Le marquis Louis de Fraguier (né Marie Louis Ernest Edmond de Fraguier le à Paris où il est mort le ) un animateur de cercles politico-mondains de droite (les Affinités françaises et la Maison des producteurs) dans l'entre-deux-guerres.
Biographie
Issu d'une ancienne famille de la noblesse parisienne, il est le fils du comte Marie Joseph Amédée de Fraguier et de Marie Thérèse Adèle Clémentine Perrot de Chezelles, fille d'un vice-président au tribunal de la Seine. Il épouse en Marie Elisabeth Émilie Hély d'Oissel"Le Figaro", 23/11/1923. Photographie de la marquise de Fraguier pour son mariage: "Les modes", février 1924, fille d'Étienne Hély d'Oissel, vice-président de Saint-GobainFils d'Antoine Pierre Hély d'Oissel et père de Pierre Hély d'Oissel, dirigeants de Saint-Gobain, et est de ce fait apparenté aux familles de l'aristocratie et de la haute-bourgeoisie Roederer et DarcyLe Gaulois, 28/11/1926 obsèques d'Henry Darcy, ancien président de la Confédération générale de la production française, Le Figaro, 30/8/1930: obsèques de la comtesse Roederer, sa tante. Saint-Cyrien et licencié en droit, il a combattu pendant la Première Guerre mondiale comme lieutenant puis capitaine (1915) au de hussards. Blessé par un éclat d'obus à la cheville gauche en , il est invalide de guerre (amputé de la jambe gauche au tiers moyen), titulaire de la croix de guerre avec palme, chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire (1918).
Il fait partie du , est membre du Nouveau cercle (1918)Le Gaulois, 20/3/1918, du Jockey Club de Paris (1921)Ibid., 10/4/1921, Le Figaro, 10/4/1921, de l'Automobile Club de France (1936)Ibid., 29/11/1936, Journal des débats, 30/11/1936. Il est membre du comité en 1933 de la très aristocratique Société d'encouragement à l'élevage du cheval français, commissaire à sa commission du programmeL'Echo d'Alger, 30/11/1933, Le Matin, 29/11/1933, Le Sport universel illustré, 9/12/1933, Sports hippiques: 1938. Il a représenté en 1936 le duc de Guise, prétendant orléaniste au trône de France, à un mariage aristocratiqueLe Figaro, 29/7/1936 .
Il est candidat sans succès aux élections municipales à Paris dans le XVIe arrondissementIl réside depuis 1923 au 1, rue de la Manutention dans cet arrondissement: cf. son dossier de la Légion d'honneur en 1925, comme candidat de la Fédération républicaine de la Seine, Journal des débats, 11/4/1925, La Croix, 5/5/1925, Le Temps, 7/5/1929; Il est soutenu par L'Eclair, L'Echo de Paris, L'Action française et La Croix: "La Croix", 10/5/1925. Il est membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France à sa fondation en 1935, aux côtés de parlementaires (Georges Cousin, René Dommange, Philippe Henriot, Xavier Vallat, Gustave Gautherot, etc.), de Pierre Loyer, Robert Vallery-Radot, Lucien Souchon, etc., que l'on retrouve aux dîners des Affinités françaisesJournal des débats, 3/3/1935, et membre du comité d'honneur en 1938 de l'Association pour la reconstruction des sanctuaires, hôpitaux et orphelinats d'Espagne, durant la Guerre d'Espagne, aux côtés d'un aréopage d'Académiciens, d'aristocrates, d'hommes politiques de droite, de généraux, dont la plupart se retrouvent aussi aux dîners des Affinités françaisesLe Figaro, 8/7/1938. Il préside et anime les "Affinités françaises" et est administrateur-délégué de la Maison des producteurs. Sous le régime de Vichy, il est promu officier de la Légion d'honneur en 1943. Bibliophile, il publie la généalogie de sa famille en 1963.
Cercle des Affinités françaises
Fondé vers 1927, ce cercle organise des dîners mensuels dans des restaurants parisiens, souvent dans les salons du restaurant Laurent, avenue Gabriel. Ils sont présidés par un invité d'honneur, qui présente un conférencier. Ce cercle entend La Revue hebdomadaire, février 1932. Prend part en effet en effet à ces dîners le monde des "nationaux" de l'entre-deux-guerres: hommes politiques, universitaires, généraux, patrons, etc. D'où cette description savoureuse d'un de ses convives: H. Du Moulin de Labarthète, Le temps des illusions: souvenirs ( juillet 1940-avril 1942 ), Genève, A l'enseigne du cheval ailé, .
Sont intervenus, comme conférenciers et/ou présidents: des Académiciens, tels Abel Bonnard, Léon Bérard (, Journal des débats, 21/12/1929, ), André Chaumeix (1933), Henry Bordeaux (). Des intellectuels: André Maurois ("Le Figaro", 21/3/1931), Edmond VermeilLa Revue hebdomadaire, février 1932, "Causes et aspects de la crise d'Outre-Rhin", Le Figaro, 24 décembre 1931, Maurice Pernot (1931, 1937), André Siegfried ( Conférence présidée par Gillouin sur la crise au Royaume-Uni: Le Figaro, 3/12/1930. Il intervient aussi lors de la conférence de Faÿ sur les États-Unis en mars 1931: Ibid., 21/3/1931), Bernard Faÿ (1931, 1933 et 1937)Le Figaro, 24 janvier 1933, Le Figaro, 16 juin 1937, René Gillouin, Pierre GaxotteLe Figaro, 15/12/1932, René Benjamin (1939)Journal des débats, 3/6/1938. Des hommes politiques de droite: Louis Marin ()Journal des débats, 22/11/1929, Georges Pernot (1933) Le Figaro, 2 juin 1933, Philippe Henriot (1933), René Dommange (), Gaston Le Provost de Launay (, , 1939), Fernand Wiedemann-Goiran (1936), le colonel Jean Ferrandi, conseiller municipal de Paris (1934), le sénateur Henry Lémery ()Le Figaro, 23/2/1933). Des généraux: le maréchal Hubert Lyautey (1929)Comœdia, 9 décembre 1929, Journal des débats, 21/12/1929., qui a assisté à d'autres dîners (1931, 1933) Le Figaro, 21/3/1931, Ibid., 23/2/1933, Journal des débats, 9/12/1933 , le général Henri Albert Niessel, qui évoque le Journal des débats, 1/3/1934, le général Maxime Weygand (, )Le Temps, 9/5/1936, Journal des débats, 27/11/1937, Le Figaro, 26 novembre 1937), le général Duval (1934)Journal des débats, 21/12/1934. Mais aussi d'autres personnalités comme Raphaël Alibert (1929, 1933 et 1935)Jérôme Cotillon, Raphaël Alibert: juriste engagé et homme d'influence à Vichy, Economica, 2009, p. 47 ( discours en 1929 ), Le Figaro, 23 février 1933, L'Homme libre, 5 mai 1935, , Henry du Moulin de Labarthète (), des publicistes comme Max HermantConférence sur le paganisme hilérien, présidée par Weygand: Le Figaro, 8 mai 1936, Pierre Lyautey (), Jacques Bardoux "L'Européen", 29/11/1935), François Legueu (1935)L'Homme libre, 8 mai 1935, Claude-Joseph Gignoux (1934), des militants antimaçons comme Pierre Loyer, directeur de la Revue internationale des sociétés secrètesPour une conférence sur : Journal des débats, 30/10/1936, Le Figaro, 30/10/1936, des instituteurs "nationaux" tel Serge Jeanneret (1934)cf. books.google.fr, des journalistes politiques comme Lucien RomierLe Temps, 23/1/1931. Cf. aussi La Revue hebdomadaire, 4-10/7/1931, Journal des débats, 28/2/1935, ou le journaliste alsacien Paul Bourson (1929)L'Action française, 26 novembre 1929, des syndicalistes du monde agricole comme Jacques Le Roy Ladurie (1934)Comœdia, 27 mars 1934, etc.
Ont assisté à ces dîners: outre les précités, des parlementaires comme Xavier Vallat (1932), les marquis de la Ferronnays et de Juigné, Louis Nicolle, Désiré Ferry, Guy de Wendel, Joseph Denais, etc. Ainsi que François Le Grix, directeur de La Revue hebdomadaire, qui soutient le cercle et publie parfois ses conférencesLa Revue hebdomadaire, février 1932, Ibid., juin 1933, le professeur de droit Achille MestreJérôme Cotillon, op. cit., p. 36, le comte de Saint-Aulaire, ancien ambassadeur, qui collabore au Figaro, des patrons tel Eugène Mathon (), des aristocrates, des généraux (Brécard, Lavigne-Delville, de Gondrecourt et Paris), des publicistes et journalistes (Georges DovimePseudonyme de Georges Vigne., Gaëtan Sanvoisin, etc.), etc.
Henry du Moulin de Labarthète, futur directeur du cabinet civil de Pétain en 1940, y aurait croisé en 1937 le général Charles Brécard, futur directeur du cabinet militaire du maréchalH. Du Moulin de Labarthète, Le temps des illusions: souvenirs ( juillet 1940-avril 1942 )", Genève, A l'enseigne du cheval ailé, . Il a donné une conférence en 1937 sur "les revendications territoriales de l'Allemagne": "Le Figaro", 11/2/1937. Brécard y aurait entraîné Philippe PétainHerbert R. Lottman, Pétain, Seuil, 1984, .
Les thèmes abordés couvrent l'éducation, la politique, les affaires internationales, et notamment l'Allemagne (conférences d'Edmond Vermeil en 1932, de René Gillouin en 1933, de Max Hermant sur le "paganisme hitlérien" en 1936, présidée par Weygand, qui mettent en garde contre le danger allemand"Le Temps", 9/5/1936, "L'Homme libre", 9-10/5/19336) et l'Italie"Journal des débats", 1/4/1939: conférence de Pierre Lyautey et Le Provost de Launay sur les rapports franco-italiens. Celles sur la politique française évoquent la crise du régime. Philippe Henriot présenta en un « véritable réquisitoire contre le parlement tel qu’il est pratiqué aujourd’hui et contre les députés »"Journal des débats", 9/12/1933. Le Provost de Launay y prononça au lendemain du un éloge de « cette soudaine et magnifique réaction française », un appel à l’union des ligues et à l’installation d’un « régime d’autorité »La Revue hebdomadaire, 7/4/1934, "La leçon du 6 février": allocutions de Le Provost de Launay et Dommange. Concernant l'éducation, on y prône une éducation élitiste"La Revue hebdomadaire", janvier 1930, "La Renaissance", 2/1/1930, "Journal des débats", 19/3/1936.
Maison des producteurs
Le cercle est annoncé en lors du déjeuner-conférence de la revue Commerce et industrie: on prévoit l'équivalent d'un club britannique où pourraient se rencontrer industriels de Paris et de province, y jouir de commodités dans un L'Eveil économique de l'Indochine, 9/1/1927. Ce cercle est fondé cette même année, déclaré à la Préfecture de police en novembre. Son fondateur et président est un industriel, Pierre Chaboche (1889-1953), de l'entreprise Chaboche et Cie, qui fabrique notamment les poêles "Salamandre"Entreprise familiale fondée par son père et dirigée par Pierre et ses deux frères: cf. le site http://arnauld.divry.pagesperso-orange.fr et La Machine moderne, mai 1923: société en commandite au capital de 2,5 millions de francs. Chaboche est royaliste, membre de l'Action française; il a présidé après le départ de Georges Valois, à partir de , son Union des corporations françaises, qui préconise le corporatismeLes Chroniques politiques et régionales ( périodique de l'AF ), 5/3/1926, Almanach de l'Action française, 1929. Il rompt avec Charles Maurras vers 1930, dirige le périodique La prospérité nationaleCf. Bruno Goyet, Henri d'Orléans, comte de Paris ( 1908-1999 ): le prince impossible, Odile Jacob, 2001, : il est le principal actionnaire et on trouve parmi les autres actionnaires des nobles proches du prétendant orléaniste. et fonde en la Société française d'édition et de propagande, qui a son siège à la Maison des producteursCf. Eugen Weber, L'Action française, avec les corporatistes Pierre Lucius, Eugène Mathon, et d'autres dissidents de l'Action française. On le trouve à des dîners des Affinités françaises. Il a d'ailleurs donné une conférence en sur la doctrine corporative, présidée par Léon BérardL'Action française, 18 octobre 1928, La Revue hebdomadaire, 8/7/1933. Cf. aussi Le Figaro, 15/12/1932, Journal des débats, 9/12/1933. Il est aussi membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France. Louis de Fraguier est administrateur-délégué au moins depuis de la Maison des producteursLa Semaine à Paris, 23/30 janvier 1931.