Emmanuel Kant ( Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API.), né le à Königsberg en Prusse (aujourd'hui appelée Kaliningrad en Russie), et mort le dans cette même ville, est un philosophe prussien, fondateur du criticisme et de l’idéalisme transcendantalVoir les Prolégomènes à toute métaphysique future, : Kant affirme aussi : (ibidem).
Grand penseur de l (Lumières allemandes), Kant a exercé une influence considérable sur l'idéalisme allemand, la philosophie analytique, la phénoménologie, la philosophie moderne, et la pensée critique en général. Son œuvre, considérable et diverse dans ses intérêts, mais centrée autour des trois Critiques – à savoir la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculté de juger – fait ainsi l'objet d'appropriations et d'interprétations successives et divergentes.
Biographie Emmanuel Kant naît en 1724 à Königsberg en Prusse dans un milieu modeste : son père, Johann Georg Kant (né en 1683 à Memel ; mort en 1746 à Königsberg) d'origine écossaise, est sellier, et sa mère, Anna Regina (née en 1697 à Königsberg, morte en 1737 ibid.), née Reuter, s'étaient mariés le . Emmanuel qualifia sa mère de très intelligente et foncièrement piétiste. Il est le quatrième des onze enfants du couple. Il fréquente durant sept ans le Collège Fridericianum, alors dirigé par Franz Albert Schultz, pasteur piétiste qui considère la piété de l'âme comme supérieure au raisonnement.
vignette|L’université Albertina de Königsberg, où Kant a enseigné.
En 1740, il entre à l'université de Königsberg afin d'étudier la théologie. Il suit les cours de Martin Knutzen, professeur de mathématiques et de philosophie ; ce professeur, lui aussi piétiste et disciple de Wolff, combat le dualisme et en revient à la pure doctrine de Leibniz, suivant laquelle la force représentative et la force motrice participent l'une de l'autre et se supposent réciproquement.
C'est là qu'il découvre Newton et la physique, preuve, selon lui, qu'une science a priori de la nature (c’est-à-dire les mathématiques et la physique) est possibleVoir à ce sujet les deux premières parties des Prolégomènes à toute métaphysique future qui traitent de la mathématique et de la physique pures, c'est-à-dire a priori.. Plus tard, il créditera aussi l'astronomie de nous avoir , dont la plus importante est qu'elle nous a Note de la Critique de la Raison pure, « L'idéal de la raison pure », : « De l'idéal transcendantal », A575/B603..
En 1746, la mort de son père l’oblige à interrompre ses études pour donner des cours : il est engagé comme précepteur par des familles aisées, tâche qu'il accomplira pendant neuf ans. Il publie également cette année-là sa première dissertation : Pensées sur la véritable évaluation des forces vivesVoir l'édition italienne et le commentaire : Emmanuel Kant, Pensieri sulla vera valutazione delle forze vive, par Stefano Veneroni, Milan-Udine, Mimésis, 2019, , . En 1755, il obtient une promotion universitaire ainsi qu'une habilitation, grâce à une dissertation sur les principes premiers de la connaissance métaphysique. Il commence à enseigner à l’université de Königsberg avec le titre de Privatdozent (enseignant payé par ses élèves).
Kant est le premier grand philosophe moderne à donner un enseignement universitaire régulier. Ses cours et ses publications à cette période sont très diversifiés : ils portent sur les mathématiques et la physique (apprises chez Newton), la morale (d'après Shaftesbury, Hutcheson, Hume et Rousseau), mais aussi sur la pyrotechnie et la théorie des fortifications. À partir de 1760, ses cours ont pour nouveaux objets la théologie naturelle, l'anthropologie, la critique des « preuves de l'existence de Dieu », ainsi que la doctrine du beau et du sublime.
En 1766, Kant demande et obtient le poste de sous-bibliothécaire à la Bibliothèque de la Cour, fonction qu'il occupe jusqu’en . C’est la seule démarche qu’il ait jamais faite pour obtenir une faveurG. Fonsegrive, Revue Philosophique de la France et de l'Étranger T. 39, (JANVIER A JUIN 1895), . P.U.F..
En 1770, il est nommé professeur titulaire, après avoir écrit une dissertation intitulée De la Forme des principes du monde sensible et du monde intelligible. En 1781 paraît la première édition de la Critique de la raison pure. Cet ouvrage, fruit de onze ans de travail, ne rencontre pas le succès qu'il espérait. Une seconde édition voit le jour en 1787. En 1786, il devient membre de l'Académie royale des sciences et des lettres de Berlin. En 1788 est publiée la Critique de la raison pratique et, en 1790, la Critique de la faculté de juger. Toutes ses autres œuvres majeures (Fondements de la métaphysique des mœurs et Vers la paix perpétuelle notamment) sont écrites durant cette période.
Kant ne s'est jamais déplacé au-delà d'un rayon de soixante kilomètres autour de son lieu de naissance, et ne s'est jamais marié ; même la rumeur d'une aventure amoureuse n'a pas été confirmée. Sa vie était faite de conférences, de tâches universitaires et de séances d'écriture, qu'on rapporte comme tellement rigoureuses et régulières que ses voisins auraient réglé leurs montres sur sa promenade journalière. Le poète Heinrich Heine alla jusqu'à dire que le récit de la vie de Kant était facile à faire : il n'y avait ni vie ni récit. La tradition rapporte même que Kant ne modifia son emploi du temps immuable et la trajectoire de sa marche quotidienne que deux fois : la première en 1762, lors de sa lecture du Émile de Jean-Jacques Rousseau, la seconde en 1789, afin d'acheter la gazette après l'annonce de la Révolution françaiseDominique Vallaud, Dictionnaire historique, Librairie Arthème Fayard, 1995, ..
Cette image apparaît sujette à caution à certains universitaires, qui y voient une exagération et une fausse attribution à Kant des habitudes de ponctualité de Joseph Green, son ami à partir de 1764, célèbre pour son rigorisme au point d'avoir été en son temps le sujet d'un livre satirique d'un autre ami de Kant : L'homme d'après l'horloge de Theodor Gottlieb HippelKühn Manfred : Kant-Biographien. Bristol : Thoemmes.. Car si Kant n'a jamais quitté sa région nataleHistoire de la vie et de la philosophie de Kant (Amand Saintes), -23., il fut très attentif aux mouvements du monde, en témoignent ses échanges intellectuels et de nombreuses publications qui traitent de sujets variés de son époque. Il recevait également très souvent de nombreux amis à dîner, et déjeunait chaque jour avec un inconnu.
Favorable à la Révolution française, Kant affirme, après Thermidor, que .
D'après le récit biographique de Thomas de Quincey, les capacités mentales de Kant se seraient affaiblies de manière importante vers la fin de sa vie : l'un des signes Thomas de Quincey, Les derniers jours d'Emmanuel Kant, éditions Mille et une nuits, 1996, .. Selon Harald Weinrich, les « symptômes » décrits par Wasianski, tels que rapportés dans l'ouvrage de Quincey, notamment les pertes de mémoire de Kant, pourraient faire penser à la maladie d'Alzheimer. Weinrich avance toutefois cette hypothèse avec beaucoup de précautions : . Il avance cependant cette hypothèse médicale avec beaucoup de précautions et sans certitude.
Désormais célèbre, bien qu'incomplètement compris par ses contemporains, Emmanuel Kant meurt en 1804 à KönigsbergLivre Les Dix Philosophes incontournables au bac philo par Charles Pépin, p. 51. Ses derniers mots furent : ( ou )Karl Vorländer: Immanuel Kant. Der Mann und das Werk. Hamburg: Meiner, p. II 332. Son tombeau est situé à l'extérieur nord-est de la Cathédrale de Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad). À l'occasion du tricentenaire de sa naissance en 2024, diverses manifestations ont été organisées, dont plusieurs conférences internationalesTeruel, Pedro Jesús (2025): 'Twelve Months for a Kantian Year', Nature and Freedom, 19, 163-171..
Philosophie Division générale Les trois grandes branches de la philosophie kantienne sont les suivantes : philosophie de la connaissance (développée surtout dans la Critique de la raison pure), philosophie pratique (exposée dans la Critique de la raison pratique et les Fondements de la métaphysique des mœurs) et esthétique (dans la Critique de la faculté de juger). La philosophie de la connaissance a pour but de répondre à la question E. Kant, Logique (1800), traduction de L. Guillermit, Paris, Vrin, 1970, .. Elle ne tente donc pas de connaître un objet particulier, comme la nature pour la physique ou le vivant pour la biologie, mais de limiter et de déterminer la portée de nos facultés de connaissance ou pouvoirs de connaître, c’est-à-dire de l'intuition sensible, de l'entendement et de la raison en langage kantien. L'ouvrage principal à ce sujet est la Critique de la raison pure. La philosophie pratique veut répondre à la question , et elle comporte aussi bien la philosophie morale que la philosophie du droit et la philosophie politique. La philosophie pratique s’intéresse aussi à la question . Elle montre que les idées transcendantales, bien qu'elles ne puissent pas devenir objets de notre connaissance, doivent être postulées pour permettre la moralité et l'espérance. La connaissance doit ainsi être limitée par la raison elle-même afin de faire place à la croyance. L'esthétique kantienne prend place dans la Critique de la faculté de juger, consacrée à cette question .
Selon Guillaume Pigeard de Gurbert, l'unité de sa philosophie peut être trouvée dans le concept de temps et les différentes fonctions qu'il prend, selon qu'il s'agit de philosophie théorique, pratique ou pragmatique, de philosophie de l'histoire et de téléologie.
Enjeux du criticisme vignette|150px|La statue de Kant à Kaliningrad.
Les enjeux de la philosophie kantienne sont multiples car Kant a apporté d'importantes contributions tant en théorie de la connaissance, qu'en éthique, en esthétique, en métaphysique et en philosophie politique.
Sa première grande contribution fut d’avoir fondé, dans la Critique de la raison pure, la théorie de la connaissance en tant que telle : il en fit une discipline relativement autonome aussi bien de la métaphysique que de la psychologie.
D’autre part, et à partir des acquis de la Critique de la raison pure, Kant élabore une philosophie morale profondément nouvelle qui part du concept de loi morale valable pour tout « être raisonnable », universelle et nécessaire, et de son corrélat, la « liberté transcendantale ». Exposée en particulier dans la Critique de la raison pratique, l'éthique kantienne a été qualifiée de déontologique, c'est-à-dire qu'elle considère l'action en elle-même et le devoir ou obligation morale, indépendamment de toute circonstance empirique de l'action.. Elle s'oppose donc aussi bien à l'éthique conséquentialiste, qui estime la valeur morale de l'action en fonction des conséquences prévisibles de celles-ci, qu'à l'eudémonisme, qui considère que l'éthique doit viser le bonheur. Du fait du caractère absolument impératif de la notion de devoir, et de la connexion non nécessaire entre le bonheur et la morale, la position kantienne a souvent été qualifiée de rigoriste..
Kant accepte ce terme de rigoriste - il le perçoit comme un compliment. Chez Kant, ce terme n'est pas synonyme d'austérité ou de puritanisme. Il s'agit uniquement de précision dans la pensée et de rigueur intellectuelle. Cette rigueur sait aller sur des terrains populaires, lorsque Kant écrit, par exemple, Fondements de la métaphysique des mœurs, où il pratique la vulgarisation philosophique. Pour autant il dénonce certaines pratiques d'autres philosophes populaires, communes à son époque, qui reposent, selon Kant, non pas sur le sérieux de leur réflexion, mais sur d'obscures notions de bon sens, de crainte de Dieu ou autre sentiment moral syncrétique.