vignette|Gué pavé sur route au cœur de Fontainejean, Loiret (France). vignette|Passage à gué, ouvert aux véhicules motorisés (Royaume-Uni). vignette|Gué rudimentaire, en forêt (Royaume-Uni). vignette|Passage à gué, accompagné d'une passerelle pour piétons (Royaume-Uni). vignette|Un gué entièrement carrossable à Mézilles, France. vignette|Soldats japonais traversant à gué le fleuve Yalou lors de la guerre russo-japonaise. Les gués ont été et sont toujours des points militaires stratégiques. vignette|Le concept de pierres de gué, utilisé dans un aménagement d'un gué (Shukugawa, à Nishinomiya, préfecture d'Hyogo, Japon). vignette|Même des véhicules relativement amphibies doivent traverser à gué les rivières à fort courant.
Un gué est un endroit où l'on peut traverser un cours d'eau à pied, à dos d'animal ou en véhicule sur le fond, sur des pierres de gué ou sur un radier ou une chaussée immergée construite par l'homme, sans s'embourber ni être emporté par le courant. C'est aussi l'endroit que les animaux sauvages ou domestiques empruntent pour franchir les cours d'eau.
Archéologie Des gués naturels existaient sur la plupart des cours d'eau, dont certains utilisés par la faune sauvage pour traverser les cours d'eau ou pour y chasser ou pêcher (ours venant pêcher le saumon par exemple).
Ils étaient généralement situés sur des zones où la roche mère était plus dure et moins érodée, ou sur des zones d'élargissement du lit majeur et même parfois sur de grandes largeurs près des estuaires (le gué n'était alors praticable qu'à marée basse et durant les mois d'étiage (de mai à fin août en zone tempérée dans l'hémisphère nord).
Dans la mythologie celtique, le gué avait une importance symbolique en tant que lieu de passage ou de limite. Une déesse particulière, Ritona, lui était consacrée, la coutume voulant que les duels entre héros ou guerriers s'y déroulassent. Ainsi l'on a trouvé de nombreuses armes dans les anciens gués en pays celtes. D'ailleurs de nombreux objets de bronze tels que haches, pointes de lance, étaient jetées intacts en offrande aux divinités des eaux vives, principalement en des endroits privilégiés comme les passages à gué.
Jules César raconte, dans sa Guerre des Gaules, avoir constaté une fois en Bretagne que dans cette région la Tamise n'était guéable qu'en un seul point. Il dit l'avoir franchie avec des difficultés sérieuses, car le gué avait été, ainsi que la rive opposée, garni par les Bretons de pieux aigus fichés dans le sol. Malgré ces obstacles, dont la présence fut révélée aux Romains par les prisonniers et les déserteurs, le passage fut ordonné et exécuté par la cavalerie d'abord, puis par les fantassins, qui n'avaient que la tête hors de l'eau. Ce mouvement audacieux fut accompli avec une telle rapidité, que l'ennemi ne put soutenir le choc et se retira presque de suite et en pleine déroute.
Joseph Vendryes signale qu'en Europe centrale, la construction des ponts est restée longtemps inconnue. On traversait les rivières à gué, ou bien, quand elles étaient trop profondes ou trop larges au moyen de bacs ou bateauxJ. Vendryes, Revue Celtique, no 34, 1913, . Depuis, les connaissances ont progressé et Venceslas KrutaVenceslas Kruta in Les Celtes, histoire et dictionnaire, éditions Bouquins-Robert Laffont 2000, article Cornaux, mentionne la découverte d'un pont celtique en Suisse, mis au jour dans les années 1960, où les fouilles se sont poursuivies depuis. Les parties les plus anciennes remonteraient à l'an 300 environ. Cela expliquerait l'existence du mot briva en celtique, qui désigne bien une technologie autochtone.
En France, même un fleuve important comme la Somme pouvait encore — dans les années 1800 — être traversé à pied non loin de son estuaire (au gué de Blanquetaque, plus facilement au maximum de l'étiage du fleuve). Il n'est plus utilisable depuis la construction, pour les besoins de la navigation, des écluses et du canal maritime de la Somme (1786-1827). Depuis cette époque, les travaux ont empêché la remontée spontanée vers le nord de certains animaux sauvages (ou du bétail) qui pouvaient là traverser à gué. En amont les écluses ont aussi artificiellement entretenu un niveau haut des eaux en période d'étiage, de même que — localement — la réduction, rectification et recalibrage du lit mineur de la Somme. Dans le monde de nombreux gués naturels (les « sauts » en Guyane) ont servi à poser des barrages ou moulins, ou ont été détruits dans le cadre du recalibrage des rivières ou de leur mise en navigabilité, ce qui peut localement avoir aggravé les problèmes de fragmentation écopaysagère.
Les gués situés dans des lieux à rives basses impropres à la construction des ponts, ont été abandonnés, et les points de communications ont été déplacés vers les ponts sur des rives hautes. C'est ainsi que les gués, dont certains étaient périodiquement réempierrés ont lentement été abandonnés, de la même manière que les chemins de terre ont souvent été abandonnés au profit des chemins vicinaux puis de voies départementales et nationales puis au profit des autoroutes.
Seule la toponymie conserve encore le souvenir de ces lieux importants de passage (souvent probablement préhistoriques). Aussi la connaissance des anciens gués est-elle extrêmement intéressante pour établir la carte des routes et des centres de communications et d'activité préhistoriques et protohistoriques. Avant l'invention de l'aviation et des engins amphibies, leur connaissance était aussi d'un grand intérêt stratégique pour les armées.
Histoire récente Dans les temps passés (Ancien Régime, Moyen Âge, Antiquité...), alors que les ponts étaient rares, les gués ont joué un rôle économique et militaire important. Selon l’Académie française, le verbe « guéer » parfois prononcé « Guayer » signifie passer à gué. On dit d'une rivière qu'elle est « guéable ». Guéer un cheval est « le faire entrer dans la rivière jusqu'au ventre, & l'y promener, pour le laver & le rafraischir » ; Guéer du linge signifie « Le laver, & le remuer quelque temps dans l'eau avant que de le tordre »Dictionnaire de L'Académie française, édition (1694).
Écologie Les gués jouent également un rôle important pour la migration saisonnière et les déplacements de certains animaux, bien que certains mammifères tels que les orignaux ou les gnous puissent traverser des fleuves larges ou à courant relativement violent.
C'est pourquoi dans le domaine de l'écologie du paysage, on parle aussi métaphoriquement de « gué » pour décrire les éléments de corridor biologique qui sont déconnectés les uns des autres, mais qui permettent à des espèces de traverser un paysage ou une matrice paysagère plus ou moins hostile, en passant d'une tache de paysage à l'autre (on parle parfois à ce sujet de corridor biologique « en pas japonais » ; ce corridor étant utilisé par « saltation » (sauts) d'une « tache » à l'autre dans la matrice écopaysagère. Dans ce contexte, un réseau de mares, de clairières forestières ou de bosquets peuvent ainsi être qualifié de réseau de structures-gué respectivement pour une population de rainettes, de lièvres ou d'écureuils.
Typologie
Les gués peuvent être plus ou moins aménagés dans le cadre des activités humaines, selon l'importance du cours d'eau et de sa saisonnalité, de l'importance du passage sur le gué, du moyen de transport utilisé. Sur certains cours d'eau, dont par exemple sur l'Ourthe à Fêchereux en Belgique, il y a deux gués, non perpendiculaires au sens du courant, permettant ainsi de profiter de celui-ci pour la traversée dans un sens comme dans l'autreLe Grand site de la boucle de l'Ourthe - neupre.be.
Gués célèbres En 1812, l'armée napoléonienne devait traverser la rivière Bérézina pour retourner en France, l'emplacement d'un gué fut choisi pour construire un pont temporaire. Les pontonniers du général Jean-Baptiste Éblé permettent de faire passer une grande partie de ce qui reste de l'armée de Napoléon, mais l'ouvrage est incendié à l'approche des Russes et c'est un désastre pour des milliers de soldats qui s'étaient trop attardés.
Bataille de Stamford Bridge Le Gué de Jabbok. fut selon la tradition biblique ; Bible, Genèse, XXXII, 22 l'endroit où Jacob traversa le Jourdain à gué en rentrant de Mésopotamie. Bataille du gué de Jacob (1157) Bataille de Rorke's Drift, au cours de la guerre anglo-zouloue. Gué de Blanquetaque, dans la Somme, passage d'invasions. Passage du Gois Pont d'Yeu selon le chroniqueur Grégoire de ToursGrégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, 37., c'est grâce à une biche qu'il poursuivait que Clovis a découvert un gué qui lui a permis de franchir avec son armée la Vienne en crue et de remporter la victoire contre Alaric II qui a permis de conserver le royaume des francs et d'éviter la domination des Wisigoths. Traverse des Sioux, gué permettant le franchissement de la rivière Minnesota par les Nations amérindiennes depuis des siècles et dénommé ainsi par les explorateurs, trappeurs et coureurs des bois français, canadiens français et Métis à l'époque de la Nouvelle-France.
Le mot gué dans la toponymie L'étymologie de nombreux villes et villages révèle qu'ils ont été fondés initialement sur l'emplacement d'un gué.
Ainsi en est-il d'un Prieuré de l'ordre de Fontevraud.
Les Gaulois utilisaient le mot celtique ritu- pour désigner un gué, terme que l'on retrouve dans de nombreux toponymes. L'ancien nom de Limoges était Augustoritum : Ce nom est basé sur ritu- en gaulois avec la finale latinisée et Augusto- (en hommage à l'empereur Auguste, grâce à qui la ville a vu le jour), c'est-à-dire « le gué d'Auguste ». De même, le nom de la ville de Niort est le celtique Novioritum qui signifie « nouveau gué » (sur la Sèvre). Les nombreux , Chambors remontent pour la plupart à * Cambo-ritum « le gué du méandre », Gisors remonte a * Giso ou * Geso-ritum, de même Jort remonte à * Divo-ritum « le gué sur la Dives ». Plus au sud, les formes sont phonétiquement plus proches de l'étymon comme dans Bedarrides ou Madrid de * Matu-ritum « gué des ours » ou * Mageto-ritum « gué de la plaine »Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance 2003, ..
Le mot ritu- a une survie tardive dans le nord de la France (Seine-Maritime, Oise et Nord) sous la forme -r(e / a)y / -roy ou -roi. Ex.: Ressenroy, Longroy « long gué » et Mauray, Miauroy qui sont de « mauvais gués » etc. On trouve quelques autres exemples ailleurs : Rémalard « mauvais gué », le Gué-de-Longroi qui constitue une traduction en français du terme gallo-roman.
Le terme est aussi attesté en celtique insulaire. En gallois, on trouve rhyd (vieux gallois rit), Cf. la ville galloise de Rhydaman appelée également en anglais Ammanford « le gué sur l'Aman ». Le vieux cornique rid et le vieux breton rit ou ret sont aussi mentionnés. Un lieu d'Irlande s'appelle Humar-rith, cependant la langue gaélique possède une autre racine áth que l'on note dans l'autre nom de Dublin : Baile Átha Cliath « La ville du gué des haies de roseaux ».
Une racine indo-européenne commune se retrouve en germanique westique : en anglais ford, en allemand Furt et en néerlandais voorde, tous issus du germanique commun * furdúz (fjord de la même racine en scandinave a pris un sens différent). De même, le latin portus « passage, port » vient du même thème indo-européen *prtus dérivé en -tu d'une racine *per « traverser, passer »Xavier Delamarre, Op. cité.
Le mot anglais ford a donné Oxford, , , etc.