vignette|upright=1.2|Ukiyo-e, estampe d'un yōkai d'Aotoshi Matsui.

Le terme désigne tout ce qui se rapporte à des phénomènes étranges ou anormaux, dont l'existence dépasse la compréhension humaine, dans les croyances populaires transmises par l'intermédiaire de la littérature ou la culture orale au Japon.

Enracinés dans la culture animiste des différentes populations de l'archipel, notamment par l'intermédiaire de la culture autour des kami, divinités du shintoïsme, , les yōkai rythment les phénomènes de la vie quotidienne des vivants ainsi que les phénomènes naturels 小松和彦『妖怪学新考 妖怪からみる日本人の心』講談社、2015年。。, plus particulièrement ceux sortant de l'ordinaire宮田登『妖怪の民俗学』ちくま学芸文庫、2002年。。.

Culture réprimée dans un premier temps par le gouvernement qui promouvait la modernisation du pays et l'éducation à la rationalité de sa population au cours de la période Meiji, les yōkai sont devenus des éléments emblématiques du folklore populaire japonais, devenant un sujet privilégié de la recherche universitaire. Des éminents chercheurs sur le folklore, tel Kunio Yanagita, ont mis en lumière bon nombre de ces traditions populaires méconnues issus des régions les plus reculées du Japon, faisant l'objet de nombreux recueils et autres documentaires 妖怪談義 (講談社学術文庫) 柳田 國男。NHK出版、100分 de 名著「遠野物語」。. Aujourd'hui, par l'intermédiaire d'auteurs tels que Shigeru Mizuki, les yōkai font partie intégrante de la culture populaire japonaise, notamment transmise à travers le monde par l'intermédiaire de la littérature ou de l'audiovisuel.

Origines Étymologie Le mot yōkai est composé des kanjis 妖, « attirant », « ensorcelant » ou « calamité », et 怪, « apparition », « mystère », « méfiant »Youkai Kanji et Youkai Definition via Denshi Jisho at jisho.org Consulté le .. Yōkai dérive du , également appelé en coréen yogwi (), désigne un « être vivant, forme d'existence ou phénomène auquel on peut appliquer les qualificatifs extraordinaire, mystérieux, bizarre, étrange et sinistre »..

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Synonymes de yōkai À la place de yōkai, ils sont aussi appelés , , ou . Le mot mononoke (écrit ) porte le sens de « monstre », « fantôme » ou « esprit », et le sens littéral signifie « l'esprit d'une chose » ou « chose étrange »Toyama, Ryoko: FAQ: What does “Mononoke Hime” mean?. Nausicaa.net. Consulté le .. Ce mot est utilisé pour parler d'un événement inexplicable ; en outre, à la fois les objets inanimés et les esprits des humains et des autres créatures peuvent être appelés mononoke. Plusieurs animés font usage des mononoke, le plus célèbre est probablement Princesse Mononoké (où le mot a été simplifié en hiragana : ).

À l'époque d'Edo, les yōkai étaient connus sous le nom de , certains d'entre eux ayant cependant une forme fixe comme les kappa ou les rokurokubi..

Caractéristiques Les yōkai ont un comportement qui varie de l'espièglerie à la malveillance et, occasionnellement, ils portent chance ou malchance à ceux qu'ils rencontrent. Ils possèdent souvent des attributs d'animaux, comme le kappa, qui ressemble à une tortue, ou le tengu, qui a des ailes. D'autres fois, ils peuvent avoir des traits plus humains ; quelques-uns ressemblent à des objets inanimés et d'autres n'ont pas de formes perceptibles. Les yōkai ont ordinairement des pouvoirs spirituels surnaturels. La métamorphose est l'un des plus courants. Les yōkai qui ont la capacité de se métamorphoser sont appelés obake.

Les folkloristes et historiens japonais utilisent le terme yōkai pour désigner les . Durant l'époque d'Edo, de nombreux artistes, tel Toriyama Sekien, ont créé des yōkai, soit ex nihilo, soit inspirés du folklore. Plusieurs yōkai de leur création (kameosa et amikiri, voir ci-dessous) sont considérés à tort comme des êtres d'origine légendaire..

Catégories Il existe une grande variété de yōkai dans le folklore japonais. En général, yōkai est un terme générique, et peut être utilisé pour englober virtuellement tous les monstres et êtres surnaturels, pouvant même inclure des créatures du folklore européen ().

Animaux vignette|Ukiyo-e, estampe d'un yōkai, par Kawanabe Kyōsai.

Avant le début de la période Meiji, il n’y avait pas de distinction claire entre les animaux sauvages et les autres créatures inventées du folklore japonais. La population pensait alors que les animaux étaient dotés de qualités surnaturelles, acquises généralement après avoir vécu un certain nombre d'années de vie, ou bien par des circonstances particulières. La plupart d'entre eux sont des créatures dotées de métamorphose, désigné en japonais sous le nom de , ., pouvant changer de forme pour tromper les humains.

De nombreuses créatures fantastiques du folklore asiatique, transmises par l'intermédiaire des vieilles encyclopédies ou encore des récits de voyages, sont intégrées au folklore japonais en tant que yōkai, comme le renard à neuf queues. Dans d'autres cas, il s'agit d'animaux considérés comme réels sur le continent asiatique, mais mal interprétés par les auteurs japonais, comme le Shōjō, un terme qui désignait l'orang-outan en Chine et au Viêt Nam, mais qui a pendant longtemps été considéré comme une créature mythologique dans le folklore japonais.

Aujourd’hui, les animaux réels et les yōkai ont tendance à être dissociés et ces derniers sont généralement désignés en japonais par des noms spécifiques, parfois d'anciennes dénominations locales désuètes, comme le Mami (猯), qui désignait autrefois le blaireau, aujourd'hui désigné sous le nom danaguma. À l’inverse, certains yōkai ont donné leur nom à des animaux réels, comme le Qilin (麒麟), qui a donné son nom à la girafe (キリン ; Kirin).

Quelques-uns des animaux associés à des yōkai les plus récurrents sont : le chien, dit Inu 犬 : Inugami (犬神) « Dieu-chien », Jinmenken (人面犬) « Chien à visage humain » ; le chat, dit Neko 猫 : Bakeneko (化け猫) « Chat métamorphe », Nekomata (猫又) ; le renard, dit Kitsune 狐 : L’esprit-renard : désigné en japonais sous le nom de : Bake-gitsune (化け狐) « renard métamorphe », Yôko (妖狐) « démon renard », Kyubi no kitsune (九尾の狐) « Renard à neuf queues » ; le tanuki(chien viverrin) 狸 : Bake-danuki (化け狸) « Tanuki métamorphe », Mamedanuki (豆狸) « Tanuki-haricot » (certains traits étaient partagés avec le blaireau, comme le bake-mujina 化け狢, aujourd'hui appelé Mujina 狢) ; le loup, dit Ōkami 狼 : Ōkuchi-no-Makami (大口の真神), l’okuri-ōkami (送り狼) ; la belette du Japon (Itatsi), dite Itachi 鼬 : Kamaitatchi (鎌鼬), la belette (Mustela nivalis) telle qu’on l’associe en Europe, est désignée sous le nom d’Īzuna 飯綱 : kuda-gitsune (管狐) « renard-pipe » ; le silure, dit Namazu 鯰 : Ōnamazu (大鯰) « le silure géant » ; l'araignée, dite kumo 蜘蛛 : tsuchigumo (土蜘蛛) et jorōgumo (絡新婦).

Oni Pour plus de précisions, voir Oni.

Un des aspects du yōkai le mieux connu du folklore japonais est l’oni(鬼), un monstre dont l'apparence généralement humanoïde évoque celle d'un ogre ou du diable, habituellement décrit comme ayant une peau rouge ou bleue, mais pouvant parfois avoir une teinte jaune ou noire. Ils ont une ou plusieurs cornes sur la tête, et leur visage est généralement marqué par des yeux exorbités et surtout une large bouche évoquant celle d'un fauve, remplie de crocs. Il est seulement revêtu d'un pagne en peau de tigre. Il porte souvent une masse géante de fer, appelée kanabō. Les oni sont la plupart du temps décrits comme des êtres démoniaques, mais ils peuvent occasionnellement personnifier une force naturelle ambivalente. Ils sont, comme beaucoup d’obake, associés à la direction du nord-est. Les oni sont associés à de nombreux éléments naturels, mais sont parfois associés à la foudre en particulier et confondus avec un kami appelé raijin. En effet, à la genèse du mythe, ce fut la crainte des phénomènes naturels, en particulier le tonnerre, qui engendra la croyance en des entités appelées « oni ». L'oni est un yōkai très récurrent dans le folklore japonais ; il apparaît dans de nombreux contes populaires comme Momotarō et est également au centre de fêtes traditionnelles comme setsubun. Les oni se subdivisent en de nombreux autres yōkai comme les femmes oni appelées kijo (鬼女) ou encore le ushi-oni (牛鬼) « oni-bœuf ».

Tengu Pour plus de précisions, voir Tengu.

Les tengus (天狗) sont des créatures aviaires dont l'apparence varie ; certains d'entre eux évoquent tantôt des oiseaux anthropomorphes comme les karasutengu (鴉天狗), d'autres évoquent des lutins ou des génies, comme le daitengu (大天狗), généralement caractérisés par leur peau rouge, leur long nez et leurs éventails de plumes. Ces derniers sont les plus populaires et sont dotés de plusieurs pouvoirs surnaturels et de connaissances poussées en arts martiaux. Les tengu sont originellement des démons extrêmement dangereux et des ennemis du bouddhisme. Mais, après des siècles, ils ont changé de nature en passant du stade d'esprits de damnés à celui de défenseurs actifs du Dharma.

Tsukumogami Les tsukumogami sont un type à part entière de yōkai et d’obake, comprenant ordinairement des objets domestiques qui prennent vie lors de leur centième anniversaire. Ce type inclut : bakezōri, sandales de paille ; , luth ; ou burabura, lanterne en papier ; kasa-obake, vieux parapluies ; , vieilles jarres de saké ; morinji-no-kama, bouilloires ; mokumokuren, écrans de papier avec des yeux.

Transformations d'humains vignette|gauche|Ukiyo-e, estampe de yōkai de Kawanabe Kyōsai. Un grand nombre de yōkai étaient des humains ordinaires à l'origine. Ils ont été transformés en quelque chose d'horrible, de grotesque à cause d'un état émotionnel extrême. Par exemple, les femmes qui souffraient de jalousie intense se transformaient en oni, démons femelles représentés par les masques hannya..

D'autres exemples de transformations d'humains ou de yōkai humanoïdes sont : rokuro-kubi, des humains capables d'allonger leur cou durant la nuit ; ohaguro-bettari, un visage spectral, habituellement féminin, affichant seulement une grande bouche noire et cruelle ; futakuchi-onna, une femme qui a une gueule vorace et monstrueuse derrière la tête ; dorotabō, le cadavre ambulant d'un fermier qui hante sa terre.

Autres Certains yōkai ont des habitudes extrêmement spécifiques, par exemple : azuki arai, un yōkai qu'on découvrira toujours en train de laver des haricots azuki ; akaname, trouvé seulement dans les salles de bain crasseuses, il passe son temps à lécher les salissures laissées par les propriétaires négligents ; ashiarai yashiki, un pied gigantesque qui apparait dans les pièces d'une maison et qui demande au propriétaire terrifié de le laver ; tōfu-kozō, un petit moine qui porte un plateau avec un morceau de tofu. azuki hakari, se manifeste la nuit par le son de ses pas et de haricots azuki lancés sur le sol ou les fenêtres

Histoire Temps anciens et Moyen Âge Au , un livre provenant de Chine, intitulé 循史伝, (Xún shǐyún, « Après l'histoire »), mentionne qu'un (久之 宮中数有妖恠 (妖怪) 王以問遂 遂以為有大憂 宮室将空)Pendant longtemps, il y a beaucoup de monstres dans le palais (yōkai) Wang Yiwen pense alors qu'il y a un gros souci, le palais sera vidé, l'utilisation de signifie alors .

vignette|Rouleau enluminé de la procession nocturne des cent démons, artiste inconnu, période Muromachi. Dans le Shoku Nihongi (772), il est indiqué qu'une . L'utilisation du mot yōkai ne signifie pas une chose en particulier, mais des phénomènes étranges en général. Dans les Notes de chevet de Sei Shōnagon (), il est noté qu’ ; il y a aussi une indication de Murasaki Shikibu selon laquelle . C'est la première apparition du terme mononoke. Dans le Taiheiki (1370), au cinquième volume, il est indiqué que .

Période Edo left|vignette|Toutes sortes de yokai volent hors d'un panier à linge en osier, , Yoshitoshi.