, né le au château du Stuyvenberg, à Laeken, est le sixième roi des Belges, du , à la suite de la mort de son frère Baudouin, jusqu'à son abdication le .
Second fils du roi et de la reine Astrid, couple dont il est le dernier enfant encore vivant, Albert de Belgique, titré prince de Liège à la naissance, est le frère cadet de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte et de Baudouin. La mort tragique de sa mère la reine Astrid en 1935 le marque durablement.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, après un bref exode en 1940, les enfants royaux, placés sous l'autorité du comte Gatien du Parc Locmaria, reviennent d'Espagne en Belgique. En 1944, le prince Albert et les siens sont, sur ordre de Himmler, déportés en Saxe, puis en Autriche, où ils sont libérés par l'armée américaine en 1945. Durant la question royale, qui divise la Belgique au sujet du retour du roi dans son pays, la famille royale belge vit en exil durant cinq ans en Suisse, à Pregny, avant de revenir en Belgique en 1950. Le roi Léopold III abdique l'année suivante et son fils Baudouin devient le cinquième roi des Belges.
En 1959, le prince épouse à Bruxelles Paola Ruffo di Calabria, issue d'une famille princière italienne. Ils s’installent au château du Belvédère. À la suite de l'absence d'héritier du couple royal formé par le roi Baudouin et la reine Fabiola, ce sont le prince Albert et la princesse Paola qui vont assurer l'avenir de la dynastie grâce à leurs trois enfants : Philippe (né en 1960), Astrid (née en 1962) et Laurent (né en 1963).
À partir de 1962, président d'honneur de l’Office belge du commerce extérieur, le prince de Liège effectue plus d'une centaine de missions économiques dans le monde et entre en contact avec de nombreux chefs d'État, comme le président Kennedy ou l'empereur du Japon. Il visite également régulièrement des entreprises en Belgique. Parallèlement à ses activités dans le domaine entrepreneurial, le roi mène des actions en faveur de l'environnement et participe à ce titre à plusieurs conférences internationales, comme en 1972 où il préside la délégation belge à la Conférence des Nations unies sur l'environnement de Stockholm.
La mort inopinée de son frère le roi Baudouin en 1993 le conduit à devenir, à , le sixième roi des Belges. Le , il prête serment devant les Chambres réunies en néerlandais, en français et en allemand. Premier souverain de l'état fédéral belge, il estime qu'à ce titre, son rôle est d'encourager et de soutenir l'entente entre le niveau fédéral, les trois Régions et les trois Communautés linguistiques.
Les crises politiques que connaît la Belgique de 2007 à 2011 incitent le souverain à exercer un rôle de médiateur et à s'imposer comme un acteur de premier plan, tout en demeurant dans les limites fixées par son statut de roi fédéral. Sur le plan des relations extérieures, profite de son règne pour mettre en avant la Belgique sur la scène internationale en effectuant et recevant de nombreuses visites d'État.
Après un règne de vingt ans, le , le roi annonce sa décision d'abdiquer le suivant, jour de la fête nationale belge. Son fils aîné, le prince Philippe, duc de Brabant, lui succède comme septième roi des Belges.
Biographie Enfance et adolescence (1934-1951) Contexte familial Albert Félix Humbert Théodore Christian Eugène Marie de Belgique né le au château du Stuyvenberg, domaine de Laeken, Albert, prince de Liège dès la naissance, est le second fils de et de la reine Astrid. Il a une sœur aînée Joséphine-Charlotte, et un frère aîné, Baudouin. Le , lors de son baptême à l'église royale Saint-Jacques-sur-Coudenberg à Bruxelles, il reçoit comme prénom celui de son grand-père le roi mort trois mois avant sa naissance. Son parrain est le prince consort de Luxembourg Félix de Bourbon-Parme et sa marraine est sa grand-mère maternelle la princesse Ingeborg de Danemark.
Son enfance est marquée par la mort dans un accident de la route de sa mère, la reine Astrid, le , à Küssnacht, en Suisse. Après l'annonce de la mort de sa bru, la reine Élisabeth, veuve du roi et grand-mère paternelle du prince Albert, rentre immédiatement de Naples où elle séjournait depuis plusieurs mois auprès de sa fille Marie-José. Élisabeth revient s'installer au château de Laeken, où le roi et ses enfants sont maintenant établis après avoir quitté le Stuyvenberg. Elle consacre désormais plus de temps à ses petits-enfants devenus subitement orphelins.
En 1939, une rumeur prétend que le prince Albert est muet. Afin d'apporter un démenti manifeste, le roi lui fait prononcer le discours d'ouverture de l'exposition internationale de la technique de l'eau à Liège..
Seconde Guerre mondiale vignette|redresse|droite|alt=Photographie en noir et blanc de deux garçons portant un veston et une cravate.|Les princes Baudouin et Albert en 1940. L'année suivante, alors qu'Albert va avoir six ans, la Seconde Guerre mondiale éclate en Belgique le . Le conflit est vécu par la famille royale d'abord dans le cadre d'un bref exode qui débute à La Panne et se poursuit en France, au château de Montal, dans le Lot, puis, après la défaite française, en Espagne car le roi Léopold III a voulu soustraire ses trois enfants à l'invasion allemande de la Belgique en les évacuant sous la houlette de personnes de confiance, parmi lesquelles Gatien du Parc Locmaria.. Alors que le roi s'est constitué prisonnier à Laeken depuis la capitulation de l'armée belge le , les enfants royaux reviennent en Belgique le .
Le roi se remarie le avec Lilian Baels, titrée princesse de Réthy. Comme l'affirme l'historien Olivier Defrance, tous les témoignages sont unanimes : Baudouin et Albert accueillent au mieux leur belle-mère et l'appellent même . Le roi se réjouit de voir que ses fils sont favorablement transformés par cette nouvelle présence. Le , Lilian met au monde un fils : Alexandre. Si le roi s'est remarié, ses enfants ne vivent pas en permanence au château de Laeken, tandis que Joséphine-Charlotte, entre ses séjours en Italie, regagne sa pension de l'institution de la Vierge Fidèle à Bruxelles, ses frères passent la majeure partie de leur temps au château de Ciergnon, sous la direction de leur gouverneur le comte Gatien du Parc de Locmaria et ne vivent à Laeken que durant les week-ends et les vacances. Le prince Albert bénéficie, jusqu'en 1944, de sa propre gouvernante, Maria Kruyfhooft.
Le , jour du dixième anniversaire du jeune prince Albert qui souffre des oreillons, est aussi la date du débarquement de Normandie. Le soir même du débarquement, le colonel Werner Kiewitz, représentant personnel de Hitler et officier de liaison auprès de Léopold III, informe le roi que la famille royale doit, selon les ordres du Reichsführer-SS Heinrich Himmler, être déportée en Allemagne. Le roi Léopold doit partir seul de Laeken, tandis que ses fils qui se trouvent dans la résidence royale de Ciergnon sont conduits à Laeken, sans voir leur père déjà emmené vers l'Allemagne. Le , un deuxième convoi quitte la Belgique. Ce convoi est composé de la princesse Lilian, des quatre enfants, de deux collaborateurs du roi (son secrétaire privé, Willy Weemaes et le gouverneur des princes Gatien du Parc) et de trois dames chargées d'encadrer les enfants. À l'issue de ce voyage forcé, sa famille rejoint le roi prisonnier.. Himmler ordonne que la famille soit gardée dans la forteresse de Hirschstein, près de Dresde, en Saxe où elle demeure captive depuis l’été jusqu’à la fin de l’hiver 1944-1945, avant d'être conduite, le à Strobl, près de Salzbourg, en Autriche. Entretemps, en , la Belgique est libérée et le gouvernement Pierlot a confié la régence du royaume au prince Charles, frère du roi Léopold III. Léopold III et sa famille sont libérés le par les troupes de l'armée américaine. De à , le roi Léopold reste l'hôte imposé par les troupes américaines à l'Autriche. En , le roi annonce son intention de rentrer avec les siens à Laeken, mais le retour au pays est impossible car le gouvernement belge refuse d'en porter la responsabilité politique.
Exil en Suisse
vignette|droite|redresse|alt=photographie en couleurs d'un bâtiment de teinte rose aux volets bleus devant une esplanade entourée de buis en boules.|La façade nord du château du Reposoir. Les divergences de vues entre le monarque et le gouvernement belge, dans le cadre de la question royale, obligent donc la famille à s'exiler en Suisse, pays neutre, à partir du au château du Reposoir, à Pregny, sur la rive droite du Léman, où elle reste jusqu'en . Pendant l'exil en Suisse, Albert et Baudouin sont initialement éduqués dans un établissement à Genève nommé La Châtaigneraie, avant quelques mois plus tard, de rejoindre l'institut Le Rosey à Rolle, dans le canton de Vaud.. Ensuite, Albert étudie, en qualité d'élève interne durant quelques mois jusqu'à la Noël 1947, au collège privé Saint-Michel de Fribourg., avant d'être inscrit, en 1949, au collège Calvin à Genève.. Dès 1947, alors que la Belgique est toujours sous la régence du prince Charles, l'ambassade américaine à Bruxelles commence à envisager la succession du roi Léopold III : si Baudouin est considéré comme trop influencé par son père et manquant de personnalité, Albert est jugé comme un garçon
Le , le roi et ses deux fils reviennent en Belgique, où Lilian, Joséphine-Charlotte et Alexandre les rejoignent trois semaines plus tard. Le , le frère aîné d'Albert, Baudouin, duc de Brabant, prête serment en qualité de prince royal avant de devenir le cinquième roi des Belges le , le lendemain de l'abdication de son père, le roi . Le prince Albert devient dès lors prince héritier de Belgique.
Prince héritier au service de la couronne (1951-1993) Retour à Laeken sous le nouveau règne Sur le plan privé, la reine Élisabeth s'étant installée depuis 1950 au château du Stuyvenberg, , Lilian, Joséphine-Charlotte, Baudouin, Albert et Alexandre demeurent ensemble au château de Laeken. Si l'opposition socialiste souhaite vivement que Léopold et Lilian quittent le pays, le Parti social-chrétien au pouvoir préfère la présence en Belgique de son ancien roi. Baudouin éprouve une vénération pour son père qui continue à exercer une influence politique réelle. Cette influence paternelle s'exerce également dans les relations internationales et incite Baudouin à refuser d'assister aux funérailles du roi qui jadis avait critiqué l'attitude de son père lors de l'occupation allemande. Cette décision est considérée comme un affront à Londres et s'inscrivant à l'encontre de la politique extérieure belge. La presse française et britannique critique vivement l'attitude du roi Baudouin pour son absence. Le quotidien belge Le Soir partage l'avis de ses confrères étrangers en écrivant que le roi Baudouin, en épousant si fidèlement les griefs de son père envers le défunt roi de Grande-Bretagne, renforce l'idée qu'en dépit de ses assurances formelles, n'a pas renoncé à régner par personne interposée. Finalement, c'est le prince Albert qui représente la famille royale belge à Londres le ..
Entretemps la famille royale s'agrandit par les naissances de deux filles du roi et de la princesse Lilian : Marie-Christine, née le et Esmeralda, née le , dont Albert est le parrain. Toujours sur le plan familial, le , la princesse Joséphine-Charlotte quitte Laeken pour épouser le grand-duc Jean de Luxembourg. Albert devient le parrain de leur premier fils Henri en 1955. En 1957, la revue libérale Le Flambeau évoque une diarchie, soutenant que l'ancien roi continue toujours à influencer les décisions de Baudouin.
Officier de la marine belge vignette|redresse|Le prince Albert en uniforme de la marine et la princesse Paola à Amsterdam en 1966.|alt=Image montrant un couple debout composé d'une jeune femme qui salue de la main droite et d'un homme en tenue d'officier de marine faisant le salut militaire.