L’hôtel Waldhaus est un hôtel historique situé dans la localité Sils-Maria dans la commune de Sils im Engadin/Segl en Haute-Engadine, dans le canton des Grisons, en Suisse. Ouvert en , c'est l'un des rares hôtels cinq étoiles en Suisse qui soit exploité par la même famille depuis sa création.

Historique L'hôtel est ouvert le . Il a été réalisé à la demande de Josef Giger (1847-1921) et de sa femme Amalie Nigg. Ils avaient dirigé divers grands hôtels en Suisse ainsi qu'en Italie et en Russie, avant de choisir la colline surplombant Sils-Maria pour y réaliser un hôtel dont ils seraient les propriétaires. Giger a alors 58 ans et Amalie souffre d'arthrite et est en chaise roulante. Pour réunir les fonds nécessaires à leur projet, ils s’associent à Josef Wolflisberg (gendre de Giger), Anton Bon (beau-frère d’Amalie, bâtisseur avec sa femme Marie Nigg du de Vitznau et du de Saint-Moritz), Josef Kienberger et son frère Oskar Kienberger (fils de Josef Kienberger, aussi un hôtelier, Oskar épousera en 1911 la fille des Giger).

vignette|upright=2|centre|Annonce parue dans le Journal de Genève du 28 mai 1908.

Contexte Le Waldhaus s’inscrit dans la longue liste d’hôtels prestigieux construits entre 1870 et 1914 dans les Alpes. Les premiers atouts ont été les sources thermales qui connaissent un engouement exceptionnel au et durant la Belle Époque. La source ferrugineuse de Saint-Moritz était réputée déjà au Moyen Âge. Des auberges y sont ouvertes au premier tiers du , puis le (la maison de cures), des hôtels et pensions. Progressivement, des hôtels sont bâtis dans d’autres villages et en des lieux isolés. On compte pas moins de 2900 lits à Saint-Moritz et 1200 à Pontresina vers 1890. Le terme « station climatérique » inséré dans l’annonce d’ouverture de l’hôtel WaldhausJournal de Genève du 28 mai 1908. Archives en ligne www.letempsarchives.ch. témoigne de cet attrait pour les cures de santé dans le climat reconnu bienfaisant de la Haute-Engadine.

C'est dès les années 1860 qu’apparaissent les premiers hôtels et pensions à Sils-Maria. Friedrich Nietzsche y séjourne dans les années 1880. Aux constructions modestes de 20 à 60 lits et au gré des transformations et agrandissements succèdent des établissements plus vastes, surtout durant la première décennie du . En 1906-1907, l’Hôtel-Pension Margna débute les saisons d’hiver.

Pour le mois de , les statistiques fédérales par commune recensent disponibles à Sils (au des nuitées par commune en Suisse, avec plus de ) et disponibles à Saint-Moritz (, )Office fédéral de la statistique www.bfs.admin.ch> Thèmes > 10 - Tourisme > Infrastructure et utilisation > Indicateurs > Hôtellerie: offre et demande > Communes : Infrastructure et utilisation – Indicateurs – Communes. Annexe : Hôtels et établissements de cure: offre et demande par commune (résultats cumulatifs) - 2015..

Construction Josef Giger a longuement pensé à de nombreux aspects de l’hôtel, à commencer par le lieu surplombant le village (un éloignement offrant une « oasis de luxe particulièrement prisée de la société distinguée »). Le bâtiment a un plan en « L », les chambres s’alignent des deux côtés du couloir principal et du couloir transversal côté nord. Son choix de placer la cuisine (qui jouit d’une vue magnifique sur la vallée) à l’étage des salons et en lien direct avec les salles à manger est apprécié aujourd’hui encore. L’hôtel compte de nombreuses chambres pour loger le personnel (aujourd’hui encore une cinquantaine). Le bâtiment est construit selon la méthode traditionnelle des moellons et des colombages, des matériaux locaux. Pour assurer une portée de plus de au-dessus des salons et salles à manger, des poutres métalliques ont été enchâssées dans les parois (pour un total de près de ).

vignette|Photo aérienne (Walter Mittelholzer, entre 1918 et1937). Du côté nord, il y a onze niveaux, et seulement sept du côté sud, en raison de la pente. Ils sont nommés ainsi : « caves », « sous-sol » et « parterre », puis l’entrée principale donne accès à « l’étage des salons » (hall, salle à manger, bar, salle de musique, salle de lecture et cuisine), « l’entresol » est de plus faible surface car les salles et la cuisine ont la hauteur de deux étages, viennent ensuite le « Bel étage » (avec les plus belles chambres) et les étages 1 à 4, finalement les « combles ». Deux ascenseurs, un pour les hôtes (au mécanisme hydraulique jusqu’en 1923) et l’autre pour le personnel (électrique) complètent l’escalier principal et l’escalier de service.

La modernité est présente au travers de l’installation de lampes électriques. Une petite centrale électrique est construite à l’origine pour le Waldhaus et l'Hôtel Barblan (non rentable, elle est revendue quelques années plus tard). Le bâtiment est équipé d’un chauffage central, d’une installation à eau chaude et d’un chauffage à la vapeur à basse pression, le tout complété par un système de ventilation. Une citerne installée sur la tour nord-est reçoit l’eau courante qui alimente tout l’hôtel (le raccordement au réseau ne se fera qu’en 1992). Au départ, il y avait 40 salles de bains particulières, un nombre élevé pour l’époque. La construction de l’hôtel, y compris le terrain et le mobilier, coûta de francs, nettement plus que le budget établi à .

vignette|Le Waldhaus vu depuis Sils-Maria. Façade côté est. Styles Si l'aspect général depuis la vallée est celui d’un « hôtel-château fort », la façade par contre a été voulue dès l’origine « d’une grande sobriété, (renonçant) aux multiples ornements initialement prévus, tels que frontons, linteaux et autres « signes extérieurs de richesse ». Le maître de l’ouvrage avait demandé à l’architecte « quelque chose de beau, de pratique et de solide », le luxe n’y est pas ostentatoire.

Aussi bien par son apparence que par son agencement, le bâtiment s'inscrit dans la suite du style Belle Époque, où l'exubérance a fait place à une plus grande simplicité. L’escalier central « compte parmi les escaliers Belle Époque les plus précieux de toute l’hôtellerie suisse ». Dès l’origine, le mobilier du hall et des salons privés comporte une grande variété de styles : Adam, Empire, Louis XVI, Biedermeier, etc. L’Art nouveau est représenté en particulier par de nombreux luminaires (grand escalier, salle à manger, hall, couloirs). Les chambres sont aussi meublées dans une grande variété de styles, dont Art déco.

vignette|La tour nord-ouest du . On distingue les nombreux niveaux situés au nord du bâtiment. Les grandes fenêtres sur deux niveaux sont celles de la cuisine. Architectes et transformations L’hôtel a été dessiné par l'architecte pour l'hôtelier Josef Giger. Koller a réalisé son premier projet en Engadine en 1900 (l’hôtel de Vulpera), puis en 1903 le de Vitznau, en 1905 le Grand Hôtel de Saint-Moritz, en 1906 le Bristol à Bad Ragaz, puis d'autres encore après le , ainsi que des maisons particulières et l’église de Sils en 1930. Koller dirige tous les travaux de transformations du durant trois décennies, dont la reconstruction immédiate de l’aile sud victime d’un incendie le . Le chantier de construction a été dirigé de 1905 à 1908 par Johann Ulrich von Salis de Malans.

Dans les années 1960, la première grande modernisation est réalisée par l'architecte . L’entrée est réaménagée par l’architecte Duri Barblan (1909-1988) en 1967. Otto Glaus (1914-1996) réalise la piscine couverte en 1970, puis un sauna en 1994 avec Renato De Pellegrini. L’architecte dirige les travaux des années 1970 et 1980 : agrandissement de la Salle à manger, salles de bains (leur nombre passe de 70 à 140), parking souterrain, salles de tennis et de jeu, salon de coiffure, immeubles pour le personnel.

Au début des années 1990, c'est Peter A. Casada (1941-2003) qui dirige les rénovations marquant « un retour progressif aux valeurs historiques de la Maison ». Les architectes bâlois Paola Maranta et Quintus Miller restaurent les chambres d’hôtes dès 1995, puis construisent de nouveaux espaces au sud en 2000, transforment le Bar et les salles de conférences, créent la nouvelle entrée, rénovent les couloirs en 2003-2005. En 2004, l'architecte Armonda Ruinelli conçoit de nouvelles chambres d’hôtes.

Un centre « Wellness » est élaboré avec Maranta et Miller : en 2013 débute le chantier qui dure cinq entre-saisons et se termine en , Januar 2015..

Saisons Pendant les premières années, l'hôtel n'a été exploité que durant la saison d'été. Il est ouvert aussi durant la saison d'hiver depuis 1924 avec le but initial de rembourser les dettes accumulées. Cela nécessite l’installation de doubles vitrages et d'autres aménagements qui seront amortis déjà durant la première saison d’hiver. La guerre impose une interruption des saisons d’hiver dès 1939.

Dans le Guide bleu de la Suisse de 1956, l’hôtel est gratifié de 4 étoiles avec l’indication : « juin à septembre ; orchestre ; tennis ; garage »Les Guides bleus – Suisse, chap. 101 « De Saint-Moritz à Chiavenna », p. 628..

Les saisons d’hiver reprennent en 1955 sous la forme d’une « mini-saison » de Noël à mi-janvier. Les saisons d’hiver complètes reprennent en 1963.

Direction et personnel Josef Giger et sa femme Amalie Nigg ont conçu le , ils ont trois enfants : Gustav, Helen et Fanny. Gustav Giger (1878-1957) reprend brièvement la direction quand la santé de son père s'est trop dégradée, il se trouve confronté aux difficultés de la Première Guerre mondiale. En 1918, à la suite d'un conseil de famille, Helen Giger et son mari Oskar Kienberger (1879-1965) viennent en renfort (enfants : Oskar, Rolf, Helen et Gertrud). Rolf Kienberger (1917-1994) et son épouse Rita Müller (1926-2006) forment la quatrième génération à la tête du Waldhaus (enfants : Claudia, Jürg, Urs et Maria). Puis vient la quatrième génération avec Maria Kienberger et son mari Felix Dietrich dès 1977, complétée peu après par Urs Kienberger. Dès 2010, c'est la cinquième génération formée des frères Claudio et Patrick Dietrich qui dirige le .

En 2015, le journal saisonnier de l’hôtel donne une liste de et . La cuisine emploie 24 personnes, dont 8 apprentis et une stagiaire. Certains sont là depuis plus de 30 ans (le violoncelliste luxembourgeois depuis 67 saisons, le jardinier portugais depuis 60 saisons, le responsable des événements depuis 61 saisons, celui de la technique depuis 73 saisons). La direction apparaît en fin de liste, sous « divers », avec Claudio et Patrick Dietrich assistés par Urs Kienberger, Maria Dietrich et Felix Dietrich.

vignette|Lanterne à l’entrée du . Conservation Cet hôtel historique est en grande partie conservé dans son état original, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur, y compris le mobilier.

L’escalier principal Belle Époque domine la hall d’entrée. Ses marches sont en marbre blanc, en marbre noir et blanc aux paliers. Une suspension Art nouveau constituée de plusieurs groupes de lampes accrochés à 4 chaînes traversent tous les étages, dans le vide central de l'escalier.

Le salon de musique (ou « Salon Empire ») est très authentique : le parquet, les lambris d’acajou, les miroirs, les cadres de portes, le plafond à baldaquin et les lustres Art nouveau sont d’origine, tout comme l’horloge et le piano mécanique (acquis en 1910 à Fribourg-en-Brisgau pour la somme de ). Le bar (le salon de lecture jusqu’en 1929) a été conservé « en grande partie » : lambrissage, porte et colonnes ioniques en noyer massif, plafond en plâtre imitant un plafond à poutres en faux bois. Les pupitres de lecture de 1908 et la bibliothèque d’origine se trouvent depuis 2000 dans un nouveau salon de lecture dont les lambris en noyer datent de 1929.