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Les Travailleurs de la mer est un roman de Victor Hugo écrit à Hauteville House durant l'exil du poète dans l'île anglo-normande de Guernesey et publié en 1866.

Dans l'édition de 1883, Victor Hugo adjoint une présentation de 80 pages à son roman, une « ode à la mer » intitulée « L'Archipel de la Manche ».

Dédicace Le roman est dédié à l'île de Guernesey et à ses habitants :

Troisième anankè : l'élément Victor Hugo, dès son introduction, indique un troisième obstacle auquel l'homme est confronté :

Résumé Mess Lethierry est propriétaire de La Durande, un vapeur échoué sur un écueil par la machination criminelle de son capitaine, le sieur Clubin. Fou de rage à l'idée que le moteur révolutionnaire de son steamer soit définitivement perdu, Lethierry promet de donner la main de sa nièce Déruchette à celui qui récupérera la machine de l'épave coincée entre les deux rochers de l'écueil Douvres au large de Guernesey. Gilliatt, pêcheur aussi robuste que rêveur, mais surtout épris de Déruchette, accepte le défi. Après maintes péripéties, notamment sa lutte contre les éléments et la pieuvre« Pieuvre » : mot introduit dans la langue française par Victor Hugo avec ce roman.Source : ., Gilliatt réussit sa mission, mais s'aperçoit à son retour que Déruchette s'est éprise en son absence du jeune pasteur Ebenezer, et que celui-ci l'aime en retour. Gilliatt se sacrifie et s'efface pour le bonheur de Déruchette. Après avoir aidé les jeunes gens à se marier en cachette et à embarquer à bord du sloop Cashmere, et alors que commence le flot de la marée montante, Gilliatt va s’asseoir dans un siège naturel creusé dans le roc du rivage, la « Chaise Gild-Holm-'Ur », où il se laisse submerger par la mer tout en regardant s'éloigner le navire qui emporte les nouveaux mariés.

Premières éditions courantes et illustrées Avec sa préface datée de , le roman a été publié simultanément en feuilleton, dans l'hebdomadaire français Le Soleil à partir du et à la Librairie internationale chez Lacroix & Verboeckhoven en 3 volumes (Paris, Bruxelles)Lire sur Gallica, en ligne.. Signalons toutefois la une du Journal illustré du annonçant le roman d'Hugo à paraître, et figurant une illustration d'Henri de Montaut qui représente le combat entre Gilliatt et la pieuvre. Dès mai 1866, sur l'insistance d'un imprimeur anglais, Hugo travaille à une édition illustrée à partir de ses propres lavis et qu'il souhaite voir « traduit en gravure » ; l'affaire traîne du côté français, d'autant que le poète hésite, et que le nom de l'illustrateur Gustave Brion est évoqué.

En 1867, une première traduction en anglais paraît sous le titre The Toilers of the Sea, publiée à New York chez Harper & Brothers : elle est illustrée par deux gravures de Gustave DoréNotice des collections de l'université du Michigan, en ligne..

En 1869, Hetzel, associé à Lacroix, propose une édition illustrée à partir de 70 dessins de François Chifflart ; puis en 1876, sort l'édition de la Librairie illustrée dirigée par François Polo et Georges Decaux, comportant cette fois 62 reproductions de dessins de Daniel Vierge ; enfin, en 1882, l'éditeur Hugues fait paraître le roman avec un mélange d'illustrations signées Chifflart, Vigne, et Victor Hugo, ce dernier ayant fini par faire graver sur bois ses encres par Fortuné Méaulle la même année : ces gravures furent préalablement publiées en album ; on y trouve en revanche 62 planches, soit 9 de plus que pour l'édition HuguesLire sur Gallica, en ligne..

Thèmes et contexte Au-delà de l'histoire de machination crapuleuse et d'amour, des drames personnels des personnages campés avec une modernité surprenante, il s'agit d'un roman terraquéDu bas latin, terraqueus, de terra, terre, et aqua, eau. Composé de terre et d'eau (Dictionnaire encyclopédique Quillet)., emmêlant eau et terre, en quête d'un regard sur les océans, comme d'une ode à la mer. S'il n'est nullement précurseur de l'intérêt scientifique contemporain du géographe Élisée Reclus sur les courants marins ou de l'historien Jules Michelet sur le désenclavement maritime, l'œuvre ouvre vers l'horizon des écrivains voyageurs du siècle suivant, à commencer par leurs précurseurs souvent immobiles que sont Jules Verne, Pierre Loti, Henry de Monfreid et Roger Vercel ou plus tard, Joseph Conrad et son Typhon avec la tempête fusionnant l'air du ciel et l'eau de la mer.

Personnages phares

vignette| Gilliatt — Pêcheur de Guernesey, certains disent que c'est le fils du diable, d'autres qu'il a le pouvoir de guérir les gens : Mess Lethierry — Propriétaire de La Durande, le premier bateau à vapeur de l'île : Déruchette — Jeune nièce de mess Lethierry : Ebenezer Caudray — Jeune révérend anglican, récemment arrivé sur Guernesey : vignette| Sieur Clubin : capitaine de La Durande. Il a la confiance de Mess Lethierry, une confiance bien mal placée, car il médite sa ruine et a pour projet de détruire son navire en l'échouant volontairement sur l'écueil des Hanois. Finalement, à la suite de la confusion due à la brume, il naufrage La Durande sur les Roches Douvres, un écueil bien connu entre Guernesey et Saint-Malo (même si Hugo se plait à brouiller les pistes en précisant qu'une tempête ultérieure à l'époque du récit a totalement modifié l'aspect des lieux). Il compte ensuite s'enfuir à la nage (c'est un nageur extraordinaire, une rareté chez les gens de mer de cette époque) en emportant une forte somme d'argent que lui a confiée Lethierry. Rantaine : associé de mess Lethierry. Il a roulé sa bosse aux quatre coins du monde, en aventurier, c'est un homme cultivé et talentueux mais qui porte en lui une fêlure secrète. Il n'a pas la droiture monolithique de Lethierry, il a fait des séjours en prison et un beau jour a disparu avec la caisse, emportant la part de capital appartenant à Mess Lethierry. Après plusieurs années d'aventures et d'absence, pris de scrupules, il cherche à rembourser son ancien associé, mais le chèque au porteur finit dans les mains de Clubin, qui est totalement malhonnête. vignette| La Durande : suivant en cela l'habitude des marins qui prêtent à leurs navires une véritable personnalité (féminine dans le domaine d'expression anglo-saxon) Victor Hugo a traité La Durande comme un personnage à part entière ou presque, lui consacrant pas moins de trois chapitres dans la troisième partie du Livre. Il précise que La Durande est le deuxième amour de Maître Lethierry (le premier étant sa nièce Déruchette) qui a construit la coque de ses propres mains et en partie conçu la machine. Hugo insiste sur le fait que le nom de baptême du navire et celui de la jeune fille ont une origine commune, Déruchette étant le diminutif de Durande, une sainte révérée dans l'Angoumois. Retraçant rapidement l'historique de la navigation à vapeur, notamment à travers Denis Papin et Robert Fulton, et insistant largement sur les anathèmes jetés par les gens d'église, ennemis du progrès, sur les premiers navires à vapeur (qui réunissent l'eau et le feu, deux éléments que le Créateur avait voulu séparer, Victor Hugo (également auteur de Léviathan un long poème consacré au Great Eastern) décrit le navire, également surnommé le « bateau-diable » ou « La galiote à Lethierry » avec une remarquable précision technique, en insistant sur le fait qu'il s'agit d'un navire lancé dans la décennie 1820-1830, fonctionnel mais encore inabouti, qui ferait sourire les ingénieurs de 1866 : c'est une « ébauche », à la fois « monstre comme fœtus et merveille comme germe ». Les considérations techniques sur la coque du navire (extrêmement solide, mais pataude, trop large et peu évolutive à la voile), son gréement, ses apparaux...etc. sont pertinentes et dénotent une bonne connaissance de l'architecture navale et de la manœuvre. Les pages consacrées à la machine ont la précision d'un manuel technique (cf citation ci-dessous) et permettent d'identifier précisément le type de machine. Il s'agit d'une machine « sauterelle » (Grasshopper beam engineGrasshopper beam engine, page Wikipédia en anglais ), variante de la machine à balancier latéral avec un système d'articulation particulier (articulation de la bielle placée entre celle de la tige du piston et le pivot du levier du balancier), un type de machine bien adaptée à l'entraînement des roues à aubes, très utilisée avant l'invention de l'hélice marine et des machines à cylindres oscillants :

Adaptations vignette| vignette|

Bandes dessinées, albums illustrés André Juillard in Je Bouquine, Éditions Bayard, 1992. Marine Sangis, Les Travailleurs de la mer, Passage piétons, 2005 . Michel Durand, Les Travailleurs de la mer, Glénat, 2024

Cinéma 1918 : Les Travailleurs de la mer, film muet d'André Antoine et Léonard Antoine.

1953 : La belle espionne, film de Raoul Walsh.

Télévision 1986 : Les Travailleurs de la mer, téléfilm réalisé par Edmond Séchan et adapté par Jean-Claude Carrière, avec Aurélien Recoing (Gilliatt)Production dans le cadre des célébrations du centenaire de la mort de Victor Hugo..

Critiques

Expositions Juin-septembre 2013 : Victor Hugo et la merDossier de presse, en ligne., Musée des manuscrits du Mont Saint-Michel, Scriptorial et musée d'art et d'histoire d'Avranches.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie . , , .

Liens externes

Document vidéo : Les Travailleurs de la Mer (entretien avec Pierre Georgel) L'édition originale (1866) sur Gallica : tome premier, tome deuxième, tome troisième.

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