L'ouzbékisation ou plus rarement uzbékisationLe terme est notamment attesté en 1932 dans un ouvrage d'André Pierre intitulé U.R.S.S., la fédération soviétique et ses républiques: description géographique, politique et économique… (Éditions Delagrave, Paris, 1932) : (en ouzbek : uzbekchilik) est un terme donné à la politique d'assimilation culturelle et linguistique, depuis les dernières années de l'URSS (1985-1991) et la disparition de la République socialiste soviétique d'Ouzbékistan (1990), des minorités non-ouzbèkes de la nouvelle République d'Ouzbékistan.

Lors de la dislocation de l'URSS, la population de l'Ouzbékistan est composée principalement de turcophones (Ouzbeks, Kazakhs, Tatars…), de Slaves (Russes) et d'iranophones (Tadjiks). Des tensions interethniques entre Ouzbeks et non-Ouzbeks avaient déjà éclaté en mai- et la petite minorité meskhète fut notamment victime de pogroms.

Cette assimilation forcée touche notamment les Tadjiks — considérés par les Ouzbeks comme des Turcs iranisésOlivier Roy, « Ethnies et politique en Asie centrale » (article), Revue du monde musulman et de la Méditerranée, Vol. 59, N° 1, 1991, p. 29.— qui font l'objet d'une virulente campagne d'ouzbékisation (avec changement d'identité, voire de nom sur les passeports) très mal ressentie au Tadjikistan, où la minorité ouzbèke est beaucoup plus libreLes Cahiers de l'Orient, numéros 21 à 22, Societé française d'édition et d'impression et de réalisation, 1991, p. 288.. En 1989-1990, des associations socioculturelles tadjikes protestant contre « l'ouzbékisation forcée » à Samarcande, à Boukhara, dans la vallée de Ferghana, exigent l'octroi du statut de Tadjiks pour ceux qui en avaient été privés, ainsi que la création d'écoles et de journaux en langue tadjikePatrick Karam, Le retour de l'Islam dans l'ex-Empire russe: Allah après Lénine, Harmattan, 1996, p. 92. . Déjà sous la présidence de Charaf Rachidov, premier secrétaire du parti communiste de la RSS d'Ouzbékistan de 1959 à 1983, la quasi-totalité des écoles en langue tadjike situées sur le territoire de l'Ouzbékistan, en particulier à Samarcande et Boukhara, avaient été supprimées, ainsi que l'École Normale tadjike de SamarcandeOlivier Roy, « Des ethnies aux nations en Asie centrale », numéros 59 à 60 de la Revue du monde musulman et de la Méditerranée, Édisud, 1992, p. 160. .

La politique d'ouzbékisation menée par le président Islom Karimov provoque également une diminution du nombre des cadres russes et la « dérussification » des toponymesLes pays de la CEI (notes et études documentaires), ouvrage coordonné par Roberte Berton-Hogge et Marie-Agnès Crosnier, Documentation franćaise, 1997, p. 18.. Elle se traduit aussi par les départs en masse des scientifiques d'origine non ouzbèke (notamment Russes, Arméniens, Allemands et Coréens) condamnés à des rôles subalternes, voire servilesSophie Wahnich, L'Homme et la société, numéros 159 à 162, Éditions Anthropos, 2006, p. 225..

Notes et références

Voir aussi Turquisation Turco-iranien

Liens externes Sophie Massot, « Deux nationalités concurrentes à Samarkand : lutte symbolique pour l'identité d'une ville »

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