vignette|Exemple de mnémonique visuel, pour aider à mémoriser l'emplacement de sa voiture dans un stationnement. La mnémotechnique, ou mnémonique (on parlait autrefois de l'art de la mémoire ou Ars memoriae) décrivent l'ensemble des moyens de retenir (reposant parfois sur des techniques très anciennes), et plus récemment les applications pratiques de la recherche en psychologie sur la mémoire, augmentant la mémorisation de l'information.
L'intelligence implique la mémoire mais l'inverse n'est pas toujours vrai.
La mémoire est très importante pour les études, la vie professionnelle et quotidienne.
Dès l'Antiquité et peut-être plus tôt, diverses techniques de mémorisation ont été mises au point. La méthode des loci (lieux) étant l'une des plus connues en occident. Ces techniques ont été ensuite améliorées.
Étymologie, vocabulaire et histoire du concept vignette|Première page de Ars Memoriæ, Sive Clara & perspicua Methodus Excerpendi Nucleum rerum ex omnium Scientiarum monumentis, de Thomas Erhardt, 1715 ; un sous-titre précise qu'il s'agit d'une « œuvre utile pour les assidus cultivateurs des lettres, et en particulier pour les jeunes hérauts de la Parole divine et pour les débutants ». vignette|Oculus imaginationis ; L'œil de l'imagination (illustre l'imagerie interne comme aide à la mémorisation, par Robert Fludd in Ars Memoriae (traité 1, Section 2 partie 3) ; publié en 1617. Le mot « mnémonique » provient du mot grec ancien / (« de mémoire ») et rappelle Mnémosyne, la mère des Muses de la mythologie grecque. Ces deux mots font référence à / (« souvenir »)..
Dans l'histoire occidentale des idées, l'art de la mémoire (ou ars memoriae) désignait autrefois une tradition intellectuelle remontant au moins à Cicéron (auteur de la première référence connue à un mnémonique avec l'« Art de mémoire » dans De Oratore., visant à renforcer les capacités mnémoniques par l’usage d’images mentales organisées dans des lieux imaginaires. Popularisé et théorisé par des penseurs tels que Platon, Aristote et plus tard Leibniz, cet art repose sur l’idée que les images (réelles ou mentales) parlent directement à l’âme et facilitent la mémorisation.
L’hypothèse de base, déjà présente chez Platon, est que les images plus directement à l’âme et sont donc les meilleurs vecteurs de la mémorisation. Le but de cette branche de la philosophie médiévale est ainsi de développer des facultés mnémoniques à travers la mise en place d’un système complexe d’images mentales placées dans des architectures imaginaires (imagines et loci), comme des statues dans un palais. Il s’agit d’utiliser les lieux et les images comme, respectivement, , selon les termes de Cicéron dans de Oratore. Il était recommandé d’utiliser comme lieux des endroits connus, comme une ville ou une maison dans laquelle on avait l’habitude de se déplacer, et d’organiser les images de telle sorte que l’agencement spatial (des images) corresponde à l’agencement causal ou temporel des concepts à se remémorer. Ce système d’organisation de la mémoire comme dans un est retrouvé chez Giordano Bruno et Tommaso Campanella (la cité du soleil) ou dans le théâtre de la mémoire de Giulio Camillo Delminio ou encore dans la tentative de Temple de la peinture de Paolo Lomazzo.
Cet a connu un essor remarquable du Moyen Âge à l’époque baroque, avant de décliner avec la généralisation de l'imprimerie, associé à l'avènement de la philosophie des Lumières. Avant la diffusion du livre, la meilleure manière de retenir des textes, chants ou éléments visuels était de les apprendre par cœur. Leibniz, auteur d'un manuscrit (non publié) sur les ars memoriae, considérait que le champ du savoir comprenait trois parties d'égale importance : l’art de raisonner (la logique), l’art d’inventer (la combinatoire) et l’art de la mémoire (mnémonique).
Des figures comme Robert Fludd, Giordano Bruno, Giulio Camillo ou Tommaso Campanella ont développé des systèmes complexes de visualisation mentale, parfois conçus ou présentés comme des « théâtres du monde », où les concepts étaient spatialement agencés dans des architectures mentales pour être mieux mémorisés. Leibniz considérait l’art de la mémoire comme l’un des trois piliers du savoir, aux côtés de la logique et de la combinatoire.
À l’ère contemporaine, Apprendre par cœur a moins d'importance, mais élèves et étudiants utilisent encore divers moyens mnémotechniques. Et la tradition de l'Ars memoriae trouve encore à s'exprimer dans certaines pratiques artistiques ou technologiques explorant la mémoire, y compris dans des œuvres projetées vers le futur comme la New York Times Capsule de Santiago Calatrava (visant à conserver des objets emblématiques jusqu’à l’an 3000), ou dans la proposition radicale de Jaron Lanier visant à encoder une histoire dans l’ADN de cafards, transformant la mémoire humaine en archive génétique. Ces démarches prolongent l’idée d’un théâtre de la mémoire, désormais inscrit dans les corps, les machines et les systèmes vivants..
On sait maintenant que nous ne sommes pas tous égaux devant la mémoire, ni devant la capacité à visualiser une information mémorisée : dans le genre humain, quelques pourcents de la population générale ne peuvent pas visualiser mentalement d'images (aphantasie) alors qu'à l'autre extrémité du spectre (hyperphantasie) d'autres mentalisent des images très vives et précises.
Définition de la mémoire Selon Michel Guirao, professeur d'anatomie à l'université de Grenade, auteur de Anatomie de la conscience (Editions Maloine), "la mémoire est la capacité de fixer et de retenir consciemment ou inconsciemment les faits présents, avec possibilité, soit de leur oubli, soit de leur évocation postérieure". Mémoriser, c'est d'abord fixer l'information, c'est ensuite la conserver (stockage) et c'est, enfin, la restituer (présentification).
Le cerveau est un gigantesque réseau de 100 milliards de neurones à l'origine de méta-circuits mnésiques. C'est un organe malléable à vie. La mémoire n'est pas localisée dans un endroit spécifique, mais il existe différentes zones spécialisées du cerveau, que l'on pu d'abord repérer par l'étude des amnésies (pertes de mémoire).
Différents types de mémoire Selon la durée Mémoire à court terme (MCT) ou mémoire de travail. La mémoire immédiate est fragile - par exemple garder la mémoire d'un numéro de téléphone-. Sa capacité est limitée d'environ 7 mots et l'oubli est rapide au bout de quelques secondes. Il faut donc la consolider. Mémoire à long terme. Il existe trois types de mémoire à long terme qui se distinguent par leur contenu. Les mémoires épisodique et sémantique sont regroupées dans la mémoire déclarative. Mémoire épisodique. Ce type de mémoire comprend les souvenirs des évènements vécus. C'est la mémoire de l'expérience personnelle. Cependant, elle est paradoxale. On a l'impression de mieux se souvenir des expériences que des connaissances, mais c'est le contraire. En fait, les événements ne sont pas revécus, mais reconstruits. Donc les émotions que font revivre les souvenirs peuvent modifier notre souvenir du passé. Mémoire sémantique. Ce type de mémoire porte sur les faits et les connaissances encyclopédiques. Elle fonctionne par des concepts objectifs, ce qui la rend plus fiable et solide que la mémoire épisodique. Mémoire procédurale. Ce type de mémoire porte sur les habiletés motrices, les savoir-faire, les gestes habituels. C'est grâce à elle qu'on peut se souvenir comment exécuter une séquence de gestes. Elle est très fiable et conserve ses souvenirs même s'ils ne sont pas utilisés pendant plusieurs années. La mémoire procédurale est activée dans les actions que nous menons « en roue libre » par exemple faire du vélo. Mémoire à court terme et fixation dans la mémoire à long terme sont deux phases d'un même mécanisme.
Selon les niveaux psychologiques Mémoire sensori-motrice. C'est la mémoire biologique, celle des sensations et des mouvements. Chaque sens a sa mémoire, mais les principales mémoires sensorielles sont visuelles et auditives; "une image exprime plus que mille mots" selon un proverbe chinois. Viennent ensuite la mémoire olfactive, tactile et enfin gustative.. Cette mémoire comporte la reconnaissance: celle du stimulus déclenchant. Mémoire sociale. Elle est propre à l'homme vivant en société. La conduite du récit est une mémoire logique impliquant des représentations personnelles, collectives, universelles et stables. Mémoire affective ou autistique. Elle se manifeste dans le sommeil sous la forme du rêve et, dans la maladie mentale, sous la forme du délire. Dans l'un et l'autre cas, le passé n'est pas reconnu comme tel, il est pris pour le présent. Elle fait intervenir l'inconscient, l'intuition, les symboles.
Quelques théories de la mémoire
Néo-associationnisme Issu du sensualisme français (Condillac) et de l'empirisme britannique (Hume, Stuart Mill), il se développe avec l'école behavioriste américaine influencée elle-même par l’œuvre de Pavlov. Il repose en priorité sur la loi de contiguïté, - association d'évènements proches dans le temps et l'espace et répétés. Cette théorie n'explique pas de manière satisfaisante la relation mémoire-intelligence.
Théorie de la forme ou structure d'ensemble (Gestalt) Élaborée en Allemagne au début par Wertheimer (1912). La mémoire permet la structuration progressive de l'apprentissage, par exemple apprendre à nager.
Théorie de Jean Piaget Le fonctionnement de la mémoire dépend de l'intelligence et du langage. Toute action, manifeste ou intériorisée comprend une certaine structure, c'est-à-dire une organisation que Piaget appelle schème. La recherche du temps passé dépend de la reconnaissance du temps présent.
Histoire Des méthodes mnémotechniques sont connues dans l'Antiquité.
Méthode des loci (lieux) Les Grecs ont inventé la méthode des lieux, dite méthode des loci, qui aide à mémoriser une longue liste d'objets dans l'ordre. La méthode consiste à mémoriser un parcours familier. Il s'agit ensuite d'imaginer chaque élément à mémoriser sur les endroits du parcours. Quand la personne veut se rappeler la liste d'objets, elle doit alors parcourir mentalement le chemin où elle a imaginé les objets.. La méthode des lieux (loci) est détaillée dans la Rhétorique à Herennius. La Cena Cypriani pourrait constituer un exemple de texte relevant du genre mnémotechnique. « La Caena est une sorte de résumé mnémotechnique de la Bible, sous la forme d'un récit fictif où les personnages bibliques interviennent avec les particularités qui les caractérisent »Jacques Simon (pseudonyme d'Alfred Loisy), "Chronique biblique", dans Revue d'histoire et de littérature religieuses, V, , 1900,..
Méthode des chiffres-consonnes L'astronome et mathématicien français Pierre Hérigone formule les bases d'une technique mnémonique qui deviendra le système majeur ou code chiffres-sons, utile pour retenir les longues listes de chiffres. L'idée est développée par la suite et reprise en particulier au début du , par Aimé Paris dans Souvenirs du cours de mnémotechnie. S'inspirant de sa méthode, l'abbé Moigno écrit le Manuel de Mnémotechnie (1879). L'abbé Moigno raconte .
Le principe de la méthode d’Aimé Paris pour retenir facilement les nombres repose sur l'association d'une suite de consonnes à une suite de nombres. Les consonnes prononcées sont d'abord extraites. Ainsi dans le mot « mathématique » sont prises en compte les consonnes M, T, M, T, Q dans ce même ordre. Un nombre est ensuite associé à chaque consonne prononcée. Cette association utilise la convention de la sténographie, autre domaine d’Aimé Paris, qui confond les consonnes dures avec leurs correspondantes douces, ou encore consonnes sonores et sourdes.