(ou ), né en 1165Françoise Étiévant, , Duc de Bourgogne, Les Éditions du Bien Public, 1987, donne août 1165 comme date de naissance. ou 1166 et mort à Lyon en 1218, est le septième duc de Bourgogne de la lignée capétienne. Il porte le titre de duc de Bourgogne de 1192 à 1218.
Prisonnier du roi Philippe Auguste vignette|Vestiges du Château de Châtillon-sur-Seine.
Fils aîné du duc de Bourgogne et d'Alix de Lorraine, le futur est fait prisonnier par le roi Philippe Auguste en 1184. Le roi de France met un terme à l’insoumission de son père envers la couronne, en s'emparant du château de Châtillon-sur-Seine dans lequel Eudes commandait la garnison.
La guerre franco-bourguignonne débute à Vergy en 1183 par un conflit entre de Bourgogne et son vassal rebelle Hugues de Vergy. En effet, celui-ci refuse de rendre foi et hommage, s’interroge sur les motifs du conflit qui peuvent être interprétés de façons différentes : s’agissait-il de faire entrer le sire de Vergy dans la mouvance du duc ou d’annexer le château ? au duc de Bourgogne.
Depuis sa forteresse, une place forte juchée sur le rocher de Vergy qui domine la plaine de Bourgogne, le seigneur de Vergy est renforcé par son père Guy de Vergy. Il bénéficie également du soutien apporté par les barons bourguignons auxquels il est lié par les liens familiaux.
Les premiers assauts du duc contre Vergy ne produisent pas de résultats probants. Le duché est mis à feu et à sang. Les biens et les domaines des deux adversaires subissent des dévastations. Les biens ecclésiastiques ne sont pas épargnés et les plaintes des gens d’Église ne tardent pas à arriver à la cour du roi Philippe Auguste, d’autant que le duc les met à forte contribution pour subvenir aux frais de ces expéditions.
Le conflit connaît une trêve, mais renaît en 1185. Dans l’impossibilité de s’emparer de la forteresse, fait édifier quatre bastilles qui bloquent Vergy. Le sire de Vergy fait appel au roi, qui dépêche une armée commandée par Hugues de Broyes. Ce dernier échoue cependant à faire lever le siège. Philippe Auguste convoque alors à Sens en décembre 1185, mais celui-ci refuse toujours de cesser les hostilités. Au début de l’année 1186 le roi, à l’improviste, vient lui-même détruire les bastilles évacuées par les troupes ducales. Le duc, à nouveau convoqué à la cour royale, est condamné à une amende de livres parisis.
cherche l'appui du Saint-Empire romain germanique et demande l'aide de Frédéric Barberousse. Ce dernier, trop soucieux de ménager le roi capétien, reste insensible à sa demande.
Philippe Auguste saisit cette occasion pour intervenir contre le duc de Bourgogne. Sa réaction est rapide et déterminée. En mars 1186, le roi s'allie avec le comte de Flandre. Les deux armées réunies se dirigent sur Châtillon-sur-Seine, porte de la Bourgogne donnant sur le royaume de France. Après deux ou trois semaines de combats, l’enceinte de la ville est forcée, les murs du château s’écroulent, le passage du donjon dans lequel s’était réfugié Eudes est ouvert. Châtillon succombe et Eudes se retrouve au nombre des prisonniers de Philippe Auguste. se soumet.
Sur une intervention supposée, r. 1. de l’empereur Frédéric Barberousse, Philippe Auguste se montre conciliant et Eudes semble avoir été libéré dès le mois d’avril 1186, r. 2, cite , pièces justificatives 746, 747..
Maître du duché
Après la défaite de Châtillon-sur-Seine, devient un vassal dévoué du roi de France. En 1190, le duc rejoint le roi à Morancé et part avec lui pour la Terre sainte à l'occasion de la troisième croisade, avec l’intention de s’embarquer à Gênes. En son absence, le duc confie le gouvernement du duché à son fils EudesOdo, filius ducis Burgondie disent les chartes de l’époque.. Les dispositions arrêtées entre Eudes, Béatrix, femme du duc et belle-mère d'Eudes, sont confirmées par le roi Philippe à Morancé. Il prend sous sa protection les hommes, terres et animaux de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, en 1191Jacques-Gabriel Bulliot, Cartulaire de l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun, note charte 149.. Eudes ne porte le titre de duc qu’en 1192, à la mort de son père. Après le départ du duc, Eudes parcourt le duché pour mettre en ordre les affaires de Bourgogne et conduit sa belle-mère, comtesse d'Albon, en Dauphiné selon les dispositions arrêtées par son père.
Duc de Bourgogne
À Dijon parvient la funeste nouvelle : son père, le duc de Bourgogne a trouvé la mort le devant Acre en Palestine. Eudes, le fils aîné, a vingt-six ans. Selon l’ancestrale coutume de Bourgogne, le cortège de notables bourguignons, barons, connétables et fidèles l’entraînent avec Alexandre, son frère puîné, jusqu’à la vieille abbaye Saint-Bénigne de Dijon. Face à cette communauté, assis à côté de l’abbé, Eudes renouvelle les privilèges et donations accordées par ses prédécesseurs et il reçoit l’investiture des pairs de Bourgogne qui le proclament duc de Bourgogne, du nom.
Chevauchée en Flandre et première alliance matrimoniale
En 1193, n’est pas encore marié. Sa cousine au sixième degré, Mathilde de Portugal (ou Mahaut), fille d'Alphonse Henriques, est veuve de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, lui aussi mort au siège d’Acre le et qui est demeuré sans postérité. En dépit de la résistance de Mathilde, , comte de Hainaut et qui a épousé la sœur de Philippe d'Alsace, Marguerite, met la main sur le comté de Flandre. Dans l’espoir de faire valoir les droits de sa cousine et, en cas de succès, d’agrandir la Bourgogne en récupérant un apanage, Eudes contracte mariage avec Mathilde en 1193Selon la version de qui conteste la date de 1194 comme indiqué dans l’Art de vérifier les dates ou l’erreur serait reproduite d’après Dom Plancher. Il apporte une preuve dans le catalogue de ses actes , . et participe à des luttes assez vives en FlandreAprès son mariage apporte néanmoins son soutien à Baudoin dans la lutte que ce dernier mène en 1194 et 1195 contre le châtelain de Dixmude, Thierry de Beveren pour la possession de la terre d’Alost. Après la mort de , le , a été au nombre des compétiteurs pour s’emparer de la Flandre, il accompagne Mathilde en armes pour la soutenir dans ses revendications : .. Elle fut de courte durée. Le roi Philippe après quelques réticences reconnaît finalement la prise de possession de la Flandre par Baudoin de Hainaut et en reçoit l’hommageMoyennant le versement d’une somme de cinq mille marcs d’argent, Edward Le Glay, Histoire des comtes de Flandres, Bruxelles, 1814, .. Des rivalités agitent constamment la Flandre et Eudes se rend compte que la situation est sans issue. Il est déçu dans ses espérances « à tous points de vue » : pas de domaine, pas d’enfant. Il répudie Mathilde en 1195. Ernest Petit, ajoute une cause supplémentaire aux motifs de cette répudiation : Mathilde aurait été indignée de la conduite de son époux devant une « servile condescendance aux volontés du roi Philippe » dans l’affaire de la nullité du mariage de ce dernier d'avec Ingeburge de Danemark.
Deuxième guerre de Vergy vignette|upright=1|Le château de Mont-Saint-Jean. L’origine de ce conflit n’est pas connue avec précision. J. Richard donne la précision suivante en étayant son raisonnement (voir r.2, ) : il ne faut donc pas suivre aveuglément le récit de Petit (, ) qui a supposé que la mort d’Élisabeth de Vergy, mère d’Étienne de Mont-Saint-Jean, avait été le prétexte des hostilités.. J. Richard place ces hostilités dans les années 1192-1193. Le conflit met aux prises une coalition à la tête de laquelle se place le seigneur de Vergy et qui comprend , comte de Chalon de Chalon était aussi beau-frère de l’empereur , dont il avait épousé la sœur Béatrix., de ses beaux-frères, Joceran de BrancionDès 1162, on trouve Joceran de Brancion marié à Alix de Chalon, sœur de . Cité par , r. 2., Othon comte de Bourgogne et d’Étienne d’Auxonne son gendre, complétée par les seigneurs Champenois, Eudes et Guillaume de Champlitte ; Guillaume de Champlitte étant le vicomte de Dijon. Tous appuient le sire de Vergy qui estime le moment favorable pour refuser tout hommage à son suzerain. a devant lui un orage redoutable à conjurer, la conflagration risque d’être générale et menaçante. Dans toute la Bourgogne, la lutte va être partout engagée par les partisans de l’une ou l’autre bannière. Étienne de Mont-Saint-Jean, coseigneur de Vergy, parent ou allié des puissantes familles engagées dans le conflit, est aussi le sénéchal du duc, un de ses grands officiers. Les fonctions qu’il occupe lui font un devoir de soutenir son suzerain, mais les liens de famille et de vassalité qui le rattachent aux autres maisons le mettent dans une situation pénible et embarrassante. Eudes le place dans l’obligation de choisir entre le devoir et le dévouement ou la défense de son intérêt personnel. Étienne se prononce pour le devoir qu’il doit à son suzerain et met tous ses châteaux à disposition du duc. Moyennant la cession de quelques domaines ducauxFangy, Auvillars et Orsans, qui forment aujourd’hui la commune d’Esbarres, en Côte d’Or, canton de Saint-Jean-de-Losne. , r. 1. il lui abandonne aussi la sénéchaussée. Eudes parvient encore à détacher d’autres seigneurs révoltés. Le choix de la fidélité à Eudes fait par Étienne irrite les coalisés. Mais les conséquences d’une grave guerre, qui va mettre à feu et à sang toute la région et sera désastreuse pour tous les partis, leur donnent à réfléchir et les incitent finalement à choisir la voie de la médiation et du rapprochement. C’est la solution qui prévaut. Les négociations sont conduites à l’abbaye de Cîteaux. En 1197, pour l'anniversaire de son père il donne la terre d'Eschaulées à l'abbaye de Saint-Martin d'AutunCartulaire de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, charte de 1197. Texte en ligne..
Une épouse dans le traité de paix
Aux termes de ces négociations, Eudes, au prix de quelques concessions, reçoit l’hommage du sire de Vergy. Le traité stipule, comme clause principale, que le sire de Vergy fiance sa fille AlixAlix de Vergy nommée sous le nom d’Alaiseth, dans une donation du sire de Vergy à l’abbaye de Sainte-Marguerite. . au duc de Bourgogne, à laquelle il promet le château de VergyIl donnait à Eudes et à la duchesse une part de la seigneurie de Vergy, le sire de Mont-Saint-Jean conservait l’autre part. et tout ce qu’il avait en deçà de la Tille. En réciprocité, Eudes donne à Hugues tout ce qu’il possède au-delà de La Tille. Ces conventions mettent définitivement fin aux hostilités entre la maison de Bourgogne et le puissant sire de Vergy.
Le mariage avec Alix fut célébré dans l’été 1199. Eudes déclare à cette occasion que la duchesse Alix est investie du droit de garde de l’abbaye de Tart, comme l’ont été avant elle toutes les duchesses de Bourgogne. Ernest Petit. Il cite A. Duchesne, Maison de Vergy, pr. P. 54 ; et Idem, Ducs de Bourgogne, pr. P. 66. rapporte à cette occasion un détail cocasse : « À l’occasion de cette cérémonie, ils concédèrent l’un et l’autre au monastère de Vergy le droit de prélever un denier sur chaque chariot passant, soit à Vergy, soit à Vougeot afin de subvenir aux frais d’entretien d’un luminaire de cire, destiné à éclairer nuit et jour l’autel de l’église ». C’était le cadeau de mariage, imposé au petit peuple besogneux, pour le bonheur des époux.
Les « affaires » d’Outre-Saône L’hommage des comtes de Bourgogne aux ducs, chevauchée germanique