Les îles Kouriles (en , ) sont un archipel d'îles volcaniques alignées selon un axe sud-ouest nord-est sur entre le cap Nosappu (extrémité est de la péninsule de Nemuro, Hokkaidō) et le cap Lopatka (extrémité sud de la péninsule du Kamtchatka). Les îles se trouvent en totalité en mer d'Okhotsk et leurs rivages méridionaux constituent la limite entre l'océan Pacifique au sud-est et la mer d'Okhotsk au nord-ouest. Au cours de l'histoire, l'archipel, initialement peuplé d'Aïnous et sporadiquement fréquenté par des marchands, chasseurs, trappeurs et pêcheurs d'origines diverses (y compris ouest-européennes depuis 1643), a commencé à être revendiqué par des États à partir du , puis a changé plusieurs fois de statut ; il est aujourd'hui rattaché à la Russie (oblast de Sakhaline), mais les îles les plus méridionales sont revendiquées par le Japon.

En japonais, l'archipel est appelé , ce qui signifie « l'archipel des mille îles », ou, plus rarement, : l'« archipel des Kouriles ». Le nom aïnou de « kourile » signifie approximativement « peuplé », du radical kur : « homme ».

Les îles L'archipel des Kouriles compte une trentaine d'îles habitables possédant de l'eau douce, ainsi que de nombreux rochers et écueils pour une surface totale d'environ . Les îles et les détroits les séparant se trouvent en totalité en mer d'Okhotsk. Seules quatre de ces îles sont habitées en permanence. On distingue traditionnellement les Kouriles méridionales, ou , proches du Japon et revendiquées par celui-ci sous le nom de , des Kouriles septentrionales, ou .

vignette|Éruption du volcan Raikoke, dans les îles Kouriles. À l'échelle de l'histoire humaine, ce volcan n’est pas très actif : ses dernières éruptions ont eu lieu en 1778, en 1924 et en 2019 (le à , heure locale). Un vaste panache de cendres et de gaz volcaniques est alors projeté jusque dans la stratosphère à partir de son sommet de . Plusieurs satellites et les astronautes de la Station spatiale internationale l'ont observé comme un panache rose épais, qui s'oriente vers l'Est à mesure qu'il est entraîné par une tempête dans le Pacifique Nord. L'anneau des nuages à la base de la colonne semble être de la vapeur d'eau.

+ Les Kouriles septentrionales (du nord au sud) Nom russeNom japonaisSuperficieNombre d'habitantsNotes Choumchou () - Séparée du Kamtchatka par le premier détroit des Kouriles. Île Atlassov () - Elle est constituée uniquement du volcan sous-marin actif l'Alaïd qui, avec ses , constitue le point culminant des Kouriles. Paramouchir () La plus grande des Kouriles septentrionales. Antsiferov () - Makanrushi () - Onekotan () - Kharimkotan () - Ekarma () - Tchirinkotan () - Chiachkotan () - () , Raikoke-tō - Matoua () - Rasshua () - Ouchichir () - Ketoï () - Simouchir () - Brouton () - Tchirpoï () - Fait partie du groupe des deux îles et îlots des Frères Noirs. Brat Tchirpoïev - Fait partie du groupe des deux îles et îlots des Frères Noirs. Ouroup () - + Les Kouriles méridionales (du nord au sud) Nom russeNom japonaisSuperficieNombre d'habitantsNotes Itouroup () La plus grande des Kouriles et la plus peuplée. Kounachir () La plus méridionale des Kouriles à de l'île d'Hokkaidō au Japon. Sur cette île se trouve la réserve naturelle de Kourilski. Chikotan () , Shikotan-tō C'est la plus grande des petites Kouriles. Îles Habomai () , Habomai shotō - Archipel d'îles basses et inhabitées faisant partie des petites Kouriles.

Histoire Revendications japonaises et russes sur les îles (avant 1855) vignette|Carte des îles au .

En 1643, le capitaine hollandais Maarten Gerritszoon de Vries est le premier Ouest-Européen à atteindre les Kouriles. À l'époque, entre indigènes y vivent de la pêche, de la chasse et du commerce de fourrures, de Hokkaidō jusqu'aux îles Aléoutiennes et au Kamtchatka.

Les Aïnous vivent alors en clans et ne sont pas organisés en un État ; à l'époque d'Edo (1603-1868), le clan japonais Matsumae, un de leurs clients habituels, contrôle les îles situées au sud d'Itouroup, ce qui argumente les revendications japonaises : sur une carte japonaise datant du shogunat Tokugawa (carte Shōhō Onkuko Ezu réalisée en 1644), sont indiquées trente-neuf îles grandes et petites situées au nord de la péninsule de Shiretoko et du cap Nosappu.

De son côté, l'Empire russe, lui aussi friand de fourrures et dont les trappeurs explorent le pourtour de la mer d'Okhotsk, commence à progresser vers les Kouriles au début du .. Les Russes envoient souvent des expéditions pour chercher et chasser les otaries dans l'archipel, sans dépasser le sud de l'île d'Ouroup car à cette époque, le shogunat Tokugawa contrôle les îles au sud d'Itouroup et y a placé des garnisons japonaises pour s'assurer le monopole de l'exploitation de ces îles.

En 1737, un tsunami avec une vague d'au moins de hauteur ravage le nord de l'archipel.

En 1799, le Japon prend le contrôle direct de l'archipel.

En 1811, le capitaine Nicolas Golovnine et son équipage au mouillage à Kounachir pour effectuer des relevés hydrographiques sont capturés par des serviteurs du clan Nambu et envoyés aux autorités du clan Matsumae. Comme un marchand japonais Takadaya Kahei avait été à la même époque capturé par un vaisseau russe près de Kounachir, le Japon et la Russie entament en 1813 des négociations pour s'échanger les captifs et fixer la frontière entre les deux pays.

En 1853, les États-Unis, via les navires noirs commandés par le commodore Matthew Perry, emploient la diplomatie de la canonnière pour forcer l'ouverture du Japon en obtenant, le , la ratification du traité de Kanagawa. Ils renversent le shogunat de l'ère Edo, soutenu par l'Empire français, et prennent le parti du mikado Mutsuhito, faisant basculer le pays vers l'ère Meiji et vers le début de son expansion impériale.

L'administration japonaise et russo-japonaise sur l'archipel (1855-1875) Le traité de Shimoda, signé le , partage l'archipel entre la Russie et le Japon au niveau du chenal séparant les îles d'Itouroup (japonaise) et d'Ouroup (russe). L'Empire russe reconnaît la souveraineté du Japon sur les îles Chikotan et Habomai, ainsi que sur celles de Kounachir et Itouroup ; l'empire japonais reconnaît la souveraineté russe sur les îles entre Ouroup incluse et le Kamtchatka. C'est à ce premier traité que se réfère aujourd'hui le Japon pour revendiquer à la Russie les îles les plus méridionales.

L'île de Sakhaline fait partie de l'empire mandchou de Chine jusqu'au traité d'Aigun (1858) et la convention de Pékin (1860), selon lesquelles elle passe dans l'Empire russe ; toutefois, Russes et Japonais s'autorisant mutuellement à y chasser et à s'y établir.

À la fin de l'été 1855, durant la guerre de Crimée, des troupes anglaises et françaises débarquent brièvement dans l'île d'Ouroup, territoire russe, et prennent possession de l'île qu'elles dénomment Île de l'Alliance. L'archipel est rebaptisé Archipel des Brumes. Un autochtone est nommé gouverneur provisoire. L'île est restituée à la Russie à la fin de la guerre (1856).

En 1869, le nouveau gouvernement japonais de l'ère Meiji crée à Sapporo une « commission de colonisation » pour faciliter le peuplement japonais et le développement économique de la région Nord. Ezo ou Yéso, renommée Hokkaidō, fut divisée en et placés sous le contrôle des clans japonais ; ce processus mène à la marginalisation et assimilation des clans Aïnous qui deviennent minoritaires dans leurs propres îles, Hokkaidō et Kouriles japonaises ou russesRichard Siddle, Race, Resistance, and the Ainu of Japan, Routledge 1996 .David Howell, « The Meiji State and the Logic of Ainu "Protection" » dans : Helen Hardacre (dir.), New Directions in the Study of Meiji Japan, Brill, Leiden 1997 ..

Le traité de Saint-Pétersbourg et ses effets sur l'archipel (1875-1941) lang=fr|vignette|upright=1.0|Les îles Kouriles et les frontières fixées par les différents traités russo-japonais.

Au traité de Saint-Pétersbourg, conclu le , le Japon cède à la Russie ses droits sur l'île de Sakhaline, où la colonisation russe est largement supérieure à la présence japonaise, mais, en échange, récupère la totalité de l'archipel des Kouriles du Nord (soit d'Ouroup à Choumchou) et le droit de commercer le long du littoral russe de la mer d'Okhotsk. Les historiens japonais nationalistes perçoivent toutefois ce traité comme l'« échange d'un territoire japonais » (Sakhaline) « contre un autre » (les Kouriles). Il est stipulé que les sujets des deux empires peuvent conserver leur nationalité, résider et circuler dans leur territoire d'origine, mais en acceptant de se placer sous les lois de leur nouveau pays.

À compter de la signature du traité, l'archipel des Kouriles entier est rattaché administrativement à Hokkaidō comme l'étaient auparavant les îles du Sud.

Le traité de Tokyo signé le ajoute au traité de Saint-Pétersbourg un article qui stipule que : les sujets russes et japonais conservent leurs droits de chasse et de pêche et sont exemptés de taxes pour leur travail jusqu'à leur mort ; les sujets japonais de Sakhaline (appartenant désormais à la Russie) et les sujets russes présents dans l'archipel conservent leurs propriétés et un certificat devra leur être remis ; la liberté de religion est accordée aux Japonais de Sakhaline et aux sujets russes des Kouriles ; les cimetières, églises et temples doivent être conservés ; les Aïnous de l'archipel et de Sakhaline doivent devenir sujets japonais ou russes dans les trois ans s'ils veulent rester sur place et conserver leurs propriétés et droits ; les Aïnous conservent également leur droit à la liberté de religion : leurs cimetières et temples sont conservés.

Durant la Guerre russo-japonaise de 1905, Gunji, un militaire japonais retraité et colon de Choumchou, monte depuis les Kouriles une force d'invasion qui débarque sur la côte du Kamtchatka. La Russie envoie des renforts qui capturent le groupe. À l'issue de cette guerre où elle est finalement défaite, la Russie cède notamment au Japon la partie méridionale de Sakhaline « à perpétuité et en toute souveraineté » (Art. 9 du traité de Portsmouth).

Un réseau routier et un système postal furent mis en place à Kounachir et Itouroup. La vie sur les îles devint moins précaire grâce à une desserte maritime régulière depuis Hokkaidō et à la mise en place d'un système télégraphique. Chaque village avait un bureau forestier de district, un centre de contrôle de la production de la pêche, un centre de pisciculture du saumon, un bureau de poste, une école élémentaire, un dispensaire, un temple shinto et d'autres services publics.

En 1930, résidaient à Kounachiri et à Itouroup, la plupart vivant de la pêche côtière ou hauturière. Il y avait alors environ vivant dans les Kouriles, et quelques milliers de Russes, parmi les rares à vivre hors de portée de l'administration soviétique, mais marginaux dans la société japonaise.

Au début de la Seconde Guerre mondiale qui se déclenche en Europe en 1939, le conflit se propage rapidement dans les colonies européennes en Asie et dans le Pacifique. Dans l'archipel, depuis , des unités de la japonaise sont installées dans les îles de Paramouchir, Choumchou à l'extrémité nord de l'archipel proche du Kamtchatka. Plusieurs installations portuaires et aérodromes militaires existent également dans les îles. Cependant, un traité transitoire de neutralité est signé le entre le Japon et l'Union des républiques socialistes soviétiques, tous deux liés à l'Axe par des traités (depuis le pour l'URSS et depuis pour le Japon), stipulant que chaque signataire respecterait l'intégrité territoriale de l'autre, selon le traité de Saint-Pétersbourg de 1875, toujours en vigueur.

La Seconde Guerre mondiale et conquête soviétique de l'archipel