Michel Colucci dit Coluche, né le dans le et mort le à Opio (Alpes-Maritimes), est un humoriste, comédien et philanthrope français.

Enfant d'un père d'origine italienne et d'une mère Française, Michel Colucci grandit à Montrouge. Il opte pour le pseudonyme « Coluche » à l'âge de , au tout début de sa carrière.

D'abord humoriste à succès, il entame ensuite une carrière au cinéma. Avant 1976, il tient des rôles secondaires, puis des personnages plus centraux, comme dans L'Aile ou la Cuisse, avant de tenir le haut de l'affiche durant les années 1980, essentiellement dans des comédies. En 1977, il se lance dans la réalisation en tournant avec Marc Monnet Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine.

Il connaît le succès avec des films comme Inspecteur la Bavure (1980), Le Maître d'école (1981), Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982), Banzaï (1983), La Femme de mon pote (1983) ou encore La Vengeance du serpent à plumes (1984). En 1984, il reçoit un César du meilleur acteur pour son rôle dramatique dans Tchao Pantin, réalisé par Claude Berri.

Tour à tour provocateur ou agitateur par ses prises de position sociales, il annonce sa candidature à l'élection présidentielle de 1981 avant de se retirer, à la suite de pressions et de menaces. Jouissant d'une énorme popularité et très apprécié du public, il fonde en 1985 l'association Les Restos du cœur, qui vient en aide aux plus pauvres, quelques mois avant de mourir dans un accident de moto, après avoir percuté un camion.

Biographie Jeunesse Montrouge Michel Gérard Joseph Colucci naît le à la maternité Notre-Dame de Bon Secours dans le .. Il a une sœur aînée, Danièle, née en 1942. Leur mère, Simone Bouyer dite Monette (1920-1994), est employée chez le fleuriste Baumann, boulevard du Montparnasse. Leur père, Onorio Colucci, né à Casalvieri (région du Latium) en Italie (Rock & Folk, 1985)., est peintre en bâtiment.. Ce dernier, né le , meurt le , à , d'une poliomyélite et son épouse doit élever seule ses deux enfants. Délaissés par la belle-famille (à l’exception notable de Maria, la mère d’Onorio qui passe encore les voir)Bernard Pascuito, Coluche Toujours vivant, éditions Payot, , Monette, Danièle, future épouse de René Metge ., et Michel vivent ensemble dans une pièce et une cuisine. Bien qu’elle renonce à son métier de fleuriste pour élever ses enfants, Monette retrouve quelques petits emplois qu’elle doit parfois cumuler pour obtenir un salaire de misère.. Souffrant d’une grave scoliose, elle doit suivre des traitements à Berck lors d'un été, où elle emmène ses enfants. Malgré toutes ces difficultés, elle garde espoir en l’avenir et adopte le mode de vie des classes sociales plus aisées, veillant à ce que ses enfants soient « bien mis » (correctement vêtus). Michel n’apprécie pas cette fracture entre la réalité et les aspirations de sa mère et, à propos de ses vêtements qui tranchent avec ceux des autres enfants du quartier, il lui reprochera de l’habiller comme une fille..

Loin des rêves maternels, Michel choisit Montrouge, commune de la banlieue sud de Paris, où il traîne avec ses copains. Le travail scolaire ne le passionne pas et il fait rire ses camarades de classe, en tenant tête à l’instituteur (Rock & Folk, 1985).. Son parcours scolaire s’arrête au Certificat d'études primaires et Coluche raconte qu'il l'a raté volontairement en . : après avoir fait une seule faute à la dictée le matin et ainsi fait selon lui ses preuves, il aurait jugé inutile d’y retourner l’après-midi. Sa mère dément cette version en 1987 : , et précise qu'avant l'examen elle lui a fait rédiger dix fois la même dictée et que ce texte sur lequel il s'est entraîné est tombé le jour de l'examenTélé 7 Jours , semaine du 28 mars 1987, pages 60 et 61, article de Patrick Lefort avec interview de la mère de Coluche : « Coluche, mon fils. ». Quand il n’est pas à l’école, il traîne avec ses copains de la « bande Solo », du nom de la cité : « la Solidarité ». Accompagné généralement de Bouboule (Alain ChevestrierCelui-ci le suivra plus tard dans son aventure parisienne. Il est considéré comme un des modèles de Coluche pour ses sketches : personnage rondouillard, jovial, picoleur et hâbleur.), il cumule les petits larcins et a régulièrement affaire à la police. Tous deux vont même jusqu’à s’essayer à des méfaits plus graves comme l’agression physique ; mais, en tentant de dérober le sac d’une vieille dame, ils se font tirer dessus par un passant. Le jeune Coluche est alors âgé d'une quinzaine d'années. Il mettra longtemps avant de relater cet épisode de sa vie, dont il a honte.

Ce comportement exaspère Monette, qui s’interroge de plus en plus sur l’avenir de son fils. Il s'essaie à de petits boulots, qu'il n'arrive pas à garder bien longtemps. Il est tour à tour télégraphiste, céramiste, garçon de café, livreur, apprenti-photographe, assistant-préparateur en pharmacie, photostoppeur, aide-pompiste, assistant de marchand de fruits et légumes ou encore fleuriste..

Durant cette période, il s'intéresse à la musique. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, il est fan de rock 'n' roll, d’Elvis Presley, de Johnny Hallyday, des Chaussettes Noires, des Beatles. Il voue également une profonde admiration à Georges Brassens. Pour ses , sa mère lui organise une fête d'anniversaire dans l'arrière-boutique du magasin de fleurs et lui offre un chèque en blanc, qu'il a le droit d'utiliser dans la limite de . Il court aussitôt s'acheter une guitare chez Paul Beuscher, dont il jouera sans jamais avoir appris.

Errances à Paris thumb|Le Théâtre de la Vieille Grille à Paris. Peu à peu, il s’éloigne de Montrouge, à la recherche d’une autre vie que celle que lui réserve cette cité. Il traîne dans Paris, s’intéresse sans suite au métier de comédien, ou à l'univers des sports mécaniques, touche un peu au bricolage. Puis il travaille quelque temps chez un fleuriste de l’île de la Cité. En 1964, incorporé dans le d'infanterie de Lons-le-Saunier, il fait de la prison pour insubordination. De retour à la vie civile, il travaille comme fleuriste avec sa mère, à la boutique qu'elle vient d'ouvrir à Paris, rue d’Aligre, puis dans un local plus vaste près de la gare de Lyon. Il estime ce travail peu intéressant et le quitte brusquement, ce qui lui vaut de se brouiller provisoirement avec sa mère.

À la fin des années 1960, il décide de se lancer dans la musique. Entre 1966 et 1967, il interprète certaines chansons de Boby Lapointe, Boris Vian, Charles Trenet, Georges Brassens, Léo Ferré, Yves Montand, aux terrasses des cafés des quartiers de la Contrescarpe et de Saint-Michel. Avec des musiciens rencontrés sur place, comme Xavier Thibault et Jacques Delaporte, futurs fondateurs du Grand Orchestre du Splendid, ou le guitariste et flûtiste Jean-Claude d'Agostini, dit «le Bœuf», futur membre de la troupe « Le Vrai Chic parisien ». Michel Colucci forme le groupe éphémère « Les Craignos Boboys ». Il se rapproche ensuite du monde des cabarets. Tout en étant plongeur dans la restauration, il se produit sur la scène du cabaret Chez Bernadette, dans le quartier Montagne-Sainte-Geneviève, à Paris. Il y fait la connaissance de Georges Moustaki, qui l'héberge et le soutient financièrement.

Toujours à Paris, il se produit dans d'autres cabarets : La Galerie 55, rue de Seine, Le Port du Salut, rue Saint-Jacques ou La Vieille Grille, rue du Puits-de-l'Ermite. Il travaille ensuite au cabaret La Méthode, rue Descartes, comme barman et régisseur. Il y rencontre France Pellet et son frère, Alain Pellet, avec lesquels il se produit sous le nom des « Tournesols », ainsi que Romain Bouteille, qu'il présentera toute sa vie comme son modèle (L'Express, 1980)..

Débuts d'humoriste Café de la Gare

thumb|upright|left|Le Café de la gare à son adresse actuelle, en 2013. Avec Romain Bouteille, il est présent dès l'origine du Café de la Gare, inauguré officiellement le . Ce lieu symbole du café-théâtre réunit une bande de jeunes comédiens d'horizons différents, dont beaucoup deviendront célèbres, tels que Patrick Dewaere, Henri Guybet, Miou-Miou (dont il est à l'origine du surnom «Miou Miou».), Martin Lamotte… Parmi les parrains du Café de la Gare on compte également Georges Moustaki, Jacques Brel, Jean Ferrat, Jean Yanne, Leni Escudero, Pierre Perret, Raymond Devos et l'équipe de la revue Hara-Kiri. Plus tard, Thierry Lhermitte, Rufus, Renaud Séchan, Josiane Balasko, Gérard Lanvin, Gérard Depardieu, Diane Kurys, Coline Serreau, Anémone ou encore Gérard Jugnot rejoignent la nouvelle troupe ou viennent commettre une collaboration ponctuelle.

Selon Romain Bouteille, ses problèmes d'alcool le rendent exécrable, voire violent.. Lors de la préparation de la pièce Des boulons dans mon yaourt au Café de la Gare en 1970, une bagarre l'oppose ainsi à Bouteille et à son ami Patrick Dewaere. Il va jusqu'à brandir un tesson de bouteille et menacer l'entourage ; Patrick Dewaere parvient à le contenir, mais il se voit dès lors contraint de quitter la troupe (Rock & Folk, 1974)..

Télévision En , Jacques Martin le recommande à Georges Folgoas, producteur de Midi magazine, pour faire équipe avec Danièle Gilbert, sur la première chaîne de l'ORTF. L'expérience ne dure que cinq jours.

Premiers rôles Durant la fin des années 1960 et le début des années 1970, il est engagé sur plusieurs tournages de séries télévisées françaises de l'ORTF (Madame êtes-vous libre ? avec Denise Fabre puis La Cloche tibétaine avec Philippe Léotard). Au cours de cette période, à l'instar de ses collègues de café-théâtre, il apparaît dans des spots publicitaires à la radio et à la télévision. En 1970, il campe un petit rôle dans son premier long-métrage, Le Pistonné réalisé par Claude Berri, dont il est initialement censé jouer le premier rôle, dévolu finalement à Guy BedosC à vous avec Miou-Miou, diffusée sur France 5, le ..

Le Vrai Chic parisien

En novembre 1971, il fonde une autre troupe, Au vrai chic parisien - Théâtre vulgaire, puis Le vrai chic parisien. Le premier spectacle s'intitule 'Thérèse est triste''', présenté par une affiche réalisée par son ami Jean-Marc Reiser.

Il rencontre à cette période sa future épouse Véronique Kantor (1948-2018.), alors étudiante de «bonne famille» qui se destine au journalisme. Il l'épouse le et en divorcera en 1981. Ils ont deux garçons, Romain en 1972 et Marius en 1976.

Toujours à cause de son comportement et de ses addictions, il quitte sa troupe une nouvelle fois et se lance dans une carrière solo.

Le succès Carrière solo thumb|L'un des sosies de Coluche (Henri Giraud) en 2010 répliquant une performance de l'humoriste. Son premier sketch, C'est l'histoire d'un mec, tourne en dérision la difficulté de raconter une histoire drôle. Ses sketches suivants lui valent rapidement un succès populaire qui ne se démentira plus : Il revendique sa grossièreté : .

Au printemps 1974, l'impresario et producteur Paul Lederman lui offre le théâtre La Bruyère pour y prolonger Thérèse est triste, mais c'est un fiasco. Coluche devient alors son propre impresario, Claude Martinez devenant son associé. Dans le même temps, Coluche joue pour la première fois des sketchs en solo, sur la scène du Vrai Chic parisien, puis au Café de la Gare..

C'est sur la scène du Café de la Gare, où Coluche multiplie les sketches en solo après le fiasco du Théâtre La Bruyère, qu'apparaît son costume mythique : la salopette OshKosh à rayures bleues des fermiers américains, le tee-shirt jaune, les brodequins citron et le nez peint en rouge.. Un attirail qui devient sa signature visuelle et qui sert d'écrin à ses personnages de prédilection : des beaufs grossiers, englués dans leurs mots, hargneux par défaut plus que par conviction. C'est également durant cette période que se scelle son destin discographique : le , il signe le contrat de son premier disque : l'album des Adieux. vignette|Dessin à l'aquarelle représentant l'artiste durant les années 1970, vêtu de sa célèbre salopette.|centré