La bande de Gaza (en , Qiṭāʿ Ġazza), parfois simplement appelée Gaza, est une région de la Palestine constituée d'une bande de terre de de long pour une largeur de six à douze kilomètres, soit une superficie de ., au sud de la côte de la Méditerranée orientale dans le bassin Levantin, au Proche-Orient. Elle tire son nom de sa principale ville, Gaza. Ce territoire borde la Méditerranée et est entouré par Israël et l'Égypte. En 2022, la population gazaouie est estimée à un peu plus de deux millions d'habitants, soit environ . La bande de Gaza et la Cisjordanie constituent les territoires revendiqués par l'Autorité palestinienne pour l'établissement de l'État de Palestine.

Ce territoire est habité ou occupé depuis plus de trente-cinq siècles par différents populations, dynasties ou empires : Cananéens, Philistins, Judéens, Assyriens, Babyloniens, Perses, Grecs, Égyptiens, Séleucides, Hasmonéens, Romains, Byzantins, Croisés, Arabes, Ottomans, Britanniques…

Il est surtout connu pour son histoire récente depuis la fin du mandat britannique sur la Palestine en 1947 et les conflits entre l'Égypte et Israël, qui l'ont occupé successivement. La bande de Gaza a accueilli nombre de réfugiés palestiniens déplacés lors de l'exode palestinien de 1948. Le territoire a été le théâtre de quinze guerres opposant Israël à l’Égypte et aux Palestiniens depuis 1948.

Le processus de paix israélo-palestinien concrétisé par les accords d'Oslo signés en 1993 a placé la bande de Gaza sous l'administration intérimaire de l'Autorité palestinienne et, après la seconde intifada, en 2005, Israël s'est retiré de la bande de Gaza et toute la population des colonies israéliennes () en a été évacuée. Israël a cependant maintenu le contrôle de toutes les frontières de la bande de Gaza et toutes les entrées, des personnes comme des marchandises et des services.

L'autorité du président Mahmoud Abbas est mise à mal depuis 2006, à la suite de la victoire électorale du Hamas. Celui-ci prend le contrôle du territoire en à la suite d'un conflit avec le Fatah et y établit son propre gouvernement. Depuis, la bande de Gaza, isolée par un blocus israélien, est le théâtre d’affrontements avec Israël dont cinq majeurs en 2009, 2012, 2014, 2021 et depuis octobre 2023. L'Organisation des Nations unies (ONU) estimait dès 2017 que la bande de Gaza était « invivable » en raison du blocus israélien qui limite l'approvisionnement en énergie et en eau et entraîne la dégradation du système de santé et un très fort taux de chômage..

La bande de Gaza est en grande partie détruite par les bombardements israéliens lors de la dernière guerre commencée en 2023. Selon l'ONU, 92 % des bâtiments résidentiels ont été détruits ou endommagés. Il n’y a plus de terres agricoles, de nourriture, de médicaments, d'université et, sur les 36 hôpitaux de l'enclave, seuls 17 restent encore partiellement fonctionnels.. De plus, au moins ont été tués, dont .. Soumis à un nouveau blocus encore plus restrictif depuis octobre 2023, l'enclave fermée par Israël aux journalistes étrangers. et à l'aide humanitaire est devenue selon l'ONU, « l'endroit le plus affamé de la planète ». Une commission d'enquête des Nations unies évoque des « actes génocidaires » exercés par l'armée israélienne à l'encontre de la population..

Le , l'Organisation des Nations unies déclare officiellement l'état de famine à Gaza en raison de « l'obstruction systématique d'Israël » sur l'entrée de l'aide humanitaire.

Géographie thumb|Vue satellitaire de la bande de Gaza.

Située au Proche-Orient, entre Égypte et Asie, la bande de Gaza s'étend sur une largeur de six à douze km et une longueur de , pour une superficie de . Elle a douze km de frontière au sud-ouest avec l'Égypte (avec le poste-frontière de Rafah), de frontière au nord, à l'est et au sud-est avec Israël (avec notamment le poste-frontière d'Erez), et de côtes le long du sud de la Méditerranée orientale, dans le bassin Levantin,

Son littoral est constitué de côtes basses rocheuses et sablonneuses sans port naturel. Le Bésor constitue le seul cours d'eau du territoire.

Les accords d'Oslo de 1993 partagent la bande de Gaza en cinq gouvernorats (districts) sur les seize qui forment les territoires palestiniens.

Histoire Avant 1949 Antiquité

La ville de Gaza a vraisemblablement été fondée vers 1500 et le territoire de la bande de Gaza est habité depuis plus de trente-cinq sièclesJacques Briend, « Entre l'Égypte et les royaumes du nord, une ville qui traverse l'Histoire », Le Monde de la Bible, 169, janvier-février 2006, 19-23.. La Bible fait de nombreuses mentions à Gaza dans les livres de la Genèse, des JugesPar exemple, Livre des Juges, 16, 1-31, pour l'épisode de Samson., de JosuéLivre de Josué, 13:3 (rédigé du au ). et d'Amos, notamment.

La première référence historique à la ville de Gaza remonte au règne du pharaon Thoutmôsis III (vers 1458/1457 av. J.-C. à 1425 av. J.-C.) pour son contrôle de Canaan. La ville est également citée, sous le nom d’Hazattu dans les lettres d'Amarna (de 1360 à 1330 av. J.-C.).

Au , la région est occupée par les Philistins (d'ethnie grecque), sur une bande côtière qui correspondrait approximativement à celle d'aujourd'hui se prolongeant jusqu'à Ashkelon au nord. « Philistins » est dérivé de l'hébreu pĕlištī(m) ; l'occurrence apparaît de nombreuses fois dans la Bible hébraïque, et plus rarement le mot pĕlešet, désignant la région « Philistie ». Dans les versions grecques du texte biblique se trouve parfois la traduction phulistiim, mais plus souvent le mot est traduit par allophuloi, « étrangers ». Le nom de « Palestine » dérive de « Philistins » en passant par les langues grecque (Palaistínê) et latine (Palaestina). Les sources égyptiennes du présentent les Philistins comme des ennemis de l'Égypte, les Peleset. Les Pelesets sont mélangés avec d'autres populations hostiles désignées sous le nom de « Peuples de la mer » par l'égyptologue Emmanuel de Rougé en 1855. Ils s'établissent après leurs affrontements avec les Égyptiens au sud-ouest de Canaan, de l'actuelle bande de Gaza jusqu'à Jaffa. Les entités politiques qu'ils y fondent évoluent vers les cités-États d'Éqron, Ashdod, Ashkelon, Gaza, Gath, gouvernées par des rois. Les Philistins sont cités dans la Bible où ils s'emparent des terres des Israélites.

La région de Gaza change plusieurs fois de maître au cours des deux siècles suivants, tombant successivement sous l'autorité des Assyriens (en 732 ), des Égyptiens, des Babyloniens (en 586 ), des Perses (en 525 ), et des Grecs.

Alexandre le Grand y rencontre une vive résistance en 332 mais parvient à la soumettre. Après sa victoire, il réduit ses habitants en esclavage.

vignette|Monnaie en bronze de Gaza, frappée en Judée sous Vespasien, représentant Tyché debout, tenant à gauche une branche et deux épis de maïs (?) (69/70, Judée).

Gaza est ensuite annexée par le roi séleucide Antiochos III en 198 av. J.-C. mais parvient rapidement à l'indépendance et possède au un statut de cité-État alliée au royaume d'Égypte. Les relations restent tendues avec les Juifs et en 160 av. J.-C., l'Hasmonéen Jonathan Maccabée fait vainement le siège de Gaza 61-62. C'est la dernière fois que la ville est mentionnée dans la Bible. La ville échappe à l'invasion mais doit livrer des otages qui sont envoyés à Jérusalem. La cité est devenue une des cités la Judée et de l'Orient méditerranéen profondément hellénisées. L'historien antique Flavius Josèphe indique qu'elle est dirigée par une boulè et dispose d'une armée dirigée par un stratège. La ville possède un temple d'Apollon et ses monnaies représentent Zeus et la Tyché. En 97 av. J.-C., le roi de Judée Alexandre Jannée s'empare et détruit Gaza tandis que son territoire est incorporé au royaume hasmonéen.

Gaza est conquise par les Romains au avec l'intervention du consul Pompée. Il libère Gaza (en grande partie en ruines) pour la mettre dans l'orbite de Rome. Gaza est progressivement reconstruite. Elle est incorporée brièvement à la province de Syrie, puis au royaume d'Hérode Ier le Grand, à celui de Cléopâtre VII, avant de retourner à la province de Syrie. Les guerres des Juifs contre les Romains (entre 66 et 135 ) afin de rétablir l'identité et l'autonomie de la nation judéenne n'aboutissent pas. vignette|Diocèses byzantins au . Le nom de cette région prend un sens plus large au , lorsque l'empereur Hadrien (76-138) rebaptise la Judée en Palestinea (Palaestina Prima à l'ouest, Palaestina Secunda au nord et à l'est et Palaestina Tertia au sud) pour punir les Juifs de leur révolte, en reprenant le nom de leurs ennemis, les Philistins.... Gaza relève alors de la Palestine première ayant pour capitale Caesarea Maritima, dans le cadre de l'Empire romain d'Orient, sous le règne de Théodose le Grand ; elle reste aux mains des Romains. Sa population est composée de Juifs, de Ghassanides chrétiens et de Nabatéens.

Au , la région de Gaza est florissante avec, outre son commerce traditionnel d'encens, le développement de la viticulture. Le nouveau port Maïouma est construit et permet l'exportations de vin (le Vinum Gazum, un blanc doux réputé, produit dans le Néguev..) et d'autres produits dans tout le monde méditerranéen, surtout pour la période dite de l'Antiquité tardive. De nombreux Égyptiens s'installent à Gaza, particulièrement des chrétiens, pour le commerce du fameux vin de Gaza.

Vue d'ensemble du Moyen Âge jusqu'en 1917 gauche|vignette|Mosaïque de Madeba représentant Gaza avec ses deux églises byzantines ().

La région est marquée à l'époque byzantine par l'implantation d'églises et de monastères chrétiens influencés par le monachisme égyptien, qui abandonne doucement les cultes romains et hellénistiques antérieurs. L'arianisme et d'autres formes de christianisme se retrouvent également dans un environnement hostile. Au début du , on recense huit temples païens dans la ville devenue sainte de Gaza, dédiés à Hécate, à Coré, à la Tyché, à Marnas (divinité philistine importante assimilée à Zeus« Marnas » signifie « Notre Seigneur » en Araméen.), au Soleil, à Apollon, aux Héros et à Aphrodite ; malgré la christianisation du , l'influence de l'hellénisme reste encore forteCatherine Saliou, « Dans l'Antiquité tardive : "Une cité splendide et charmante" », Le Monde de la Bible, , janvier-février 2006, 35-39, .. Des variantes de la religion mosaïque sont encore en circulation du , mais avec le déclin des populations juives et samaritaines, par la guerre et la conversion, au cours des s, la religion décline également. En 614, la région est conquise par les Perses Sassanides puis reconquise en 628.. vignette|La grande mosquée de Gaza, née de la transformation, entre 1297 et 1329, d'une église construite par les Francs entre 1150 et 1187. La région est définitivement perdue du fait de la conquête musulmane de la Syrie en 636. Vers 640, toute la région comprenant la Syrie, la Palestine, la Jordanie et le Liban actuels tombe sous l'autorité de l'État islamique de Médine.

Aux , les Croisés conquièrent à plusieurs reprises la ville de Gaza avant d'être chassés par les Arabes. vignette|Gaza (La vieille ville). Scène du désert avec la ville au loin, champ de terre et buissons de cactus au premier plan, par Francis Frith (1857).