Élie Benoist, ou Benoît, né à Paris le et mort à Delft le , est un historien, ministre et théologien protestant français.

Biographie Fils de François Benoist concierge de l’hôtel de la famille protestante La Trémoille, et de Marie Calderone, Benoist montra très tôt une ardeur pour l’étude qui engagea ses parents à le mettre, dès l’âge de neuf ans, au collège d'Harcourt. Il afficha de bonne heure une prédilection marquée pour les classiques, mais ses parents furent néanmoins bientôt forcés de l’en retirer afin de le soustraire aux habiles manœuvres d’un de ses maitres qui avait entrepris de le convertir au catholicisme. Il fut alors placé alors au collège de Montaigu, d’où il passa ensuite à celui de La Marche pour y faire sa philosophie, à une époque où cette matière était encore enseignée de la façon la plus sèche et plus aride qui soit. Les distinctions sans fin, les subtilités, les arguties de la scolastique ne furent pas capables de captiver l’esprit de Benoist, qui en conçut contre la philosophie une aversion qui dura autant que sa vie. Chose plus fâcheuse, celui-ci se laissa aller, pour chasser l’ennui de l’étude et tuer le temps, à la dissipation, à laquelle ses parents l’arrachèrent en l’envoyant voyager sous la conduite d’un gouverneur.

Arrivé à Montauban, il s’y arrêta pour achever sa philosophie. La perte, sur ces entrefaites, de son père et de sa mère à peu d’intervalle, laissa en possession d’une modeste fortune que, trop jeune et trop naïf, il eut bientôt fait de dissiper, avec le concours et l’assistance de soi-disant amis dont sa crédulité le rendit la dupe. Forcé, dès lors, de travailler pour vivre, il se fit précepteur, et, tout en instruisant ses élèves, il trouva le temps et les moyens d’étudier la théologie.

Ordonné vers 1664, il exerça ensuite le ministère en Beauce, où il desservit deux églises pendant environ neuf mois ; de là, il passa, en 1665, à Alençon, où il exerça, pendant vingt ans, au milieu de circonstances difficiles, les fonctions pastorales, avec autant de prudence que de capacité, et où il essuya bien des traverses, rencontrant beaucoup d’opposition de la part des catholiques.

Comptant un nombre considérable de Réformés parmi ses habitants, Alençon était une ville trop importante pour ne pas fixer l’attention des convertisseurs catholiques. Un célèbre jésuite, le père La Rue y fut envoyé, et une lutte fort vive s’engagea entre lui et Benoist sur différents points de controverse. Si le pasteur protestant le cédait en éloquence à son adversaire, par contre, il l’emportait sur lui en dialectique et en érudition, et plus d’une fois il obtint des succès enviables. Il parvint ainsi à raffermir dans la foi protestante un officier, du nom de Montbail, qui était bien près de se laisser circonvenir par les Jésuites. Indisposé par l’obstacle que constituait Benoist, La Rue eut, pour en finir avec les Huguenots, recours à un moyen plus expéditif en incitant une émeute contre lui : au plus fort des persécutions contre les huguenots, ceux-ci résolurent un jeûne universel pour désarmer Dieu irrité. Ce jour-là, pendant que les protestants d’Alençon, enfermés dans leur temple, étaient en prière, la populace catholique, fanatisée par La Rue, y accourut tumultueusement. Elle assaillit le temple réformé au moment où Benoist faisait la prière, répondant par des dérisions à leurs sanglots, singeant, du haut des fenêtres, le deuil du pasteur et l’affliction de son troupeau, faisant pleuvoir des cailloux sur la chaire et sur les têtes prosternées. Ne pouvant réussir à irriter leur douleur tant celle-ci était profonde, elle enfonça enfin les portes et engagea une rixe dans le temple. Heureusement pour les huguenots alençonnais, l’intendant de leur ville était un honnête homme, et l’église d’Alençon en fut quitte pour la perte d’un de ses pasteurs, M. de La Conseillère qui, destitué, se retira à Altona.

L’animosité du parti catholique n’était pas satisfaite ; il s’agissait pour lui de perdre Benoist, et peu s’en fallut qu’il ne réussît quelque temps après. Une déclaration du ayant réuni les biens des consistoires aux hôpitaux, Benoist voulut soustraire les fonds que possédait son église à cette espèce de spoliation en les mettant en sureté. Ce fait l’exposa à d’actives poursuites auxquelles il n’échappa, malgré l’intervention de protecteurs puissants, qu’avec peine, mais son église était ruinée.

Après la révocation de l’édit de Nantes, Benoist dut quitter la France pour se réfugier en Hollande. Il s’embarqua à Dieppe et se rendit à La Haye, où il reçut vocation comme troisième pasteur de l’église wallonne à Delft. Il desservit cette église jusqu’en 1715, où, après cinquante-et-un ans de ministère, il obtint le titre de pasteur émérite. ll mourut à l’âge de près de 89 ans, quoiqu’il eût été toute sa vie d’un tempérament délicat et d’une faible santé.

Il avait épousé à Alençon Judith Bonvoust, demoiselle de bonne maison, mais d’un caractère détestable, qui le tourmenta de toutes les manières pendant quarante-sept ans. Elle avait, a-t-il écrit, tous les défauts qui peuvent être insupportables à un mari ami de la paix : implicita, avara, procax, jurgiosa, inconstans et varia, indefessa contradicendi libidine. De ce mariage mal assorti lui naquirent un fils, qui mourut à l’âge de 17 ans, et deux filles. La cadette vivait encore à Delft en 1750. L’ainée épousa Charles Ancillon. Cette union ne fut pas heureuse. En 1703, Benoist dut aller la chercher à Berlin pour la ramener en Hollande, où elle mourut avec les deux enfants à qui elle avait donné le jour.

Benoist se peint lui-même comme un homme patient, pacifique, timide, aimant le repos, porté même à la paresse, mais appliqué et diligent dès qu’il était à l’œuvre. Chauffepié ajoute qu’il avait l’esprit fin et insinuant, qu’il parlait bien, qu’il possédait un heureux génie. Selon Paquot, on ne peut disconvenir qu’il n’eût beaucoup de savoir et de génie ; il parlait bien et écrivait avec facilité, mais quelquefois d’une manière peu serrée.

Il a laissé un grand nombre d’ouvrages estimés, mais le principal, et celui qui l’a fait passer à la postérité comme historien de la révocation de l’édit de Nantes, est son Histoire de l’édit de Nantes, Delft, 1693-95, 5 vol. in-4°.

Œuvres Lettre d’un pasteur banni de son pays à une église qui n’a pas fait son devoir dans la dernière persécution, Cologne, 1686, in-12 ; Lettre à un gentilhomme prisonnier pour la religion, Delft, 1685, in-12 ; Histoire, et apologie de la retraite des pasteurs à cause de la persécution de France, Francfort, 1687, in-12. Histoire de l’édit de Nantes, Delft, 1693 et 1695, 5 part, in-4° ; trad. en anglais, Londres, 1693, in-4°, et en flamand, Amsterdam, 1696, 2 vol. in-fol. Sermons sur divers sujets, Delft, 1698, in-8°. Dissertationes epistolicoe ires in priores octodecim versiculos primi capituli Evangelii secundùm Joannem circà Christi divinitatem, Rott., 1697, in-8°. Avis sincères à MM. les prélats de France sur les lettres qui leur sont adressées sous le titre de Prélats de l’Église gallicane, [S.l.], in-12. Lettre à M. l’archevêque de Reims sur la harangue qu’il fit au roi à la tête du clergé, à l’ouverture de sa dernière assemblée, Digne, . Arnica expostulatio de stylo N. T. adversùs Epistolam D. Taco Hajo van den Honert, Delft, 1705, in-4°. Mélange de remarques critiques, historiques, philosophiques et théologiques sur les deux dissertations de M. Tolland intitulées, l’une : L’Homme sans superstition, et l’autre : Origines judaïques. Avec une dissertation tenant lieu de préface où l’on examine l’argument tiré du consentement de tous les peuples pour prouver l’existence de Dieu, et où on réfute les principales objections par lesquelles on a prétendu l’affoiblir, Delft, 1712, in-8°. Lettre de M. Benoist, ministre de la R. P. R. à Alençon, au P. prédicateur des Jésuites de la même ville, Alençon, , et insérée dans les Dissertations de Tilladet.

Outre ses ouvrages imprimés, Benoist a laissé de volumineux manuscrits dont Chauffepié donne les titres avec des extraits fort étendus. 1 Réflexions sur les Doudaïm ou le fruit que Ruben porta à sa mère ; Benoist y affirme que le fruit que Ruben apporta à sa mère n’était pas des mandragores, mais des fraises. Dissertation sur l’oracle de Jacob, Gen. XLIX, 10. Contrairement à la version reçue, il entend la prédiction en ce sens que Juda perdrait le sceptre pendant un certain temps et le recouvrerait à la venue du Messie. Dissertation latine sur la vision d’Ézéchiel. Dissertation latine sur l’apparition de l’étoile aux Mages. Cette étoile n’était, selon lui, qu’une combinaison de quelque observation astrologique avec ce qu’ils apprirent de la naissance du roi des Juifs. Si Saint Matthieu a fait entendre la chose autrement, c’est que l’Esprit-Saint a laissé parler cet évangéliste suivant les idées du vulgaire. Discours sur l’utilité et la nécessité de la révélation. Réflexions sur la manière de réfuter le système de Spinoza. Réflexions sur le caractère et le système des Sociniens. Réflexions sur l’art de conjecturer. Écrit mordant contre le Parrhasiana de Jaquelot. Remarques sur certaines prédictions qu’on fait courir ordinairement après coup. Réflexions sur la critique. Réflexions sur la philosophie cartésienne. Réflexions sur l’influence de l’âme sur le corps. Réflexions sur la science des médailles. Réflexions sur la dispute touchant la préférence des anciens ou des modernes. Remarques sur Pétrone. Réflexions détachées sur divers sujets. Ces écrits contiennent les idées les plus étranges. Ainsi l’auteur prétend, contre toute évidence, que le Satyricon de Pétrone n’est qu’une traduction du grec ; il tient la numismatique pour une science incertaine et sans valeur ; il regarde la philosophie de Descartes et de Spinoza comme de pures rêveries. C’est là ce qui a fait dire à Paquot « qu’il pensoit librement, qu’il cherchoit de nouvelles routes et qu’il donnoit dans des sentimens singuliers et bizarres. » À travers ses bizarreries, on reconnaît cependant un jugement sain et un esprit pénétrant ; le style est aussi fort agréable, mais on sent, en même temps, que le génie pratique de Benoist manquait complètement d’aptitude pour les sciences abstraites.

Références Paul Pascal, Élie Benoist et l’église réformée d’Alençon, Paris, 1892, in-8°, 208 p. (lire en ligne) Hubert Bost, « Elie Benoist et l’historiographie de l’Édit de Nantes », in : M. Grandjean – B. Roussel (éd.), Coexister dans l’intolérance. L’édit de Nantes (1598), Genève-Paris : Labor et Fides, 1998 [Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français 144 (1998)], . Étude reprise dans H. Bost, Ces Messieurs de la R.P.R., Paris, Champion, 2001, .

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