Un cohen ( litt. « dédié, dévoué », plur. cohanim) est un prêtre du dieu d'Israël.
Bien que la Bible ambitionne de faire des Israélites un (Exode 19:6), elle est, au sens propre du terme, conférée aux seuls descendants mâles d’Aaron, le frère de Moïse de la tribu de Lévi.
Le cohen des ères biblique et antique a pour tâche d'assurer le culte du Temple et l'offrande des sacrifices, la bénédiction du peuple d'Israël, l'évaluation des marques soupçonnées de conférer l'impureté, et l'application de la loi divine. Il est placé sous l'autorité du Cohen gadol (« grand-prêtre »), seul habilité à rencontrer Dieu lorsqu'il se manifeste dans le saint des saints lors du jour des propitiations. Consacré au culte, le cohen n'a pas de part à la partition des terres mais les enfants d'Israël sont enjoints à le sanctifier et à lui remettre une matanot kehouna (part de leurs récoltes, bétail et offrandes).
En raison de sa sainteté, il est attendu du cohen qu'il soit en état de pureté lorsqu'il les consomme ou qu'il officie au rituel, et qu'il se garde scrupuleusement de l'impureté rituelle. Cette pureté touche l’ensemble des domaines y compris conjugal, et il ne peut prendre pour épouse une prostituée, une divorcée, une veuve, une convertie ou une femme désécrée (retirer son caractère sacré à quelqu'un, exemple : souillée par un viol). En revanche, une veuve est autorisée au Cohen, sauf pour le cas du Grand-prêtre - Cohen Gadol - qui a un statut particulier. Voir Lévitique 21:7 et 21:13, 14.
La destruction du Temple de Jérusalem entraîne de profonds changements dans les fonctions sacerdotales, et la préséance des prêtres dans l'enseignement de la loi divine, est contestée par les sages d'Israël, davantage versés dans l'étude de la Torah de Moïse et souvent issus des milieux laïcs. Les cohanim continuent cependant à assurer certaines de leurs fonctions et à jouir d'un statut d'exception dans le judaïsme, du moins dans les communautés orthodoxes. Ils demeurent ainsi les premiers appelés à la lecture de la Torah, continuent à dispenser leur bénédiction en certaines occasions, et à officier au rachat des premiers-nés ; ils doivent de même se tenir éloignés de tout ce qui a trait à la mort (voir Deuil dans le judaïsme).
Sources bibliques vignette|Mosaïque de Nahum Gutman à la Maison du Rabbinat, Tel Aviv-Yaffa, Israël.La fonction de cohen (la kehouna) fut conférée pour la première fois à Aaron, le frère de Moïse de la tribu de Lévi, et à sa descendance masculine, par Dieu (Exode 28:1 & 2–4) comme un « office perpétuel »..
Au cours des 40 années pendant lesquelles les Juifs traversèrent le désert et jusqu'à la construction du Temple de Jérusalem, les cohanim remplirent leur tâche dans le Tabernacle (Nombres 1:47–54; 3:5–13,44–51; 8:5–26), une structure portable. Leurs devoirs comprenaient les offrandes quotidiennes et des fêtes israélites, collectivement appelées korbanot en hébreu, et la bénédiction du peuple au cours d'une cérémonie connue comme la Nessiat Kapayim (« levée des mains »), précurseur de la bénédiction sacerdotale actuelle.
Lorsque le Premier et le Second Temple furent construits, les cohanim remplirent les mêmes fonctions dans l'enceinte de ces structures permanentes, localisées sur le Mont du Temple à Jérusalem, en terre d'Israël. Ils étaient divisés en 24 groupes de sept à neuf prêtres. Ceux qui assuraient le service se relayaient tous les Shabbat, mais lors des festivals bibliques, les 24 groupes étaient tous présents au Temple.
Aaron étant un membre de la tribu de Lévi, tous les cohanim sont lévites, l'appartenance tribale se transmettant patrilinéairement. Cependant, tous les lévites ne sont pas cohanim. La plupart des offices du Temple ne pouvaient être conduits que par les cohanim. Les lévites non-cohanim avaient pour fonction de les assister, en lavant leurs mains et pieds avant les offices afin de les purifier, en jouant de la musique et en chantant des chants liturgiques afin d'accompagner les cérémonies du Temple, en gardant les portes et en contrôlant les accès au temple, en exerçant de hautes fonctions administratives (perception de la dîme), l'enseignement de la loi et la fonction de juge. À l'époque du Tabernacle, les lévites avaient également pour responsabilité de le transporter entre les différentes étapes.
Selon l'opinion dominante, celle du judaïsme rabbinique orthodoxe, si l'ascendance du titre de Lévi ou Cohen est exclusivement patrilinéaire, elle est conditionnée par l'appartenance préalable de l'individu au peuple juif, laquelle appartenance ne se transmet que de façon strictement matrilinéaire. Ainsi :
Le fils d'une fille de Cohen et d'un Lévite serait Juif et Lévite (mais non Cohen). Le fils d'une fille de Cohen et d'un non-Juif serait Juif, mais ne serait pas Cohen. Le fils d'un Cohen et d'une non-Juive ne serait ni Juif ni Cohen (même s'il en portait le nom). Il ne pourrait pas, s'il venait à se convertir au judaïsme, regagner un statut de Cohen et s'il épousait une Juive, leurs enfants ne le regagneraient pas davantage.
Cependant, cette opinion pourrait sembler plutôt en contradiction avec les textes bibliques, lesquels attribuent ce titre aux descendants d'Aaron, sans distinctions. Au reste, la transmission patrilinéaire de l'appartenance aux tribus, attestée par les textes, est la seule suivie par les Samaritains ; ceux-ci ignorent clairement les règles de la transmission matrilinéaire, qui prévaut dans le judaïsme rabbinique afin de déterminer qui est juif.
La lignée sacerdotale dans la Torah vignette|En haut : « Les Prêtres descendans d'Aron donnant la Benediction au Peuple » ; en bas : « Maniere d'Exposer la Loy au Peuple, avant que de commencer à la lire », à la synagogue portugaise de La Haye (B. Picart, 1725) Le premier à être nommé cohen dans la Torah est Melchisédech, roi de Salem, que Rachi identifie à Shem, le fils de Noé (Genèse 14:18).
Lorsque Ésaü vendit son droit d'aînesse à Jacob, Rachi explique que la prêtrise fut vendue dans le même temps, car la prêtrise appartient de droit à l'aîné. Ce n'est que lorsque « l'aîné» commit, avec le reste d'Israël, le péché du veau d'or, que la prêtrise échut à la tribu de Lévi, qui n'avait pas fauté dans l'incident.
Moïse aurait dû recevoir la prêtrise ainsi que le commandement du peuple israélite, mais lorsqu'il objecta à Dieu qu'il ne devrait pas l'être, elle fut conférée à Aaron.
Aaron reçut la prêtrise avec ses enfants et tous leurs descendants. Cependant, les sources midrashiques indiquent que comme son petit-fils Pinhas était déjà né à ce moment, il ne la reçut qu'après un acte de zèle, tuant le prince de la tribu de Siméon et la princesse des Midianites (Nombres 31:11–12).
La prêtrise resta ensuite dans les mains des descendants d'Aaron. Le Livre des Chroniques (1 Chr. 12:27) mentionne les bnei Aaron menés par Yehoyada, père de Benayah, en tant que guerriers pour renforcer David à Hébron. À l'époque de la Torah, leur chef était Eléazar (Nomb. 3:32), mais après le règne de Salomon, il s'agira de Sadoq (1 Chr. 27:17), et lorsque Ézéchiel, lui-même un cohen, prophétise, c'est Sadoq et non Aaron qui représente la légitimité sacerdotale.
Une tradition rabbinique affirme que lorsque le Messie viendra, la prêtrise reviendra à l'aîné.
Qualifications et disqualifications Aux temps bibliques, les cohanim prenaient leurs fonctions à 20 ans, et leur retraite à 60.
Certaines imperfections pouvaient disqualifier le cohen d'assurer sa kehouna dans le Temple. Le Temple étant en effet un endroit de beauté, et les offices s'y déroulant ayant pour fonction d'inspirer aux visiteurs des pensées de repentir et de proximité avec Dieu, un cohen « physiquement imparfait » aurait troublé l'atmosphère. vignette|Plaque funéraire au cimetière de Prague, République tchèque.Parmi les tares disqualifiant les prêtres de la prêtrise : une cécité une claudication une arcade nasale trop basse (telle qu'une brosse droite pourrait appliquer l'onction aux deux yeux en simultanéité) une disproportion de membres un pied ou une main estropiés des sourcils trop fournis une cataracte une traînée blanche traversant la jonction entre la sclère Sclère, c'est-à-dire le blanc de l'œil. et l'iris certains types de furoncles des testicules broyés.
Cette liste n'est cependant pas exhaustive (Lev. 21:18-20, et Rachi ad loc.) Un cohen affligé d'une de ces tares était déclaré inapte au service. Cependant, si l'imperfection était corrigible, le cohen redevenait éligible une fois celle-ci amendée. Il lui était permis, en tout temps, de consommer des aliments saints (mêmes sources que supra, ainsi que les versets adjacents et leurs commentaires). De plus, les cohanim affligés de ces tares se voyaient attribuer des rôles secondaires dans le Temple, en dehors des offices.
Les privilèges sacerdotaux thumb|Beaucoup de Cohanim choisissent de le faire figurer sur leur tombe afin d'attester de leur ascendance et leur statut.
Les cohanim devant se dévouer au service divin et ne possédant pas de propriété terrestre, ils avaient droit à 24 dons aux cohanim, qui leur étaient exclusivement réservés.. Dons faits dans l'aire du Temple : une portion d'un animal apporté comme offrande expiatoire une portion d'un oiseau apporté comme offrande expiatoire une portion d'une offrande à brûler une portion d'une offrande de « culpabilité douteuse » (c'est-à-dire non formellement établie) une portion d'une offrande de paix une portion de l'offrande d'huile d'olive d'une metzora les deux miches de pain apportées à Chavouot le pain de présentation les offrandes de Min'ha (farine) l'offrande de l'Omer
Dons faits dans les murs de Jérusalem : le premier-né de tout animal domestique casher les Bikkourim (premiers fruits) les entrailles de certaines offrandes les peaux de certaines offrandes
Dons pouvant être faits à l'intérieur comme à l'extérieur de Jérusalem : la Terouma (la prémices de la moisson) la Teroumat haMa'asser (une dîme sur la dîme du lévite) la halla (prémices de la pâte) la première tonsure du mouton la patte antérieure droite, la mâchoire, et l'estomac de tous les animaux domestiques rituellement abattus mais non sanctifiés le Pidyon HaBen (cinq shekalim d'argent pour le rachat d'un fils aîné israélite) un mouton ou une chèvre rachetés pour un fils aîné de l'âne une propriété ou possession dédiée au Temple sans qu'on en ait spécifié l'usage au préalable des terrains hérités dédiés au Temple et non réclamés le repayement du "vol" pour un converti mort sans héritier.
Les femmes (bnot cohen, filles de cohen) ne furent jamais autorisées à servir dans le Tabernacle ni dans le Temple. Elles avaient le droit de consommer ou tirer bénéfice des 24 dons aux cohanim. Cependant, si une fille de cohen épousait un non-cohen, elle perdait ce droit.
Le Cohen Gadol
vignette|« Grands Prêtres d'Israël » (Cohen), Terra Sancta quae in Sacris Terra Promissionis olim Palestina, (1648-1664). À chaque génération, un cohen était désigné pour remplir les fonctions de Cohen Gadol (Grand Prêtre). Sa tâche principale était d'assurer le service sacerdotal de Yom Kippour, mais il réalisait également une offrande quotidienne de farine, et avait la prérogative de remplacer n'importe quel cohen pour n'importe quelle offrande ou sacrifice de son choix.
Impureté rituelle
Les cohanim formaient un groupe saint, dont le rôle était d'appliquer les rites cultuels et sacrificiels énoncés dans la Torah.Afin de les protéger contre l'impureté rituelle (qui ne se confond pas avec l'hygiène corporelle), la Torah leur a imposé des règles de pureté rituelle stricte. Selon les Juifs orthodoxes, ces lois sont toujours d'application de nos jours.