Le terme corail désigne un certain nombre d'animaux marins appartenant à l'embranchement des cnidaires. Il est employé pour désigner le taxon des Scleractinia, les coraux durs bâtisseurs de récifs, mais aussi de nombreuses espèces comme le corail rouge, le corail bleu, mais aussi les coraux mous, les coraux cuir ou champignon, et d'autres taxons comme les antipathaires, regroupant les coraux noirs et coraux fouet ou fil de fer, et les Milleporidae, les coraux de feu.

Les coraux sont généralement des colonies de polypes qui vivent regroupées pour former des superorganismes partageant un squelette calcaire. Les coraux durs, « constructeurs de récifs », ont formé par accumulation de ces squelettes minéraux des récifs coralliens dont certains sont devenus les plus grandes structures complexes connues créées par des organismes vivants (les grandes barrières de corail).

Depuis quelques décennies, les populations de coraux se dégradent, notamment en raison du changement climatique, de la pollution marine et de la surpêche qui pourraient avoir développé la susceptibilité des coraux aux maladies. Plus de vingt maladies des coraux différentes ont été décrites, seule une poignée d'entre elles sont comprises et ont des agents pathogènes isolés et caractérisés.

Étymologie Le terme français provient du latin , du grec , désignant déjà ces animauxhttp://www.dicolatin.fr/FR/LAK/0/CORALIUM/index.htm /. La première occurrence du mot « corail » dans la langue française est attestée au , et la racine gréco-latine s'est répandue dans toutes les langues européennes jusqu'au russe.

Selon Pline l'ancien ce nom viendrait du mode de ramassage du corail, au ciseau (, « tonte », XXXII, 9. ).

Histoire naturaliste vignette|Comme en témoignent les fossiles, les coraux ont colonisé les mers il y a plusieurs centaines de millions d'années, y constituant l'un des puits de carbone les plus importants. Ce fossile d’Hexagonaria mirabilis trouvé à Ferques (Nord-Pas-de-Calais) provient de l'étage Frasnien du Dévonien. (Collection C. Loones, musée d'Histoire naturelle de Lille). D'abord présenté comme une pierre arborescente, les pêcheurs et naturalistes savaient cependant que le corail a la faculté de grandir, et son origine vivante a rarement été remise en cause.

Aristote regroupe dans les « orties de mer » les Acalèphes (méduses) et les Coralliaires (comprenant notamment les coraux et les anémones de mer). Au , Théophraste (disciple et successeur d'Aristote) voit dans le corail rouge une plante pétrifiée et rapproche les coraux des pierres précieuses ; Ovide (43 , 17 ) écrit dans ses Métamorphoses que ce sont des algues molles qui durcissent à l'air. Dioscoride les considère comme des plantes aquatiques.. Il convient toutefois de garder en tête à la lecture de ces versions le fait que la plupart des naturalistes antiques dont les textes nous sont parvenus étaient méditerranéens, et ne connaissaient donc principalement de première main que des coraux alcyonaires comme le corail rouge, très différent des coraux sclératiniaires des régions tropicales.

À la suite d'Aristote, l'intellectuel musulman Al-Biruni (973-1048) les classe (ainsi que les éponges) parmi les animaux, au motif qu'ils répondent au toucher.

Cependant, en occident, au Moyen Âge, le corail continue à être assimilé à une plante pierreuse et est classé dans les lithophytes (littéralement les « plantes-roches »). Selon une idée fort répandue à cette époque, son squelette est constitué à l'origine par du bois, avant d'être progressivement remplacé par du calcaire. Au début du , Luigi Ferdinando Marsigli observe encore ce qu'il prend pour des sortes de fleurs, qui s'y épanouissent quand on le maintient dans de bonnes conditions en aquarium. Le Français Jean-André Peyssonnel (1694-1759), jeune naturaliste disciple de Marsigli, médecin marseillais et botaniste du roi de France en Guadeloupe observant mieux ces « fleurs » en déduit ensuite qu'elles sont en fait des animaux. Cette affirmation écrite en 1726 dans une lettre adressée au président de l'Académie des sciences (Dissertation sur le corail) est d'abord très discutée et même vivement attaquée par René-Antoine Ferchault de Réaumur et Bernard de Jussieu, avant d'être admise par tous à la suite d'une enquête par Jussieu et GuettardPaul Bert (1833-1886), Leçons de zoologie, professées à la Sorbonne, enseignement secondaire des jeunes filles, par M. Paul Bert… Anatomie, physiologie… 1881 ; Éditeur : G. Masson (Paris), et au traité de Peyssonel adressé à la Royal Society de Londres en 1750, résultat de 30 années d'observations. Georges-Louis Leclerc de Buffon tranche définitivement en déclarant : . Cela n'empêche pas Carl von Linné, en bon botaniste, de placer encore les coraux dans l'ordre des Zoophyta (littéralement les « plantes-animaux »).

William Herschel apporte la preuve scientifique irréfutable grâce à l'observation au microscope : les fines membranes cellulaires du corail sont caractéristiques des eumétazoaires.

C'est Christian Gottfried Ehrenberg qui se fait le descripteur scientifique moderne du groupe des Anthozoa en 1831, alors que Gilbert Charles Bourne se charge des Scleractinia en 1900 (dans la sous-classe des Hexacorallia décrite par Ernst Haeckel en 1896), séparés des Gorgonacea (décrits par Lamouroux dès 1816), rangés parmi les Octocorallia, autre sous-classe décrite par Haeckel.

Le zoologiste Addison Emery Verrill, en créant en 1865 l'embranchement des Cnidaires, « confirme » la mythologie grecque selon laquelle le sang de Méduse (une des trois Gorgones) se transforme en corail rouge au contact des algues.

Répartition géographique vignette|Les coraux vivent en compétition avec de nombreuses autres espèces, dont les algues et bactéries, mais aussi avec les éponges. La compétition est spatiale, mais aussi allélopathiqueThacker RW, Becerro MA, Lumbang WA, Paul VJ (1998), Allelopathic interactions between sponges on a tropical reef. Ecology 79:1740–1750. Les colonies de coraux ont la propriété de contribuer à fortement construire leur environnement et leur habitat. Ils constituent eux-mêmes un habitat pour de très nombreuses autres espèces, et représentent donc des espèces fondatrices de premier plan.

Les quatre plus grands récifs coralliens du monde sont situés en Australie, en Nouvelle-CalédonieCarte Bancs Recifs Coraux Nouvelle-Calédonie Carto-mondo.fr, au Belize et en Floride (parc national des Dry Tortugas) . Cependant, celui qui devrait être le plus ancien est celui de la baie de Kimbe en Papouasie-Nouvelle-Guinée : il concentre 60 % de la biodiversité des espèces de coraux. Des pays comme l'Indonésie, les Philippines, les Maldives ou la Papouasie-Nouvelle-Guinée possèdent également des parts importantes des coraux mondiaux. La France, par ses régions d'outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Polynésie Française, Mayotte...), concentre à elle seule pas moins de 10 % des coraux mondiaux, ce qui en fait le pays corallien au monde (et le seul présent dans tous les océans).

Le corail ne forme les célèbres récifs et atolls que dans les mers chaudes (entre les parallèles 30° nord et 30° sud, dans des eaux ne descendant jamais au-dessous de ). Cependant, certaines mers froides (large de la Scandinavie, de la Grande-Bretagne et de la péninsule Ibérique) hébergent aussi des récifs coralliens, qui sont des récifs dits , profonds, à corail non photosynthétique et à développement extrêmement lent. Ces récifs sont très poissonneux, certainement la raison pour laquelle les marins du Nord connaissent leur existence depuis des siècles. Au large de la Nouvelle-Écosse, des chercheurs ont ainsi découvert une trentaine d'espèces de coraux dits « d'eau froide » qui peuvent vivre jusqu'à sept kilomètres de profondeurGEO de juin 2011 73.

On trouve donc des récifs de coraux dans une grande variété d'habitats, des régions tropicales à la Mer du Nord, dans les mers chaudes d’Asie ou froides comme la Grande-Bretagne, de 0 à de profondeur, mais seuls les coraux tropicaux forment de grandes barrières et récifs à faible profondeur. Quelques espèces arrivent également à former des structures récifales de plus faibles dimensions en milieu subtropical voire tempéré, comme Cladocora caespitosa dans les parties les plus chaudes de la mer Méditerranée, à quelques mètres de profondeur.

Taxons les plus courants vignette|Acropora cervicornis, un corail sclératinaire. vignette|Le Corail rouge de Méditerranée (Corallium rubrum) est en réalité une gorgone. vignette|Corail de feu (Millepora sp.) en mer Rouge. Le mot corail est très ambigu, car il désigne des organismes marins appartenant tous à l'embranchement des Cnidaires, mais à des familles très différentes et dont les exigences écologiques sont, de ce fait, très dissemblables.

Si les scientifiques réservent généralement l'appellation de « corail » aux espèces de l'ordre des Scleractinia on désigne vulgairement sous ce terme générique une grande diversité de taxons appartenant à deux classes (ou super-classes) distinctes : Les Anthozoaires : Zoanthaires (ou Hexacoralliaires) : Les Scléractinaires (anciennement Madréporaires), encore appelés « coraux durs » car ce sont généralement des animaux coloniaux ayant un squelette minéralisé rigide. De formes et de tailles variées, ils sont très largement répandus dans les eaux côtières tropicales où ils forment des trottoirs (cas de la mer Rouge), des récifs frangeants (cas de La Réunion) des atolls (cas des îles polynésiennes) ou des barrières (cas de l'Australie). Ces colonies sont le plus souvent inféodées à des eaux très éclairées (la lumière étant nécessaire aux algues symbiotiques dont ils tirent une grande partie de leurs nutriments). Ces animaux aiment les eaux chaudes mais supportent mal une trop forte température ou des variations trop importantes du milieu et, surtout, une forte pollution qui entraînent leur mort rapide, précédée par un phénomène de blanchissement (le squelette calcaire devenant apparent). Ce sont les coraux stricto sensu. Les Antipathaires ou « coraux noirs » (par exemple Antipathes subpinnata en Méditerranée et le nord-est de l'Atlantique). Alcyonaires (ou Octocoralliaires) : Les gorgonacés durs comme le « corail rouge » (Corallium rubrum) et les gorgones. Le célèbre corail rouge a généralement un exosquelette rouge vif, mais il peut parfois être plus clair, rose voire blanc, et est très exploité pour la joaillerie. Comme la plupart des gorgones, cette espèce ne nécessite pas de lumière pour croître et on la trouve soit dans des grottes sous-marines, soit à une certaine profondeur (jusqu'à plus de parfois), en particulier dans les eaux méditerranéennes et, notamment, celles du bassin occidental. Le petit groupe des « coraux bleus » (Helioporacea), constitué de seulement trois espèces actuelles dont Heliopora coerulea. Beaucoup d'Alcyonaires (notamment des Alcyoniidae et Nephtheidae), possédant des formes fixes érigées mais un squelette pas ou peu minéralisé, sont désignés par le terme générique de « coraux mous ». Les Hydrozoaires : Les espèces du genre Millepora sont communément appelées coraux de feu (par exemple le corail de feu branchu Millepora alcicornis), en raison de leur fort pouvoir urticant. Cependant, malgré leur structure similaire les millepores ne sont des « coraux » que dans un sens très large, ce terme devant être réservé à des Anthozoaires : ce sont juste des hydrozoaires coloniaux développant un squelette calcaire (on peut parler de convergence évolutive). Certaines autres espèces d'hydrozoaires coloniaux à exosquelette calcaire du groupe des Filifera sont parfois aussi appelés coraux, comme les « coraux nobles » de la famille des Stylasteridae.