Le château de Chantilly est situé à Chantilly dans le département de l'Oise en région Hauts-de-France, dans la vallée de la Nonette, affluent de l'Oise.

À l'exception du « Petit Château », construit au par Jean Bullant, le château actuel est une reconstruction du sur des plans de l'architecte Honoré Daumet pour l'avant-dernier fils du roi Louis-Philippe , Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897), héritier du domaine, qui y installe ses collections de peintures, de dessins et de livres anciens.

Il lègue l'ensemble à l'Institut de France, sous le nom de musée Condé, avec l’interdiction de prêter ses œuvres et d'en modifier la muséographie, d'où un accrochage un peu suranné. Le château occupe l'emplacement d'une forteresse médiévale. Les Grandes Écuries, construites de 1719 à 1740, chef-d'œuvre de l'architecte Jean Aubert, abritent aujourd'hui le musée vivant du Cheval. Les jardins sont une des plus remarquables créations d'André Le Nôtre. La ville de Chantilly se développe à l'ouest du château pendant et après la Révolution française. Le château et ses dépendances font l'objet de plusieurs protections au titre des monuments historiques durant l'année 1988. après une première protection par arrêté du , annulée.

Histoire

Origines Chantilly est d'abord une forteresse médiévale cantonnée de sept tours et entourée de douves en eau, construite sur un terrain marécageux de la vallée de la Nonette, qui contrôle la route de Paris à Senlis. Le château appartient primitivement à Guy de Senlis, « bouteiller » du roi Louis VI à la fin du . La famille ajoute à son patronyme le nom de cette fonction (Bouteiller de Senlis), et conserve le château jusqu'au .

Pillée en 1358 par les Jacques, la forteresse est vendue en 1386 par Guy de Laval, héritier des Bouteiller, à Pierre d'Orgemont, ancien chancelier de Charles V. Celui-ci commence la reconstruction du château en 1386 qui sera achevée en 1394, après sa mort, par son fils Amaury ; cette famille le possède pendant trois générations du au .

En 1484, Pierre III d'Orgemont, sans enfant, lègue Chantilly à son neveu Guillaume de Montmorency (†1531).

Le domaine des Montmorency vignette|gauche|Les grand et petit châteaux de Chantilly au .

La puissante maison de Montmorency possède Chantilly du au et y fait réaliser d'importants travaux de modernisation. C'est le plus illustre membre de cette famille, le connétable Anne de Montmorency (1493-1567), qui fait rénover la forteresse par Pierre Chambiges en 1528 et, en 1551, construire, au pied de la vieille forteresse, la Capitainerie ou Petit Château, par l'architecte Jean Bullant, qui avait travaillé dans son château d'Écouen. Il fait également aménager en 1538 la terrasse sur laquelle se dresse actuellement sa statue équestre et édifier sept chapelles dont deux ont été conservées à l'intérieur du parc. C'est également lui qui fait tracer les premiers jardins.

Henri de Montmorency fait construire dans la partie haute du parc « La Chaumière » (Maison de Sylvie) qui subsiste aujourd'hui, quoique remaniée. Destiné à recevoir Henri IV, ce petit pavillon est le refuge du poète Théophile de Viau, condamné au bûcher. Il reçoit l'asile de Marie des Ursins, qu'il a chantée sous le nom de Silvie (Sylvie), d'où vient le nom du parc et de la maison. Le poète y passe les derniers mois de sa vie († 1626) sous la protection du maréchal Henri II de Montmorency.

En révolte contre l'autorité royale, Henri II de Montmorency est exécuté à Toulouse en 1632 ; sa veuve, Marie des Ursins entre alors au couvent et leurs biens sont confisqués par Louis XIII, qui en restitue la majeure partie aux sœurs du maréchal mais conserve Chantilly, qui l'intéresse du point de vue cynégétique.

En 1643, Anne d'Autriche restitue le domaine, par lettres patentes, à la dernière des sœurs d'Henri II de Montmorency, Charlotte de Montmorency, épouse d'Henri II de Bourbon-Condé, dont le fils Louis II de Bourbon-Condé vient de remporter la bataille de Rocroi. Chantilly passe ainsi à la maison de Condé, branche cadette de la maison de Bourbon.

Le domaine des Condé Du au , le sort de Chantilly s'identifie à celui des Condé dont le domaine constitue la principale propriété.

Chantilly au temps du Grand Condé vignette|La chapelle des Cœurs des princes de Condé. vignette|Allée des Philosophes dans le parc. vignette|Le château Chantilly au en 3D.

Louis II de Bourbon-Condé (1621-1686), dit « Le Grand Condé », ayant pris parti contre Mazarin pendant la Fronde, se fait confisquer Chantilly en 1652 et ne recouvre le domaine qu'en 1659 (paix des Pyrénées). En 1664, « Monsieur Le Prince » comme on l'appelle, vient définitivement habiter Chantilly.

Éloigné de Versailles, il consacre tous ses soins à son domaine ; il fait dessiner le parc par André Le Nôtre, qui n'a pas encore travaillé à Versailles. André Le Nôtre canalise la Nonette pour créer « Le Grand Canal » (1671-1673), à la longueur exceptionnelle de deux kilomètres et demi, et les parterres sur ses côtés, dessine les parterres français au Nord du château, fait construire par Daniel Gittard « Le Grand Degré », et crée la perspective actuelle allant de la grille d'honneur à la terrasse.

Le Grand Condé reçoit à Chantilly des écrivains comme La Fontaine, La Bruyère, Bossuet, Madame de La Fayette, Madame de Sévigné : en leur honneur, les deux allées parallèles, qui encadrent les parterres de Le Nôtre, prennent le nom d'allées des Philosophes. de Scudéry, l'auteur de Clélie rencontre Condé arrosant des œillets, sa fleur préférée, et lui adresse ces vers :

La Bruyère trouve dans les visiteurs de Chantilly plus d'un modèle pour ses Caractères, et le philosophe Nicolas Malebranche s'y rencontre avec Bossuet qui doit prononcer l'oraison funèbre de son hôte. On donne à Chantilly des fêtes magnifiques. Molière y crée Les Précieuses ridicules en 1659 et y joue Le Tartuffe ou l'Imposteur.

Sous la direction du maître d'hôtel François Vatel, la chère y est raffinée. En , le Grand Condé scelle sa réconciliation avec Louis XIV en le recevant à Chantilly ; selon de Sévigné, c'est à cette occasion que Vatel se serait suicidé en ne voyant pas arriver la marée ou livraison de poisson attendue (l'authenticité de l'anecdote est généralement tenue pour très douteuse).

Condé consacre sa grande fortune à l'acquisition de tableaux, d'objets d'art et de meubles de prix et à enrichir les collections de manuscrits et de livres rares, dont le premier fonds a été constitué par le connétable de Montmorency.

Dans le troisième tiers du siècle, le Grand Condé charge Jules Hardouin-Mansart de réaménager le Petit château et de renouveler le Grand château, dont l'aspect reste médiéval, et la distribution intérieure inadaptée à la vie de cour.

Hardouin-Mansart travaille dès 1674 aux côtés de Gittard et de Le Nôtre, en commençant par la création de la terrasse et du grand degré..

Mort en 1686, le Grand Condé ne voit que les travaux sur le Petit château. Son fils, Henri Jules de Bourbon Condé, duc d'Enghien, puis prince de Condé en 1686, poursuit son dessein bâtisseur : en 1687 et 1688, il fait bâtir par Jules Hardouin-Mansart, l'église paroissiale actuelle de Chantilly, puis une nouvelle ménagerie et commence les travaux au Grand château, interrompus en 1690.

1686 -1709 : Henri-Jules de Bourbon-Condé

Fin août 1688, une grande fête, restée célèbre, est organisée à Chantilly par le nouveau prince de Condé, Henri-Jules de Bourbon-Condé, en l'honneur du Grand Dauphin. Le Mercure Galant décrit avec minutie la totalité de ces quelques jours de fête.. Quand le prince arriva à Chantilly, le 22 août 1688, il mangea dans un grand pavillon de feuillage créé pour l'occasion. Celui-ci ressemblait au Panthéon de Rome, avec un grand dôme circulaire et une ouverture zénithale. Le lendemain, dans l'Orangerie (aujourd'hui détruite), une allée de lumière fut installée pour éblouir le grand dauphin, et celle-ci précédait le théâtre éphémère dessiné par Jean Bérain. Un opéra fut alors donné, de Lorenzani, Oronthéehttps://searchworks.stanford.edu/view/5639216.

Durant les festivités, une grande collation fut offerte dans un bosquet, dans un labyrinthe, dont on connaît une gravure qui en détaille tous les ornemens. Cette fête, l'une des plus célèbres de l'histoire de Chantilly., exprimait la nouvelle soumission du nouveau prince de Condé envers le futur roi de France, le fils de Louis XIV.

Les embellissements du Louis IV Henri de Bourbon Condé (1692-1740), duc de Bourbon, petit-fils d'Henri Jules, fait reprendre dès 1718, jusqu'en 1721, la reconstruction du Grand château par Jean Aubert, ancien collaborateur d'Hardouin-Mansart. Aubert donne à l'édifice un aspect plus régulier, mais aussi plus massif, il fait surélever chacune des tours par un lanternon au-dessus du niveau de l'ancien chemin de ronde.

« Son Altesse a fait accommoder le dedans de tous les appartements qui n'ont pas été rebâtis à neuf (...) a fait bâtir la chapelle et l'a rendue telle qu'elle est (et) a fait abattre et rebâtir trois faces de la cour du château, savoir celle par où l'on entre, celle du grand escalier, et celle qui regarde le petit château » (Louis de Sarrobert, capitaine des chasses de Chantilly, 1760, cité par Edmond Pilon, Senlis et Chantilly, Arthaud, 1937, p. 98).

De 1723 à 1726, Jean Aubert construit également pour Louis IV Henri de Bourbon-Condé (1692-1740), dit « Monsieur Le Duc », les Grandes Écuries, sorte de palais du cheval long de 186 mètres, destiné à abriter les chevaux et l'équipage de chasse à courre du prince.

Principal ministre de Louis XV de 1723 à 1725, il affectionne Chantilly, où il finit par être exilé en 1726. Il fait décorer les appartements du Petit Château par Oudry, Desportes, Huet et Nattier, aménage un cabinet d'histoire naturelle et crée la manufacture de porcelaine de Chantilly, dont la marque au cor de chasse rouge, rappel de ces grands veneurs, est devenue célèbre.

vignette|Le château de Chantilly au après les transformations d'Hardouin-Mansart et Aubert.

À partir de 1720, le duc fait aménager la partie boisée située à l'Est du château et dénommée Petit Parc ou « parc de La Caboutière », nom d'un bâtiment construit au temps de Louis XIII pour acclimater la tulipe hollandaise, ce à quoi s'occupe un riche amateur, un avocat parisien du nom d'Antoine Caboud.

Le duc fait tracer une allée en direction de La Caboutière, appelée allée du Quinconce, car elle rejoint un quinconce planté derrière ce bâtiment. Cette allée forme alors une patte d'oie avec l'allée du Pont du Roi, située dans l'ancien axe d'entrée du parc (est-ouest) et l'allée de la Porte-Vaillant à gauche. Dans les deux secteurs délimités par cette patte d'oie sont aménagées des salles de verdure reliées par des allées en zigzag.

L'avenue de droite mène à un carré boisé où l'on construit un jeu de l'oie géant, avec ses différentes stations – le pont, le puits, la prison... – qui est l'une des grandes attractions du parc de Chantilly entre 1730 et 1770. Derrière « La Maison de Sylvie », on aménage d'autres salles de verdure et un petit labyrinthe, tandis qu'un grand labyrinthe est construit dans « Le Parc de Sylvie », aujourd'hui séparé du domaine par la sente d'Avilly. Il ne reste rien de tous ces embellissements.

La mort prématurée du duc de Bourbon, en 1740, fait passer le domaine sur la tête de son fils, un enfant de cinq ans, Louis V Joseph de Bourbon-Condé (1736-1818), qui, lorsqu'il arrive à l'âge d'homme, reprend les travaux. Il édifie le Jeu de Paume en 1756 et, entre 1769 et 1772, fait construire par Jean-François Leroy le château d'Enghien, long bâtiment de style classique situé à droite de la grille d'honneur.

En 1774, il fait dessiner un « jardin anglo-chinois », inauguré le jour de Pâques 1775, et construire un hameau qui inspirera Marie-Antoinette lorsqu'elle fera construire le hameau de la Reine à Trianon.