La notion de liberté constitue dans la philosophie traditionnelle occidentale et orientale une notion centrale, une quête, une finalité, un des fondements de la démarche philosophique.

Problématique générale Au sens courant, la liberté est perçue comme l'absence de contrainte qui accompagnerait , qui s'exprime plus vulgairement dans l'expression . Malheureusement, il s'avère que cette liberté rencontre partout et toujours la contrainte, que ce soit en société par la loi, en morale avec la conscience morale, dans la nature avec ses lois physiques et son déterminisme général. Les philosophes, depuis toujours, se sont soit épuisés à soit évertués « à montrer que les deux sont pensables ensemble, qu'il n'y a pas de contradiction à penser le même acte à la fois comme déterminé et libre».

Deux thèses semblent s’affronter. En partant de l’expérience de la nécessité, que nous démontrent en permanence les lois de la nature, les déterministes affirment que les contraintes qui nous portent dans une direction plutôt que dans une autre sont irrésistibles. Il serait impossible d'en douter car nous constatons, lorsque nous réfléchissons après coup, que le chemin emprunté l'a été nécessairement, et que si nous avons pu, au départ, nous croire libre c'est parce que nous ignorions alors les contraintes les plus fortes et les plus souterraines qui nous ont entraîné. La sensation de contingence et d'indétermination, qui s'oppose à la nécessité, serait donc une illusion, l’effet de notre ignorance des causes réelles. Ceci constitue la position de Spinoza, la connaissance de toutes les déterminations nous montrerit en réalité que nos actions sont inéluctablement fixées par les causes antécédentes, rapporte Éric Pommier..

À l’inverse, les partisans du « libre arbitre » partent de notre expérience de la contingence en soulignant qu'il n'est pas niable qu'au seuil de l'action j'avais bien un sentiment de liberté et que je pouvais faire autrement que je n'ai fait si je l'avais souhaité.

Historique de la notion de liberté

La liberté s'oppose en général au déterminisme, au fatalisme et à toute . Dès le début la conciliation entre déterminisme rationnel, liberté et responsabilité humaine est apparue impossible. Cette « aporie » s'est poursuivie jusqu'à Emmanuel Kant dans le cadre de sa troisième antinomie : suis-je libre, ou suis-je conduit par le destin ? Schopenhauer explique par l'influence du christianisme la persistance de cette illusion que constitue pour lui le libre arbitre..

Le terme correspondant à déterminisme, dans l'antiquité, était celui de « nécessité » qui déjà en distinguait deux formes ou deux applications : le déterminisme de la nature et celui de l'action humaineL'association de la nécessité et du destin est déjà à l'œuvre chez les tragiques comme Eschyle qui suggère que même Zeus est assujetti à la nécessité.

Chez les sumériens En sumérien, la notion de liberté se dit amargi, et signifie « retour chez sa mère ». En effet, des déclarations de libertés étaient signées : les péons, paysans dont les dettes sont supprimés, étaient affranchis et pouvaient revenir sur leur terre.

Le déterminisme depuis l'Antiquité Dans la Grèce archaïque (Démocrite, Héraclite), prévaut l'idée de Nécessité ou de ce qui ne peut pas être autrement, qui perd de son empire à partir d'Aristote. Dans le monde sublunaire subsiste une part d'indétermination qui laisse place à l'action humaine. On comprend que le genre tragique trouve son origine en Grèce antique Ce sera par ailleurs en termes de conséquences morales que les Stoïciens ont posé le problème de la nécessité.

Après Aristote le déterminisme est dominé par deux principes : la Causalité et la nécessité. Le premier principe pose qu'il n'y a pas d'effet sans cause et le deuxième que le monde est contraint par des lois physiques ou métaphysiques qui rendent les choses inévitables. écrit Jean-Marc Goglin..

Le libre arbitre Sous l'expression de « libre arbitre », toujours associée à la problématique du « Mal », la question de la liberté humaine a été creusée par saint Augustin pour qui Dieu a donné à l'homme le libre arbitre pour qu'il en fasse un bon usage. Étant libre l'être humain peut mal agir (contre la volonté divine), tomber dans le péché et être responsable de sa chute, doctrine qui avait pour but recherché d'exonérer Dieu de toute responsabilité dans le « Mal » et de combattre le manichéisme. Avec Pélage cette doctrine ira jusqu'à accorder à l'homme la responsabilité du Bien ce que ne pouvait admettre saint Augustin qui suspendait le « bien agir » et le salut de l'homme au don de la grâce. Cette notion du libre arbitre alimentera la réflexion des humanistes de la Renaissance pour la définition du concept de la dignité humaine.

Selon les Stoïciens Si le déterminisme domine la pensée antique, les Stoïciens tentent de concilier la nécessité du destin et la liberté de la volonté. Pour accéder à la sagesse, ils opèrent une séparation entre deux domaines : les choses qui dépendent de nous et celles qui n’en dépendent pas, et veulent ne s'attacher qu'à celles qui dépendent de nous. Le sage est libre même en prison. L’être humain livré sans la moindre défense aux revers de la fortune et aux accidents de la vie, peut toujours juger conformément à la raison. Au sein d’une situation tragique, l’indépendance du sage demeure possible si l’on édifie en soi une citadelle intérieure où l’on trouvera la liberté. Que l’on songe à Marc-Aurèle, qui bâtit en lui-même une citadelle inaccessible aux troubles des sentiments et des passions, ces mouvements irrationnels de l’âme contraires à la nature. En ce lieu règnent l’apathie ou l’ataraxie, cette tranquillité de l’âme que rien ne vient troubler. On doit aux Stoïciens la mise en évidence d'un estime le rédacteur du Dictionnaire des concepts.

Selon Descartes

Dans ses Méditations métaphysiques, Descartes distingue la substance matérielle de la substance spirituelle, l’étendue et la pensée, alors que parallèlement il postule l’autonomie du doute méthodique. La pensée est pour lui, essentiellement libre par opposition à la nature qui est conditionnée par les lois de la causalité. . Comme le constate Hans Ruin., ce discours cartésien sur la liberté se veut aussi une définition de l’essence de l’homme et un appel à la réalisation de cette essence par le jeu du « libre-arbitre ».

Hans Ruin, note, après d'autres, que la liberté y est aussi définie, dès ses premières explorations, comme une invitation pour l’homme à réaliser la plénitude de son être.

Selon Spinoza

La méthode de Spinoza, c’est la méthode des géomètres, transportée dans la métaphysique. Descendant à partir de quelques principes abstraits, d’un Dieu abstrait vers un moi multiple, modal et nécessaire. Il en résulte des différences capitales entre Descartes et Spinoza ; chez l'un, une âme simple, libre et immortelle, chez l'autre une suite de modalités fugitives liées un temps par l'enchaînement de raisons nécessaires qui vont aussitôt se dissiper dans le néant de l'être ; dans un cas dieu aveugle, étranger à l’homme et à soi-même, dans l'autre un dieu de la conscience et bon que l'âme religieuse peut adorer selon une très ancienne étude de Victor Cousin. Pour Spinoza

À cette pseudo-liberté Spinoza oppose celle de l'homme authentique qui consiste à accepter librement la nécessité qui nous contraint.

Selon Kant

Chez Kant, la liberté comme spontanéité devient la définition même de la pensée et de la compréhension qui organisent une matière passivement reçue de l’expérience.

Si tout dépend du destin, comment certaines choses peuvent-elles dépendre de nous ? Ou bien la nature est seule maîtresse des choses, ou bien l'homme est maître lui aussi au sein de la nature. Cette contradiction dans notre connaissance constitue la troisième antinomie kantienne dans la Critique de la raison pure : suis-je libre, ou suis-je conduit par le destin ? La nature est ici entendue comme un pur enchaînement causal; il s'agit alors de concilier les deux affirmations : responsabilité morale et actes déterminés. D'autre part écrit Annick Bélanger.

Kant ouvre la perspective en explicitant deux sens à l'idée de la liberté. D'abord présentée par la Dialectique transcendantale comme une idée cosmologique et transcendantale de la raison pure la liberté devient pratique dans la Deuxième critique et possède un mode de révélation empirique, ce qui lui permet d'être expérimentée.

Heidegger retient que pour Kant il n'y a de liberté que dans la soumission à l'impératif catégorique qui culmine dans l’idée d’une moralité rationnelle et universellement fondée, qui par définition vient d'ailleurs. Il s'agit donc d'une liberté finie, dépendante, qui encadre et contraint, l'espoir humaniste d'une autonomie de la raison maîtresse d'elle-même. Kant fait de la finitude, l'horizon indépassable de la connaissance.

Selon Schopenhauer

Arthur Schopenhauer pense que l’être humain est un être déterminé une fois pour toutes par son essence, qui possède comme tous les autres êtres de la nature, des qualités individuelles fixes, persistantes, qui déterminent nécessairement ses diverses réactions en présence d'excitations extérieures. Il montre, que l'action de chaque homme est régie à la fois par des motifs qui lui sont extérieurs et sur lesquels il n’a aucun contrôle, et par son moi, c’est-à-dire, son essence (inchangeable et fixée préalablement). Disant cela, en mettant en avant l'idée que l'être humain se conforme inéluctablement à son essence individuelle, Schopenhauer tranche avec le caractère théologique et énigmatique du libre arbitre chrétien, en proposant une détermination matérielle et essentialiste de l'action humaine. Puisque dans sa doctrine le noyau de l'être c'est la volonté, il résulte que ce qui est absurde. On peut conclure que la seule liberté qui lui reste est d'être lui-même et c'est ainsi à l'acceptation de l'inéluctable que d'autres, comme Nietzsche, avec le thème de l'amor fati, aboutiront.

Selon Bergson

Dans son Essai sur les données immédiates de la conscience, en 1889, Henri Bergson porte un coup sévère, tant aux déterministes qu'aux partisans du libre-arbitre et à leur soi-disant antinomie, en montrant que les uns et les autres, développent leurs arguments à partir d'un « postulat » caché qui fait écran à la réalité et qui leur est commun. Éric Pommier relève que pour Bergson les deux argumentations sont rétrospectives, s'intéressant au résultat plutôt . Ainsi du déterministe qui conclut à partir de préférences qui ne sont pas nécessairement celles du moment du choix ou du partisan du libre-arbitre qui postule .

En examinant concrètement comment les décisions se prennent tout au long d'un processus qui comprend un balancement incessant entre deux ou plusieurs options, Bergson relève que la conscience décide après une véritable maturation (les options du départ se sont enrichies de l'épaisseur du temps), lorsque la décision correspond le plus totalement possible à ce qu'elle est. La délibération est en réalité un processus dans lequel le moi et les motifs sont en perpétuel devenir. Bergson va comprendre la liberté . Est libre non pas l’être qui échappe aux lois de la nature en produisant des actes chaotiques, mais simplement l’être qui parvient à une lucidité sur soi et à un accord profond avec soi-même. L’« acte libre » ne serait donc pas l’acte qui ne découle de rien mais bien au contraire l’acte qui découle exactement de nous-mêmes, c’est-à-dire l’acte qui révèle notre nature essentielle. C'est la prééminence de cette essence à l'origine de mon possible pour lequel, selon Bergson, je me déciderais que Sartre récusera avec force.

Selon Sartre