Les houillères et saline de Gouhenans sont un ensemble de mines et d'usines situées dans l'Est de la France, exploitant et transformant du sel gemme et de la pyrite de 1831 à 1945, ainsi que de la houille de 1828 à 1921, des ressources présentes au même étage géologique du bassin keupérien. Le gîte de houille est identifié dans les années 1770, il s'étend sous les communes de Gouhenans, Athesans et Villafans, dans le département de la Haute-Saône, en Bourgogne-Franche-Comté. C'est avec l'exploitation des charbonnages que le sel est découvert. L'exploitation du charbon sur place pour l'évaporation de la saumure permet à la compagnie de baisser le coût de revient du sel. Une usine chimique et une verrerie sont ajoutées à ce complexe industriel qui marque une période de prospérité pour Gouhenans. L'activité chimique devient la propriété du groupe Kuhlmann en 1927 et le reste jusqu'à la fermeture en 1955.

En 1847, l'exploitation du sel fait l'objet d'un scandale impliquant des personnalités politiques de la monarchie de Juillet, le général Despans-Cubières et Jean-Baptiste Teste, pair de France et ministre d'État.

Des vestiges de ces industries (entrées de mines, terrils, voies ferrées, ruines, cité ouvrière, bâtiments reconvertis, cheminée d'usine, dépôt de lindane) subsistent au début du . Le territoire reste marqué économiquement, socialement, paysagèrement, écologiquement et culturellement. Le sentier de randonnée intitulé est inauguré en 2009, pour mettre en valeur ce patrimoine industriel.

Situation La concession possède une superficie de pour l'exploitation du charbon et pour le sel, répartis sur les communes de Gouhenans, Longevelle, Les Aynans, Athesans, Le Val et Villafans, au sud-est du département de la Haute-Saône, en région de Bourgogne-Franche-Comté.

Géologie

Les gisements de houille et de halite exploités sont mêlés au sein du bassin houiller keupérien de Haute-Saône. Ce bassin est formé d'une alternance de couches de grès, de marne irisée et de dolomies de gypse.

Le gisement salifère est formé par six couches cumulant une épaisseur de de sel entre 51 et de profondeur..

Saline Néolithique Des traces d'extraction de sel daté du Néolithique sont retrouvées sur la commune. L'extraction s'est faite de manière primitive de 4821 à 4534 av. J.-C...

Découverte C'est l'exploitation du gisement houiller qui permet la découverte du gisement de sel gemme en 1828, avec le repérage d'un banc de sept à huit mètres d'épaisseur. La demande d'exploitation est d'abord rejetée et, malgré la saisie des tribunaux de Lure, Besançon et du Conseil d'État, la situation n'évolue pas et la saline est construite dans l’illégalité au lieu-dit les Époisses. Cette usine utilise le procédé ignigène avec cuisson de la saumure dans des poêles. Finalement, l'ordonnance royale du accorde à la société Parmentier, Grillet et la concession d'une mine de sel gemme. La saumure est issue de l'envoi d'eau douce sur les bancs de sel par trous de sonde. L'eau récupérée est ensuite évaporée dans 37 poêles d'une surface totale de .. Cette technique permet de considérer le gisement comme une source salée et nom comme une mine, ce qui permet d’échapper au monopole de l'État.

Scandale Teste-Cubières

En juillet 1831, la compagnie concessionnaire démarre son exploitation et établit des chantiers d'évaporation. Les conditions de traitement, et notamment l'abondance de combustible bon marché issu des houillères permettent de vendre le sel à des prix inférieurs à ceux des salines de l'Est dont le monopole appartient alors à l'État. L'affaire attise alors des convoitises et provoque un scandale en 1847, dans lequel trempe le général Despans-Cubières, deux fois ministre de la Guerre et qui souhaite se faire élire député de la Haute-Saône. Il possède dans l’entreprise, soit 7 % du capital. Le ministre des travaux publics, Jean-Baptiste Teste, est lui aussi éclaboussé pour avoir reçu un pot-de-vin de afin d'accorder la concession...

Le scandale est amplifié et exploité contre la monarchie de Juillet, aussi bien par les oppositions de gauche que de droite. Dans son recueil Choses vues, Victor Hugo relate le procès en corruption qui a lieu devant la cour des pairs. Le général Despans-Cubières et le concessionnaire, le sieur Parmentier, sont finalement condamnés à la dégradation civique et à d’amende. L'amende de Jean-Baptiste Teste s'élève à et il est également condamné à trois ans de prison, il est notamment enfermé à la Conciergerie jusqu'à la Révolution de 1848. La campagne des banquets entraîne, six mois plus tard, la chute de Louis-Philippe. Pendant ce temps, l'activité de la saline de Gouhenans continue de prospérer.

Développement

Le , une ordonnance autorise la mise en activité et l'agrandissement de la saline, qui est transférée à l'est du village dans la foulée, sur son emplacement définitif. L'ancien site n'est plus exploité en 1866 et sert de logement aux ouvriers. La production atteint par an entre 1845 et 1856 en fonctionnant 24 heures sur 24 y compris le dimanche et les jours fériés. La construction d'une est autorisée en 1844. L'usine de produits chimiques en question est adjointe vers 1848. Vers 1850, le complexe est acquis par les Salines domaniales de l'Est en raison de la concurrence qu'il représente. La production atteint de sel en 1864. En 1869, les poêles mesurent seize mètres sur sept et produisent chacun près de quatre tonnes de sel par jour. de houille sont consommés pour produire de sel. L'usine chimique produit des acides sulfurique, chlorhydrique, nitrique ainsi que du sulfate de soude et du chlorure de chaux.

Cette usine assure chaque année la production de d'acide chlorhydrique, d'acide sulfurique et de sulfate de soude dans les années 1890. Elle appartient alors à la Compagnie Anonyme des Salines, Houillères et Fabrique de produits chimiques de Gouhenans. En 1895, trois trous de sonde de cent mètres de profondeur permettent la production de de sel. L'année suivante, un embranchement ferroviaire est créé à l'ouverture de la ligne de Montbozon à Lure qui longe le complexe. En 1905, une verrerie construite au nord du site en 1903 compte entre trente et quarante ouvriers. Elle fabrique notamment des bouteilles de bière destinées aux producteurs alsaciens et connaît plusieurs interruptions et ferme définitivement après la Première Guerre mondiale. La grande cheminée évacue les gaz issus de la fabrication de sulfate de soude et d'acide sulfurique. Elle évacue également la fumée des chaudières à vapeur qui alimente des génératrices électrique. Lorsque le village de Gouhenans est alimenté en électricité par la centrale thermique de Ronchamp, les génératrices de l'usine chimique sont connectées au réseau et l'alimente de façon complémentaire.. En 1916, la partie de la grande cheminée située à de haut, qui s'est incliné, est redressée par des ouvriers spécialisés (encadré).. En 1927, le site est partagé entre deux sociétés : la Société Minière et Industrielle de Gouhenans, et la Société de produits chimiques Kuhlmann qui embauche en 1931. Malgré l'ajout de neuf poêles en 1926, la production de sel décroît progressivement et passe de en 1912 à en 1943. Ce déclin est dû à une augmentation de coût de transport de la houille accompagné d'un manque de rentabilité et d'investissement qui cause une perte de compétitivité face aux marais salants..

Reconversion La saline ferme juste après la Seconde Guerre mondiale, suivie par l'usine Kuhlmann en 1955. Certains bâtiments servent ensuite d’entrepôts pour des produits chimiques mais la plupart sont démolis dans les années 1970. L'un des deux pavillons de l'entrée ouest est ravagé par un incendie en 1992.

Dépôt de lindane de lindane (pesticide retiré du marché car dangereux) appartenant à la société Ugine-Kuhlmann sont déversées au nord du site en 1974. Alors que ces déchets devaient être retraités par la société Socrimex ils sont bâchés et recouverts de pneus. Un comité d'opposition au dépôt se constitue et une pétition récolte . Dans un arrêté du la préfecture de Haute-Saône demande le retrait des produits avant le pour traitement dans l'usine de Loos-lès-Lille mais rien n'est fait. À la suite d'une pollution d'un affluent de l'Ognon la société Socrimex est mise en liquidation judiciaire et son dirigeant est condamné à d'amende au tribunal de Lure en avant d'être relaxé en ....

Les déchets sont finalement enterrés en 1980 dans cinq fosses creusées jusqu'à dix ou quinze mètres dans la marne et obstruées par du mâchefer. En , le BRGM publie une étude indiquant que le lindane fuite à raison de par an, mais la pollution fini par décroître tout au long de la décennie.

En décembre 1989, le BRGM détecte un accroissement de la pollution des milieux avoisinants le dépôt et conclut que ce dernier n'est pas étanche. Il est alors recouvert par un géotextile anti-poinçonnant, une géomembrane en PE-HD, une couche de de sable, un géotextile anti-contaminant, une couche de marne de d'épaisseur puis une couche de terre engazonnée en surface. Le tout est cintré par une profonde fondation de béton de d'épaisseur. Il n'y a en revanche pas d'élément isolant le fond des fosses. Ces travaux sont réalisés par l’entreprise Bachy au début des années 1990 .. Des contrôles sont réalisés tous les six mois. Une pollution des eaux souterraines est détectée en 1998 et des piézomètres sont installés en 2000 pour améliorer les contrôles. Aucune pollution extérieure au site n'est détectée tout au long de la décennie qui suit, avant qu'une autre augmentation du taux de lindane ne soit détectée en avant un retour à la normale les mois et années suivants.

Patrimoine Au début du , le site est envahi par la végétation. Quelques ruines de bâtiments, d'autres reconvertis et une haute cheminée carrée subsistent. Un projet de sentier de randonnée est étudié à partir de 2003 par la communauté de communes du Pays de Villersexel pour mettre en valeur le patrimoine industriel liée à la saline et aux houillères. L'itinéraire intitulé est financé à 25 % par le conseil général de Haute-Saône et à 40 % par l'Union européenne. Il est inauguré le par le sous-préfet et une centaine de personnes .. La saline est inscrite le à l'inventaire général du patrimoine culturel.

Houillères Anciennes exploitations Le gîte houiller est découvert à proximité du village de Gouhenans au . En novembre 1776, l’intendant de Franche-Comté et le ministre Henri Bertin échangent des courriers pour accorder l’autorisation d'exploiter le charbon de Gouhenans. En avril 1780, la mine est abandonnée en raison d'infiltrations d'eau abondantesPierre Semonin d'après les archives départementales de la Haute-Saône et les archives de la bibliothèque municipale de Besançon..

L'exploitation est relancée une première fois en 1819... Le gisement est d’abord exploité au nord du Mont, non loin du Val-de-Gouhenans, par quatre puits et une galerie à flanc de coteau appartenant à messieurs Berthod et Latmotz de Bithaine..

Nouvelle exploitation vignette|Un puits de Corcelles (Saulnot), creusé et exploité par les mines de Gouhenans pour alimenter la saline dans les années 1910.

Une troisième concession est accordée le à monsieur Parmentier et ses associés, qui abandonnent rapidement l'ancienne zone d'exploitation pour une autre au sud-est, dans la zone de la future saline. Seuls les puits et sont en activité depuis 1827. Le puits est le principal puits d'extraction pour la période 1826-1836.. En 1833, la production moyenne est de par mois entièrement consommés par la saline..