Saint-Pierre-et-Miquelon. est un archipel français d'Amérique du Nord, situé dans le golfe du Saint-Laurent, non loin de sa limite avec l'océan Atlantique, au sud de l'île canadienne de Terre-Neuve (province de Terre-Neuve-et-Labrador).

Ancienne colonie ( siècle-1946), puis territoire d'outre-mer (TOM) de l'Union française (1946-1976), puis département d'outre-mer (DOM) (1976-1985), puis collectivité à statut particulier (1985-2003), Saint-Pierre-et-Miquelon est aujourd'hui une collectivité d'outre-mer (COM) régie par l'article 74 de la Constitution. Ainsi, l'archipel est également un pays et territoire d'outre-mer (PTOM) associé à l'Union européenne, n'en étant pas partie intégrante. Il ne fait ni partie de l'espace Schengen, ni du territoire douanier européen... En revanche, Saint-Pierre-et-Miquelon fait partie de la zone euro, d'Euratom et ses habitants disposent de la citoyenneté européenne. En tant que territoire, Saint-Pierre-et-Miquelon est membre de l'Organisation des pêches de l'Atlantique nord-ouest (OPANO), de la Commission mixte de coopération régionale et de l'Association des pays et territoires d’outre-mer de l’Union européenne (OCTA).

Il est principalement composé de deux îles : l'île Saint-Pierre, la plus petite des deux, qui abrite 86 % de la population, au côté de Miquelon, constituée de trois presqu'îles reliées entre elles par deux tombolos. Il existe d'autres petites îles et îlots dont l'île aux Marins. Celle-ci n'est plus habitée de manière permanente mais elle est une destination touristique liée à son patrimoine. L'île Saint-Pierre se trouve à au sud-ouest de l'extrémité occidentale de la péninsule de Burin, dans la partie méridionale de Terre-Neuve, Miquelon étant à à l'ouest-sud-ouest de cette même péninsule.

L'archipel est l'un des sept territoires français en Amérique (avec la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et l'île Clipperton) mais le seul en Amérique septentrionale, dernier vestige de la Nouvelle-France, perdue lors de la guerre de Sept Ans au milieu du . Il faisait alors partie de la colonie française de Terre-Neuve.

Toponymie En 1520, le navigateur portugais João Álvares Fagundes baptise l'archipel en l'honneur de sainte Ursule, alors qu'il débarque le jour de sa fête, l'archipel des onze mille vierges.. Ensuite, Jacques Cartier le nomme ysles Sainct Pierre lors de son passage en juin 1536, reprenant une dénomination pré-existante. ; saint Pierre est le saint patron des pêcheurs (avec saint André, saint Antoine de Padoue, saint Nicolas de Myre, et saint Zénon de Vérone)..

Le nom de Miquelon est attesté sous la forme MicquelleCitation d'un texte écrit en français par un Basque : , sur le site : Une Encyclopédie de Saint-Pierre et Miquelon. au dans le manuel de navigation d'un capitaine basque, Martin de Hoyarsabal, en partance pour Terre-NeuveMartin de Hoyarçabal, Les Voyages avantureux du capitaine Martin de Hoyarsabal, habitant de Culiburu, Bordeaux, 1579 ; réimpression de 1633 .. Miquelon pourrait s'expliquer par l'anthroponyme Michel The Basques of Saint Pierre and Miquelon, Buber's Basque, 30 avril 2006.., la forme basque correspondant à ce nom de personne étant précisément Mikel..

Le nom de l'île adjacente, Langlade est attesté sous les formes Terra England entre 1610 et 1675, Langlois en 1670 (carte de Visscher), c dangleterre en 1674 (carte de Denis de Rotis.) et Detcheverry de 1689., Lanaloy en 1675 (carte de Thornton), I anglois miclon en 1675, Angueleterraco en 1677 (carte de Detcheverry), Langlois en 1693, Cap de Langlais en 1694, Langlois sur les cartes de 1700, 1719, 1721Toutes les occurrences sont données par Marc Albert Cormier, Toponymie ancienne et origine des noms Saint-Pierre, Miquelon et Langlade, Le Marin du Nord, Société canadienne pour la recherche nautique, volume VII, 1997, pages 29 et suivantes. Lire en ligne..

Histoire Avant 1500 : peuplements autochtones Les témoignages d'occupation les plus anciens remontent à la période Archaïque maritime, soit 3000-1200 av. J.-C...

Les îles ont été visitées par des Paléoesquimaux (Paléo-Eskimos, Tuniit). : Groswatériens (800 à 100 (AEC), Paléoesquimaux anciens)., Dorsétiens (100 à 900 , Paléoesquimau récent)..

Entre 1100 à 1500, les ancêtres des Béothuks établissent un camp à l'Anse-à-Henry sur l'île de Saint-Pierre..

De la colonisation au développement de l’archipel

Statuts et appartenances historiques Nouvelle-France (Colonie de Terre-Neuve) (–1713)

Amérique du Nord britannique (St. Peter's, Terre-Neuve) (1713–1763)

Royaume de France (Colonie de Saint-Pierre) (1763–1793)

Amérique du Nord britannique (St. Peter's, Terre-Neuve) (1793–1815)

Royaume de France (Colonie de Saint-Pierre) (1815–1830)

Royaume de France (Colonie de Saint-Pierre) (1830–1848)

République française (Colonie de Saint-Pierre) (1848–1852)

Empire français (Colonie de Saint-Pierre) (1852–1870)

République française (Colonie, puis collectivité) (depuis 1870)

L'arrivée du navigateur portugais Faguendes le est souvent citée comme date de découverte de l'île, mais cette découverte pourrait être antérieure : elle est aussi attribuée au navigateur gênois Jean Cabot en 1497. On cite également le florentin Verrazzano en 1524 parmi les découvreurs.

Jacques Cartier reconnaît et nomme l'île de Saint-Pierre lors de son deuxième voyage en 1536..

Les îles servent de base aux pêcheurs bretons, basques et normands au et les premières installations permanentes de ces derniers sont datées autour de 1604.

Ils y pratiquent la chasse baleinière (si l'on se réfère à leur arrivée précoce pour cette activité en Amérique du Nord, la date pourrait être bien antérieure), certainement la baleine franche (dite « baleine des Basques »), la baleine du Groenland et la baleine grise. Ces origines provinciales se retrouvent sur le drapeau de l'archipel.

Les périodes d'occupation britannique

vignette|left|214x214px|C'est Jacques Cartier au qui écrit pour la première fois le nom de l'ile de Saint-Pierre.Au , les îles sont concédées avec Terre-Neuve à la Grande-Bretagne lors de la ratification du traité d'Utrecht de 1713, qui octroie toutefois à la France un droit exclusif de pêche sur la côte française de Terre-Neuve. Les îles de Saint-Pierre et de Miquelon sont ensuite récupérées officiellement par la France lors du traité de Paris de 1763. Après une défaite infligée par les troupes américaines et françaises, les forces britanniques présentes en Nouvelle-Écosse attaquent les îles en 1778 et déportent la population, y compris des réfugiés de la déportation des Acadiens de 1755. L'archipel est cependant à nouveau rendu à la France lors du traité de Versailles (1783). vignette|C'est sous que fut signée la rétrocession définitive de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France.|202x202px Plusieurs voyageurs illustres visitent l’archipel encore très peu développé, comme le géographe Jean-Dominique Cassini en 1768, et l’écrivain français Chateaubriand en 1791 qui immortalise l’archipel dans les Mémoires d'outre-tombe.

Lors de la Révolution française, la communauté acadienne quitte subitement l'île de Miquelon pour se réfugier aux îles de la Madeleine, alors que l'exercice républicain à Saint-Pierre connait un terme brutal lors de la nouvelle attaque britannique de 1793. Il faut attendre la Restauration de pour que la dernière rétrocession par le Royaume-Uni (dont la Nouvelle-Écosse est encore une colonie) des îles Saint-Pierre et Miquelon à la France soit définitive.

Développement moderne et début de prospérité de la colonie Parmi les visiteurs célèbres de l’époque qui relatent la vie et étudient cette petite colonie française de pêcheurs, dans le dernier morceau de territoire de l’ancienne Nouvelle-France devenu un simple marchepied sur la route de l’Amérique du Nord et les bancs de pêche de Terre-Neuve, on peut citer le comte Arthur de Gobineau, diplomate et écrivain, vers 1850, ainsi que le docteur Albert Calmette, présent dans l’archipel de 1888 à 1890.

Pêche

Pendant la seconde moitié du , l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon connaît un essor économique important fondé sur la pêche à la morue.

Relais télégraphique À partir de , il sert de relais aux communications télégraphiques par câble sous-marin entre la France (Brest-Petit Minou puis Brest-Déolen) et les États-Unis (presqu'île de Cap Cod).

Prohibition aux États-Unis L'archipel a un certain rôle lors de la prohibition aux États-Unis puisque du fait de son statut de colonie française, la loi américaine (le ) n’y était pas applicable. L'île connaît, de 1919 à 1933, une réelle prospérité grâce au trafic d’alcools, de vins français et de whisky, acheminés clandestinement sur les côtes canadiennes et américaines par des goélettes ou des vedettes rapides () construites au Canada et montées par des Saint-Pierrais. Ce fut l'époque des ..

Jusqu'en 1933, date où la prohibition est levée, jusqu'à d'alcool passent par an dans l'archipel. Les marins de Terre-Neuve recevaient les boissons alcoolisées en caisses. Ils les transféraient dans des sacs de jute et récupéraient le bois. Le bois des caisses d'alcool abandonnées sert de combustible et à la construction de nombreuses maisons, parmi lesquelles la villa Cutty Sark, entièrement réalisée à partir de caisses de whisky du même nom.. Dans les , on pouvait encore voir à Saint-Pierre, un hangar bardé des planches de caisses d'alcools, de champagnes français. En cas d'interception d'un bateau contrebandier par les garde-côtes américains, il suffisait de jeter les sacs à la mer par le bord du navire opposé à celui vers lequel avançaient les forces de police. Les sacs coulaient instantanément. Lorsque l'équipage de contrôle embarquait, il n'y avait plus trace de la fraude partie vers les grands fonds. La cargaison était perdue, mais cela évitait aux contrevenants d'être emprisonnés. Le risque d'être ainsi arraisonné faisait partie des frais de l'expédition et justifiait le prix ahurissant que payaient les destinataires. Ceci expliquait aussi la prolifération de boissons contrefaites peut-être moins chères que celles provenant vraiment d'Europe.

Seconde Guerre mondiale Pendant la Seconde Guerre mondiale, après l'armistice du et l'occupation partielle de la France par les Allemands, l'administration de Saint-Pierre-et-Miquelon est sous le contrôle du régime de Vichy.

L'administrateur. Gilbert de Bournat dut négocier avec les autorités des États-Unis afin d'obtenir quelques subventions financées par les réserves d'or françaises. Il était en cela mandaté par son supérieur direct, l'amiral Georges Robert, nommé en septembre 1939 commandant en chef de l’Atlantique-Ouest et haut-commissaire de France aux Antilles, à Saint-Pierre-et-Miquelon et en Guyane.

À cette même époque, le Canada voisin avait préparé, avec l'aval de Washington, un projet de débarquement pour occuper Saint-Pierre-et-Miquelon. Plusieurs prétextes furent avancés, parmi lesquels des émissions radio qui diffusaient la propagande de Vichy Winston Churchill, , Plon, 1948-1954 ; rééd. La Deuxième Guerre mondiale, Le Cercle du Bibliophile, , 1965-1966, tome sixième, « La grande alliance – L'Amérique en Guerre, 1941–1942 », : « Washington et Ottawa », .. Certains avancèrent même que cette station radio aidait les U-Boote allemands présents sur les bancs de Terre-Neuve. Le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King ne permit pas l'exécution de ces plans.

C'est à cette époque que le géologue Edgar Aubert de la Rüe fut astreint à résidence à Saint-Pierre.