La satisfaction corporelle est un concept qui fait référence au degré de satisfaction qu'une personne a de son aspect corporelThompson, J. K., Heinberg, L. J., Altabe, M., & Tantleff-Dunn, S. (1999). Exacting Beauty : Theory, Assessment, and Treatment of Body Image Disturbance. (Exhibit 0.1, ). Washington, DC : American Psychological Association. (mais la version négative de ce concept, c'est-à-dire l'« insatisfaction corporelle » est la plus utilisée dans les études ; cette mesure subjective désigne l'écart entre l'apparence qu'une personne voudrait avoir, et celle qu'elle a réellement ou pense avoir. Ces deux notions sont liées à la notion d'image du corps, qui est la représentation mentale que se fait un individu de son propre corps. vignette|droite|Perception erronée du corps.

Ces concepts sont utilisés dans des nombreux champs tels que la psychologie clinique, la psychologie sociale, la psychologie de la santé, la sociologie ou l'anthropologie.

Histoire du concept Les premiers écrits concernant la satisfaction corporelle sont apparus au mais celle-ci s'est réellement développée à la fin des années 1980.

Évolution selon le genre Le fait de vouloir atteindre, éventuellement à tout prix, une supposée perfection corporelle, dictée par la publicité, la mode, les influenceurs, certaines normes sociales souvent liée à un sentiment de « honte corporelle » n'est pas un phénomène qui touche exclusivement les femmes.

Avant les années 1980, les études sur la satisfaction corporelle se sont concentrées sur les femmes car l'insatisfaction corporelle semblaient essentiellement toucher des femmes. Mais depuis les années 1980, des études démontrent peu à peu que les hommes subissent aussi des pressions sociales concernant l'idéal du corps masculin. ; beaucoup d'hommes souffrent d'insatisfaction corporelle et qu'une grande partie voudrait être plus musclé et moins gras qu'ils ne le sontOlivardia, Pope, Borowiecki et Cohane, 2004 ; cités par ..

L'insatisfaction corporelle et la représentation erronées de son corps varie cependant selon le genre (les femmes tendent plus à se voir en surpoids et les hommes en sous-poids ; les femmes souhaitent généralement maigrir (des hanches et cuisses notamment), alors que les hommes voudraient être plus musclés (biceps, abdominaux, poitrine, épaules…) et avoir un « corps en forme de V »Furnham et Calnan, 1998 ; cités par .. S'ajoutent souvent dans les deux cas un aspect « jeunisme » (vouloir un corps d'apparence jeune).

Depuis les années 2010, le « comportement de selfie », une surveillance fréquente de son corps et un sentiment de honte corporelle sont statistiquement associés à l'appel à la chirurgie esthétique. La Recherche suggère que le comportement de selfie peut être une nouvelle expérience d'auto-objectivation, notamment chez les jeunes femmes..

En 2006, selon une étude ayant porté sur près de jeunes de 41 pays, dans tous ces pays, les adolescentes sont nettement plus insatisfaites de leur corps que les adolescents, quel que soit l'indice de masse corporelle, le milieu socioéconomique, la réussite scolaire ou de l'âge.. Et, cette insatisfaction est plus fortement associée, chez les filles, à une moindre confiance en soi et à un moindre bien‑être réduit. Les pays où les filles se déclarent le plus insatisfaites sont aussi ceux où les écarts de genre sont plus prononcés en termes de dépression, de trouble des conduites alimentaires et de satisfaction de vie. L'écart de satisfaction corporelle entre filles et garçons est plus marqué dans les pays développés, où les stéréotypes associant les femmes à leur apparence plutôt qu'à leurs compétences sont plus forts, ce qui contribue à expliquer le phénomène connu sous le nom de « paradoxe de l'égalité des genres » déjà observé pour la dépression et le bien‑être. Insatisfaction corporelle, stéréotypes de genre et enjeux de santé publique étant étroitement liés, la réduction de ces inégalités suppose une déconstruction sociale des normes de beauté, une moindre focalisation des médias sur l'apparence féminine et une valorisation de modèles féminins reconnus pour leurs compétences plutôt que pour leur physique..

Théories principales Pour étudier ce concept, il est possible de se positionner du point de vue de deux grandes approches : D'une part, la théorie socioculturelle qui fait allusion à l'évolution que subit un phénomène ou un concept dans le temps. D'autre part, la théorie de la comparaison sociale de Leon Festinger qui fait allusion à la tendance qu'ont les individus à se comparer à autrui.

Théorie socioculturelle La théorie socioculturelle postule que les individus, et plus particulièrement les femmes, sont exposés constamment à des idéaux et des attentes vis-à-vis de ce qui est considéré comme étant attractif . Celle-ci prétend que les standards de beauté actuels dans notre société donnent une importance excessive à la minceurTiggemann et Pickering, 1996; cités par . Cette dernière est perçue comme étant l'idéal de beauté dans notre société alors que la taille moyenne des femmes a augmenté ces dernières annéesWiseman, Gray, Mosimann et Ahrens, 1992; Garner, Garfinkel, Schwartz et Thompson, 1980; cités par .

Historiquement, l'idéal de beauté n'est pas un concept stable. Les idéaux défendus par les sociétés ont constamment changé avec le temps. On suppose que l'importance était primitivement ciblée sur l'aspect biologique, notamment vis-à-vis de la reproduction (biologie), puis que la représentation du corps idéal a varié Nutrinews, 2006; cités par . Par exemple, les vénus callipyges préhistoriques laissent penser que des corps féminins imposants ont peut être été signe de nourriture abondante et de fécondité et valorisés comme tels. Durant l'Antiquité, les corps robustes des hommes et les corps bien proportionnés des femmes étaient vus positivement. Pour Rubens, les corps des femmes bien en chair étaient attirants, alors qu'aujourd'hui la minceur et jeunesse du corps sont plus valorisées, une forte corpulence étant souvent associés à une mauvaise hygiène de vie Nutrinews, 2006 ; cités par Rand et Kuldau, 1990; Rodin, Silberstein et Striegel-Moore, 1985; cités par .

La société exerce une forte pression sur les individus, allant jusqu'à faire croire qu'atteindre l'idéal de beauté inculqué par l'environnement socio-culturel, aura une influence directe sur la joie, la santé ou, encore, l'estime de soi. Cependant, les rituels imposés par la société actuelle permettant d'atteindre l'idéal de beauté sont nombreux et souvent en opposition avec l'idée d'une bonne santé. Il s'agit de rituels tels que les régimes, les implants mammaires ou autres types d'interventions chirurgicales.

Les pressions sociales et culturelles prennent le dessusFallon, A. E., 1990; cité par , notamment à travers la pression qui est exercée par les pairs, les médias et les réseaux sociaux, avec toutefois des cultures orientales et occidentales qui diffèrent dans la perception de l'idéal de beauté. Dans les cultures orientales, la minceur est perçue négativement, non attractive et plutôt dévalorisée. Ainsi, dans des pays tels que la Chine, les formes sont appréciées car elles sont signe de longévité. De même, dans les cultures arabes, un corps féminin ayant des formes est associé à la fertilité Nassar, 1988 ; cité par .

De nombreux individus souhaiteraient avoir le contrôle de leur corps et de leur beauté pour correspondre à un idéal sociétal, mais divers facteurs les en empêchent. Même si par exemple la minceur peut être contrôlée, d'autres facteurs comme l'âge, la taille ou certaines caractéristiques faciales, etc. ne peuvent pas être contrôlésHeinberg, 1996; citée par , en dépit d'alternatives permises par la chirurgie esthétique.

Théorie de la comparaison sociale La théorie de la comparaison sociale définit la tendance des individus à se comparer à autrui par rapport à des facteurs personnels en fonction de la société et de la culture qui les entourent. Lorsqu'un individu se compare à autrui, il ne choisit pas sa cible au hasard. Selon Miller, Turnbull et McFarland, il faut distinguer entre «les cibles universalistes et les cibles particularistes» Miller, D. T., Turnbull et McFarland, 1988 ; cités par . On parle de cible «universaliste» lorsque l'individu se compare à une cible globale par rapport à un aspect concret (ex. : lorsqu'un homme se compare aux autres hommes vis-à-vis de sa musculature). Par contre, on parle de cible « particulariste » lorsqu'un individu se compare à une cible qui appartient à son groupe ou avec qui il partage un lien ou une identité.

Cette comparaison sociale peut s'effectuer «vers le haut» ou «vers le bas». La comparaison sociale dite vers le haut signale la tendance à se comparer à un individu qui est considéré comme supérieur à soi contrairement à la comparaison sociale dite « vers le bas » qui indique une comparaison faite envers quelqu'un considéré comme inférieur à soiKruglanski et Mayseless, 1990 ; Wood, J. V., 1989 ; cités par . Wood postule que les individus ont souvent tendance à se comparer à des personnes supérieures pour s'améliorer eux-mêmesWood, J. V., 1989; cité par . Toutefois, alors que ce type de comparaison peut s'avérer être une source de motivation, elle peut aussi avoir des conséquences négatives sur l'estime de soi et sur la confiance en soi. À l'inverse, Wood postule que le fait de se comparer à quelqu'un considéré comme étant inférieur contribue à l'amélioration de soi. Ainsi, ce type de comparaison est surtout utilisé lorsque l'individu se sent malheureux afin de se ressourcer et de se sentir mieux avec lui-même.

La théorie de la comparaison sociale peut expliquer comment l'exposition à un idéal socioculturel de beauté et de minceur contribue à une augmentation de l'insatisfaction corporelleHeinberg et Thompson, 1992b ; Smolack, Levine et Gralen, 1993 ; Thompson, Heinberg et Tantleff, 1991 ; cités par . Toutefois, il faut savoir qu'il existe des différences individuelles qui font que certaines personnes sont plus vulnérables que d'autres aux pressions créées par la société et la culture vis-à-vis de l'apparence. D'abord, les personnes incertaines par rapport à elles-mêmes, ayant une faible estime de soi ou étant dépressives, vont davantage se comparer aux autres Campbell, 1990; Gibbons & Buunk, 1999; Weary, Elbin, & Hill, 1987; Wood, Giordano-Beech, Taylor, Michela, & Gaus, 1994 ; cités par . L'insatisfaction corporelle de ces personnes et leur besoin de se rassurer peut aussi les amener à se comparer davantage Thompson et al., 1999 ; cité par .

Concernant les femmes, Striegel-Moore, McAvay et Rodin ont mené une étude qui démontre que les participantes témoignant d'une plus forte insatisfaction corporelle sont celles qui ont plus tendance à se comparer à autrui Striegel-Moore, McAvay et Rodin, 1986 ; cités par .

Mesure de la satisfaction corporelle Il existe deux types d'études qui analysent l'implication de ces théories sur la question de la satisfaction corporelle : les études corrélationnelles et les études expérimentales.

Les études corrélationnelles mesurent le lien qui existe entre la satisfaction corporelle et les différences interindividuelles. Elles postulent que plus la tendance à se comparer à autrui est forte, moindre sera la satisfaction corporelleHeinberg et Thompson, 1992a, 1992b ; Thompson, Heinberg et al., 1991 ; cités par . Heinberg et Thompson ont réalisé une étude afin d'évaluer l'importance des différents groupes sociaux dans l'évaluation de 7 caractéristiques physiques. Finalement, c'est le groupe des « amis/pairs » qui possède la plus grande importance dans l'évaluation, et tant pour les femmes que pour les hommes. Toutefois, une différence a été remarquée au niveau du genre. Chez les hommes, le groupe « célébrité » est significativement plus important que chez les femmes.