Israel Shahak (), né Himmelstaub le à Varsovie en Pologne et mort à Jérusalem en Israël le , est un professeur de chimie, rescapé de la Shoah et défenseur des droits de l'homme israélien.
D'origine polonaise, Israël Shahak est né dans une famille juive orthodoxe. Sa famille et lui-même sont enfermés dans le ghetto de Varsovie pendant l'occupation allemande puis déportée au camp de concentration de Poniatowa, et enfin au camp de Bergen-Belsen.
Immigré en Israël (alors la Palestine sous occupation britannique) en 1945, il est à partir des années 1960 professeur de chimie à l'Université hébraïque de Jérusalem et un militant actif dans la défense des droits de l'homme. Il est président de la Ligue israélienne pour les droits de l'homme et les droits civils de 1970 à 1990.
Il critique publiquement les politiques des gouvernements d'Israël et défend une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien. Ses écrits sur le judaïsme et le sionisme, dans lesquels il étudie l'influence du fondamentalisme juif dans la politique israélienne, ont suscité la controverse.
Biographie Israel Shahak naît à Varsovie, le , dans une famille juive orthodoxe et sioniste, dont il est le plus jeune enfant. Pendant l'occupation allemande, sa famille est enfermée dans le ghetto de Varsovie. Son frère peut s'échapper et rejoint la Royal Air Force. Sa mère paie une famille catholique pauvre pour le cacher, mais quand elle n'a plus d'argent on le chasse et, en 1943, Israël et sa famille sont envoyés au camp de concentration de Poniatowa, près de Lublin où son père trouve la mort. Il réussit à s'enfuir avec sa mère et à rejoindre Varsovie. Mais ils sont de nouveau arrêtés par les nazis et envoyés au camp de Bergen-Belsen. Shahak est libéré en 1945 et peu après émigre en Palestine, alors sous autorité britannique ; il veut alors entrer dans un kibboutz, mais il y est refusé car « trop fragile ».
Il vit un temps dans un internat religieux à Kfar-Hassidim, puis déménage avec sa mère à Tel Aviv. Celle-ci étant très malade depuis sa sortie de Bergen-Belsen, il doit la soigner et pourvoir à son entretien dès l'âge de ses . Il se considère comme ayant été jusqu'à l'âge de dix-huit ans un juif croyant, voire orthodoxe.
Après être sorti du lycée, Shahak sert dans un régiment d'élite des forces de défense israéliennes. Son service militaire accompli, il étudie à l'Université hébraïque où il reçoit un doctorat en chimie. Il devient l'assistant d'Ernst David Bergmann et travaille comme conseiller scientifique pour des entreprises industrielles liées à la défense. En 1961, il se rend aux États-Unis pour des études post-doctorales à l'université Stanford. Il revient deux ans plus tard et devient enseignant et chercheur en chimie à l'Université hébraïque, où il travaille jusqu'à sa retraite en 1990, notamment dans des domaines liés à la recherche sur le cancer.
Dans ses dernières années, il habite dans le quartier chic de Rehavia à Jérusalem. Il meurt à Jérusalem le des suites de complications dues au diabète. Il est enterré au cimetière juif de Har Hamenouhot.
Politique et action À son arrivée en Israël en 1945, il se considère comme un sioniste travailliste bengourioniste. Il devient opposant au sionisme après la guerre de Suez (1956) et notamment un discours de Ben Gourion à la Knesset affirmant que le « véritable but » de cette guerre était de « rétablir le royaume de David et de Salomon » dans ses frontières bibliques »..
Il fait ses premiers pas en politique dans une Ligue contre la coercition religieuse composée en grande partie d'universitaires (créée et dirigée par le linguiste en 1950 ). Shahak déclarera cependant en 1974 devant une commission d'enquête du Congrès américain n'avoir pas milité avant 1967..
Après la Guerre des Six Jours, il s'engage politiquement à cause de la façon dont Israël traite les Palestiniens, qu'il considère comme indigne d'une démocratie, et crée en 1968 un Conseil contre la démolition des maisons, l'une des premières organisations à s'opposer à l'occupation des Territoires palestiniens. La même année, il organise avec le Matzpen un sit-in pour protester contre la rétention administrative d'étudiants palestiniens. En 1969, il soutient Fawzī al- Asmar, un journaliste et poète emprisonné, dont il publiera To Be an Arab in Israel en 1975..
En 1970, il crée un Comité contre les détentions administratives et devient président d'une , brièvement affiliée à la Ligue internationale des droits de l'homme jusqu'à sa suspension en 1973 Noam Chomsky, The Fateful Triangle - The United States, Israel and the Palestinians, 1983, p. 142 (p. 259 de la réédition de 1999) .. A ce titre il participe à la rédaction d'un Memorandum sur les pratiques israéliennes dans les territoires occupés, adressé à une commission d'enquête des Nations unies et à la Ligue internationale des droits de l'homme, dénonçant la destruction de maisons dans les territoires. Dès cette époque il est vivement critiqué, tant par la délégation israélienne aux Nations unies que par la presse israélienne, et après avoir organisé une manifestation protestant contre les « atrocités » de l'armée israélienne à Gaza, des Israéliens d'Hébron défilent à Jérusalem en appelant à sa pendaison.
Le renouvellement de Shahak à la présidence de la Ligue en 1972 donne lieu à des polémiques en Israël et aux États-Unis, qui aboutissent à sa suspension en 1973. En , selon un article publié par le Jerusalem Post, des membres du mouvement de jeunesse du Parti travailliste israélien auraient été empêchés par Shahak de se joindre à l'assemblée de la Ligue. L'article précise que depuis 1970, « les membres fondateurs du Comité se sont plaints d'avoir été évincés par le Dr Shahak et des éléments proches de Matzpen. Depuis lors, ce Comité a été une plateforme de protestation contre le traitement par Israël de la population arabe des territoires ». Morderchai Avi Shaul, vice-président de la Ligue, répond au Jerusalem Post que la tenue de l'assemblée a été empêchée par « des groupes organisés de centaines de personnes » et s'étonne de l'allégation sur l'éviction des membres fondateurs, étant le seul membre survivant parmi ceux ayant fondé la Ligue en 1935. La Ligue publie en un document interne du parti travailliste appelant ses membres à s'inscrire à la Ligue à ses frais « pour permettre à notre parti d'[y] avoir une influence prédominante » car cette association est « actuellement sous le contrôle de membres du parti communiste israélien (Rakah) », avec un démenti selon lequel elle n'est pas dirigée par ce parti et Shahak n'est « ni communiste, ni socialiste ». Dans une lettre au Boston Globe d', Alan Dershowitz affirme que . Dershowitz ajoute que Shahak . Noam Chomsky répond dans le même journal en évoquant l'intervention de « plusieurs centaines » de jeunes travaillistes à l'assemblée générale de la Ligue, en novembre de 1972 et non de 1970, leurs cotisations prises en charge par le parti dans le cadre d'une « opération nationale » et l'annulation par la justice israélienne des conséquences de cette assemblée. Il ajoute que Shahak est « politiquement plutôt conservateur, ni communiste, ni socialiste » et qu'il a « accumulé et rendu publique une documentation étendue sur la discrimination légale et institutionnelle et sur des pratiques administratives et sociales discriminatoires ». Dershowitz répond dans le Boston Globe qu'un arrêt de justice a considéré Shahak comme « légalement battu » lors de l'assemblée de novembre et que « Shahak et sa clique » ont transformé la Ligue depuis 1970 en un « outil politique anti-sioniste ». Chomsky répond dans le même journal en citant la décision de justice invalidant l'assemblée de novembre et désignant le comité dirigé par Shahak comme « ceux qui dirigent à présent » la Ligue. Il ajoute que « Shahak et la Ligue israélienne, agissant avec courage et honneur, ont produit des preuves substantielles de violations des droits civils et humains par le gouvernement israélien ». Selon Noam Chomsky, le médiateur du Boston Globe intervient alors pour mettre un terme à cet échange.
En 1974, Shahak publie dans American Report un article, republié l'année suivante par le Journal of Palestine Studies, où il donne son point de vue sur les perspectives de résolution du conflit israélo-palestinien. Il y défend l'importance du respect du principe de « justice égale pour tout être humain », qu'il analyse sous trois aspects. Au plan de la « terreur indiscriminée », qu'il définit comme « tout acte indiscriminé de pouvoir au nom de quiconque, que ce soit un état, un groupe ou un mouvement, qui cause la mort de civils », il rappelle avoir condamné à la radio et à la télévision israéliennes les en tant que « crimes de guerre » et condamne également « tout acte de terreur indiscriminée accompli par des organisations palestiniennes », ajoutant que « tout mouvement qui accepte vraiment le principe de justice égale pour tout être humain […] doit se dissocier complètement de tout acte de terreur indiscriminée ». Au plan de la « solution politique », il considère que tout état « juste » doit « appartenir à ses seuls citoyens, sans distinction de race, de religion ou de nationalité ». En conséquence, il condamne « toute l'idée du prétendu « état juif » comme étant injuste, absurde, et conduisant nécessairement à la sujétion, l'oppression et la guerre illimitée » et tout particulièrement « la tristement célèbre « loi du retour », qui est la plus importante cause de discorde entre Juifs et Palestiniens ». Il s'oppose également à tout « état arabe » et notamment au « célèbre paragraphe six de la charte nationale palestinienne selon lequel seuls les Juifs arrivés en Palestine avant le commencement de l'agression sioniste se verront offrir la citoyenneté ». Au plan des « alliances » possibles pour un mouvement fondé sur un tel principe, il soutient qu'une « alliance avec des sionistes, une tolérance pour le racisme mène droit au désastre » et qu'il serait « illusoire de croire qu'un parti sioniste peut faire partie d'un mouvement positif ».