Çatal Höyük, ou Çatalhöyük (anciennement Çatal Hüyük) (prononcé Tchatal Heuyuk, de Çatal, fourche, et Höyük, tumulus), est un site archéologique de Turquie. Situé en Anatolie centrale, dans la plaine de Konya, sur les bords de la rivière Çarşamba, c'est l'un des plus grands sites du Néolithique du Proche-Orient. Fondé à la fin du , il atteint son extension maximale entre le milieu du VIIe et le début du et couvre une superficie d'environ . Sa population est alors estimée à plusieurs milliers de personnes.
Historique des fouilles vignette|upright=1.0|Femme trônant accoudée sur des fauves. Lors de sa découverte, sa tête et le repose-main du côté droit manquaient. Terre cuite. Longueur 17 cm, largeur 11 cm, hauteur 12 cm. environ. Vers 6000-5500 avant l’ère commune. Musée des civilisations anatoliennes d'Ankara.
L'historique des fouilles se résume à quatre grandes périodes.
Première période, 1951 : la découverte En 1951, une équipe d'archéologues, composée de David French, Alan Hall et James Mellaart, découvre le site de Çatal Höyük. Avec l'aide de sa femme Arlette, James Mellaart commence à programmer la campagne de fouilles qui ne commencera que dix ans plus tard.
Deuxième période, 1961-1965 : les premières fouilles La fouille commence en 1961 sous la direction de James Mellaart. Ce dernier cherche à démontrer la présence de villages néolithiques sédentaires en dehors du croissant fertileHodder I., 2007, Çatalhöyük in the Context of the Middle Eastern Neolithic, Annual Revue of Anthropology, vol. 36, pp. 105-120. Cette année-là, 40 maisons, de la céramique et des murs peints ainsi que de nombreuses figurines furent découverts en seulement 39 jours de fouilles. À partir de cette date et jusqu’en 1965, l’équipe poursuivra les travaux chaque été.
Troisième période, 1966-1992 : suspension des fouilles Après la dernière année de fouilles de Mellaart en 1965, le site fut laissé en sommeil pendant une trentaine d'années.
Quatrième période, 1993 : la reprise des fouilles L'étude du site est reprise en 1993 par Ian Hodder, un étudiant de James Mellaart à l'Université de Londres. À la fin des années 1990, Jonathan Last et Catriona Gibson commencent également un programme de recherche. En 2006, deux nouvelles équipes conduites respectivement par Peter Biehl et Burçin Erdoğu sont ouvertes sur le West Mound. Exposées à des conditions climatiques rigoureuses, deux abris sont construits au-dessus des zones de fouilles afin de les protéger ; la zone Sud construite entre 2002-2003 et la zone Nord construite entre 2007 et 2008.
Chronologie De très nombreuses datations carbone 14 permettent de préciser la chronologie de l'occupation du site. Le tell Est est occupé à partir de 7560 av. J.-C. jusque vers 6000 av. J.-C. Le tell Ouest est occupé au moins à partir de 6000 av. J.-C. jusque vers 4340 av. J.-C.Wright K.I., 2014, Domestication and inequality? Households, corporate groups and processing tools at Neolithic Çatalhöyük, Journal of Anthropological Archaeology, vol. 33, p. 1-33 L'occupation du site couvre donc la fin de la phase II, la phase III et la phase IV de l'Early Central Anatolia, c'est-à-dire la chronologie adoptée pour décrire la fin de la Préhistoire en Anatolie centrale.
Plusieurs grandes phases d'occupation ont été identifiées, notamment dans les fouilles du secteur sud du tell Est : avant la phase XII, phases XII et XI : 7560-6940 av. J.-C. phases X à VIA : 6940-6400 av. J.-C. phases V à III : 6400-5480 av. J.-C. phases II à 0, début du tell Ouest : autour de 6000 av. J.-C. tell Ouest : 5480-4340 av. J.-C.
Environnement Çatal Höyük se situe dans la plaine de Konya au sud du plateau anatolien, caractérisé par un paysage très plat et quasiment dépourvu d'arbres mais intensément cultivé. Les principales montagnes visibles du site et situées à 40 km au sud et à l'est sont le Karadağ, le Karaca Dağ et le mont Hasan. Il y a , la plaine de Konya était un lac qui s'est asséché et scindé en petits lacs entre 13000 et 11500 Malgré leur présence, la plaine demeurait froide, sèche et inhospitalière. Autour de 9500 , le climat s'est progressivement réchauffé et est devenu plus humide. Ces conditions, très favorables au développement de l'agriculture, se sont maintenues avec quelques variations jusqu'à l'époque actuelle.
Le peuplement de la région à la fin de la Préhistoire est connu grâce à différentes campagnes de prospections. La phase néolithique précédant le développement de la céramique, avant 7000 , est documentée par sept sites, dont , un tell qui précède Çatal Höyük et qui en est distant de seulement sept kilomètres. Il présente d'ailleurs de nombreuses caractéristiques et symboliques qui se retrouveront par la suite dans ce dernier. Seulement deux sites sont attribués à la phase néolithique postérieure à l'invention de la céramique, entre 7000 et 6000 , alors qu'il s'agit de la phase principale de développement de Çatal Höyük. En outre, un de ces sites, Pınarbaşı, est un abri sous roche occupé sans doute de manière temporaire peut-être par des pasteurs et des pêcheurs venus de Çatal Höyük. On suppose donc que ce village est issu de l'agglutination rapide de différentes communautés vivant dans la plaine, ce qui explique le vide relatif de cette dernière. Un argument qui appuie cette hypothèse est l'évolution de la démographie durant le Chalcolithique, à partir de 6000 : alors que le site connaît un déclin de sa population, on compte 20 autres villages dans la plaine, ce qui indique une plus grande dispersion de la population.
Architecture et organisation du site
Le village vignette|upright=1.25|Maquette du site de Çatal Höyük,Musée de Préhistoire de Thuringe
Le toponyme Çatal Höyük (prononcer tchatal heuyuk) signifie « colline de la fourche(tte) » en turc. Le village se développe sur deux tells séparés par une rivière. Depuis la Préhistoire, on estime que les couches archéologiques se sont érodées sur deux mètres environ, alors que dans le même temps le niveau de la plaine s'est élevé en raison de l'alluvionnement.
Le tell Est culmine à 21 m de haut par rapport au sol néolithique et 18 m par rapport au niveau de la plaine actuelle. Il est constitué de trois buttes distinctes mais liées entre elles. Il est occupé principalement entre 7200 et 6400 av. J.-C. Quelques fourneaux de l'Âge du Bronze, des sépultures et des fosses à déchets de l'Antiquité romaine ou byzantine et du début de l'époque Seldjoukide témoignent d'une fréquentation plus récente mais qui demeure limitée. Depuis les années 1950 et la découverte du site, 166 maisons ont été fouillées dans cette partie (soit 5 % de la surface), dont 18 ont été étudiées avec les méthodes les plus modernes. Les maisons sont collées les unes aux autres et forment des groupes plus ou moins importants, il n'y a pas de rues, à l'exception de quelques rares allées, et l'accès se faisait par les toits. Les seuls espaces dégagés sont des fosses à déchet. Les activités quotidiennes se déroulaient donc essentiellement dans les maisons et sur les toits.
Le tell Ouest mesure 6 m de haut et couvre une superficie de 8,5 ha. Il est occupé essentiellement durant le Chalcolithique, entre 6000 et 5500 av. J.-C. Il témoigne donc d'un déplacement du site après une très courte phase durant laquelle les deux tells ont été occupés concomitamment. Les seules preuves de fréquentation plus récentes sont des sépultures romaines et byzantines. Seules 9 maisons ont été fouillées dans cette partie du site. La structure du village a peu évolué. Toutefois, les maisons avaient désormais deux niveaux.
Les dimensions du site sont remarquables pour cette période. Durant les phases d'occupation les plus denses (Phase VII et VI), on estime que la population était de 3 500 à 8 000 personnes et que le village s'étendait sur 13,5 ha. Malgré sa taille, à aucun moment le site ne semble avoir été structuré autour d'un plan prédéfini.
Les habitations d'un village
Les maisons sont constituées de briques de terre crue. Ces briques sont de très grandes dimensions dans les phases les plus anciennes puisque certaines atteignent 1,5 m de long. Elles diminuent progressivement de taille au cours des siècles. Au début de l'occupation, les maisons sont non seulement accolées les unes aux autres mais partagent les mêmes murs. Rapidement, bien qu'elles soient toujours accolées les unes aux autres, chaque maison possède ses quatre murs.
En raison de l'absence de rues, les habitations sont seulement accessibles par une ouverture pratiquée dans le toit et par des échelles en bois aboutissant au « coin cuisine ». Elles comprennent généralement une pièce commune carrée de 20 à et des pièces annexes au moins en partie réservées au stockage et à la préparation de la nourriture. Des petites fosses creusées dans le sol servaient de structures de stockage, par exemple pour des éléments d'obsidienne ou des boules d'argile. La pièce principale dispose de bancs et de plates-formes pour s'asseoir et dormir, d'un foyer rectangulaire surélevé et d'un four à pain voûté situés généralement près du mur sud, c'est-à-dire sous l'ouverture d'accès au toit. L'architecture est renforcée par des piliers de bois intégrés aux murs. Les toits étaient constitués d'une armature de chêne et de genévrier recouverte d'argile et de roseaux. Ces maisons ont évolué dans le temps, par exemple les murs plâtrés blancs ont été entretenus au moins une fois par an, des structures de stockage ont été modifiées ou ajoutées. Outre la présence d'un enduit blanc, les murs des maisons étaient parfois peints. Chaque maison était occupée durant environ quatre-vingts ans. Ensuite, la maison était vidée de son mobilier, les sols soigneusement nettoyés et les différentes structures soigneusement démantelées. Le four était parfois détruit, parfois soigneusement comblé. Ensuite, l'armature en bois de la maison était retirée, puis les murs étaient progressivement démolis, les briques broyées servant à combler l'espace vide. Lorsque le comblement de la maison était complet, une nouvelle maison était construite, généralement sur le même plan que la précédente. Dans certains cas, six phases de reconstruction successives au même endroit ont été observées et parfois le sol des maisons a été creusé pour récupérer des bucranes dans une maison précédente.
Le plan des maisons et les modalités de construction sont relativement homogènes au cours du temps, on trouve ainsi des sols peints tout au long de l'occupation. Toutefois des évolutions importantes sont perceptibles sur le tell Ouest. Dans cette partie du site, le fait que les maisons possédaient un étage explique la présence de contreforts. Progressivement, les maisons y deviennent de plus en plus indépendantes. Elles sont également plus grandes, plus complexes et sont constituées de petites pièces entourant une grande pièce dans laquelle se trouve un foyer central.
Les « sanctuaires »
vignette|upright=1.25|Reconstitution d'un « sanctuaire » du niveau VI(Musée des civilisations anatoliennes, Ankara)
Parmi les dizaines de structures mises au jour dans le tell Est, près la moitié se caractérise par des décors architecturaux et des peintures. Pendant longtemps, elles ont été interprétées comme des sanctuaires supposés liés à des pratiques cultuelles et funéraires. Cependant, malgré le nettoyage soigneux dont ils ont fait l'objet, les sols conservaient encore des microrésidus dont l'analyse indique que les activités pratiquées dans ces lieux étaient identiques à celles pratiquées dans les autres maisons (préparation de la nourriture, activités artisanales, etc.).
Les décors architecturaux sont en majorité des bucranes. Plusieurs dizaines sont recensés. La plupart sont constitués de véritables cornes d'aurochs, d'autres paires de cornes sont reconstituées en terre. Ils sont souvent regroupés, soit sur les murs, soit sur des banquettes.