Albert Ferdinand Marie Jean de Seguin de Reyniès, aussi appelé Albert de Reyniès, né le à Arry (Lorraine, Allemagne) et probablement mort à Grenoble le , est un militaire et résistant, lieutenant-colonel commandant le de chasseurs alpins, issu de la famille de Seguin de Reyniès.

Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur, décoré de la Croix de guerre 1939-1945 et de la Rosette de la Résistance (à titre posthume). Son corps n’ayant jamais été retrouvé, une plaque lui est consacrée à la nécropole de Saint-Nizier-du-Moucherotte dans le Vercors (Isère) ainsi qu'à l'Hôtel des troupes de montagne, place de Verdun à Grenoble.

Enfance et engagement militaire Albert nait en 1900 au château d'Arry (alors dans l'Empire allemand), dans une des familles subsistantes de la noblesse française. Son père, Antoine de Reyniès, est lieutenant au BCA (Bataillon de Chasseurs alpins) en garnison à Nice. La vie familiale des Reyniès évolue au gré de la carrière militaire du père. Albert et sa sœur passent donc les premières années de leur vie à Nice, la famille s'installe ensuite à Embrun puis à Grenoble à l’été 1907. Antoine de Reyniès part au Maroc en 1912, Marguerite reste seule avec ses deux enfants pendant huit ans. Il revient du Maroc avec le BCA, pour être engagés sur le front de la Grande Guerre. Alors que la guerre fait rage depuis moins de deux mois, Albert entre à l’internat jésuite Notre-Dame-de-Mongré à Villefranche-sur-Saône.

La carrière militaire lui apparaît comme une évidence, comme pour ceux qui l'entourent. Il s'y prépare dès l'année scolaire 1916-1917, lorsqu'il passe la première partie du baccalauréat. Il intègre l'école Sainte-Geneviève à Versailles en 1917, réputée pour sa classe préparatoire au concours d'entrée à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. Lorsqu'il passe le concours en , il est admis sur 179 et devient militaire en pleine guerre. Pendant la guerre la formation des officiers est adaptée aux circonstances : les lauréats du concours d’entrée à Saint-Cyr doivent s’engager « pour la durée de la guerre » au 169 régiment d’infanterie, dont le dépôt se trouve à Montargis. Albert est donc considéré comme un engagé volontaire puisqu’il arrive au régiment le alors que sa classe est recensée en août et ne sera réellement incorporée qu’en 1920. Il part pour Saint-Cyr pour cinq mois d’instruction accélérée à l’issue de laquelle il est caporal. À sa sortie de stage, il rejoint le 14e bataillon de chasseurs à pied. Sergent depuis , Albert reste quelques mois en Rhénanie avec les troupes envoyées en occupation pour garantir l’obéissance de l’Allemagne après l’armistice.

En , le sergent de Reyniès quitte le bataillon pour recevoir un complément de formation à Saint-Cyr. Mais ce n’est qu’en que commencent les cours de la promotion 1918-1920 dite « de la Victoire ». Il sort second d’une promotion de 166 et, en , devient sous-lieutenant au 5e bataillon de chasseurs à pied. Dès le début de 1921, affecté au BCA, il part en Haute-Silésie. Il retourne au bataillon de chasseurs à Trèves (Allemagne).

En 1923, il part au Maroc avec le 66e régiment de tirailleurs marocains où les troupes françaises sont chargées d’assurer la stabilité du pays dans le cadre du protectorat liant le souverain Moulay Youssef à la France. Il revient du Maroc titulaire d’une citation et décoré de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures avec étoile de bronze et de la médaille coloniale avec agrafe « Maroc ».

Après son mariage avec Henriette de Parisot de Durand de la Boisse en 1925, le couple s’installe à Annecy. Deux mois après, Albert par en renfort au Maroc avec le BCA. Le lieutenant de Reyniès rentre en France début novembre. Les quatre années suivantes sont rythmées par les naissances de trois enfants.

Albert de Seguin de Reyniès intègre l’École de guerre le et réalise des stages au sein des différentes composantes de l’Armée de terre. Il passe ensuite un brevet d’observateur aérien. Après le stage suivent deux ans de formation à l’École militaire à Paris. À la même époque, la famille s’agrandit avec l’arrivée d’un quatrième enfant. En rappel de son second séjour marocain, le , il reçoit la médaille de la Paix du Maroc, accordée par l’Espagne à ceux qui ont participé à la guerre du Rif entre 1925 et 1927. gauche|vignette|Le capitaine Albert de Reyniès décoré de la croix de chevalier de la légion d'honneur par le général Dosse (Caserne Part-Dieu (Lyon), 19 décembre 1934) À la sortie de l’École de guerre, de Reyniès est un officier « breveté », ce qui lui permet d’atteindre des postes de haut niveau. Il commence par un stage de service à l’état-major du général Dosse, gouverneur militaire de Lyon et commandant de la région militaire. Durant deux ans il œuvre au sein du bureau de la mobilisation, service de la réquisition hippomobile. Henriette met au monde leur cinquième enfant et de Reyniès est promu au grade de capitaine. À la fin de l’année 1934, les brillants états de services et les actions de guerre du capitaine sont récompensés par une nomination à titre exceptionnel au grade de chevalier de la Légion d’honneur. L’année 1934 est aussi marquée par la naissance de leur sixième enfant. En 1936, la famille retourne à Annecy où, durant deux ans, Albert dirige la compagnie du BCA. Dans sa compagnie sert un jeune saint-cyrien, Théodose Morel, le futur Tom Morel du maquis des Glières. Le septième enfant du couple nait en 1937.

En 1938, alors que l’Allemagne nazie menace de plus en plus l’Europe, notamment avec l’annexion de l’Autriche et de la Pologne, le capitaine retourne à l’état-major de la région et du gouvernement militaire.

La Seconde Guerre mondiale De 1939 à 1942 vignette|367x367px|Albert de Seguin de Reyniès en juillet 1940 À la suite de la déclaration de guerre du , de Reyniès est affecté à l’état-major de la , au bureau. Chargé des opérations, il a pour mission de décliner les manœuvres voulues par le commandement en ordres exécutables par les unités. Moins de deux mois plus tard, il rejoint le général Besson auquel a été confié le groupe d’armée qui défend la frontière avec l’Allemagne, de Colmar au Jura. C’est au sein de ce groupe que de Reyniès passe la période de la « drôle de guerre ». Le général Besson cite le capitaine à l’ordre du corps d’armée le avec le motif suivant « […] Au cours de la bataille de France, du 20 mai au 24 juin 1940, a effectué de nombreuses missions auprès des unités en ligne, rapportant toujours les renseignements les plus complets. S’est distingué notamment pendant les combats sur l’Ourcq et la Marne, faisant preuve d’un beau sang-froid sous les bombardements aériens. » Cette citation lui donne droit au port de la croix de guerre.

L’armistice est signé le . De Reyniès est promu au grade de chef de bataillon et est muté auprès du général commandant de la région militaire. Cette région, créée le , fait partie des nouvelles régions militaires des zones non occupées par l’armée allemande. Dès le , Albert doit se rendre à Vichy pour prendre de nouvelles consignes. Entre-temps, il a exercé les fonctions de chef du bureau, quittant le domaine des opérations pour celui des renseignements.

Albert est placé auprès du chef d’état-major de la commission de Wiesbaden, qui doit régler l’application de l’armistice entre la France et l’Allemagne, avec la faculté de le remplacer si nécessaire. Reyniès, dont le nom est simplifié en « chef de bataillon Seguin », fait partie de la sous-commission Heer (armée de terre). Pendant un an et demi, Seguin subit l’arrogance de l’ennemi, qui ne manque pas d’affirmer sa supériorité sur les représentants français.

De 1942 à 1944 En 1942, il prend le commandement du 6e bataillon de chasseurs alpins dans l’armée d’armistice, à Grenoble. L’armée d’armistice est déconsidérée à la suite de la défaite et sous-équipée, le nouveau chef de bataillon met alors l’accent sur l’instruction et la formation morale de ses cadres, sans négliger l’aguerrissement physique, pour faire des chasseurs de vrais montagnards. Dans le même temps, il poursuit le travail de son prédécesseur, le commandant Segonne : soustraire le plus possible de matériel des comptabilités allemandes afin de constituer les stocks nécessaires à la reprise future du combat. Dès l’été 1940 se met en place la « conservation » puis le « camouflage » du matériel (CDM) : caches d’armes ou maquillage de véhicules militaires, tous les moyens sont bons pour mettre de côté l’équipement de l’armée de la revanche.

S’il s’acharne à préparer son bataillon à reprendre le combat contre les Allemands, les positions personnelles d’Albert concernant l’ensemble du régime de Vichy et la relation au maréchal Pétain ne sont pas connues. Il fait partie de ces générations d’officiers qui considèrent ne pas avoir à intervenir dans le domaine politique ; les militaires n’ont d’ailleurs pas le droit de vote, et ils ne l’obtiendront qu’après les femmes. Tant que la France a une armée, il s’emploie à son niveau à ce qu’elle soit la plus efficace possible, mais sans être dupe de l’impasse dans laquelle s’est engagé le nouveau régime en traitant avec l’Allemagne. gauche|vignette|Le géneral Laffargue et le chef de bataillon de Reyniès - 1942 Le , les forces anglo-américaines débarquent en Afrique du Nord, alors sous la souveraineté de l’État français. L’arrivée des troupes étrangères est considérée comme une invasion. Hitler considère que le traité d’armistice est rompu et envahit la zone sud le . En Isère, le général André Laffargue a préparé de longue date des plans pour le cas où la ligne de démarcation serait violée par les Allemands. La défense du verrou de Voreppe revient au BCA. À peine l’ordre de prendre les positions de résistance est esquissé que le général Laffargue doit annuler : officiellement, les troupes ne font que passer pour aider à la sécurisation des rives de la Méditerranée, en accord avec le gouvernement français. Le , les garnisons de Lyon et de Vienne sont désarmées par les troupes allemandes. Le général Laffargue fait valoir aux chefs de corps que cette action constitue une violation de l’armistice, que la France et l’Allemagne sont donc de nouveau en guerre et que se laisser désarmer équivaudrait à capituler : il propose l’Oisans comme lieu de retraite où les troupes pourraient résister. De Reyniès emmène aussitôt son bataillon prendre la position qui lui est assignée à Brié-et-Angonnes, sur la route de Grenoble à Vizille. Un bras de fer s’engage entre Vichy et Laffargue : ses supérieurs lui enjoignent de faire rentrer les troupes, ce qu’il refuse. Puis, par ordre du gouvernement, les unités sont dissoutes. Le général Laffargue se résout à céder.

Le BCA se disperse dans une prairie de Brié-et-Angonnes. Décidé à ne pas laisser disparaître le bataillon sur un échec, de Reyniès incite les officiers, sous-officiers et chasseurs à rester en contact. Pour certains, cet instant est un pivot qui détermine leur entrée future dans la Résistance. Toujours actif, le commandant de Reyniès prend des mesures concrètes. En accord avec le général Laffargue, il cache, grâce au CDM, le plus de matériel possible, ne livrant que le minimum au dépôt officiel. Les stocks alors constitués serviront directement à armer le maquis.