Pierre-Joseph Arson, né le à L'Isle-sur-la-Sorgue et mort le à Nice, est un négociant et banquier sarde.

Négociant originaire du Comtat Venaissin installé définitivement à Nice au début du , il acquiert, exploite et embellit le domaine agricole qui porte encore aujourd’hui son nom : la Villa Arson. consul de la ville de Nice, Commandeur de l’Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, comte de Saint-Joseph, il va prendre part aux affaires publiques de la cité et consacrer une grande partie de sa vie à la recherche métaphysique.

Biographie Fils de Pierre Arson, originaire de Montpellier, négociant, et Marie Brun, native d’Avignon, Pierre-Joseph passe son enfance, avec sa sœur ainée et ses deux jeunes frères, entre Avignon, Montpellier, Antibes et Nice au gré des affaires et des déplacements fréquents de son père. Au cours de ses études, il va développer des aptitudes certaines pour les mathématiques et les sciences et un attrait pour la philosophie. Il épouse Catherine LandererBâle, 1785 - Castellar, 1850., le dans l’église réformée de PrattelnArchives de la ville de Bâle : www.staatsarchiv.bl.ch, «Verzeichniss der seit dem Jahr 1730 bis 1819 getrauten Ehen sämmtlicher Bürger und Einwohner der Stadt Basel: aus den wöchentlichen Nachrichten und anderen Hülfsquellen gezogen von J.H. Weiss» p.143 et aura quatre enfantsPalmyre, Gédéon, Zélie, Gonzague..

Des deniers du commerce à l’or de la connaissance Ses activités florissantes de négociant et de préteur à Bâle et dans l'Est de la France le conduisent à ouvrir une maison de commerce rue du Sentier à Paris en 1811. et à y installer sa famille. Il s’installe à Paris, qu’il considère comme le « foyer des lumières », afin d’étancher sa soif de connaissance et de se lier à des esprits savants. Peu de temps après, fortune faite, il décide, à l’âge de 33 ans, de cesser ses activités commerciales pour se consacrer pleinement à la science et à la philosophie. vignette|gauche|Pastel de Wronski par Laurent-Charles Maréchal (1845). Sa rencontre avec le mathématicien polonais Josef Hoëné-Wronski, dont il soutient d’abord la publication des travaux, puis qu’il emploie pour approfondir ses connaissances scientifiques, mais aussi pour accéder au secret de l’Absolu, lui conférera une notoriété fâcheuse, à l’occasion d’un procès très largement commenté dans les gazettes en 1818. Sous l’emprise de son mentor, il va en effet consentir, outre le financement de l’édition des travaux scientifiques d’Hoëné-Wronski, des paiements à terme très importants pour les leçons reçues et .. Hoëné-Wronski vient exiger devant les tribunaux de Nice le règlement de billets à ordre pour une valeur de francs, que Pierre-Joseph se refuse à payer en totalité, estimant tardivement avoir été abusé par son professeur. Le litige prend la dimension d’un scandale et donne lieu à des joutes publiques, sous forme de multiples mémoires et répliques publiés à Paris et Nice par les deux parties pour y défendre leurs arguments... Cette controverse, commentée jusque dans les journaux nationaux comme le Figaro., pourrait avoir inspiré Honoré de Balzac dans son court roman la Recherche de l'absolu, publié en 1834.. Durant cette période de tourment, Pierre-Joseph Arson sera approché puis aidé et conseillé par des sociétés secrètes, vraisemblablement martinistes., hostiles à Wronski.

Une ascension sociale rapide après son installation à Nice La famille Arson possède déjà une maison en ville, rue du Cours à Nice, où Pierre Arson, le père de Pierre-Joseph a développé un négoce d’huile dès 1770, lorsque Pierre-Joseph fait l’acquisition en Archives départementales des Alpes-Maritimes : cote 3E11/129 de plusieurs biens immobiliers : un corps de maison dans l’actuelle rue Saint-François-de-Paule, un grand magasin d’huile et de vin situé à l’extrémité du cours Saleya et enfin le domaine agricole de Saint-Barthélemy qui deviendra la villa Arson. Par l’accumulation de cet ensemble, favorable autant à l’entretien des siens qu’à la reconnaissance sociale espérée, il prépare l’installation de sa famille qui quittera définitivement Paris cinq ans plus tard.

Il accroit progressivement son patrimoine foncier, fait l’acquisition en 1813 de terrains situés dans le quartier Riquier et également, plus loin, du palais et des terres appartenant au comte Lascaris dans la commune de Castellar. L’exploitation de ses nombreuses terres produit des revenus importants. À tel point, qu’en 1836, il est devenu l’un des dix contribuables les plus imposés de la ville..

La mauvaise publicité de la querelle judiciaire avec Hoëné-Wronski va tout d’abord retarder son ascension sociale dans le comté de Nice et le conduire à décliner en 1817 l’offre du poste d’administrateur des hôpitaux civils de Nice. Une fois le procès terminé et l’affaire définitivement purgée à son avantage, Pierre-Joseph Arson va pouvoir prendre pleinement place au sein de la société locale et y occuper en peu de temps, et avec une remarquable aisance, une position de premier plan. vignette|Fontaine de la porte fausse à Nice. L’assimilation réussie de Pierre-Joseph Arson au sein de la bonne société niçoise lui ouvre en quelques années l’accès aux recommandations et parrainages indispensables à son élévation, dès 1824, au rang de commandeur dans l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare par le roi de Sardaigne, Charles-Félix, qui lui confère également le titre de comte de Saint-Joseph.. En à peine plus de dix ans, Pierre-Joseph a réussi une exceptionnelle transition sociale entre l’élite commerçante et la noblesse du royaume de Sardaigne.

Entré au conseil de la ville en 1827, Pierre-Joseph Arson est nommé, par le souverain sarde, Consul de la Ville de Nice pour l’année 1830. Au cours de ce mandat, rendu difficile par des tensions continuelles avec le tatillon intendant général de la ville, le commandeur Arson fait don à la ville d’un groupe de statues qui seront employées pour l’ornement de la fontaine des Tritons, d’abord installée devant le lycée Masséna et aujourd’hui située dans le jardin Albert-. Il fait également construire rue de la Boucherie, au débouché de la porte Fausse, une fontaine encore en activité, appelée alors Fontaine des tripiers..

Une autre fontaine avait été mise en service à son initiative et à ses frais en 1822 dans le village de Castellar, où une rue porte son nomPaul Gonnet, « Arson père et Arson fils, bienfaiteurs de Castellar », Actes de la journée d’études du 10 novembre 2001, Menton.. Son mandat de Consul achevé, il restera simple Conseiller de première classe de la ville jusqu’à sa démission en pour raison de santéIntendance générale de Nice 1814-1860, « Démission du commandeur Arson de son poste de conseiller de la première classe : correspondance du 11 septembre 1834 », Archives départementales des Alpes-Maritimes, cote 01FS 1338..

L’architecte-jardinier de la Villa Arson vignette|Le monastère et la Villa Arson à Saint-Barthélémy, Jacques Guiaud, 1855. Pierre-Joseph Arson n’est ni le bâtisseur fondateur du site édifié vers 1710, ni son ultime propriétaire privé avant l’acquisition de la Villa par la ville de Nice. Mais les soins qu’il a continuellement apportés au site de Saint-Barthélémy, durant quatre décennies, le désigne à la postérité comme le véritable architecte des lieux et celui qui en a donné tout l’éclatSerge Gleizes, La Villa Arson à Nice, Paris, Centre des monuments nationaux, « coll. Itinéraires », 2011..

En 1812, cette propriété de 6,5ha, à usage de bienfonds, comprend : maisons civiles et rurales, greniers à foin, citernes, puits, réservoirs, jardins et vignobles. Les terres y sont abondamment complantées d’oliviers, d’orangers, de citronniers et de vignes et bénéficient d’un arrosage privilégié. Un moulin à huile est alors en cours de construction. Elle est avant tout destinée à devenir une maison de campagne et de repos pour la famille Arson qui résidera dans un premier temps en ville. Le domaine, qui jouxte le monastère des frères capucins, est alors nettement séparé de Nice et son accès est peu aisé : il faut en effet une bonne heure pour qu’une voiture attelée ne rejoigne, depuis la place Massena., la propriété par des voies encore mal carrossées. vignette|La Villa Arson vers 1865, par Urbain Garin Di Cocconato (Bibliothèque du Chevalier de Cessole, Nice). Pierre-Joseph va rénover sobrement le bâtiment civil principal de style génois, peu entretenu par ses propriétaires précédents. Il va surtout sans cesse agrémenter le vaste jardin à l’italienne, structuré en trois terrasses, dont la vue remarquable sur la ville et sur la mer inspire les visites, les commentaires élogieux et quelques aquarellistes.

Le propriétaire des lieux y accueille volontiers les promeneurs, invite les habitants du quartier lors des fêtes de Saint-Barthélemy le . La renommée du jardin attire quelques visiteurs prestigieux et notamment Talleyrand, la reine de Wurtemberg, le prince Umberto, futur d’Italie, accompagné de son frère Amedeo., le romancier Edward Bulwer-Lytton, personnalités dont l’écho des passages consolide peu à peu l’ancrage social des Arson de Saint Joseph..

Consécration suprême, le roi et la reine de Sardaigne font l'honneur de leur présence lors de la fête de Saint-Barthélemy en Présentation de fleurs a S.M. la reine Marie Christine le 17 janvier 1830 jour anniversaire de sa naissance par le premier Consul de la ville de Nice, Nice, 1830 (Bibliothèque du Chevalier de Cessole, cote CES D181). Cette visite est racontée par le dans son Voyage en Italie en 1830. :Fête de San BartolomeoMais pour Pierre-Joseph Arson, la Villa Arson est bien davantage qu’une élégante œuvre paysagère et horticole, agréable au regard. C’est surtout un espace d’harmonie et de paix, un territoire d’énergie positive qui a vocation à réunir les élites niçoises et européennes et favoriser la concorde et le bien commun. Non seulement, elle abrite les idéaux humanistes et pacifistes de Pierre-Joseph Arson, mais elle doit également accueillir sa renaissance et lui servir de « tombeau résurectionnelPierre-Joseph Arson, Premier Adieu du Commandeur Arson Père à ses semblables, Nice, 1851 ». Il fera dessiner sur les murs de sa propriété des inscriptions mystérieuses destinées à guider son retour.. vignette|Les jardins de la Villa Arson vers 1860 par Urbain Garin Di Cocconato (Bibliothèque du Chevalier de Cessole, Nice) Ses fils Gédéon (1810-1847) et Gonzague (1814-1865) vont poursuivre l’embellissement du site en enrichissant toujours davantage le décor italien du jardin. Multipliant les plantations nouvelles fidèles à son esprit et son style initial, ils ne cèdent pas à la mode horticole du second Empire qui fait la part belle à l’acclimatation de variétés exotiquesRobert de Souza, Jardins d’autrefois à Nice, L’illustration, 7 février 1920. Ils vont notamment faire réaliser la longue allée de cyprès encore présente sur le site, édifier des portiques, kiosques, grottes et fontaines, poser des sols de mosaïques sur les vastes terrasses. La villa Arson devient un lieu de promenade prisé, un point d’intérêt célèbre et figurera longtemps dans les guides et les récits de voyage des tout premiers touristes qui font naitre peu à peu la Côte d’azurAugustin Bricogne, Le Conducteur des étrangers dans l’intérieur de Nice et dans ses environs, Suchet, 1839, à 27.

En remerciement du Commandeur Arson pour toutes ses œuvres et générosités, la société des ouvriers de Nice édifiera en 1862 dans les jardins de la Villa un petit monument dénommé « La grotte de Mercure », kiosque-fontaine tapissé de coquillages et recouvert par des rosiers de Banks.

Après la mort de son père, Gonzague Arson fera réaliser en 1863, dans l’axe ouest, une extension plus vaste encore que la villa ancienne pour recevoir davantage. Ce bâtiment de trois étages, ensuite exploité en hôtel à partir de 1884 puis comme clinique en 1927, sera détruit, lors de la transformation du site en école d’art moderne, en 1966.