La peinture romantique est un courant pictural issu du romantisme qui s’étend environ de 1770 à 1870 et peut être divisé en trois périodes distinctes : 1780-1822 ou préromantisme, 1822-1843 ou l’apogée du romantisme, 1843-1870 ou tradition post-romantique.

Chacune de ces périodes possède ses particularités.

Contexte Au , l'influence française dans le domaine des arts s'étend à toute l'Europe. L'Angleterre tentera de s'affranchir de cette domination, mais sa différence se fait entendre principalement dans les domaines de la philosophie et de la jurisprudence. Vers 1770, de grands changements commencent à apparaître et on commence à en voir les manifestations dans le domaine de l'Art, et la France restera au cœur de ces bouleversements.

La découverte et l'exploration de Pompéi (1750) et d'Herculanum sont considérées par les historiens comme signifiant l'apparition du néoclassicisme. Pourtant, l'expression a été trouvée bien plus tard, en 1880, « pour désigner des objets d'art hybrides, à la changeante faveur commerciale« L'Art romantique », par Gérard Legran, in Histoire de l'Art, Larousse . ». Il s'agit principalement d'un retour fantasmé et imaginatif à l'antiquité gréco-romaine. En architecture, ce renouvellement par l'inspiration de modèles architecturaux antiques a pris très facilement en France. En sculpture également, Diderot admire Falconet et sa sculpture « passionnée », tandis que Houdon retrouve la dynamique de la Renaissance française. Ce retour à un style palladien aura un fort retentissement, notamment lors de l'émergence de formes artistiques propres au continent nord-américain : en 1770, ce type d'architecture « néo-palladienne » se combinera à des formes originales pour supplanter, en Amérique, le style architectural des colons. Le romantisme est considéré comme un art des temps anciens.

1780-1820 ou préromantisme thumb|Jean Auguste Dominique Ingres () : Songe d’Ossian (1813).

Cette période est caractérisée par le fait qu’elle se développe en parallèle avec le néoclassicisme mais en opposition avec ce courant. C’est aussi à ce moment-là qu’apparaissent les nouvelles thématiques des légendes nordiques, de l’histoire moderne, du paysage en tant que reflet de l’âme. L'importance de l’Angleterre et de l’Allemagne est très grande.

Dans la peinture le romantisme trouve des prémices chez Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, Joseph Wright of Derby, Joshua Reynolds, Caspar Wolf, Giovanni Battista Piranesi, Hubert Robert ou Claude Joseph Vernet.

L’Angleterre thumb|Johann Heinrich Füssli (s) : Le Cauchemar (1781). À l'origine, le romantisme est un courant littéraire dont les œuvres vont influencer des peintres qui vont contribuer à étendre ce courant à toute une série d’arts.

En Angleterre, cette influence provient surtout d’une œuvre de James Macpherson, Poèmes d’Ossian (1760). Ce chef-d’œuvre de la littérature anglaise va enthousiasmer toute l’Europe - et notamment Goethe, Germaine de Staël, Napoléon, Ingres.

Ossian est un barde écossais du dont Macpherson a retrouvé les poèmes et les a ensuite traduits en les adaptant avec une certaine liberté, comme il était courant au .

Ingres est un peintre français qui a réalisé de grandes œuvres néoclassiques, mais c’est un peintre « charnière » qui trouvera son inspiration dans les deux courants : Le Bain Turc, 1863 (œuvre néoclassique mais inspiré d’un thème oriental : le harem).

Les peintres anglais les plus connus de cette époque sont Johann Heinrich Füssli, William Blake, Thomas Girtin et les paysagistes William Turner, John Constable, Thomas Jones et Alexander Cozens.

Suisse né à Zurich et mort à Londres, Füssli est un personnage mystique, il a d’ailleurs complété des études religieuses avant de s'adonner entièrement à la peinture. Il porte de l’intérêt au néoclassicisme mais est influencé par le romantisme naissant. Dans son œuvre, le néoclassique de la ligne (nette) se combine au romantisme de l'inspiration fantastique et légendaire.

William Blake est autant poète que peintre et graveur. Il illustre les poèmes qu’il compose. Sa manière de faire se rapproche de celle de Füssli par son aspect fantastique et ses couleurs irréalistes. C’est un peintre dont le souffle visionnaire est influencé par le maniérisme, Michel-Ange et l’art gothique.

L’Allemagne thumb|Caspar David Friedrich (s) Voyageur contemplant une mer de nuages.

L’Allemagne subit l’influence du mouvement littéraire « sturm und drang » (tempête et élan). Les adeptes de ce mouvement sont des jeunes personnes qui sont opposés au siècle des lumières. Aux idéaux universalistes, ils opposent les exigences de leur sensibilité.

Les peintres allemands importants de l’époque sont Philipp Otto Runge, Caspar David Friedrich et Karl Friedrich Schinkel. Un groupe d’artistes va aussi se développer, les Nazaréens.

Philipp Otto Runge (s), va notamment peindre Le Grand Matin. Il est très influencé par la littérature et il aime personnifier les forces de la nature. Même si la ligne est importante pour Runge, la touche le sera aussi.

Caspar David Friedrich (s) Il va notamment peindre Le Retable de Tetschen en 1808; c’est une peinture mystique, qui exalte le sentiment religieux. Il est fasciné par un idéalisme magique et veut représenter l’homme face à la nature et au divin. Il mêle le sentiment individualiste et l’existence de la nature.

Karl Friedrich Schinkel (s) est aussi un grand architecte néoclassique mais il exprime son romantisme dans sa peinture. Ses thèmes sont le Moyen Âge et une religiosité dont le sentiment est exalté par la nature (cf. la cathédrale imaginaire et le ciel ténébreux de l'illustration).

Les Nazaréens, sont un groupe d’artistes issus de l’académie de Vienne, installés à Rome et inspirés par la littérature romantique allemande. Refusant les théories classiques de Winckelmann, ils veulent revenir « au début de la peinture ». Leurs œuvres évoquent la peinture italienne du . Ils s’inspirent de la religion catholique et du nationalisme.

La France thumb|Anne-Louis Girodet, Le sommeil d'Endymion (1791), Louvre. thumb|Fleury Richard, Valentine de Milan pleurant la mort de son époux (1802), musée de l'Ermitage. Si à la fin du l’Allemagne et l’Angleterre occupent le premier plan de la scène internationale de l’époque en matière de romantisme, ces nations ne sont pas pour autant les seules à développer cette nouvelle sensibilité artistique. La France n’est pas en reste, qui trouve son inspiration littéraire dans les écrits de Jean-Jacques Rousseau (), madame de Staël, Pivert de Senancour, et Chateaubriand.

En 1776, préfigurant la présentation des collections de la Couronne au Louvre, le comte d'Angiviller, directeur général des Bâtiments du Roi, sur les conseils de Jean-Baptiste Marie Pierre, directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture, s’efforce de renouveler la peinture d'histoire par plusieurs commandes de séries et vastes compositions exaltant les gloires nationales depuis le Moyen Âge, sur des sujets "propres à ranimer la vertu et les sentiments patriotiques", confiées à de jeunes artistes tels que La mort de Du GuesclinLa mort de Du Guesclin de Nicolas Brenet de 1777, (musée du Louvre). Ce nouvel intérêt envers le Moyen-Äge dans la peinture est également précurseur des thèmes romantiques, repris ensuite dans le Style troubadour apprécié de l'impératrice Joséphine.

En 1791, Anne-Louis Girodet peint Endymion - Effet de lune dit aussi Le Sommeil d'Endymion qui s'écarte délibérément de Jacques-Louis David et annonce le Romantisme. Il fut exposé au Salon de 1793 où la critique fut mitigée. Par la suite, l’œuvre a eu le rare privilège d'être appréciée par les plus grands écrivains romantiques comme Chateaubriand, Balzac et Baudelaire, séduits par sa poésie. Peintre littéraire, Girodet s'est inspiré en 1808 d'un roman du premier pour Atala au tombeau dit aussi les Funérailles d'Atala (musée du Louvre), après avoir présenté Scène du déluge en 1806. Revenu à Paris en 1788, Pierre-Paul Prud'hon peint également des tableaux allégoriques, comme La Justice et la Vengeance Divine poursuivant le Crime en 1808 ou en 1805 le Portrait de Joséphine de Beauharnais dans un paysage de forêt de montagne.

thumb|right|Anne-Louis Girodet, Scène du déluge (1806), Louvre. En 1802, Fleury Richard, lui aussi élève de David, rencontre un immense succès lorsqu’il expose au Salon un tableau inspiré à l’artiste par ses visites au musée des monuments français, aménagé par Alexandre Lenoir en 1795, qui apparaît d’un genre nouveau Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d’Orléans, assassiné en 1407, par Jean, duc de Bourgogne, 1802, (musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg). Le public et la critique louent le choix de ce sujet inédit emprunté au passé médiéval et l'exactitude de sa représentation d'une scène gothique. D'autres peintres se passionnent alors pour les épisodes historiques du Moyen Âge, de la Renaissance ou du et donnent naissance au Style troubadour, dont de nombreuses œuvres sont présentées aux Salons parisiens sous l’Empire (1804-1814) puis la Restauration (1814 -1830), tels que Pierre Révoil, Pierre-Nolasque Bergeret, Alexandre-Évariste Fragonard et même Ingres, notamment avec les diverses versions de son Paolo et Francesca à partir de 1814. D’importantes personnalités, comme l’impératrice Joséphine, ses enfants, la reine Hortense et le prince Eugène, ou plus tard la duchesse de Berry, belle-fille du roi Charles X, soutiennent fortement par leurs achats cette nouvelle peinture. Ces artistes inspireront enfin la génération suivante de Théodore Géricault, Eugène Delacroix, Paul Delaroche ou Eugène Devéria, qui avec Antoine-Jean Gros, donneront à la peinture romantique française une plus grande notoriété.

Les peintres représentatifs de cette période sont notamment :

Anne-Louis Girodet (s). Élève de Jacques Louis David il s'éloigne de son maître dans le traitement du sujet. Dans les Funérailles d'Atala (1808), il joue sur l’opposition des lumières, le romantisme et la mélancolie du sujet, la disposition des personnages et la croix lointaine.

Antoine-Jean Gros (s). Autre élève de David, il est le chantre de l’épopée napoléonienne (Napoléon au pont d'Arcole). Sa peinture est à mi-chemin entre néoclassicisme et romantisme.

L’Espagne thumb|Francisco de Goya : Le Sabbat des sorcières (1798, Musée Lázaro Galdiano). L'un des plus grands artistes du romantisme est espagnol : Francisco de Goya (1746-1828). Influencé par Vélasquez et Rembrandt, c'est l'un des peintres les plus puissants et visionnaires de l'époque. Après des débuts marqués par les goûts rococo et néo-classique, il évolue vers une facture de plus en plus libre et visible, et développe les thèmes du cauchemar et de la sorcellerie, chers au romantisme noir. Son inspiration devient particulièrement sombre et torturée à la fin de sa vie, dans ses fameuses peintures noires (1819-1823), par exemple Saturne dévorant un de ses fils. Goya exprime aussi son génie dans la gravure au burin et l'eau-forte, où il dénonce avec une très grande force l'horreur des guerres napoléoniennes et la misère humaine. Son célèbre Sommeil de la raison (1799) est ainsi devenu une icône du romantisme.

Goya aura quelques suiveurs dans son pays, tels Leonardo Alenza et Eugenio Lucas Velázquez. Cependant, dans une Espagne alors fortement afrancesada, la plupart des artistes romantiques adopteront les modèles français, du portraitiste Federico de Madrazo (La Comtesse de Vilches, 1853) au peintre d'histoire Eduardo Rosales (Isabelle la Catholique dictant son testament, 1864). C'est en suivant la veine du costumbrismo - déjà présent chez Goya - que la peinture espagnole, notamment andalouse, retrouvera plus tard une certaine originalité, faisant de Séville l'une des capitales du dernier romantisme européen.