La bataille de Salamine (en ) est un affrontement majeur entre l'alliance des cités-États grecques, dirigée par Thémistocle, et l'Empire perse, mené par . Cette bataille navale se déroule en 480 dans le détroit entre le continent et l'île de Salamine, située dans le golfe Saronique près d'Athènes. La victoire inespérée des Grecs, pourtant largement surpassés en nombre, est le point culminant de la seconde invasion perse.
Dans le but d'arrêter l'immense infanterie perse, une armée de soldats grecs, sous contrôle spartiate, bloque le défilé des Thermopyles, alors que la flotte grecque, menée par les navires athéniens, engage le combat contre les Perses près du détroit de l'Artémision. L'arrière-garde de l'infanterie grecque est détruite à la bataille des Thermopyles et la marine grecque ne peut arracher la victoire aux Perses lors de la bataille de l'Artémision. Ainsi les Perses parviennent-ils à conquérir la Phocide, la Béotie, l'Attique et l'Eubée.
Déterminés à défendre la Grèce jusqu'au bout, les alliés grecs se préparent à tenir l'isthme de Corinthe, et la flotte grecque se retire près de l'île de Salamine.
Même s'ils sont largement surpassés en nombre, Thémistocle persuade ses alliés de s'engager dans une bataille décisive pour empêcher les Perses d'envahir le Péloponnèse.
Le roi recherche aussi une bataille décisive. À la suite d'un subterfuge des Grecs, la flotte perse entre dans le détroit de Salamine. Elle y est tellement à l'étroit, qu'elle ne peut plus manœuvrer efficacement et sa supériorité numérique n'est plus un avantage. La flotte grecque forme alors une ligne et détruit un grand nombre de navires perses. Cette victoire, combinée à celles de Platées et du cap Mycale, affaiblit considérablement les forces perses dans la région.
Par la suite, les cités grecques entreprennent de les repousser, avec succès, vers l'Asie pendant les trente années suivantes. Selon plusieurs historiens, une victoire perse aurait durablement paralysé le développement de la Grèce antique et, par extension, empêché l'éclosion de la culture occidentale.
Sources vignette|gauche|upright|Buste d'Hérodote, palais Massimo des Thermes.|alt=Photo couleur d'une sculpture représentant le buste de d'Hérodote.
La principale source sur les guerres médiques est l'historien grec Hérodote. Surnommé le « Père de l’Histoire » par CicéronCicéron, Des Lois, , 1, 5., il est né en en Asie mineure alors sous domination perse.. Il rédige ses Histoires vers 440–430 ., essayant de retracer l'origine des guerres médiques. L'approche d'Hérodote, nouvelle, se poursuit aujourd'hui. En effet, selon Tom Holland : ...
Quelques historiens ultérieurs de l'Antiquité le critiquent, même s'ils suivent ses pas, notamment Thucydide.... Malgré tout, ce dernier commence son histoire de la guerre du Péloponnèse là où Hérodote arrête les siennes (au siège de Sestos en 479 ) ; il reconnaît donc de façon implicite que les Histoires d'Hérodote sont suffisamment exactes pour ne pas avoir à les réécrire ou les corriger. Plutarque critique Hérodote dans son essai Sur la malignité d'Hérodote, le qualifiant de « philobarbaros » (ami des Barbares), parce qu'il ne montre pas suffisamment les Grecs sous leur meilleur jour, ce qui laisse supposer qu'Hérodote aurait fait preuve de neutralité. Cette appréciation négative d'Hérodote s'est transmise en Europe jusqu'à la Renaissance, époque où il est néanmoins encore étudié.. Sa réputation se rétablit pendant le à la suite des découvertes archéologiques qui confirment ses dires... Au , les spécialistes considèrent ses Histoires comme généralement fiables, mais plusieurs détails prêtent à débat (particulièrement le nombre de soldats et les dates) et doivent donc être considérés avec prudence. Néanmoins, certains historiens pensent qu'il a forgé de toutes pièces la majeure partie de ses Histoires.
Diodore de Sicile, même s'il s'accorde le plus souvent avec Hérodote pour cette bataille, rapporte des différences avec son devancier. Par exemple, il indique que les Athéniens évacuent leur ville à la suite d'un décret, et non pas ..
Des artefacts archéologiques, telle la colonne serpentine (partie de l'hippodrome de Constantinople actuel), soutiennent les affirmations d'Hérodote (consulter la note de l'éditeur sous le texte principal de la page)..
Contexte
Les cités-États grecques d'Athènes et d'Érétrie ont stimulé la malheureuse révolte de l'Ionie contre l'Empire perse de en 499-494 . Relativement récent, cet Empire est encore le théâtre de révoltes contre le pouvoir central. De plus, Darius est un usurpateur et a pris un temps considérable pour mater les révoltes contre son règne.
La révolte de l'Ionie menace l'intégrité de son territoire ; Darius a donc juré de punir les responsables, particulièrement les Athéniens ; en effet, . Darius apprécie aussi l'opportunité d'étendre son Empire dans la belliqueuse Grèce antique.. Une expédition préliminaire sous le commandement de Mardonios en 492 , pour prendre le contrôle de territoires à proximité de la Grèce, permet de conquérir la Thrace et oblige la Macédoine à devenir cliente de l'Empire perse.
Darius envoie des émissaires à toutes les cités-États grecques en 491 pour exiger « de l'eau et de la terre » en signe de soumission.. Ayant eu une démonstration de son pouvoir l'année précédente, la majorité des cités grecques se soumettent. À Athènes, toutefois, les ambassadeurs sont soumis à un procès puis exécutés ; à Sparte, ils sont simplement jetés dans un puits. Sparte et Athènes ont donc décidé d'entrer en guerre contre l'Empire perse.
regroupe une force amphibie en 490 , sous le commandement de Datis et Artapherne qui attaquent Naxos la même année, avant de recevoir la soumission des autres Cyclades. La force armée se rend ensuite à Érétrie, qu'elle assiège puis détruit. Finalement, elle se rend à Athènes, débarquant dans la baie de Marathon, où elle affronte l'armée ennemie, plus petite mais plus lourdement armée. Contre toute attente, les Athéniens gagnent la bataille de Marathon, ce qui oblige les débris de l'armée perse à se réfugier en Asie.
Darius, en prévision d'une seconde invasion, commence à lever une armée plus grande pour complètement subjuguer la Grèce. Cependant, en 486 , ses sujets égyptiens se révoltent, ce qui l'oblige à suspendre ses projets d'invasion.. Il meurt pendant les préparatifs ; son fils occupe à son tour le trône perse. Il écrase la révolte égyptienne, puis reprend rapidement le projet d'invasion de son père.. S'agissant d'une invasion à grande échelle, il planifie des entrepôts et lance une conscription. Xerxès décide d'une part de faire fabriquer un pont au-dessus de l'Hellespont (Dardanelles), pour permettre à son armée de traverser à pied sur le continent européen, et d'autre part de faire creuser un canal à travers l'isthme du mont Athos. Ces deux ouvrages sont d'une ampleur exceptionnelle pour l'époque.. Pourtant, au début de 480 , les préparatifs sont achevés et, avec l'armée regroupée à Sardes, Xerxès marche vers l'Europe, les soldats franchissant l'Hellespont sur deux ponts flottants.. Selon Hérodote, l'armée de Xerxès est si vaste que, arrivée sur les rives du fleuve Echedoros, les soldats l'épuisent complètement pour étancher leur soif. Devant une telle force, plusieurs cités grecques préfèrent accéder aux demandes perses qui exigent le tribut de l'eau et de la terre..
Les Athéniens, de leur côté, se préparent à la guerre depuis le milieu des années 480 En 482, la décision est prise, sous la supervision de l'homme politique athénien Thémistocle, de construire une grande flotte de trières qui sera essentielle pour s'opposer efficacement aux Perses.. Toutefois, les Athéniens manquent de soldats pour combattre à la fois sur terre et sur mer ; en conséquence, pour vaincre, Athènes doit obtenir la collaboration d'autres cités-États grecques. En 481 , Xerxès envoie des ambassadeurs en Grèce pour exiger le tribut « de l'eau et de la terre » tout en omettant délibérément de les envoyer à Athènes et Sparte. En réaction, les cités-États commencent à apporter leur soutien aux deux cités. Un congrès de cités-États à Corinthe à la fin de 481 mène à la création d'une confédération de cités-États. Celle-ci jouit du pouvoir d'envoyer des plénipotentiaires pour demander de l'aide et envoyer des troupes des cités membres aux lieux à défendre, après consultation conjointe. Cette collaboration est remarquable dans ce monde grec disjoint, d'autant plus que plusieurs membres de la confédération sont toujours en guerre les uns contre les autres..
Le « congrès » se réunit à nouveau au printemps de 480 Une délégation de Thessalie suggère de concentrer les forces grecques dans la vallée de Tempé, à la frontière de Thessalie, où elle pourrait bloquer l'avance de l'armée de .. Une force de est envoyée dans la vallée, les Grecs croyant y affronter l'armée perse. Néanmoins, sur place, avertie par que les Perses peuvent emprunter le passage de Sarantoporo (et donc éviter la vallée) et que l'armée de Xerxès est immense, l'armée grecque fait retraite.. Peu après, les Grecs apprennent que l'armée de Xerxès a franchi l'Hellespont.
Thémistocle propose une seconde stratégie. La route méridionale de la Grèce (Béotie, Attique et Péloponnèse) emprunte le défilé des Thermopyles, là où les hoplites grecs pourraient facilement bloquer l'immense armée perse.. De plus, pour interdire à l'armée de Xerxès de contourner le défilé par la mer, les navires d'Athènes et des alliés pourraient bloquer le détroit de l'Artémision. Le congrès adopte ce plan. En même temps, les cités du Péloponnèse mettent au point un plan de rechange pour défendre l'isthme de Corinthe. Les femmes et les enfants d'Athènes sont évacués massivement vers Trézène, cité du Péloponnèse.
Aux Thermopyles, les soldats grecs bloquent les forces perses pendant trois jours, puis sont contournés, ce qui permet aux Perses de massacrer l'arrière-garde avant de poursuivre l'invasion.. Simultanément, la bataille de l'Artémision ne voit aucun vainqueur émerger. Lorsque les nouvelles de la défaite des Thermopyles parviennent aux oreilles des marins grecs, la flotte alliée fait retraite puisque le blocus du détroit de l'Artémision ne suffirait plus à retenir les forces perses.
Prélude
La flotte alliée quitte l'Artémision pour Salamine afin de soutenir l'évacuation d'Athènes. En route, Thémistocle laisse des messages à toutes les sources d'eau potable à l'intention des Grecs d'Ionie embarqués sur les navires perses, leur demandant de faire défection. À la suite de la bataille des Thermopyles, l'armée perse avance en Grèce, où elle pille et brûle Platées et Thespies, villes de la Béotie qui ont refusé de se soumettre, avant de se diriger vers Athènes, dorénavant évacuée. Les alliés, principalement des Péloponnésiens, préparent la défense de l'isthme de Corinthe, détruisant la seule route qui permet de le franchir et élevant un mur.
Cette stratégie est toutefois sans intérêt si la flotte alliée ne peut empêcher les navires perses de transporter des troupes à travers le golfe Saronique. Lors d'un conseil de guerre tenu après l'évacuation d'Athènes, le commandant naval de Corinthe, Adimante de Corinthe, argue que la flotte devrait s'assembler près des côtes de l'isthme pour verrouiller le passage.. Thémistocle, pour sa part, préfère une stratégie offensive dans le but de réduire durablement la supériorité navale des Perses. Il a tiré une leçon de la bataille de l'Artémision : « en combattant dans un lieu étroit […], nous remporterons […] une grande victoire, parce qu'un détroit nous est autant avantageux que la pleine mer l'est aux ennemis ». Il obtient gain de cause ; la flotte grecque reste près des côtes de Salamine.