En français, le mot saké désigne une boisson alcoolisée japonaise à base de riz. Il s'agit d'un alcool de riz produit par fermentation titrant de 11 à 20°, voire plus. En japonais, bien que ce même terme ou désigne cette boisson, son sens peut s'étendre selon le contexte à toute boisson alcoolisée, aussi les Japonais utilisent-ils plutôt le terme , pour être plus spécifique.
Par extension, ce terme peut être employé pour désigner le « vin de riz » () ou « vin de céréale » () chinois qui, comme lui, est fabriqué à partir de céréales cuites à la vapeur, inoculées par un activateur amylo-fermentaire nommé « qu » en chinois et kōji en japonais.
Cette boisson, bien que n’ayant sans doute pas été inventée au Japon mais introduite de Chine, fait désormais partie des pratiques alimentaires japonaises traditionnelles. Sa fabrication s’est perfectionnée et épurée au fil des siècles. Elle est initialement considérée comme une boisson des divinités shintos et de la cour impériale, puis est devenue ensuite une boisson emblématique de la nation et une boisson populaire, notamment dans les années 1960 comme en témoigne le film d’Ozu Le Goût du saké. Sa dégustation semble en partie délaissée par les jeunes générations, au début du .
Historique thumb|Deux femmes buvant du saké au .
La fabrication du saké de riz aurait été introduite de Chine au Japon peu après la riziculture, à la période Yayoi () bien qu'une des premières mentions écrites sur cet alcool dans un texte chinois parle d'une boisson japonaise. Cette fabrication se serait propagée d'ouest en est à partir de Kyūshū et Kinki. Malgré ses origines probablement chinoises, le saké s’ancre au Japon par le shintoïsme et est inséparable de la riziculture. Le shintoïsme n’est pas basé sur des textes et n’a pas pour vocation le salut des êtres, mais est fondé sur des pratiques collectives tournées vers des éléments de la nature. L'inoculation du ferment était des plus primitives, dite , les céréales cuites étant saccharifiées par la salive, et la fabrication du saké se disait kamosu, dérivé du verbe kamu (mâcher, mordre).
Au (période Nara), le saké reçoit ses lettres de noblesse par un édit de la cour impériale, en même temps que les deux religions nipponnes codifient son caractère sacré, en l'intégrant à certains rites. Au (période Heian), l'Enkishiki décrit un procédé de fabrication d'une dizaine de sortes de saké faits de « riz additionné de kōji et d'eau » et fournit des indications sur le chauffage. Une économie monétaire émerge dans cette même période. De la fin de la période Heian à la période Muromachi, la demande en saké croît fortement. Prenant le relais de la cour impériale, les lieux de fabrication de saké se multiplient. En 1420 à Kyoto, 32 fabriques de saké sont présentes dans la ville. En 1468, cette ville en compte plus de 400.
Le Osake no nikki, « Journal du saké », rapporte la découverte du double ensemencement. Le précurseur du saké actuel était né. Au , à Nara, la fabrication de grandes cuves donne un coup de fouet à la production de masse et de nombreux voient le jour. Le saké « Morohaku » de cette époque est presque identique au saké moderne.
C'est au cours de l'époque d'Edo qu'un brasseur de Nada découvre l’importance de la minéralité de l’eau sur la qualité du saké. L’urbanisation croissante et le commerce vers l’Est élargi aussi le cercle des consommateurs. Plusieurs méthodes de fabrication existent alors, dont le style Kohama. À la période Meiji, l'Institut national des fermentations est fondé et la chimie s'impose ainsi que la plupart des matériaux modernesAux origines du sake, Office National du Tourisme Japonais.. La première machine à polir électrique est fabriquée en 1896 et offre un rendement vingt fois plus efficace que le système à pédale d'alors..
Les connaissances et savoir-faire traditionnels relatifs à la fabrication de saké à base de koji au Japon sont inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2024.
Qu'est-ce que le saké ? thumb|Komodaru (tonneaux de saké) en offrande au temple Meiji-jingu à Tokyo.|alt=
Bien que parfois abusivement baptisé vin japonais (Japanese wine) par les Japonais eux-mêmes, le saké, au sens strict de nihonshu, est une « bière de riz », c’est-à-dire une eau de source dans laquelle on a fait étuver et fermenter du riz, après saccharification à l'aide d'une moisissure appelée . Ce champignon ascomycète, dont le nom scientifique est Aspergillus flavus var. oryzae, permet de se dispenser du maltage utilisé pour d'autres alcools. À la différence de la bière, seule une fraction des sakés produits est pétillante.
La qualité d'un saké dépend de trois facteurs essentiels définis par la formule waza-mizu-kome : le du maître brasseur ; la qualité de l’ ; la qualité du et le degré de son polissage.
Les proportions requises sont 80 % d'eau et 20 % de riz.
Les riz sont soigneusement sélectionnés parmi une centaine de variétés à saké appelées ou simplement Le succès mondial de la cuisine japonaise enflamme la demande en riz pour saké, Nippon.com, le 30 octobre 2015.. Les plus populaires sont les variétés , , et . Le riz à saké se caractérise par la grosseur de ses grains, la présence d'un cœur blanc et opaque dit au centre du grain, et sa faible teneur en protéines.
Sauf exception, le saké ne se conserve pas plus d'un an après sa mise en bouteille.
Chaque région du Japon a son cru : les ou des préfectures de Niigata et d'Aomori sont très renommées, mais de modestes jizake (sakés de pays) réservent de bonnes surprises.
Fabrication
Le riz est d'abord poli pour le débarrasser du son (qui est à l'origine d'arômes désagréables après la fermentation), des graisses et de l'albumine, jusqu'à ne laisser que le cœur du grain, appelé , riche en amidon. Ce pourcentage, exprimant le résidu, varie d'un type de saké à l'autre. Plus le grain est poli (fraisé), plus le taux résiduel ou sera bas, et plus le saké sera fin.
Le riz est ensuite lavé pour le débarrasser des résidus collés au grain après le polissage. La poudre blanche récupérée, appelée nuka, est envoyée dans le domaine agro-alimentaire ou dans le domaine cosmétique. Le riz est ensuite immergé le temps qu'il atteigne une certaine teneur en eau, puis il est cuit à la vapeur..
Le kōji-kin est appliqué à une partie du riz cuit à la vapeur, qu'il ensemence pendant une durée de 40 à 45 heures. Le produit obtenu, le , entre pour environ 15 % dans la composition du saké final How sake is made : Koji is one of the crucial ingredients in sake brewing, Sake-world.. On prépare également le shubo, un mélange de kōji, de riz blanc cuit à la vapeur, d'eau et d'un mélange de levures pures. Le but est de développer la population des levures qui aura la charge de transformer le sucre en alcool. Cette préparation s'étale sur une durée de deux semaines. Il existe trois méthodes pour réaliser le shubo. Les méthodes kimoto ou yamahai durent une trentaine de jours et sont donc peu utilisées. La méthode sokujo-moto, avec ajout de ferments lactiques pour la protection contre les bactéries, n'a besoin que de quatorze jours et représente 90% de la production.
La fermentation alcoolique a ensuite lieu grâce à l'action des différentes levures sur le mélange eau-riz-kōji-shubo appelé , et dure de quinze jours à un mois, selon la température de fermentation, le type de levures employées et la qualité finale du saké.
Le riz est ensuite pressé pour en extraire le jus qui deviendra le saké, puis filtré pour obtenir, d'un côté, le saké clair, et, de l'autre, les lies blanches ou , qui peuvent être utilisées dans d'autres recettes alimentaires ou comme engrais, et les solides qui n’ont pas été fermentés. On laisse ensuite le saké clair reposer afin de laisser le temps aux derniers solides de se déposer dans le fond de la cuve. Le saké peut ensuite être clarifié au charbon, ce qui va ajuster la saveur et la couleur..
La plupart des sakés sont ensuite pasteurisés, généralement une seule fois. On chauffe le saké très rapidement tout en le faisant passer dans un tuyau plongé dans l'eau chaude. Le but est, comme toute pasteurisation, d'éliminer les dernières bactéries et les enzymes. Le saké est ensuite généralement laissé à reposer pendant quelques mois. Avant embouteillage, de l'alcool distillé est parfois ajouté, puis le saké est mélangé avec de l'eau pure pour réduire le pourcentage d'alcool. Une seconde pasteurisation peut intervenir ensuite.
Catégories de saké Seishu est l'appellation officielle pour distinguer le nihonshu des autres alcools. Il est divisé en deux catégories de saké en fonction de leur nature : futsūshu ou tokutei-meishōshu.
est le saké le plus consommé (deux-tiers de la production), sans qu'aucune contrainte de taux de polissage du riz ni d'additifs ne lui soit appliquée. Il peut même être dilué et mélangé à l'affinage. Il est le plus souvent consommé chaud (kan, hitohada, atsukan).
ou « Qu'allez-vous trouver dans votre verre », Zoom Japon, n 38, avril 2014. représente environ 20 % du marché. Pour ce type de saké, le taux de kōji est obligatoirement supérieur à 15 %.
Le tokutei-meishōshu réunit plusieurs appellations contrôlées, en fonction du seimai-buai (pourcentage de riz restant après polissage), de l'addition ou non d'alcool et de la technique de brassagePour le détail de la classification des sakés artisanaux de cette qualité, voir aussi The long journey from rice to ambrosia John Gauntner, Japan Times, 4 février 2002..
Avec addition d'alcool distillé avant la filtration, les appellations sont : : seimai-buai de moins de 70 %. C'est le plus vendu des sakés supérieurs. : seimai-buai inférieur à 60 %, ou produit par une technique de brassage particulière. : seimai-buai de moins de 60 %. : seimai-buai inférieur à 50 %.
Sans addition d'alcool, les appellations sont : : seimai-buai libre, à condition de préciser le taux sur l'emballage. : seimai-buai inférieur à 60 %, ou produit par une technique de brassage particulière. : seimai-buai inférieur à 60 %. : seimai-buai inférieur à 50 %. Il est considéré au Japon comme le sommet de l'art du brassage, donnant un bouquet subtil mais aromatique, une saveur fruitée et complexe, et son prix est en conséquence très élevé.
thumb|Une coupe de doburoku ou nigorizake.
D'autres appellations existent et viennent s'ajouter aux précédentes. est un saké à base de proche de la méthode chinoise. ou est un saké non filtré, à l'ancienne. Il est moins alcoolisé et de saveur douceâtre, sa consommation reste marginale. Son équivalent coréen est le makkolli..
désigne tout saké non pasteurisé (chauffé une seule fois avant l'expédition), quelle que soit sa catégorie. Ceci est rendu possible grâce aux progrès de la filtration. De saveur piquante et rafraîchissante, il se consomme froid. est un saké pur, sans addition d'eau au moment de l'expression du moromi. Il titre de 18 à 20°.
Enfin, , « vieille réserve », est un saké spécial de couleur jaunâtre et saveur mielleuse, se conservant dix à vingt ans.
Qualités organoleptiques Voici un exemple d'étiquette pour un saké de qualité supérieure, avec sa traduction : Japonais 日本酒度 +5(辛口) 酸度 1.4(芳醇) アルコール度 15.5% 使用米 美山錦 麹 出羽燦々 精米歩合 50% 使用酵母 小川酵母 楽しみ方 冷やして + Français Nihonshu-do +5 (sec) Sando 1,4 (moelleux) Taux d'alcool 15,5° Riz utilisé Miyama-nishiki Kōji Dewa-sansan Seimaibuai 50 % Levure utilisée Ogawa Mode de dégustation frais (rafraîchir)
est une échelle hydrométrique allant de +10 (sec) à -20 (doux, moelleux). Elle est parfois réduite à la mention ou , et deux valeurs intermédiaires, yaya-amakuchi, yaya-karakuchi.
est une échelle indiquant le degré d’acidité du saké. Elle exprime en millilitres la quantité d’hydroxyde de sodium qu'il faudrait rajouter à dix millilitres de saké pour obtenir un pH neutre (7).
est le pourcentage de riz perlé restant après le polissage, en général entre 30 et 70 %.
Température de dégustation