Wolfgang Schäuble Prononciation en allemand standard (haut allemand) retranscrite selon la norme API. , né le à Fribourg-en-Brisgau et mort le à Offenbourg, est un homme d'État allemand, membre de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU).
Il est directeur de la chancellerie fédérale auprès d'Helmut Kohl entre et , puis il est nommé ministre fédéral de l'Intérieur et négocie les conditions de la réunification allemande. Après avoir été victime d'un attentat qui le rend paraplégique, il préside de à le groupe CDU/CSU au Bundestag puis la CDU elle-même de à . L'affaire des caisses noires de la CDU l'oblige à démissionner de la présidence du parti, au profit d'Angela Merkel.
Il retrouve le ministère fédéral de l'Intérieur en 2005, dans la première grande coalition d'Angela Merkel, et préconise alors une politique sécuritaire renforcée. Quatre ans plus tard, il est nommé ministre fédéral des Finances et défend les politiques de rigueur budgétaire dans le contexte de la crise de la dette dans la zone euro. Après huit ans en fonction, il est élu en président du Bundestag et occupe ce poste pendant une législature.
Éléments personnels Wolfgang Schäuble est le deuxième des trois enfants de (1907-2000), qui travaille pour une entreprise de tissage de Hornberg et qui est député au Landtag de Bade, de 1947 à 1952., après s'être établi comme conseiller fiscal et avoir participé à la fondation de la . Son grand-père travaillait comme menuisier dans l'industrie horlogère de la Forêt-Noire.
Comme sa mère, Gertrud Göhring, qui a été élevée à Untertürkheim, dans la banlieue de Stuttgart, dans des règles très strictes par un père maître dinandier, Wolfgang Schäuble appartient à l'Église protestante en Allemagne (), qui est, depuis 1933, le regroupement national des églises protestantes, principalement luthériennes et calvinistes.
Formation et carrière professionnelle Wolfgang Schäuble obtient son Abitur en 1961. Il poursuit des études supérieures à la faculté de droit de Fribourg-en-Brisgau, puis à celle de Hambourg. Il les achève en 1966 en passant son premier examen juridique d'État. Il obtient le second en 1970, puis son doctorat l'année suivante. Sa thèse est consacrée à la profession de commissaire aux comptes.
Entre 1966 et 1970, Wolfgang Schäuble occupe un poste d'assistant à l'université de Fribourg-en-Brisgau, et représente le recteur des études politiques. Il entre à l'administration fiscale du Bade-Wurtemberg en 1971.
Il a également été avocat à la cour régionale d'Offenbourg de 1978 à 1984.
Originaire de l'Ortenau, en face de Strasbourg, Wolfgang Schäuble parle couramment le français ; sur le plan politique, il s'est toutefois toujours détourné de la FranceK. Littmann, « Mais qui est donc Wolfgang Schäuble? », in Eurojournalist(e), Mediapart, 11 mars 2015., qu'il désigne parfois d'un terme moqueur utilisé dans l'espace germanique : F. Lemaître, « Wolfgang Schäuble, bourreau des Grecs, idole des Allemands. », Le Monde, 8 juillet 2015..
Vie privée et familiale En 1969, il épouse Ingeborg Hensle, une ingénieure diplômée en qui a été de 1996 à 2008 présidente de l'ONG Welthungerhilfe (Action contre la faim dans le monde). Ensemble, ils ont quatre enfants.
Son frère benjamin, Thomas Schäuble, son cadet de six ans, a été ministre du Bade-Wurtemberg.
Handicap vignette|gauche|180px|Le couple Schäuble en , à Neukölln.
Wolfgang Schäuble est paralysé des membres inférieurs et se déplace en fauteuil roulant depuis qu'un homme a tenté de l'assassiner au cours d'un meeting électoral« Wolfgang Schäuble, l'homme de fer de Merkel », Le Point, . L'attentat a eu lieu le dans la ville d'Oppenau. Deux balles tirées d'un Smith & Wesson .38 ont sectionné la moelle épinière. Une troisième a blessé à la main et au ventre le garde du corps qui se précipitait sur l'arme « Wie Wolfgang Schäuble nach dem Attentat gerettet wurde », Der Spiegel..
Jugé irresponsable au terme de son procès« Schäuble-Attentäter Dieter Kaufmann soll im Herbst aus der Psychiatrie entlassen werden – zunächst für ein Jahr », Focus, 2 février 2004., l'auteur de l'attentat est soigné en hôpital psychiatrique« Schäuble-Attentäter wird entlassen », Tagespiegel.. Cinq années plus tard, le , il demande publiquement, à la radio, pardon à sa victime..
Wolfgang Schäuble est curateur de la () et administrateur de l'Institut international de recherche sur la paraplégie de Zurich.
Parcours politique Débuts vignette|redresse|gauche|Affiche électorale du jeune candidat de la CDU Wolfgang Schäuble. Wolfgang Schäuble découvre la politique alors qu'il n'est qu'un enfant, quand son père l'emmène avec l'aîné, Frieder (1937–2011), coller des affiches pour son parti, l'Union chrétienne-démocrate d'AllemagneSchütz, VIII, op. cité.. Il adhère à la Junge Union (JU), le mouvement de jeunesse de la CDU/CSU, en 1961, puis à la CDU quatre ans plus tard. Président de l'association des étudiants chrétiens-démocrates (RCDS) à Hambourg, puis à Fribourg-en-Brisgau, il est élu à la tête de la JU de Bade-du-Sud, dans le Land de Bade-Wurtemberg en 1969, pour un mandat de trois ans.
Le , il est élu député fédéral au Bundestag, avant de prendre, en 1976, la direction de la commission fédérale des Sports de la CDU, qu'il occupe jusqu'en 1984. Il est désigné coordinateur parlementaire du groupe parlementaire de la CDU/CSU en 1981.
Dauphin d'Helmut Kohl vignette|Schäuble, deuxième à droite, reçu avec le par le ministre des Affaires étrangères de la RDA Oskar Fischer.
Il obtient son premier poste ministériel le , lorsqu'il est nommé ministre fédéral avec attributions spéciales et directeur de la Chancellerie fédérale sous Helmut Kohl. Il occupe ce poste pendant près de cinq ans, puis devient ministre fédéral de l’Intérieur le . Il a joué un rôle important au moment de la réunification allemande en négociant et signant, aux côtés de Günther Krause, le traité d'unification des deux Allemagnes, en 1990.
Bénéficiant de toute la confiance de Kohl, il prend la présidence du groupe des Unions chrétiennes le . Les échecs économiques et la baisse de popularité du chancelier lui profite et lui sont l'occasion de se positionner auprès de l'opinion publique allemande comme successeur de celui-ciS. Kinzer, « Bonn Journal; Kohl's Protege Turns Into Kohl's Challenger », The New York Times, 12 octobre 1992.. Il apparaît alors comme le véritable dirigeant du pays.
Le , la CDU perd les élections et entre dans l'opposition. Perçu comme un « éternel Kronprinz », la perspective de succéder enfin à Helmut Kohl au poste de chancelier se précise. Il se présente comme le principal opposant en lançant un an plus tard une pétition contre la réforme du code de la nationalité voulue par la coalition rouge-verte de Gerhard Schröder et de Joschka Fischer, sous le titre « Intégration : oui – Double nationalité : non ! ».
Membre du comité directeur fédéral du parti depuis 1989, Wolfgang Schäuble est élu le pour succéder à Helmut Kohl à la présidence fédérale de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne. Il nomme alors Angela Merkel au poste stratégique de secrétaire générale.
Arrêt de son ascension politique En 1994, alors qu'il est simple membre du comité directeur fédéral de la CDU, Wolfgang Schäuble fait encaisser, sous un item comptable fallacieux, un chèque de cent mille marks du trafiquant d'armes Karlheinz Schreiber. Au-delà de son aveu formulé le « Kohl soll CDU-Vorsitzenden zur Aussage gedrängt haben », RP Oonline, .« Schäuble war Mittäter », Spiegel online, 11 janvier 2000., il est soupçonné d'avoir reçu du même intermédiaire un dessous de table à destination du parti. Cet épisode des « comptes de la CDU cachés en Suisse » le contraint à la démission quinze mois après sa nomination à la présidence de la CDU, en . Ses explications ont été contredites par la trésorière du parti« Schäuble contra Schreiber », Spiegel online, .« Hintergrund: Untersuchungsausschuss. », N-tv, 14 décembre 2001..
Il déclare en démissionnant qu'il a « acquis la conviction que la CDU ne pourrait pas se libérer du carcan de cette crise sans un nouveau départ visible, qui concerne aussi les personnes ». Avec sa démission, c'est « l'ère Kohl » qui s'achève La démission de M. Schäuble de la tête de la CDU met un point final à l'ère Kohl en Allemagne - Le Monde, . Lors du congrès qui suit, il est réélu membre de la présidence fédérale du parti, tandis qu'Angela Merkel lui succède. Il abandonne la présidence du groupe parlementaire le . Le procureur abandonnera les charges à son encontre faute de preuves. La destination des sommes, supposées être les caisses de la CDU en échange d'autorisation de construire et de marchés publics, est donc restée indéterminée.
À la suite du renversement du bourgmestre-gouverneur de Berlin, Eberhard Diepgen, chrétien-démocrate, en 2001, sa candidature est proposée comme chef de file de la CDU berlinoise, mais est rejetée au profit de celle de Frank Steffel. Il est réélu député fédéral aux élections de 2002, et devient vice-président du groupe, chargé de la politique étrangère, de sécurité et européenne. L'année suivante, à l'inverse de nombreuses personnalités politiques allemandes, il soutient l'intervention militaire américaine en Irak.
Retour au gouvernement fédéral En 2004, il est pressenti comme candidat de la CDU/CSU à l'élection présidentielle du 23 mai, mais Angela Merkel lui préfère finalement Horst Köhler, directeur général du FMI. gauche|vignette|Action d'agitprop du Chaos Computer Club et du , le à 15:30 contre la « » de Wolfgang Schäuble durant le Salon international de la radiodiffusion de Berlin. Wolfgang Schäuble fait son grand retour le , lorsqu'il retrouve le poste de ministre fédéral de l'Intérieur dans la grande coalition dirigée par la nouvelle chancelière, Angela Merkel. Il hérite du « Catalogue Otto » de son prédécesseur, ensemble de mesures sécuritaires prises par le gouvernement Schröder, et du dossier« https://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/07/20/la-nsa-a-espionne-le-ministre-des-affaires-etrangeres-allemand-revele-wikileaks_4691517_4408996.html#gJpHJvlhySV4bzcl.99 La NSA a espionné le ministre des affaires étrangères allemand, révèle Wikileaks.», Le Monde, Paris, 20 juillet 2015. impliquant le Service fédéral de renseignement« German Spy Agency Admits Mishandling Abduction Case », The New York Times, New York, 2 juin 2006. (BND) dans le transfert extrajudiciaire de « détenus fantômes » vers les centres de torture secrets ouverts par la CIA en Europe de l'Est. Trois semaines après sa nomination, sans attendre les conclusions accablantes du rapport Marty et le témoignage d'une victime, Khaled El-Masri« CIA-Affäre. El Masri von Deutschem in Kabul verhört? » RP online, Düsseldorf, 14 mars 2006., il se prononce en faveur d'une telle collaboration« Schäuble facht Debatte über Folter an », nouvelle , ARD, Berlin, 16 décembre 2005..
Il s'illustre en 2007 par des déclarations polémiques qui militent dans le sens de la « guerre contre le terrorisme ». Il affirme que l'application de la présomption d'innocence n'est pas pertinente dans le cas des opérations anti-terroristes. Il propose la mise en place d'une législation fédérale autorisant les exécutions extrajudiciaires de terroristes et interdisant aux personnes soupçonnées de sympathiser avec les terroristes d'utiliser un téléphone mobile ou Internet. Il se déclare favorable aux à l'instar du camp américain de Guantánamo, à propos duquel il argue qu'il s'agissait d'une « réponse légalement admissible des civilisations constitutionnelles contre la barbarie du terrorisme », « Nachtlektuere?Schäubles Nachtlektüre », in Die Zeit, , , Hambourg, 9 août 2007.. Il va jusqu'à inciter à une réforme de mode de scrutin d'un Bundestag indocile, en supprimant tout quorum et en réduisant l'assiette du vote aux seuls députés présents.