Philippe Harlé est un architecte naval français né le à Mont-Saint-Aignan et mort le à La Rochelle.
En trente ans, à partir des années 1960, Philippe Harlé a dessiné près de deux-cent-vingt types de bateaux différents, principalement pour la voile de plaisance, mais aussi pour la pêche, la mytiliculture et le transport de passagers. Il a associé Alain Mortain à son cabinet d'architecture en 1982.
Biographie
Après des études de physique-chimie, il se consacre au nautisme.
Aux Glénans Philippe Harlé devient, dans les années 1950, stagiaire, puis chef de bord, puis permanent au Centre Nautique des Glénans. En 1958, il dessine les plans de l'Archipel, un bateau à moteur de construction classique (en bois), servant aux liaisons et au ravitaillement de ces îles. Il apporte une contribution significative à la rédaction du premier tome du Cours de Navigation des Glénans. D' à , il supervise la construction du Glénan, un voiler de course au large de dessiné par l'architecte anglais John Illingworth.
Architecte naval En 1961, il dessine le Haddock, un dériveur de en polyester, puis le plan qui le fera connaître, celui du Muscadet, un voilier de croisière de en contreplaqué. En 1963 il quitte le Centre des Glénans et s'installe comme architecte naval. Le prototype du Muscadet, construit au chantier Aubin près de Nantes, se fait remarquer au Festival de la croisière côtière de la Rochelle23 voiliers au banc d'essai de la mer, Nautisme 5, mai 1963: "Nouveau venu rapide, fonctionnel, laid et relativement peu coûteux". "Bateau intelligent, sans concessions"Essai Nautisme-Les Cahiers du yachting 10, octobre 1963, il connaît un rapide succès et sera produit à près de six cents exemplaires de 1963 à 1979.
À la suite du Muscadet, il dessine en 1965 les plans de lArmagnac et du Cognac (1968), construits en contreplaqué . Le Coquelicot sera également construit en contreplaqué par Mallard en 1966. Il poursuivra cette technique une dizaine d'années, avec notamment plusieurs voiliers de type dériveur lesté, à faible tirant d'eau, comme les Cabernet (1976), Aquavit (1977), Sauvignon (1978) et Gros Plant (1979).
Se tournant vers le stratifié polyester, matériau bien adapté à la fabrication en série, il trace en 1967 les plans de l'''Edel III ()Essai dans Bateaux, , août 1969, puis en 1968 les plans du Sangria () pour le chantier Jeanneau; il sera construit à unités, puis remplacé à partir de 1980 par le Fantasia ( unités produites). Architecte désormais reconnu, il signe les plans de nombreux voiliers fabriqués par différents chantiers: Aubin Téquila (1974), Kelt 620 (1974), Mallard 9m (1976), Mop Listel (1977), Aubin Sancerre (1977), Mallard Start 7 (1978).
Il s'est intéressé dès ses débuts à l'aluminium, matériau alors peu utilisé dans la plaisance (sauf en Hollande) ; après le Suroit de en 1963 (coque en alu et pont en contreplaqué), La Grenouille, (1965) embarcation de plongée très novatrice et très sûre dessinée pour le CESM St Florent, fabriquée à La Madeleine dans le Nord par le chantier SEAN et toujours en service en 2019 dans ce club installé en Corse, 43 ans après sa construction, le Jaja, un bateau de service destiné à remplacer la caravelle des Glénans, le Coquelicot quillard (1964) puis le Naïade VI dériveur lesté (1967), c'est la naissance en 1972 du Romanée, quillard de , construit en série chez Pouvreau en Vendée. Suivra toute une série de voiliers de grande croisière, la plupart à faible tirant d'eau (à dérive relevable) et le quillard Pouvreau Mareuil (1975),
En 1977, la famille Harlé (Philippe, Claude et leurs trois filles) part naviguer autour de l'Atlantique à bord de leur Beaujolais Juliénas () construit en aluminium.
En 1982, Alain Mortain rejoint le cabinet et en 1984, celui-ci devient le cabinet Harlé-Mortain .
Dans ses derniers jours, Philippe Harlé travaillait sur Helvim, le deuxième bateau de Jean-Luc Van Den Heede. Après sa mort en , Alain Mortain a repris le bureau d'études, en association avec Yiannis Mavrikios.
Collaborateurs Plusieurs personnalités de la plaisance ont travaillé chez Philippe Harlé, notamment : Jean-Pierre Aubry Philippe Harlé a préfacé son livre Structure et construction du voilier, Patrick Roséo, Jean-Marie FinotCoauteur avec Philippe Harlé du Folie douce devenu ensuite Brin de folie., Vincent Lauriot-Prévost, Marc Lombard, et finalement Alain Mortain comme associé.
Production À la suite de Jean-Jacques Herbulot, l'architecte du dériveur vaurien et du Corsaire, Philippe Harlé a profondément marqué l'architecture navale de plaisance française ; on estime que, dans les années 1970, un voilier naviguant en France sur cinq était signé Harlé, proportion montant à un sur quatre pour les voiliers habitables, ce qui lui a valu le surnom humoristique de Monsieur 20% (relatif à la proportion de voiliers de plaisance français portant sa signature)
Sa production peut se classer comme suit :
Voiliers en bois classique Ce sont des bateaux construits à l'unité, comme en 1962 le dériveur lesté Naïade V ()Essai dans Bateaux N°75, août 1964"Les bateaux qui m'on fait démarrer vraiment, ce furent le Muscadet et Naïade" (Les architectes et les bateaux, Nautisme 35, novembre 1965), le MélisandeMélisande, Bateaux 84, mai 1965, page 91 , Armide et WingerArmide et Winger, en bois classique, quille longue, dans Nautisme 28, avril 1965Armide, Bateaux 84, mai 1965, page 92 en 1965.
Les voiliers en contreplaqué, à bouchains vifs "Le contreplaqué me semble avoir encore un très bel avenir devant lui"Les architectes et les bateaux, Nautisme 35, novembre 1965. Commençant avec le Muscadet en 1963, plusieurs de voiliers aux noms de vins ou d'alcools (Armagnac, Cognac...) seront construits par le chantier Aubin à Nantes et d'autres comme Arié à la Rochelle, La Réserve à Nice, Lemaistre à Fécamp. Ces voiliers étaient beaucoup plus simples à construire que ceux en bordé classique, et donc plus économiques, permettant à la plaisance de toucher des classes moins aisées qu'auparavant. Avec une construction légère et un rapport de lest important (environ 40 % du poids à vide), les performances au près (contre le vent) sont bonnes. Ces voiliers sont devenus la «marque de fabrique» de Philippe Harlé. Il poursuivra cette technique avec le Grisard, un fifty-fifty (voile et moteur) biquille de en 1964, le Belon () au chantier Stéphan Le chantier Stéphan construisait aussi le Mousquetaire de Jean-Jacques Herbulot en 1965, le Cabernet (avec un roof en stratifié), le Baco , le Sauvignon tous à dérives relevables chez Aubin en 1976-1979, le quillard Aquavit de 10 m au chantier Moinard en 1977A bord de l'Aquavit, revue Bateaux 235, décembre 1977. Il dessine en 1974 un dériveur en solitaire, le Pschitt ()A bord du Pschitt, Revue Bateaux 207, août 1975.
Voiliers en plastique Ces croiseurs avec une coque en forme seront construits par des chantiers mettant en œuvre le stratifié polyester, qui étaient alors en plein essorLes voiliers en plastique étaient moins chers à fabriquer et vieillissaient mieux que les voiliers en contreplaqué, qui peuvent se dégrader rapidement faute d'entretien suffisant.. Ce sont par exemple les chantiers et modèles suivants : Jouet YF (Sheriff, Calife, Tarentelle), Jeanneau (Folie DouceSite sur le Folie Douce, Sangria, Love-Love, Fantasia, Aquila, Brio, Bahia 22, Tonic 24, Sun Way 27), Kelt marine (Kelt 6.20), APS Aubin (Chablis La version en stratifié polyester du Sauvignon en contreplaqué., Scotch , Champagne , Sancerre ), Edel (Edel III 7.80 m), GibSea (33.1, 35.1), Archambault (Coco 6.50), Kirié (Feeling 9.20, 9.60, 10.40, 286, 10.90, 326, 446, 416 ; Elite 32, 324, 346, 364), Mallard (Start 6, Start 7Site sur le Mallard Start 7), Mirage Yachts (Mirages 27.5, 29 et 38), Etap (Etap 28i, Etap 32i, Etap 35, Etap 38), Dufour (Dufour 56).
Voiliers en aluminium Après le Suroit et le Coquelicot construits aux CMN à Cherbourg, le Romanée a été fabriqué chez Pouvreau à partir de 1973, à environ 200 exemplaires durant 10 années. le Romanée demeure aujourd'hui encore un voilier de référence comme bateau de voyage Un Romanée a par exemple franchi le passage du Nord-Est (jonction de l'Atlantique au Pacifique par le nord de la Russie).. Il a suivi le Mareuil de chez Pouvreau en 1978. Le Beaujolais et le Beaujolais 10,10 m, deux dériveurs lestés, ont été construits par le chantier Chaventré aux Sables d'Olonne. Le chantier Garcia à Condé-sur-Noireau a construit plusieurs modèles : Maracuja, Maeva, Nouanni, Passoa dans plusieurs tailles (34, 47, 50, ) et le grand Jeroboam de en 1984.
Voiliers à faible tirant d'eau De type dériveur lesté (DL), avec une configuration proche des voiliers d'Eugène Cornu (à quille longue) : Naïade V en bois et Naïade VI en alu, ou comparables à ceux de Jean-Jacques HerbulotLa dérive pivote et se loge dans la quille externe à la coque. : Belon, Cervoise, Baco, Listel, Cabernet, Sauvignon, Champagne, Beaujolais,ou bien de type dériveur intégral (DI) La dérive rentre dans la coque; il n'y a pas de quille : Maracuja, Carambola, Maeva, Nouanni, Passoa, Jeroboam.
Voiliers multicoques Catamarans de sport Punch 4.28 et 5.15, Handi 48Voilier conçu pour les handicapés., catamaran Punch 8.50 pour Multicap Caraïbes. D'autres catamarans Punch plus grands ont été dessinés plus tard par Mortain & Mavrikios.
Bateaux de travail Notamment lArchipel, la vedette de liaison des îles Glénan, La Grenouille, embarcation de plongée en aluminium de 8M30, insubmersible, extrapolée de la coque du Muscadet, des bateaux pour l'ostréiculture, un navire à passagers catamaran (200 passagers) de 22 m.
Résultats en compétition Le Suroit a gagné le championnat GCL (Groupement de Croiseurs légers) devant 40 bateaux en 1965. Les Muscadets Diable à quatre et Cul-sec étaient connus à l'époque de courses du GCL, dans les années 1964-1968). L'Armagnac (notamment Raki et Iskra II avec Philippe Harlé à bord) ont obtenu les premières places de la Coupe de l'Atlantique en 1966. Les Tequila prototypes ont brillé dans les de 1970 à 1972http://www.histoiredeshalfs.com/Quarter%20Tonner/Q%20Harl%E9%20T.htm. Plus tard, le Muscadet s'est fait une bonne place dans la Mini-Transat ; pour cette course, Philippe Harlé dessine le Gros Plant, à bord duquel il va courir en 1979, puis le CocoSite sur le Coco 6.50, qui sera aussi un succès, notamment avec Laurent Bourgnon. Sa femme Claude, participe à l'édition 1987 à bord de Coco Girl's. Pour la course du Vendée Globe 1989, Jean-Luc Van Den Heede demande à Philippe Harlé de dessiner l'IMOCA 36.15 MET, qui sera réalisé en aluminium au chantier Garcia.
Ses voiliers
La plupart des plans de cet architecte portent un nom de vin ou d'alcool; une exception, le Pschitt, un nom de boisson non alcoolisée... pour un dériveur d'école de voile.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie
"Philippe Harlé et sa flottille" Claude Harlé et Dominique Le Brun, Muscadet, Armagnac, Sangria... Philippe Harlé, architecte naval aux Editions Le Télégramme (2011), 144 pages, La Plaisance française à la découverte de ses architectes'', hors-série de Loisirs Nautiques no 19, .
Liens externes
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