thumb|350px|right|La façade principale de la synagogue côté ouest La synagogue de Ratibor ou synagogue de Racibórz, inaugurée en 1890, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.

Ratibor est, avant la Seconde Guerre mondiale, une ville allemande de la province de Haute-Silésie. Après la guerre, la ville est rattachée à la Pologne et porte désormais le nom de Racibórz. Elle fait actuellement partie de la voïvodie de Silésie et compte un peu plus de habitants ( avec l'agglomération).

Histoire de la communauté juive La communauté juive jusqu'à l'émancipation La présence de Juifs est attestée à Ratibor en 1367. Ceux-ci sont regroupés rue Sukiennicza (maintenant rue Solna) près des murs de la ville. Une première synagogue existe dans la Judengasse (ruelle des Juifs), à l'angle des rues actuelles Solna et Lecznicza. Les Juifs exercent principalement les métiers de négociants de bétail, d'artisans et de prêteurs sur gage.

Au début du , l'intensification de la concurrence entre les marchands juifs et chrétiens en Silésie et l'enrichissement des Juifs provoquent un mécontentement croissant de la part des chrétiens. De nombreuses plaintes sont déposées auprès des autorités impériales de Vienne contre les Juifs. Utilisant l'atmosphère hostile à l'égard des Juifs, la ville de Ratibor adopte alors le privilège de non tolerandis Judaeis (interdisant aux Juifs d'habiter en ville), donné par le roi de Bohême Ladislas: D. Walerjański: Z dziejów Żydów na Górnym Śląsku do 1812 roku (L'histoire des Juifs en Haute-Silésie jusqu'en 1812); Orbis Interior: pismo muzealno-humanistyczne; volume 5; page: 32. Le , le duc de Ratibor, Valentin, ordonne à tous les Juifs de quitter la ville. À partir de cette date, plus aucun Juif n'est autorisé à s'installer à l'intérieur des murs de la ville: W. Dziewulski: Dzieje Raciborza (L'histoire de Raciborz); in Szkice z Dziejów Raciborza; Katowice; 1967; page: 82: Ratibor; in The Encyclopedia of Jewish Life before and during the Holocaust, volume 2; rédacteur: S. Spector et G. Wigoder; New York; 2001; page: 1060: A. Weltzel: Geschichte der Stadt und Herrschaft Ratibor; Ratibor; 1861; page: 109.

En 1526, la Silésie passe sous domination des empereurs allemands. La vie de la communauté juive est alors régie par le droit coutumier, réglementé par une loi de 1561, dite loi de la terre, dans in chapitre séparé intitulé Von Juden. Il indique les conditions d'installation des Juifs sur les terres des Habsbourg ainsi que le taux d'intérêt maximum autorisé pour les prêts effectués par les Juifs aux paysans et aux seigneurs.

À la suite de la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui a conduit au dépeuplement de nombreuses villes de Silésie, et afin d'améliorer l'état de ses finances, l'empereur Ferdinand publie un édit en 1627, permettant aux Juifs de se réinstaller en ville, après avoir payé une taxe spéciale de florins. L'édit impérial leur permet sous certaines conditions à un certain groupe de Juifs, dénommés privilegire Juden ou Hofjuden de pratiquer le commerce et l'artisanat. Il les autorise aussi à acquérir des propriétés et à percevoir droits et taxes. En 1713, l'empereur Charles VI émet un édit de tolérance (Toleranzpatent), permettant aux Juifs de s'installer en Silésie moyennant le paiement d'une taxe spéciale. Les Juifs ont le droit de pratiquer le commerce ambulant, mais cet édit ne s'applique pas à un certain nombre de villes dont Ratibor où les Juifs ne sont pas admis. Pour contourner cette interdiction, les Juifs s'installent en périphérie de la ville: K. Świtlicki et G. Wawroczy: Żydzi raciborscy (Les Juifs de Raciborz); site: naszraciborz.pl; 9 juin 2008; consulté le 27 septembre 2015, principalement à Bosaczu, actuellement un quartier de Racibórz. En 1729, le Juif David Samson loue la distillerie du château de Ratibor. En 1736, l'empereur Charles VI, poussé par les commerçants chrétien de la ville, confirme l'interdiction aux Juifs de s'installer en ville.

Ce n'est qu'en 1787, que les Prussiens, pour des raisons économiques, autorisent de nouveau les Juifs à s'installer à Ratibor. Une nouvelle communauté se crée alors.

De l'émancipation jusqu'à la Première Guerre mondiale En 1796, il y a 30 familles juives à Ratibor. En 1798, on compte 30 maisons juives. Le , les autorités prussiennes adoptent le nouveau statut des Juifs (General-Juden Reglement für Süd und Neu-Ostpreussen) qui continue à reconnaitre les Juifs comme une nation séparée, mais leur permet d'acquérir la citoyenneté d'une ville. En février 1808, tous les privilèges féodaux sont abolis et les Juifs ont la possibilité de s'installer dans toutes les villes de Silésie sans autorisation préalable et d'acheter librement des biens immobiliers. Le , le roi Frédéric-Guillaume III publie le décret dit Édit d'émancipation accordant aux Juifs des droits similaires aux autres religions et dès le , trois des conseillers municipaux sont des Juifs.

En 1814, la communauté achète à Jana Hutnego un terrain situé dans le vieux village sur une colline appelée la Montagne du Loup, pour la somme de 120 thalers, pour en faire un cimetière. Auparavant les morts étaient enterrés à Zülz, Langendorf ou Nikolai: Raciborz; site: International Jewish Cemetery Project; consulté le 22 septembre 2015. En 1830, la communauté bâtit une première synagogue.

En 1828, on compte 863 Juifs, représentant 1,4% de la population totale: J. Janczak: Rozmieszczenie wyznań na Śląsku w pierwszej połowie XIX wieku (Répartition des différentes religions en Silésie dans la première moitié du ); in Przeszłość Demograficzna Polski; Materiały i Studia; Varsovie; 1967; volume:1; pages: 20-21. En 1832, il n'en a plus que 376, mais de nouveau 777 en 1847. En 1877, il y a environ Juifs à RatiborPatrz szerzej: A. Weltzel, Geschichte der Stadt und Herrschaft Ratibor, Ratibor 1861.. L'expansion systématique de la communauté juive s'explique par l'arrivée de Juifs russeshabitant près de la frontière allemande, en raison des persécutions antisémites en Russie.La population juive joue un rôle important dans l'économie de la ville: sur le marché central, 17 boutiques sont détenues par des Juifs; près de la moitié des usines appartiennent à des Juifs.

En 1872 est fondée la Oberschlesische Synagogen-Gemeinden (Association des synagogues de Haute-Silésie) qui inclut Ratibor. Avec l'augmentation du nombre de fidèles, la communauté construit en 1887-1890 une nouvelle synagogue. À cette date, le rabbin est Adolf Blumenthal, diplômé du séminaire rabbinique de Berlin. Il est aidé dans sa tâche par Schimon Tonnenberg, premier Hazzan (chantre), Adolf Bieberfeld, professeur de religion, Rose Rawitscher, enseignante et Friedrich Wilhelm le Shames (bedeau de la synagogue) et en même temps boucher cachère.

La communauté juive développe de nombreuses institutions culturelles, sportives ainsi que des associations caritatives: l'Association d'histoire et de littérature juive, fondée à la fin du possède sa propre bibliothèque richement fournie. En 1886 est fondée la loge maçonnique juive XVII , dépendant du B'nai B'rith. Elle rassemble tous les intellectuels et industriels juifs de Ratibor et des environs. Elle sera active jusqu'en 1925.

En 1895, la communauté juive compte personnes soit 4,7 % de la population totale de habitants. À partir de cette date, le nombre de Juifs va aller en décroissant. Ils sont 948 en 1900 soit 3% de la population, 823 en 1905 soit 2,5 % de la population de et 770 en 1910. L'entre-deux-guerres jusqu'au nazisme À la fin de la Première Guerre mondiale, les Polonais de Silésie se révoltent pour demander son rattachement à la Pologne. La majorité des Juifs, penchent résolument du côté allemand.

Le , conformément au Traité de Versailles, se déroule le plébiscite de Haute-Silésie. la majorité des habitants de Ratibor vote pour rester en Allemagne et malgré les révoltes polonaises, la ville reste allemande. Lors de l'accord germano-polonais signé le , sous l'égide de la Société des Nations (SDN), les deux pays s'engagent à respecter le droit des minorités dans les territoires de Silésie qui leur sont attribués. En 1928, la population juive de Ratibor est 706 personnes.

La période nazie

En janvier 1933, avant l'arrivée au pouvoir des nazis, le nombre de Juifs à Ratibor est de 640. Ce nombre tombe à 563 en décembre de la même année. Dès leur arrivée au pouvoir, des mesures sont prises contre les Juifs. Le , les nazis décident dans toute l'Allemagne, du boycott des commerces et entreprises juives, des médecins et avocats juifs. En Silésie, ce boycott est en contradiction avec l'accord signé sous l'égide de la SDN et sous la pression internationale, les nazis décident de mettre fin dès le , au boycott antisémite en Haute-Silésie: R. Kaczmarek: Narastanie antysemityzmu w prasie gliwickiej 1933-1939 (L'antisémitisme croissant dans la presse de Gliwice 1933-1939); in Żydzi Gliwiccy; rédacteur: B. Kubita; Gliwice; 2006; page: 206.

Le , la Pologne et l'Allemagne décident d'abroger la convention de protection des minorités. Immédiatement toutes les lois antisémites du Troisième Reich sont étendues à toute la région allemande de Haute Silésie. Lors de la nuit de Cristal, du au , la synagogue est incendiée et plusieurs magasins juifs pillés. Des hommes sont battus et arrêtés. L'émeute a été parfaitement planifiée. Une grande manifestation se déroule avant les évènements, pendant laquelle le responsable local de la propagande nazie lit des extraits du Talmud pour « l'amusement du peuple » (Volksbelustigung), et le Kreisleiter (chef de district) du parti nazi lance une violente diatribe contre les Juifs. Une grande partie des Juifs quittent alors Ratibor, émigrent ou tentent de se réfugier dans des grandes métropoles allemandes.

Lors du recensement du , il y a encore 309 Juifs à Ratibor: Patrz Szerzej et A. Konieczny: Ludność żydowska na Śląsku w świetle spisu z 17 maja 1939 r (La population juive en Silésie, à la lumière du recensement de 17 mai 1939); in Studia nad Faszyzmem i Zbrodniami Hitlerowskimi (Études sur le fascisme et les crimes nazis); Wrocław; 1992; volume: 15.

Dès 1940, les Juifs valides sont regroupés dans un petit camp de travail forcé appelé Judenlager ou Judenlager-Arbeitslager, et obligés de travailler dans les usines locales Archiwum Państwowe w Opolu: Gestapo Oppeln; szuflada nr 12, kk. 544, 554, 626 (Tiroir 12; code pénal: 544, 554, 626). Ce camp est liquidé en janvier 1945. La déportation des 200 Juifs restés à Ratibor vers le ghetto de Theresienstadt, puis le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau commence dès juillet 1942: Ratibor; in The Encyclopedia of Jewish Life before and during the Holocaust; tome: 2; rédacteurs: S. Spector et G. Wigoder; New York; 2001; page: 1060. Très peu survivront.

Histoire de la synagogue La synagogue au Moyen Âge Une synagogue existe déjà à Ratibor au Moyen Âge, avant 1495, située dans la Judengasse (ruelle des Juifs), à l'angle des rues actuelles Solna et Lecznicza, mais elle est laissée à l'abandon quand les Juifs sont chassés de la ville en 1510.

La première synagogue En 1825, la communauté compte environ 380 membres. Elle achète pour thalers au maître charpentier Christopher Hornung un terrain, dans l'actuelle rue Szewska, situé à côté du magasin Silberman, pour y construire une synagogue. Sa construction prend deux ans et s'achève en 1830. Son style est le style classique de la région de Silésie. Elle dispose d'un espace séparé pour les hommes au rez-de-chaussée et pour les femmes dans la mezzanine, et pour la plus grande fierté de la communauté juive de Ratibor, elle possède une Menorah achetée à Barcelone. En 1863, la synagogue est restaurée et agrandie. thumb|220px|right|La synagogue vue de la façade nord en 1920

La nouvelle synagogue