L'histoire de l'islam en France décrit la relation entre les populations de religion islamique et les territoires qui ont fait ou font aujourd'hui partie de la République française.
Dans les premiers temps d'existence de l'islam, les territoires de la moitié sud de l'actuelle France métropolitaine sont en proie à des razzias sarrasines. La Corse est le premier territoire à en subir une, en 704 ; viennent ensuite l’actuelle Pyrénées-Orientales du duché d'Aquitaine et la province de Septimanie (approximativement l'ancienne région du Languedoc-Roussillon), en 717. Cette dernière est envahie et occupée de 719 à 759. Son wali (gouverneur) dépend du wali d'al-Andalus, et siège dans la cité de Narbonne, qui est utilisée comme base pour les razzias : Carcassonne, Béziers, Agde et Nîmes sont prises en 725, puis Avignon et Autun sont razziés et Lyon est occupé la même année. La cité de Luxeuil est razziée en 731, Bordeaux et Sens en 732 ; mais les Sarrasins sont défaits à Poitiers en octobre, ce qui marque un coup d'arrêt à leur expansion en actuelle France. Les Sarrasins occupent néanmoins plusieurs cités de Provence de 734 à 739 : Avignon, Arles, et Marseille. La région de Valence et les Alpes sont razziés de la fin du . Les Sarrasins s'installent enfin à Fraxinet dans le massif des Maures de 889 à 975.
Pendant les croisades (1095-1291), des marchands (ou des étudiants) musulmans sont présents à Montpellier, au cours du notamment. Entre le , des esclaves musulmans sont importés en Roussillon, Languedoc et Provence. En 1536, l'alliance franco-ottomane qui durera jusqu'à la campagne d'Égypte en 1798, tente de mettre fin au corso des barbaresques. Entre 1609 et 1611, des milliers de Morisques se réfugièrent en France. Les razzias des barbaresques seront définitivement arrêtées après la prise française d'Alger en 1830.
Pendant la Première Guerre mondiale, Nord-Africains viennent travailler en France métropolitaine. La France devient l'un des tout premiers pays d’immigration au mondeGérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France, Fayard, 2009, 287 et 313, et la grande mosquée de Paris est inaugurée en 1926. Après la Seconde Guerre mondiale, une importante immigration provenant du Maghreb se met en place, ce qui forme petit à petit une importante minorité musulmane en France. En 2002, pour que le gouvernement puisse mieux réguler les activités religieuses musulmanes en France, le ministère de l'Intérieur fonde le Conseil français du culte musulman (CFCM).
704-974 : Première et seconde implantation musulmane vignette|upright|Royaumes francs et wisigoth au . Après avoir reçu la dernière révélation divine de l'Islam en 610, le prophète Mahomet et ses sahabas (compagnons), immigrèrent (Hégire) de la ville de La Mecque en 622, puis commencèrent l'expansion de l'islam en conquérant l'Arabie (623-632). Le califat des Rachidoune poursuit son expansion en conquérant le Machrek (634-638), l'Égypte (639-643), le Maghreb dès 647 et la Sicile dès 652. Après la prise de la ville de Carthage en 698 par les musulmans, les Sarrasins omeyyades effectuent leurs premiers raids contre la Corse dès 704 Colonna de Cesari Rocca in Histoire de Corse - Ancienne Librairie Furne - Boivin & Cie, Éditeurs Paris 1916 - .. qui dureront plus de cinq siècles.
Les premiers musulmans arrivèrent en France à la suite de leur conquête de l'Hispanie débutée en 711 et envahirent la Région de Toulouse et avancent leurs incursions jusqu'en Bourgogne. La Septimanie et sa capitale Narbonne furent sous souveraineté musulmane de 719 à 759. Au , ils s'établirent au Fraxinet pour environ un siècle jusqu'en 974.
719-759 : Présence arabo-berbère à Narbonne
thumb|upright |left|L'Armée sarrasine peinte par Julius Schnorr von Carolsfeld en 1822-1827. Le , l'armée de Tariq ibn Ziyad, gouverneur de Tanger pénètre dans la péninsule ibérique : c'est la conquête musulmane de la péninsule Ibérique par les Omeyyades. Sa victoire sur le roi wisigoth Rodéric marque le début de près de huit siècles de présence musulmane dans le sud de l'Europe. Après cinq ans de conquête, la péninsule Ibérique est soumise en 716, et l'année suivante, en 717, les Omeyyades d'al-Hurr ibn Abd al-Rahman al-Thaqafi commencent à traverser les Pyrénées orientales en territoire aquitain et en Septimanie dans la suite de leur conquête ibérique, mais le commandant ne réussit pas à s'étendre plus loin.
Au , les Francs avaient étendu leur royaume jusqu'en Aquitaine après la bataille de Vouillé, mais la Septimanie demeurait province du royaume wisigoth.
En 719, Al-Hurr est remplacé par l'Émir al-Samh qui entre en Septimanie et met le siège à Narbonne (Arbouna pour les Arabes), capitale de la dernière province wisigothique.
Au , la ville de Narbonne est dominée par les Wisigoths, population romanisée héritière directe de l’Empire romain d’occident. La ville dispose toujours des murailles héritées de l'époque romaine, chantées par l'évêque Sidoine Apollinaire en 465 et dont des fragments sont toujours visibles dans la ville et au musée lapidaire.
En dépit de la résistance locale, Al-Hurr s'empare de Narbonne.
Selon une histoire locale connue des narbonnais, les Sarrasins seraient entrés dans la ville par surprise, à l'automne 719 ou 720, en profitant de l'ouverture des portes en cette période de vendanges. Cette hypothèse explique pourquoi la ville fut si facilement conquise, en dépit de ses ouvrages défensifs, et fut si longue à reprendre. L’incertitude quant à la date exacte de la prise de la ville est un élément de plus qui laisse à penser à une prise des fortifications de la ville plus que de la ville elle-même, qui semble avoir été épargnée, à l’exception de ses défenseurs. Le chef musulman, al-Samh, troisième gouverneur d'Espagne, fait mettre à mort les hommes ayant tenté de défendre la cité, déporter leurs femmes et enfants en Espagne et installe une garnison. La ville est le siège d'un wâli. Les musulmans imposent aux habitants, chrétiens et juifs, le statut de « dhimmi » qui les autorise à pratiquer leur religion d’une manière strictement encadrée et leur impose de payer un tributPhilippe Sénac, « Présence musulmane en Languedoc » in Islam et chrétiens du Midi, Cahier de Fanjeaux, , 2000, .. Quelques familles musulmanes s'installent à Narbonne. On pense à la suite de recherches archéologiques qu'une partie de l'atrium de la basilique aurait été alors transformée en mosquée, avant d'être détruite après 759.
En 721, les combattants omeyyades sont défaits par Eudes lors la Bataille de Toulouse ; al-Samh et les soldats survivants battent en retraite avant d'être rattrapés. Il est tué le et Ambiza lui succède. En 725, Carcassonne et Nîmes sont prises : la Septimanie devint une province d'Al-Andalus.
La même année, les Sarrasins commencent à remonter le Rhône ; ils pénètrent dans Avignon et Lyon. Ambiza trouve la mort à son tour. Ils traversent la Bourgogne où ils assiègent Autun le et pillent Luxeuil.
732 : Bataille de Poitiers
Un événement connu de l'histoire de France est la bataille de Poitiers, qui voit le maire du palais franc Charles Martel, appelé à la rescousse par Eudes d'Aquitaine, vaincre l'armée musulmane dirigée par Abd el Rahman, tué au cours de la bataille. Cette victoire ne marque pas pour autant la fin des raids arabes dans les royaumes francs : ceux-ci continuent jusqu'à la fin du . Cette bataille constitue davantage un symbole historique qu'un véritable tournant géopolitique. Les rédacteurs des manuels d'histoire français du et du , et particulier Malet et Isaac considèrent ainsi 732 comme une date à retenir de la construction nationale car elle prépare la dynastie des CarolingiensFrançoise Micheau et Philippe Sénac, La bataille de Poitiers, de la réalité au mythe dans . : le principal perdant est Eudes d'Aquitaine, contraint d'accepter la suzeraineté de Charles Martel (futur grand-père de Charlemagne)Françoise Micheau et Philippe Sénac, La bataille de Poitiers, de la réalité au mythe dans ..
En 735 avec l'aide de Mauronte, duc de Marseille, Arles est conquise.
737 : Bataille de la Berre
En 737, les Francs mettent le siège devant Narbonne. Omar ben Chaled est envoyé à la tête d’une armée de secours pour tenter de le briser. Les Wisigoths qui résistent toujours dans les environs de Narbonne (Minervois, Razès) indiquent cependant aux troupes de Charles Martel comment couper en deux l'armée arabe en marche qui va se porter au secours de Narbonne assiégée, en empruntant le défilé de la Berre, qui débouche des Corbières entre Portel et Sigean.
Après la défaite de la Berre, la garnison arabe de Narbonne subsiste à l’abri des importants ouvrages défensifs de la ville mais son rôle de relais pour les expéditions et razzias n'est plus significatif. La résistance de la région de Narbonne et la bataille de la Berre ont certainement porté le coup d’arrêt à l’expansion musulmane en Europe occidentale.
Vers le milieu du , les Lombards abandonnent le Nord de la Corse à l'empire byzantin, qui n'en contrôle que la côte ; les Sarrasins s'emparent du sud de la CorseHans-Erich Stier (dir.), « Grosser Atlas zur Weltgeschichte », Westermann 1985, , ..
759 : Siège de Narbonne
En 759, à l’arrivée de Pépin le Bref dans la région, les habitants se soulèvent et les derniers mauresques évacuent la ville définitivement.. Narbonne est conquise et intégrée aux royaumes francs.
Il est difficile d'apprécier l'importance du peuplement musulman au nord des Pyrénées. L'historien Paul Diacre () indique que les Sarrasins « ont pénétré dans la province Aquitaine de Gaule accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, comme pour l'habiter », mais les villes prises n’ont été occupées que quelques années et leurs environs ne semblent pas avoir connu de foyer de peuplement majeur. D’autre part, il n'existe aucun vestige archéologique de présence musulmane durable et significative à Narbonne, ni dans les environs, en dépit d'une discussion sur la présence éventuelle d'une mosquée dans un atrium de la ville, ce qui serait un endroit bien singulier. De cette courte période, il ne reste aujourd'hui que peu de traces qui se résument à quelques pièces de monnaie éparses.
Du point de vue du Califat de Bagdad, la province de Narbonne n'avait qu'une faible importance, la France et l'Europe en général étant secondaires comparées aux richesses de l'Inde et de la Chine. Toutefois les historiens sont partagés sur le but réel de cette avancée en territoire franc. Les raids, les pillages d'églises et de monastères pourraient laisser penser à une entreprise de pillage sans aucun but que celui d'amasser le maximum de richesses. Mais d'un autre point de vue, cette technique de harcèlement permettait d'affaiblir une région en vue de la conquérir plus facilement par la suite.
Cette présence sarrasine n'était pas spécifiquement perçue comme religieuse, mais plutôt comme un changement de régime.. On les appelait les Agarènesdu nom de Hagar mère d'Ismaël ancêtre selon la Bible des Arabes), les Arabes, les Maures, puis les Turcs, ou plus globalement les Sarrasins, les mots islam et musulman n'apparaissant que plus tardivement, à partir du Henry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, L'Europe et l'islam, quinze siècles d'histoire, ..