La Legio Italica pia fidelis (litt. : la Deuxième Légion d'Italie, loyale et fidèle) Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut prêter à confusion. Sous la République romaine, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci ; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de à étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’Empire, les empereurs numérotèrent à partir de « » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi, Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro , car 29 légions existaient alors déjà. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat. (Adkins (1994) ) fut une légion de l’armée romaine créée vers 165 sous Marc Aurèle en même temps que la légion Italica pour renforcer les légions du Danube pendant les guerres contre les Marcomans. Elle fut stationnée jusqu’en 170 en Dalmatie, après quoi elle fut transférée dans le Norique jusqu’à sa dissolution vers le milieu du .
Sous la direction de Publius Helvius Pertinax, le futur empereur, elle fut chargée avec la Legio Adiutrix et la Italica de protéger les provinces de Rhétie et du Norique contre les Marcomans. Pendant dix ans, elle fut stationnée en différents endroits sur le Danube, jusqu’à ce qu’elle s’établisse à Lauriacum vers 180.
Après la mort de Pertinax, la légion se rangea aux côtés de Septime Sévère qu’elle accompagna dans sa marche sur Rome, puis dans ses campagnes contre les usurpateurs Pescennius Niger et Clodius Albinus.
Au , elle prit part aux guerres de Maximien en Dacie et à au moins une campagne contre les Wisigoths. Elle se rangea du côté de l’empereur Gallien dans sa lutte contre son rival Postume.
Dioclétien créa une nouvelle légion, la Noricorum pour aider la Legio Italica dont, une génération plus tard, un détachement fut transféré à Cologne-Deutz, détachement qui devint la Legio Italica Divitensium, laquelle joua un rôle important aux côtés de Constantin dans la bataille du pont Milvius.
L’emblème de la légion était la louve du Capitole, qui selon la légende aurait allaité les jumeaux Romulus et Remus, rappelant ainsi que la légion avait été créée conjointement par l’empereur Marc Aurèle et par son frère Lucius Verus qui menait alors la guerre contre l’empire parthe. On retrouve cet emblème sur des pièces de monnaie frappées sous Septime Sévère et Gallien pour reconnaitre la loyauté de la legio Italica (voir illustration ci-après).
Sous les derniers Antonins
thumb|right|Le Norique dans l’Empire romain en 116.
Jusqu’à la création de la légion, le Norique (Noricum)La province, formée au correspondait à une grande partie de l’Autriche moderne, l’extrême est de la Bavière et une partie de la Slovénie. était une provincia inermis, c’est-à-dire sans protection militaire et était gouvernée par des procurateurs impériaux de rang équestre (procurator Augusti provinciae Noricae). Le commandant de la légion ou legatus legionis, de rang sénatorial, était le gouverneur de la province avec un mandat habituel de deux ans. Le premier titulaire connu de ce poste fut Gaius Memmius Fidus Julius Albius en 190/191. Il disposait pour l’administration et la logistique d’un impressionnant état-major et résidait au camp militaire de Lauriacum (Enns; district de Linz-Land en Haute-Autriche.) et d’Ovilavis (Wels; Haute-Autriche).
Les troupes constituant l’armée du Danube ayant dû, en bonne part, être déplacées pour participer à la guerre contre les Parthes de 161 à 166, l’empereur Marc Aurèle ordonna la levée de deux nouvelles légions dans l’Italie du Nord et lui donna pour mission de protéger la Haute Italie, la Dalmatie et la région des Alpes orientales envahies régulièrement par les Marcomans, les Quades et les Iazyges qui envahissaient régulièrement les provinces danubiennes de Rhétie, de Pannonie, de Mésie, de Dacie et du Norique, provinces déjà durement éprouvées par la « peste antonine ». Le surnom de la nouvelle légion fait croire que les recrues venaient principalement de la Haute Italie Lendering (2002) paragraphe 2.CIL , 1377..
thumb|left|Le massif des Alpes Orientales que devait protéger la Legio Italica.
La création (dilectus) des deux nouvelles légions fut confiée à Marcus Claudius Fronto, Gnaeus Iulius Verus et Tiberius Claudius Proculus Conelianus. Fronto ayant été consul fin-165, début 166, on doit conclure que le recrutement débuta à la fin de l’automne 165. Les deux empereurs, Marc Aurèle et son frère d’adoption Lucius Verus ayant leur quartier général près d’Aquilée (province d'Udine, nord-est de l’Italie moderne), il est vraisemblable que l’entrainement des nouvelles recrues en provenance surtout d’Italie et du Norique se fit à cet endroit sous la supervision personnelle des deux Augustes.
En raison de l’épidémie qui commençait à se propager, la légion ne put compléter immédiatement ses effectifs et dut, pendant un certain temps, jouer le rôle de commando spécial dans l’arrière-pays, protégeant les contreforts des Alpes, le Norique, la Pannonie et, surtout, l’Italie contre les attaques des tribus du nord. N’ayant pas encore de quartier général fixe, les unités étaient réparties en différents endroitsCIL 3, 10662.. La présence de légionnaires de la Italica est attestée à Poetovio, Pula et d’autres lieux, quoique la date exacte de leur séjour ne puisse être déterminée Ritterling (1925) « Legio (II Italica)" ..
La légion fut d’abord commandée par Quintus Antistius Adventus qui reçut en 168 le titre de leg(atus) Aug(ustus) ad praetenturum Italiae et AlpiumAE 1893, 88.. Après la mort subite de son coempereur Lucius Verrus en 169, Marc Aurèle dut retourner à Rome, non sans avoir toutefois pris les dispositions nécessaires pour l’offensive, planifiée depuis longtemps, contre les tribus trans-danubiennes. À cette fin, la légion fut relocalisée quelque peu plus au nord où elle construisit son premier camp connu à Locica (aujourd’hui Ločica en Slovénie). Dès avant 170, elle s’était méritée le surnom (cognomen) de pia (loyale)CIL 3, 1980.. Celui-ci fut progressivement remplacé à partir de 191 par celui d’ ItalicaWinkler (1977) .. En 170, un détachement de cette légion en compagnie d’autres détachements de la Legio Italica, participa à la construction d’un mur de des fortifications de la ville portuaire de Salona en Dalmatie (aujourd’hui Solin en Croatie) comme en témoigne l’inscription suivante :
Vexillationes leg(ionum) piae et concordiae ped(es) (ducentos) sub cura P. Aelii Amyntioni (centurionis) frumentari leg(ionis) Trajan(ae).
[Litt. : (les) détachements de la légion Pia et Concors (ont construit) (de ce mur) sous la supervision de Publius Aelius Amyntionus, centurion préposé au ravitaillement de la légion II Traiana fortis.]
thumb|right|Guerres marcomanes 171-175.
L’année suivante, des tribus marcomanes et quades franchirent le Danube et poussèrent à travers les Alpes juliennes jusqu’en Haute Italie où elles détruisirent Opitergium (Oderzo) et vinrent assiéger AquileiaAmmianus Marcellinus, 29,6,1.. Plus à l’est, Iazyges, Roxolans et Sarmates conjuguèrent leurs forces et traversèrent également la frontière, certains d’entre eux poussant jusqu’au cœur de la Grèce. Pour empêcher leur progression, la légion fut déplacée en 172 jusqu’aux contreforts des Alpes orientales. Marc Aurèle prit lui-même le commandement des opérations et établit son quartier général à Carnuntum Capitale de la province romaine de Pannonie, située entre les actuelles Vienne et Bratislava.. Sous le commandement de Claudius Pompeianus et de Helvius PertinaxHistoria Augusta, « Pertinax », 2,4-6., la légion prit part aux guerres marcomanes; au prix de grands efforts la légion réussit à les repousser au-delà du Danube et progressa jusque-là où ils étaient établis en 193. C’est au cours de ces combats que se produisit le phénomène de la « pluie miraculeuse » Voir à ce sujet article Legio Fulminata., qui permit de libérer la Legio Adiutrix assiégée par les Quades Jobst (1978).. Une légion de Pannonie ayant pris part au combat, on peut en déduire que c'était la première fois que la Legio Italica s'avançait jusqu’au DanubeWinkler (2003), ..
thumb|left|Les grandes voies de communications dans le nord-ouest de la Pannonie.
Vraisemblablement, la légion ne demeura que quelque temps à Ločica puisque dès 174/175, elle était de retour avec l’Ala Antoniniana dans son camp originel, à Albing, en Norique. Elle y était alors sous le commandement du legatus leg Italicae et alae Antoninianae Quintus Herennius Silvius MaximusCIL 9, 2213.. Marc Aurèle mourut le 17 mars 180 et son successeur, Commode (r. 180-192) négocia avec les Marcomans et les Quades un traité qui, en leur laissant le contrôle des territoires au nord du Danube, en faisait avec les Narisques et les Cotines, une "chaîne" de "clients" chargés d'assurer une première ligne de protection de la frontière danubienne. La situation militaire se détendant, la légion put retourner en Norique et s’y consacrer à d’importants travaux de constructionCIL 3, 5757..
Deuxième année des quatre empereurs
En 193, quatre empereurs se succédèrent sur le trône. À la mort de Commode, Pertinax fut élu par le Sénat de Rome le janvier. Assassiné en avril par les prétoriens, il fut remplacé par Didius Julianus, rejeté par la foule, le Sénat et les forces armées de province qui proclamèrent empereurs Septime Sévère en Pannonie, Pescennius Niger en Syrie, et Clodius Albinus en Bretagne. La Legio Italica prit le parti de Septime Sévère et participa avec la Legio Pia Fidelis à sa marche sur Rome. Elle en fut récompensée par le cognomen de fidelis (fidèle). Pour éviter le sort de son prédécesseur, Septime Sévère licencia la garde prétorienne, toujours prête à se révolter, et se constitua une nouvelle garde dans laquelle furent recrutés des éléments de la Legio Italica. Un peu plus tard, Septime Sévère utilisa la légion avec succès dans sa guerre contre les ParthesLendering (2002) paragraphe 5.. Un détachement l’accompagna également en 208-211 dans sa dernière campagne contre les Calédoniens dans le nord de la province de Bretagne, campagne pendant laquelle il mourut.
Au cours du
thumb|right |Reconstitution du camp de Lauriacum et du village civil avoisinant.