Le Boeing 707 est un avion de ligne quadriréacteur long-courrier à fuselage étroit construit par Boeing Commercial Airplanes entre 1958 et 1979 pour le marché civil, et jusqu'en 1991 pour les dérivés militaires. Son nom est habituellement prononcé « » en anglais et « sept cent sept » en français. Selon les versions l'avion a une capacité de 140 à et une distance franchissable comprise entre ().

Premier avion de ligne à réaction de l'avionneur, le 707 est doté d'une voilure en flèche et de moteurs montés en nacelles sous celle-ci. Ces deux choix techniques hérités des bombardiers à réaction conçus par Boeing dans les années précédentes font le succès de l'avion, et sont repris sur pratiquement tous les avions de ligne postérieurs, chez Boeing comme chez les autres constructeurs. Bien qu'il ne soit pas le premier jetliner en service, le 707 est le premier à rencontrer un succès commercial. Dominant le transport aérien de passagers dans les années 1960 et restant populaire dans les années 1970, le 707 est souvent considéré comme ayant inauguré l'ère du jet. Il établit Boeing comme l'un des principaux constructeurs d'avions de passagers, et conduit aux séries suivantes d'avions de ligne de désignation « 7x7 ». Les 727, 737 et 757 ultérieurs partagent des éléments du fuselage du 707.

Le démonstrateur « Dash 80 », destiné à prouver la faisabilité et les performances d'un jet à long rayon d'action, a volé pour la première fois en 1954. Il donne naissance au 707, mais aussi au KC-135 Stratotanker de ravitaillement en vol, autre appareil à la carrière hors du commun. L'élargissement du fuselage permettant d'accepter six places de front au lieu de cinq et d'autres modifications conduisent au 707-120 initial de production, motorisé par des turboréacteurs Pratt & Whitney JT3C, qui réalise son premier vol le . Pan American World Airways met le 707 en service régulier le .

Le 707 donne naissance à plusieurs versions : le 707-138 à long rayon d'action, le Boeing 720 destiné aux vols intérieurs (surtout nord-américains), le 707-220 surmotorisé pour les aéroports andins, puis les 707-320 et -420 à autonomie et capacité augmentées. Les tout premiers appareils sont livrés avec des réacteurs à simple flux, mais très vite s'imposent des réacteurs à double flux, bien plus économes et silencieux. Le 707 connait de nombreuses versions militaires, certaines construites spécifiquement (la plus célèbre étant représentée par les avions-radar AWACS), d'autres obtenues par conversion d'avions existants. Enfin, c'est un avion diplomatique important, utilisé par les présidents américains, et par de nombreux autres gouvernements. Si les 707 ont depuis longtemps disparu du trafic civil, beaucoup d'appareils militaires volent encore en 2022. L'avion est reconnu comme un des plus marquants de l'histoire aéronautique.

Contexte

Boeing avant le 707

La firme Boeing est créée en 1916 sous le nom Pacific Aero Products. Elle devient Boeing l'année suivante et remporte son premier gros contrat en vendant une cinquantaine de petits hydravions à flotteur Model C à l'US Navy, un contrat qui assure son démarrage industriel.. Après une série de fusions et d'acquisitions dans les années 1920 est créé en 1929 le groupe United Aircraft and Transport Corporation, qui regroupe des activités de construction aéronautique, de transport aérien et de motorisation. Un scandale éclate sur les pratiques anticoncurrentielles dans le secteur du courrier aérien et le gouvernement fait usage d'une loi antitrust pour démanteler UATC dont les activités de transport aérien deviennent United Airlines..

Jusqu'au début des années 1950, la firme Boeing conçoit et produit principalement des avions militaires destinés à l'armée américaine, essentiellement des bombardiers, dont les plus fructueux sont les quadrimoteurs B-17 Flying Fortress et B-29 Superfortress très utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur le marché civil, Boeing est cependant un outsider par rapport à Lockheed et Douglas. Le Lockheed Constellation, produit à plus de , est la référence absolue comme avion long-courrier. En comparaison, le 377 Stratocruiser de Boeing, basé sur le ravitailleur KC-97 et le C-97 Stratofreighter, ne s'est vendu qu'à une grosse cinquantaine d'exemplaires.

Premiers avions de ligne à réaction

Le De Havilland Comet, le premier avion de ligne à réaction au monde, vole pour la première fois en 1949. Avec une vitesse de croisière de plus de , il permet de réduire de manière significative les temps de trajet par rapport aux avions à hélices en service à l'époque. Il offre aussi un gain considérable en matière de confort et son altitude de croisière le rend insensible à la météo (hors des points de départ et d'arrivée). Cependant, le Comet connait rapidement une série d'accidents. D'abord, deux appareils sont victimes de sorties de piste au décollage, attribuées dans un premier temps à des erreurs de pilotage, mais s'avérant aussi liées à la conception de la voilure. Surviennent ensuite deux accidents (Vol BOAC 781 et Vol South African Airways 201) provoqués par la désintégration en vol des appareils. Les Comet sont alors cloués au sol et les autres projets d'avions de ligne à réaction sont retardés. L'enquête révèle que le fuselage ne résiste pas aux cycles de pressurisation /dépressurisation. En effet, s'il existait déjà des avions pressurisés depuis des années, le Comet vole à une altitude bien plus élevée, et monte et descend bien plus vite.

De leur côté, les Soviétiques développent le Tupolev Tu-104, qui vole en 1955, et entre en service l'année suivante. Plus rapide que le Comet, le Tu-104 a été construit sur la base d'un bombardier, le Tu-16.. En France, Sud-Aviation développe un biréacteur court-courrier, la Caravelle, qui fait son premier vol en 1955.

Naissance du ravitaillement en vol

vignette|alt=Deux avions reliés par un tube.|Un F-86, train sorti, ravitaillé par un KB-29. Un autre élément de contexte important dans la naissance du 707 est le développement du ravitaillement en vol. En 1949, l'armée de l'air américaine (USAF) réalise une démonstration de force : un Boeing B-50 Superfortress effectue un tour du monde sans escale, en étant ravitaillé huit fois.. Les premiers ravitailleurs utilisés sont des Boeing KB-29, c'est-à-dire des bombardiers B-29 de la Seconde Guerre mondiale transformés pour ce rôle. Le Boeing KB-50, qui vient peu de temps après, et le Boeing KC-97 Stratofreighter (avion mixte de transport et de ravitaillement) appartiennent à la même famille..

Le ravitaillement en vol s'impose rapidement comme un outil capital pour l'armée de l'air, et les premières sorties opérationnelles ont lieu pendant la guerre de Corée. Cependant, les avions ravitailleurs dérivés du B-29 présentent des limites. Ce sont des avions à hélices, ainsi les chasseurs ou les bombardiers à réaction qu'ils ravitaillent doivent réduire considérablement leur vitesse et leur altitude pour l'opération. De plus, ces avions lents sont des cibles faciles pour la chasse ennemie. Leurs moteurs à pistons consomment de l'essence aviation et non du kérosène, ces avions ont donc des réservoirs de carburant pour les avions à ravitailler complètement séparés de ceux destinés à leurs propres moteurs. Toutes ces contraintes font penser à Boeing que l'USAF ne va pas tarder à avoir besoin d'un ravitailleur à réaction..

Bombardiers B-47 et B-52

vignette|Bombardier B-47.|alt=Bombardier avec les insignes américaines. Possède une verrière en bulle, évoquant un avion de chasse. Aile au-dessus du fuselage, six réacteurs suspendus sous les ailes, dans 4 nacelles (1+2+2+1). En 1944, l'US Army Air Corp émet une spécification pour un bombardier à réaction. L'avion doit voler à près de à d'altitude, et pouvoir revenir à sa base après avoir largué une bombe de plus de sur une cible située à . Ces spécifications représentent un bond considérable par rapport au Boeing B-29 Superfortress à hélices qui vient d'entrer en service. Quatre constructeurs répondent à cette demande : Boeing avec son B-47, North American avec le B-45 Tornado, Convair avec le XB-46 et Martin avec le XB-48. Tous ces appareils volent en 1947. Seuls les avions de North American et Boeing sont produits en série, mais le premier en petit nombre. Le B-47 s'est en effet démarqué grâce à deux caractéristiques techniques remarquables : une aile en flèche et des réacteurs disposés en nacelle sous les ailes. Ces deux innovations font du B-47 une étape vers le 707. En outre, il utilise des réacteurs à flux axial, nouveau type qui s'impose rapidement en remplacement des réacteurs type « Whittle » à flux centrifuge...

Le B-52, bombardier beaucoup plus grand, octoréacteur, au rayon d'action bien supérieur, est développé à la suite du B-47 et reprend ces mêmes principes. Cet appareil à la longévité hors du commun (il devrait rester en service jusqu'en 2050) conforte l'expérience de Boeing dans la conception d'avions à réaction de grandes dimensions..

Développement

Lancement

À la fin des années 1940, la direction de Boeing pense qu'un long-courrier à réaction est désormais un projet viable. Cela distingue l'entreprise de Douglas et Lockheed, qui pensent qu'un tel projet est prématuré et lancent une nouvelle génération d'appareil à moteurs à piston, avec respectivement le DC-7 et le L-1049 Super Constellation. Les ingénieurs de Boeing esquissent des dizaines de configurations différentes pour un avion à réaction à long rayon d'action, destiné à la fois aux marchés du transport commercial et du ravitaillement en vol. Certains des croquis reprennent le fuselage en « 8 » des 377. Beaucoup ont des moteurs associés deux par deux, en nacelles doubles, comme le B-47 et le B-52, choix finalement jugé trop dangereux. Des réservoirs en extrémité d'aile (comme on peut en voir sur le Learjet 23 par exemple) sont présents sur certaines propositions. Quatre configurations sont menées jusqu'aux essais en soufflerie. La conception du prototype est figée fin 1951...

Prototype Dash 80

vignette|Le Boeing 367-80 lors de sa présentation officielle à l'usine de Renton le 14 mai 1954.|alt=photo noir et blanc. L'avion sort d'un hangar, quelques centaines de personnes sont présentes.

La construction d'un jet commercial est annoncée par Boeing dès le , afin de répondre aux besoins nouveaux et futurs de l'aéronautique à cette époque en pleine expansion. Le projet a pour but de concevoir un avion à réaction doté d'une autonomie lui permettant d'effectuer des vols transcontinentaux. Pour ce nouvel avion, Boeing souhaite un nom qui souligne la différence avec les avions à hélices précédents qui portent essentiellement des numéros dans les 300, tandis que les séries 400, 500 et 600 sont utilisées par d'autres avions, ainsi que par des missiles et d'autres produits de la firme.. De plus, les responsables de Boeing ont remarqué que le chiffre 7 revient souvent dans les numéros de modèles des avions à succès, tels que le 247, le 307, le 377 et le B-17. Il est décidé que les avions de ligne à réaction portent des numéros dans les 700, le premier devant être le 707. Toutefois, pour tromper la concurrence, le prototype est nommé 367-80, une désignation visant à le rapprocher de l'avion à hélices 367, utilisé par l'armée sous la désignation KC-97..