George-Étienne Cartier, baronnet Cartier de Montréal, né le à Saint-Antoine-sur-Richelieu et mort le à Londres, est un homme politique canadien-français. Il joua un rôle de premier plan sur la scène politique québécoise et canadienne durant les années 1850-1870. Il fut un réformateur du système scolaire et de la justice et l'un des pères de la Confédération. Il fut l'un des membres fondateurs du Dominion du Canada où il désirait avoir une union fédérale décentralisée.

Biographie Enfance et années de formation vignette|gauche|Maison natale de George-Étienne Cartier, Saint-Antoine-sur-Richelieu.

George-Étienne Cartier, fils de Marguerite Paradis et de Jacques Cartier est né le dans le village de Saint-Antoine-sur-Richelieu à l'est de Montréal; il était le septième de huit enfants. L'orthographe anglaise de son prénom, George, au lieu de Georges, l'orthographe habituelle en français, est expliquée par le fait qu'il fut nommé en l'honneur de George III du Royaume-Uni. Son père était Jacques Cartier, négociant, et sa mère Marguerite Paradis. La famille Cartier, commerçants de père en fils, est établie au Canada depuis 1738J.-C. Bonenfant, « CARTIER, sir GEORGE-ÉTIENNE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003–.

C'est sa mère qui lui donna son instruction primaire, aucune école n'existant alors dans son village. Il fit ensuite ses études secondaires, de 1824 à 1832, au Collège de Montréal, dirigé par les sulpiciens. Il devait entretenir un rapport privilégié avec cette communauté religieuse tout au long de sa vie. Dans le but de devenir avocat, il commença, à dix-sept ans, à Montréal, sa cléricature à l'étude juridique d'Édouard-Étienne Rodier, proche des patriotes. Cartier fut admis au Barreau du Bas-Canada en 1835.

Les années de la rébellion Il exerce d'abord sa profession d'avocat avec son ancien patron. Il est aussi très sensible à la conjoncture politique effervescente de ces années 1830. En , il devient secrétaire du Comité central et permanent du district de Montréal; un organisme réclamant du gouvernement le respect des libertés civiles. En juin de la même année, il est présent au banquet de fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, au cours duquel il interprète un chant, « Ô Canada ! mon pays, mes amours », qu'il a lui-même écrit.

Membre des Fils de la Liberté, association patriote fondée en , il est mêlé à l'insurrection qui a lieu à l'automne cette année-là. Il est présent lors de la bataille de Saint-Denis, le , « et loin d’avoir mérité les accusations de poltronnerie dont quelques adversaires l’accablèrent plus tard, il semble s’y être conduit avec courage». Après la défaite des patriotes à Saint-Charles, il vit ensuite dans la clandestinité : d'abord à Verchères puis aux États-Unis, où il réside à Plattsburgh et à Burlington de jusqu'à la proclamation d'amnistie, le suivant.

L'avocat du Grand Tronc vignette|Cartier compte parmi ses clients les Sulpiciens, l'ordre religieux le plus important du Québec.

Autorisé à revenir au Canada, il s'établit à Montréal et y reprend la pratique du droit. Ces années (1839-1848) seront sa grande période d’activité comme avocat. Au début, sa clientèle provient surtout des paroisses rurales d'où il est originaire (Contrecœur, Varennes, Terrebonne), ainsi que d'anciens camarades du Collège de Montréal (Louis-Antoine Dessaulles), de patriotes comme Wolfred Nelson, et d'une communauté religieuse qu'il connaît bien (sulpiciens). Petit à petit, la vitalité économique de Montréal et les relations politiques de Cartier lui offrent l'opportunité d'aller chercher de nouveaux clients plus importants.

En 1852, Cartier, qui est député, présente au parlement le projet de loi créant la Compagnie ferroviaire du Grand Tronc. Le , il en devient le conseiller juridique pour le Canada-Est. D'aucuns l'accusent de collusion avec la plus importante compagnie ferroviaire de l’époque. En 1854, un député lui reproche même d’être un agent du Grand Tronc et d’en recevoir de l’argent. Dès cette époque, on le voit, Cartier navigue en eaux troubles, mêlant intérêts personnels et intérêt général. Sa carrière politique sera marquée par des accusations de favoritisme et s'achèvera, on le verra, dans le scandale.

Dès qu'il commence, à partir de 1854, à occuper avec régularité des fonctions ministérielles, Cartier n'aura plus guère le temps ni l’occasion de s’occuper lui-même de la clientèle de son étude.

Tout en exerçant sa profession d'avocat, il continue à intéresser aux affaires publiques. Lors de la réorganisation de la Société Saint-Jean-Baptiste, en 1843, il en devient le secrétaire.

Un politicien sous l'Union des Canadas vignette|gauche L'ancien Patriote, Fils de la liberté entame alors son évolution vers le conservatisme politique. Il finit par accepter l’Union, devient un partisan de Louis-Hippolyte La Fontaine et se bat afin d'obtenir la responsabilité ministérielle.« Cartier semble avoir rapidement accepté l’idée que la résistance armée à l’autorité était inutile et qu’il valait mieux chercher à opérer des réformes constitutionnelles », rappelle Jean-Charles Bonenfant. Si l'Union avait été instaurée dans le but de soumettre les Canadiens français, ceux-ci, selon lui, avaient réussi à l’utiliser à leur profit et il fallait continuer dans cette voie.

Cartier fut quelque temps organisateur d'élection pour Louis-Hippolyte La Fontaine. Après avoir décliné quelques offres de candidature, il accepte de se présenter à une élection dans Verchères. Il est élu, le , député à l’Assemblée législative du Canada-Uni. Cartier représentera ce comté jusqu'au début des années 1860. C'est le véritable début d'une carrière politique qui ne prendra fin qu'avec sa mort. Cette première session voit l'adoption du principe d'un gouvernement responsable. En 1849, à Montréal, la session parlementaire est dominée par le tumulte qui entoure le projet de loi sur l'indemnisation des victimes des rébellions de 1837 et de 1838 et qui amènera l'incendie de l'hôtel du Parlement par des anglophones mécontents. Les débats se poursuivront à Toronto jusqu'en 1851.

Cartier est réélu député réformiste sans opposition la même année dans le comté de Verchères. Il le sera à nouveau en 1854. Ainsi que le rappelle Bonenfant, il est déjà, à cette époque, « l’un des députés canadiens-français les plus importants». Il refuse, en 1851, le poste de solliciteur général dans le ministère Hincks-Morin et, en 1853, celui de commissaire des Travaux publics dans le même ministère. Candidat en 1854 des réformistes au poste d'orateur de l'Assemblée, il est défait par Louis-Victor Sicotte.

En , lors de la création du gouvernement du parti libéral-conservateur dirigé par Allan Napier MacNab et Étienne-Paschal Taché, Cartier est nommé secrétaire provincial pour le Canada-Est, fonction qu'il occupera du au .À son entrée au cabinet, son siège de député de Verchères étant devenu vacant, il se représente lors d'une élection partielle, le , et est réélu. Jusqu'à la fin de sa vie, il ne cessera d'occuper de hautes fonctions politiques, sous l'Union comme sous le nouveau régime confédératif.

Du au , il est conseiller exécutif et procureur général du Bas-Canada dans le ministère Taché-Macdonald.

Le , il devient une première fois co-premier ministre du Canada avec John A. Macdonald dans un nouveau ministère. le . Il y fut également conseiller exécutif (jusqu'au ) et procureur général du Bas-Canada (jusqu'au ).

À partir du , il est à nouveau premier ministre du Canada, avec Macdonald. Les deux demeureront au pouvoir jusqu'au . Cartier fut en même temps conseiller exécutif, puis procureur général du Bas-Canada. Il fut réélu député de Verchères cette même année.

Aux élections de 1861, il se présente dans Montréal-Est, comté qu'il remporte contre Antoine-Aimé Dorion. Il sera réélu en 1863 contre le même adversaire.

Après un courte période dans l'opposition, il est pressenti, en , pour être à la tête du gouvernement, mais refuse. Il vaut mieux, selon lui, « dans les circonstances, mettre à la tête de l’administration un homme plus dégagé que lui des luttes politiques des dernières années ». Il participe aux ministères Taché-Macdonald et Belleau-Macdonald, au sein desquels il occupa les fonctions de conseiller exécutif et de procureur général du Bas-Canada, du au et du jusqu'à l'avènement de la Confédération, le . Son entrée au cabinet ayant rendu son siège de député vacant, il fut réélu dans Montréal-Est à une élection partielle le .

La réforme des institutions vignette|Hortense Fabre, épouse de George-Étienne Cartier, vers 1860. Sous l'Union, Cartier prit l'initiative de quelques réformes majeures dans les domaines de l'éducation et de la justice.

Il restructura l'enseignement primaire dans ce qui est aujourd'hui le Québec.« En 1856, il compléta la loi fondamentale de 1846 [...], qui avait établi des écoles dans toutes les paroisses et avait consacré le principe de la dualité religieuse de ces écoles, en faisant décréter par le parlement la création d’un conseil de l’Instruction publique formé de catholiques et de protestants [...] et l’établissement d’écoles de formation pour les instituteurs et les institutrices [...].» Le gouvernement crée trois écoles normales pour la formation des maîtres dont une anglophone rattachée à l'Université McGill. Le Conseil de l'instruction publique, formé de quinze membres, assure la surveillance administrative des écoles, la réglementation des examens, l'engagement des enseignants et la sélection des manuels scolaires.

À titre de procureur général, Cartier parraine, en 1856, deux réformes majeures relatives à l'organisation judiciaire du Bas-Canada.

La première amène une décentralisation judiciaire créant quinze nouvelles cours de districts, de nouveaux postes de juges et la construction de palais de justice.

La seconde réforme concerne la codification des lois civiles du Bas-Canada. C'est la réalisation, nous dit Bonenfant, dont il était le plus fier. En 1857, il présenta la loi « pour pourvoir à la codification des lois du Bas-Canada qui se rapportent aux matières civiles et à la procédure », laquelle fut adoptée. « On prévoyait [...] la création d’une commission dont le président fut le juge René-Édouard Caron et qui accomplit un excellent travail de 1859 à 1865. Cartier fit approuver par le parlement le projet qui avait été rédigé [...] et le Code civil du Bas-Canada fut mis en vigueur le . La commission codifia ensuite les règles de la procédure civile et elles furent appliquées à partir du .»

En 1859, Cartier fit adopter une loi controversée afin d'augmenter la compensation à verser aux anciens seigneurs, loi qui, selon les mots de Cartier « satisfera tous les grands intérêts et rendra justice aux seigneurs comme aux censitaires ».

Un des Pères de la Confédération vignette|gauche|Drapeau commémoratif de Cartier, alliant le drapeau britannique au drapeau français.

Cartier est l'homme politique qui a réussi à persuader les Canadiens français d'accepter la Confédération.

À l’automne 1858, Cartier se rend à Londres avec Alexander Tilloch Galt et John Ross pour exposer au gouvernement britannique un projet de fédération des provinces de l’Amérique du Nord britannique. Toutefois, devant la réticence des autres provinces, le gouvernement britannique ne jugea pas bon de donner suite à ce projet. Mais l'idée n'allait pas disparaître.

Entre 1864 et 1867, Cartier consacra l'essentiel de ses énergies à la réalisation de ce projet de fédération. Pour Cartier le nouveau régime qu'on était à dessiner était le meilleur remède à l'annexion aux États-Unis : « Il nous faut ou avoir une Confédération de l’Amérique britannique du Nord ou bien être absorbés par la Confédération américaine », soutenait-il en 1865.