Ange Marie François Guépin, né le Date encore utilisée pour son acte de mariage de 1830. à Pontivy, mort le à Nantes, est un médecin, un écrivain et un homme politique français, républicain et socialiste, qui a joué un rôle important dans la vie politique et sociale de Nantes au , comme conseiller municipal et conseiller général, et, à deux reprises, comme préfet par intérim, mais surtout comme médecin philanthrope et comme théoricien et militant d’une forme de socialisme refusant la Terreur, mais incluant le féminisme.

La vie d'Ange Guépin est tout entière orientée par l'idée d'un progrès de l'humanité fondé sur le développement de la science et des techniques appliquées à l'industrie, reprise de son père Victor Guépin, révolutionnaire de 1789, mais aussi des disciples de Saint-Simon et des socialistes utopistes rencontrés au cours de ses études de médecine.

Ange Guépin a joué un rôle important en étudiant les transformations de la société française au . Il s'est interrogé sur les causes et conséquences de ces transformations, dans le but de réduire la misère des hommes de son temps et de créer les conditions pour que le progrès des connaissances aille vers plus de bonheur et de liberté.

Ange Guépin est particulièrement représentatif des milieux sociaux de la France provinciale de cette époque, qui ont été les agents de ces transformations, en liaison étroite avec l’intelligentsia parisienne, nationale et internationale, démocrate et républicaine, féministe et socialiste, scientifique et littéraire.

Ange Guépin est le cousin germain de l'architecte Alphonse Guépin.

Biographie Son père, Victor Guépin, avocat à Pontivy, a joué un rôle politique important dans cette ville de 1789 à 1794, dirigeant la résistance contre les Chouans, en . Prenant ensuite parti pour les Girondins, il a été arrêté, mais a échappé à la guillotine.

Les années de formation Guépin fait ses études aux côtés de son cousin, Louis-Adolphe Robin-Morhéry, dont son père a la tutelle morale, d’abord au collège royal de Pontivy (ex-lycée impérial) où il rencontre Émile Souvestre, puis, après la mort de son père, au collège royal de Rennes, son frère aîné étant étudiant en droit dans cette ville. Il prépare l'École polytechnique, mais, en 1824, son nom est rayé de la liste des reçus pour des raisons politiques..

Il se tourne alors vers la médecine. Lui et son cousin Morhéry arrivent à Paris en 1824. À la faculté de Paris, Ange Guépin suit les cours de chimie médicale du chimiste et médecin Mathieu Orfila dont il devient le préparateur, et du naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire.

Durant cette période, il est en contact avec des personnalités des milieux républicains et saint-simoniens. Mais il fréquente aussi des personnalités moins marquées politiquement, originaires de Bretagne, notamment Camille Mellinet, imprimeur-éditeur à Nantes, fondateur de la revue Le Lycée armoricain et responsable du journal monarchiste libéral Le Breton.

Dès 1824, Guépin et son cousin Morhéry sont engagés politiquement comme militants républicains ; dès 1827, Morhéry s'impose comme le chef des étudiants républicains, engagés dans une action contre la monarchie qui trouvera son aboutissement lors des Trois Glorieuses.

En 1828, Guépin obtient le premier prix de chimie. Le , il soutient sa thèse de doctorat : Quelques considérations sur le cancer.

Camille Mellinet lui propose de venir à Nantes où il pourrait occuper à l’École de médecine une chaire de professeur de chimie appliquée, qui vient d’être créée par la municipalité dirigée par Levesque.

Venu à Nantes, il ouvre un cabinet médical place du Pilori, au cœur de la ville ancienne. Sous l’égide de Camille Mellinet, il s’intègre à la société locale, devenant en 1829 membre de la Société académique.

Le , il épouse Adélaïde Renée Le SantOu Lesant, orthographe utilisée dans d'autres actes d'état civil., âgée de Cf. acte de mariage dans « Liens externes ». Elle est née le à Nantes., fille du pharmacien Marc François Joseph Le Sant. Un des témoins est son ami, l'avocat Émile Souvestre, au mariage duquel il a lui-même été témoin, le précédent. Ils auront deux enfants : Ange Victor (1831-1880)Ange Victor étudie la médecine à Paris, s'installe comme médecin à Bordeaux où, le 21 juin 1864, il épouse la fille d'un pasteur, Élodie Mercat ; enfant : Jean Guépin, lui aussi médecin. Cf. Frambourg, page 296. et Marie (née en 1838)Marie, élève d'une pension nantaise, apprend l'anglais avec Floresca ; le 20 avril 1864, elle épouse Jules Lucas de Peslouan, avoué à Ploërmel ; enfant : Émile Lucas de Peslouan ; elle assiste à l'inauguration du buste de son père à Nantes en 1893. Cf. Frambourg, .

La monarchie de Juillet Il prend activement part à la Révolution de 1830, faisant alors la rencontre d'ouvriers républicains. Il est présent avec Michel Rocher lors de la mise en défense du pont de Pirmil, le alors que les insurgés s'attendent à l'arrivée de troupes venant de Fontenay-le-Comte. Après la fin des combats, il contribue à la mise en place du monument aux dix victimes de la fusillade de la place Louis-XVI, la « colonne de Juillet 1830 », qui est placée dans le cimetière Miséricorde.

Peu après, il est nommé professeur de chimie à l’École de médecine. L'abaissement du cens lui permet de devenir électeur. En 1832, son beau-père fait partie comme adjoint de la municipalité dirigée par Ferdinand Favre. Cette année est aussi marquée par une épidémie de choléra qui fait ; il se distingue dans les secours aux malades et est ensuite nommé médecin des Douanes et chirurgien des Hospices.

En 1833, il contribue à l'organisation du premier congrès scientifique et philosophique organisé en France.

En 1835, il se spécialise dans l'ophtalmologie et, selon Hirsch, fonde la première clinique de l'œil en Europe, particulièrement destinée aux travailleurs du bâtiment victimes d'accidents du travail.

Guépin est connu pour avoir soigné avec un désintéressement sans exemple. En 1840, il crée le premier dispensaire nantais gratuit pour les indigents. Il est également l'un des premiers médecins à opérer de la cataracte.

Durant cette période, il découvre la réalité de la misère dans laquelle vit la plus grande partie des travailleurs et, après avoir écrit une Histoire de Nantes, célèbre mais traditionnelle, il décrit avec son collègue Eugène Charles Bonamy, dans Nantes au , la ville elle-même sous tous ses aspects, urbains, artistiques, intellectuels, économiques et sociaux.

Cette description prend place dans un mouvement général d'interrogation sur les conditions d'une évolution sociale produisant ce qu'on dénomme alors le « paupérisme » et qui va devenir la « question sociale ». C'est la naissance des grandes enquêtes sociales menées par Louis René Villermé (dont s'inspirent à petite échelle les deux nantais), Parent-Duchâtelet, Alexis de Tocqueville, Villeneuve-Bargemont, Blanqui et bien d'autres.

En 1845, Guépin devient conseiller général de la Loire-Inférieure, collabore au Populaire de Cabet. En 1846, il est élu conseiller municipal, en même temps que Victor Mangin, du journal républicain Le National de l'Ouest et Évariste Colombel, futur maire de Nantes.

Le , il perd sa première épouse Adélaïde Lesant ; il se remarie le avec Clotilde Maussion, une veuve un peu plus âgée que luiCf. « Liens externes »..

La Seconde République Le , il est à la tête de la Commission démocratique, organisme qui vise à obtenir le ralliement des autorités au nouveau régime. Le , il est nommé par Ledru-Rollin, ministre de l'Intérieur, commissaire du gouvernement provisoire pour le département de Loire-Inférieure. Le , son ami Michel Rocher ayant été nommé commissaire pour les cinq départements bretons, tandis qu'Évariste Colombel est nommé maire de Nantes, Ange Guépin devient commissaire pour le Morbihan en même temps que Frédéric Guérin, qui démissionne le , tandis qu'Ange Guépin reste à ce poste jusqu'au , date de sa révocationCf. Site de la préfecture du Morbihan.

Il reprend sa place au conseil général où il dépose un projet de banques départementales de bienfaisance. Il participe en 1849 à la fondation de l'Association des travailleurs de Nantes et d'une société de secours mutuel, La Fraternelle universelle, qui seront dissoutes par le pouvoir en .

Le , il perd sa seconde épouse, Clotilde Maussion, du fait d'une épidémie de choléraCf. le site de la médiathèque Floresca Guépin.. Il hérite d'elle plusieurs métairies à Beauvoir-sur-MerCf. Frambourg, .;

Guépin, devenu propriétaire foncier, écrit alors de vastes ouvrages à prétention encyclopédique, fortement marqués de déisme, Il publie alors la Philosophie du socialisme ou étude sur les transformations dans le monde et l'humanité. En 1851, ce livre est soumis à un examen politique de l'Université ; condamné, il est révoqué de toutes ses fonctions officielles et il perd une partie de sa clientèle aisée. Il publie Le Socialisme expliqué aux enfants du peuple (1851). Après le coup d'État du 2 décembre 1851, il est naturellement placé sous surveillance ; il est même arrêté durant quelque temps l'année suivante.

Le Second Empire Il se remarie en avec Floresca Clémentine LeconteCf. « Liens externes », acte de décès d'Ange Guépin. L'officier d'état civil semble avoir écrit « Florestia ». Le mariage a lieu à Paris ; le mariage religieux est réalisé par un pasteur baptiste américain, Green. Selon des lettres de Floresca à Ange Victor, Ange Guépin s'est vivement intéressé pendant quelques semaines au baptisme., âgée de , connue depuis lors sous le nom de Floresca Guépin, une féministe qu'il a rencontrée dans les milieux saint-simoniens au début des années 1850Cf. Frambourg, ..

De 1852 à 1864, l'essentiel de son activité va porter sur ce qui aura été une constante de sa vie : la diffusion de l'enseignement, et plus particulièrement la reconnaissance de l'enseignement pour les filles, pour lequel il lutte avec sa femme. Il faudra attendre la fin du Second Empire et surtout la Troisième République pour que l'action d'Arsène Leloup, d'Ange et Floresca Guépin et de leurs amis républicains aboutisse à la création des écoles municipales de quartier pour les garçons, d'une école municipale de filles, et d'un enseignement professionnel féminin (l'actuel lycée Vial).

vignette|L'Oisillière, à Savenay. En 1858, il achèteCf. Frambourg, pour l'Oisillière. en commun avec son ami l'historien Charles Dugast-Matifeux, une propriété à Savenay, l'Oisillière. Il s'efforce d'y promouvoir une agriculture plus moderne. En 1868, il rachète la part de Dugast-Matifeux. Il achète aussi, pour les autres domaines. le domaine de Poulvernic à Kervignac (Morbihan) en 1860, et un peu plus tard le domaine de Garayer à Challans (Vendée), celui-ci en commun avec Georges Grignon-DumoulinCf. Liste des maires de Rezé..

Il revient à la vie politique dans les années 1860. En 1864, il est élu au conseil général de Loire-Inférieure et en 1865 au conseil municipal (liste de l’Union libérale).

L'engagement maçonnique Ange Guépin devient franc-maçon tardivement. Il est initié le à la loge « Mars et les Arts », au Grand Orient de France, Orient de Nantes. Il a 62 ans. Il gravit alors rapidement les échelons du parcours maçonnique ; Vénérable de son atelier en 1869, élu par le Convent, l’assemblée législative du Grand Orient, la même année, au Conseil de l’Ordre. Guépin aurait pu rejoindre la maçonnerie bien plus tôt : beaucoup de ses amis et connaissances sont maçons depuis longtemps. À Nantes, on trouve parmi ces familiers, la famille Mangin : Charles-Victor, le père, imprimeur de son état et propriétaire du journal, le National de l’Ouest, devenu ensuite le Phare de la Loire ; et Victor, le fils, journaliste puis directeur du journal. Tous deux sont membres de la loge « Mars et les Arts ». Le père a été même été Vénérable de l’atelier : ils sont militants républicains de vieille date. À la disparition de Victor Mangin, Guépin prononce l’éloge funèbre maçonnique, le , devant plusieurs milliers personnes.