs de trois membres assassinés de la rédaction : Tignous, Honoré et Elsa Cayat ; il conclut par :

L'urgentiste Patrick Pelloux, dans sa chronique « Je tu il nous vous ils suis Charlie », rend hommage à ses anciens collègues. Il imagine de manière faussement naïve qu'il n'arrive pas à les joindre à cause d'une panne de réseau téléphonique. La tristesse le fait .

Fabrice Nicolino, dans l'article « Planète sans visa », évoque la crise écologique provoquée par l'humanité devenue si puissante qu'elle est en train d'anéantir la vie sur Terre. Il pense qu'il faudrait travailler à .

Mathieu Madénian, dans sa chronique humoristique « La carte postale de Mathieu Madénian », regrette le temps où il se sentait unique en faisant partie du petit nombre de lecteurs de Charlie Hebdo alors que maintenant avec son tirage à trois millions d'exemplaires n'importe qui l'achète .

Zineb El Rhazoui écrit la rubrique « En bref » où elle parle de l'attaque, de la douleur de perdre des amis et de la difficulté de se reconstruire psychologiquement :

Les autres contributions sont celles des collaborateurs habituels indemnes, dont Catherine Meurisse, qui dans une petite bande dessinée de sept dessins, intitulée « Une séance avec Elsa Cayat, la psy de Charlie », rend hommage à la psychanalyste collaboratrice du journal, tuée lors de l'attentat. Le premier dessin représente Elsa Cayat prenant des notes et écoutant un homme cagoulé allongé sur son divan, commençant la séance en lui disant :

Le numéro ouvre également ses colonnes à la journaliste de Libération Solène Chalvon et au dessinateur David Ziggy Greene. La dernière page, intitulée comme d'habitude « Les couvertures auxquelles vous avez échappé », contient aussi un dessin de Jul, ancien collaborateur de Charlie Hebdo.

Des ventes exceptionnelles Record d'exemplaires vendus par un journal en France vignette|gauche|upright|Kiosque à journaux vendant le numéro 1178 de Charlie Hebdo.

Avant l'attentat du mercredi 7 janvier 2015, Charlie Hebdo est imprimé habituellement à chaque semaine, pour des ventes de à ....

La distribution francophone de Charlie Hebdo est assurée par les Messageries lyonnaises de presse (MLP). Un tirage exceptionnel d'un million d'exemplaires est annoncé le dont l'intégralité de la recette sera versée au journal pour aider Charlie Hebdo et les familles des victimes. L'ensemble de la chaîne de production et de distribution s'est engagé à travailler gratuitement pour ce premier million de journaux. Les jours suivants, le tirage prévu est porté à trois millions d'exemplaires au vu de l'avalanche de demandes en France et à l'étranger.. thumb|upright=1.2|Le jour de sa sortie, le 14 janvier 2015, le numéro est épuisé en quelques minutes. thumb|upright|Malgré les livraisons quotidiennes, le numéro est encore en rupture de stock le 21 janvier.