Claude Aveline, né Eugène Avtsine dans le le et mort dans le le , est un écrivain, poète et résistant français.

Biographie Enfance et adolescence, 1901-1918 Dans Moi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle, daté de 1981 et publié en 1988, Claude Aveline retrace les premières étapes de son itinéraireMoi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle (avec la participation de Nicole Toussaint du Wast), Paris, Pierre Bordas et Fils, 1988. Aveline y confie : « En deux ans vingt cassettes, quarante pistes, trente heures, sans compter les lectures qui ont produit ùille pages de transcription, dont je crois pouvoir assurer qu'il n'en reste pas une ligne telle quelle dans le présent ouvrage » (p. 13). Il naît sous le nom d'Eugène Avtsine le à Paris au 12 bis de l'avenue des Gobelins. Ses parents sont tous deux juifs russes.

Ses parents Son père Georges (Guerchon), fils d'Isaac Avtsine et de Marie Iavitz, est né en 1865 à Nijni Novgorod, ou selon une autre tradition familiale à Ielets, gouvernement d'Orel. Sa mère Cécile (Tcherna) Tchernomordik, qui a huit frères et sœurs, tous chirurgiens, médecins ou pharmaciens, est également née en 1865, au centre de la Russie d'Europe à Vitebsk (actuellement en Biélorussie)Moi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle, 1988, p. 32-33.. Ils se marient en à VitebskMarc Chagall naît en 1887 dans la région de Vitebsk (ce pourquoi il appellera Claude Aveline son compatriote) et Ossip Zadkine (dont la dernière sculpture sera un buste d'Aveline) en 1888 dans la ville même.. Georges Avtsine est alors commis de banque à Liepāja, sur les rives de la Mer Baltique (actuellement en Lettonie), que la ségrégation raciale lui interdit d'habiter. En 1891 ils quittent à vingt-et-un ans, avec Albert, cadet de Georges, l'Empire russe dont ils ont horreur pour la France.

Installés à Paris d'abord au 103 rue Saint-Antoine dans le 4e arrondissement de Paris, Georges Avstine, chétif et bossu, atteint du mal de Pott dans sa jeunesse, sans diplôme mais ayant appris le françaisMoi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle, 1988, p. 30., ouvre avec sa femme Cécile un modeste restaurant rue François-Miron, puis en 1893 au 5 rue Suger, où ils cuisinent des repas et les servent à des étudiants russes et français. Vers 1895, l'un d'eux conduit Georges Avstine chez Arsène d'Arsonval qui lui suggère d'ouvrir un atelier pour y fabriquer des isolants en mica. La famille Avstine qui demeure alors 9 rue Bosio dans le quartier d'Auteuil, s'installe en 1897 12 avenue des Gobelins et ouvre un atelier dans la courMoi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle, 1988, p. 38-39.. En elle déménage à Bourg-la-Reine, 12 rue des Blagis, où elle demeure jusqu'en Moi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle, 1988, p. 44. Elle obtient en la nationalité française.

Son enfance En 1907 Eugène Avtsine, enfant unique, entre au lycée Henri-IV. L'atelier des Gobelins devenu insuffisant, son père loue un local rue du Départ, puis ouvre une usine à Porchefontaine dans une ancienne imprimerie et, la famille s’installant en pour sept ans au Chesnay 19 rue de Béthune (aujourd'hui rue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny) à quelques kilomètres de Versailles, Eugène Avtsine poursuit ses études au lycée Hoche. Il reçoit une éducation parentale marquée par une farouche libre-penséeMoi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle, 1988, p. 40. et l’amour de la littérature. Son père, abonné des Cahiers de la Quinzaine de Charles Péguy, et qui admire Georges Clemenceau pour son action dans l’Affaire Dreyfus, lui donne à lire Jean-Pierre, hebdomadaire pour enfants d'orientation socialiste, fondé à l'instigation de Robert Debré, auquel collaborent notamment Romain Rolland et Jules Renard. En 1913 son oncle, représentant de la maison Avtsine & Cie, lui ayant appris lors de vacances en Angleterre qu'il est juif« Claude Aveline le navigateur solitaire, propos recueillis par Claude Couffon », dans Magazine littéraire n° 260, Paris, décembre 1988, p. 101-102., il est heurté par cette façon de l'enfermer, lui et sa famille, dans une religion qu'ils ne pratiquent pas. Dans sa « vue a-religieuse », il se déclarera par la suite agnostique et antiraciste absoluMoi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle, Paris, Bordas, 1988, p.95 et 112-114. mais précisera : « C'est l'imbécile qui remplace Dieu par rien. L'incroyant le remplace par le mystère. »Avec toi-même et cœtera, Paris, Mercure de France, p. 110.. À treize ans il rédige le premier catalogue de sa bibliothèque.

Pendant la Première Guerre mondiale son père, qu'un mal de Pott a laissé infirme depuis son adolescence, poursuit ses activités. Eugène Avtsine est durant l'été 1915 liftier puis aide-infirmier volontaire à l'Hôtel Royal devenu hôpital temporaire n°28 à Dinard, ce qui lui fait désirer d'être médecin. Puis, la famille déménageant au 9 rue Benjamin-Godard à Passy, il entre en 3ème au lycée Janson-de-Sailly et fait la connaissance de Maurice Schumann (qui sera le porte-parole de la France libre et dont il reconnaîtra en 1940 la voix sur Radio LondresMoi par un Autre, chronique d'une enfance et d'une adolescence dans les XX premières années de ce siècle, 1988, p. 166-167.). En la famille se réjouit de l'abdication du tsar Nicolas II et de la fin d'un régime qu'elle avait fui. De 1916 à 1919 Eugène Avtsine lit l'ensemble de l'œuvre jusqu'alors publiée d'Anatole France dont son père lui a offert une vingtaine de livres mais sa santé se détériore et il doit abandonner ses études. Les reprenant, il n’ira pas au bout et, souffrant de tuberculose, séjourne en 1918 et 1919 au Cannet près de Cannes avec sa mèrePour les mêmes raisons il passe l'été 1918 à Aix-les-Bains. Au Cannet en 1919 il rencontre Julien Benda et, grâce à son ami Robert Le Veneur (Robert-Auguste Jaeger), Henri Barbusse.. C’est là qu’il commence à écrire et adopte, sur la suggestion d'une jeune fille normande, le pseudonyme de Claude Aveline qui deviendra à l'état civil son nom en 1951 et son prénom en 1956.

Premières publications; Claude Aveline éditeur, 1919-1931 thumb|right|Portrait de Claude Aveline par Antoine Bourdelle, 1924thumb|right|180px|Molène, l'une des premières publications de Claude Aveline, illustrée par Steinlen, 1922 thumb|right|180px|Dessin de Steinlen pour Les Muses mêlées publié par Claude Aveline en 1926 1919 voit paraître ses premiers écrits dans deux revues, Vita et Les Feuilles libres. Un ami, le peintre Robert Le Veneur (Robert-Auguste Jaeger), le présente le , à l'âge de dix-huit ans, à Saint-Cloud chez le docteur Paul-Louis Couchoud, au célèbre écrivain Anatole France, alors âgé de soixante-quinze ans, qui l'accueille avec une « attention paternelle » dans son intimité jusqu'à sa mort en 1924. Claude Aveline ne cessera de servir l’œuvre et la mémoire d'Anatole France29 articles de 1924 à 1939, 36 de 1944 à 1969 (Giuditta L. Rosowsky, « Les écrits franciens de Claude Aveline », dans Hommage à Claude Aveline pour les cinquante années de sa vie littéraire, Paris, Société Anatole France, 1970, p. 44-46., notamment par la célébration de son centenaire en 1944 à travers le monde comme un symbole de la Libération, et en réunissant ses articles politiques et sociaux (Trente ans de vie sociale, 4 volumes). En 1920 une rechute conduit de janvier à avril Claude Aveline au sanatorium de Leysin. Il y éprouve son « premier amour sérieux ». Le manuscrit de la première partie du Point du jour est à cette époque dédicacé à Mademoiselle d'Y, qui deviendra dans le récit Madeleine de Charmes< (Moi par un autre, confrontation d'un auteur avec son premier livre (« Le Point du Jour »), plaquette, tiré à part, extrait du Mercure de France du 1er Mai 1960, p. 45 et 46.. À son retour à Paris, coupé de ses études, il devient en mai le secrétaire d’un érudit, fondateur de la première collection pour bibliophiles modestes, Adolphe van Bever, chez qui il rencontre notamment André Gide et Georges DuhamelAnatole France le vivant, fragments de mémoires 1919-1924, Les Cahiers franciens 7-9, Paris, Société Anatole France, 1987, p. 45.. Faisant ainsi pendant dix-huit mois son apprentissage d'éditeur d’art et décidant de l’être à son tour. Il répond à l'invitation qui lui est faite d’écrire la Merveilleuse Légende du Bouddha, laquelle, à la suite d'un procès pour malversations, ne paraîtra qu'en 1928.

Exempté provisoirement en 1921 puis défintivement en 1923 de service national, Aveline peut mettre en route, avec l'aide d'Antoine Bourdelle, Georges Duhamel et André Gide, les premiers volumes qui paraissent en 1922 chez au domicile de l'entreprise paternelle, 11 rue du Départ (Anatole France le vivant, p. 60) puis au 43, rue Madame. et lui vaudront d'être appelé, à vingt-et-un ans, . En huit ans il édite ainsi une cinquantaine d'ouvrages, notamment, dans sa « Collection philosophique », dix volumes de Saint-Évremond, Voltaire, Diderot, Renan, Anatole France, Remy de Gourmont, Maeterlinck, André Gide, Valéry,[Georges Duhamel. Vingt Cahiers de Paris proposent des inédits de vingt auteurs français. La collection La Musique moderne comptera six volumes, dont les premiers ouvrages sur Arthur Honegger, le Jazz, Pelléas et Mélisande et des études critiques sur Darius Milhaud d'André Suarès, sur Igor Stravinsky de Boris de Schlœzer. Aveline édite également une traduction de William Blake par André Gide.

Au printemps 1922 Aveline séjourne à La Charité-sur-Loire auprès de la famille de sa fiancée à qui il dédie un conte, Histoire étonnante, morale et véridique de deux frères marchands en la ville de Valmort. Il fait imprimer l'ouvrage par la librairie Albert Delayance qui lui commande l'année suivante une « petite histoire » de La CharitéClaude Aveline, À la grâce d'une Ville de france, La Charité-sur-Loire, Delayance éditeur, 1984, p. 29-31 et 33-34. En 1934 [La Charité-sur-Loire lui sert de modèle pour le décor de son roman Le Prisonnier.. LE , quelques mois avant la mort de son père, Claude Aveline épouse Hélène Bernot., d'origine charentaise. Ils habitent 63 avenue Bosquet et divorcent en 1925(Moi par un autre, confrontation d'un auteur avec son premier livre (« Le Point du Jour »), plaquette, tiré à part, extrait du Mercure de France du 1er Mai 1960, p. 50 et 51.. En 1923 et 1924 Aveline publie parallèlement, ne s'éditant jamais lui-même, ses premiers contes ou apologues (Molène, inspiré de Crainquebille, L'Homme de Phalère, L’Eau ruisselle de toute part), aux éditions Les Humbles de tendance libertaire, qui seront réunis en 1935.